‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 139 sur 154 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M. PHILIBijR 1 , en robe de chambre, assis près du feu, et tenant un journal; M™« P.'MLIBERT, AMÉLIE, autour d'une, table et déjeunant, MARGUERITE.

PHILIBERT, lisant un journal.

« Il vient de s'établir au Palais-Royal un nouveau restau- « rant qui surpasse tous les établissements de ce genre. « Salons magnifiques, cabinets particuliers. »

M™^ PHILIBERT

Eh bien ! mon ami, vous ne venez pas déjeuner avec nous ?

Vous savez bien, madame Philibert, que je suis au régime. Le docteur m'a mis ce matin à la dicte et à la camomille pour me refaire l'estomac ; aussi je me réconforte en lisant les journaux! mon appétit vit de souvenirs. (Lisant.) Cabi-

nets parliculicrs... Parbleu! madame Philibert, il faudra que nous allions voir cela un de ces jours.

M""^ PHILIBERT

Qu'est-ce que vous dites donc, mon ami ?

Vous et ma fille Amélie, mon neveu Victor, M. Chopard, mon ancien maître de pension et son gouverneur actuel; nous serons en famille. Ce sont, il me semble, de ces petites débauches légitimes que peut se permettre l'homme marié.

AMÉLIE

Non, mon papa; vous resterez chez vous, le docteur l'a bien recommandé.

Tiens, ma fille, quand tu prends ton air sévère, c'est étonnant comme tu ressembles à ton oncle Philibert qu'ils appelaient tous l'homme de mérite. Il a eu toute sa vie la permission de me gronder, et je crois que tu as hérité de ses droits et privilèges. Mon pauvre frère, c'était bien le meilleur de la famille !... Et quand je pense au mal que je lui ai donné : d'abord il a été obligé de faire deux fois sa fortune, une pour moi... Ensuite c'est lui qui m'a forcé à me marier.

M""^ PHILIBERT

Forcé, monsieur !

AIR : Un lioinme i)uui- faire un tableuu. {Les lltisards de la guerre.)

J'avais pour vous beaucoup d'amour, Vous étiez riche, belle et sage.

Et pour me payer de retour, Vous exigiez le mariage.

Moi, de l'hymen j'eus toujours peur; Et, fuyant les fers qu'il nous forge, On no m'a conduit au bonheur Que le pistolet sur la gorge.

PUiLIBIiRT MARIÉ SiJl

Et j'espère maiiUenant que votre reconnaissance doit au moins égaler la mienne.

M""' l'IIILIBERT.

Aussi, avec quel plaisir avons-nous élevé son fils Victor !

Un plaisir! c'était bien un devoir; il est ici chez lui, et nous ferons encore plus, (bos.) N'est-ce pas, madame Philibert ?

M"« PHILIBERT

Mon Dieu, monsieur, il n'est pas nécessaire de parler de cola devant Amélie ; si Victor se conduit bien, s'il est boa sujet...

MARGUERITE

Il le sera, madame, il le sera.

Alll du vaudoviUo du Petit Courrier.

Pour sa raison il est cité.

M™" PHILIBERT

Mais sans parler de sa jeunesse, Son pèii; a perdu sa richesse...

PHILIBERT, vivement.

Par un excès de probité.

Mais mon frère, en cessant de vivre.

A son fils, tu dois le penser, A laissé son exemple à suivre Et ma fortune à dépenser.

MARGUERITE

C'est bien vrai, car non-seulement vous avez fait honneur à tous les engagements du père, mais vous avez encore pris chez vous le fils et la vieille gouvernante.

Il est vrai que j'ai retranché pendant quelque temps mon tdbury et ma petite jument gris pommelé. Je vins m'établir au Marais, oi je pris des goûts sédentaires et le parapluie à

canne : premier retour vers la sagesse, c'est encore à mon frère que je vous dois! Le joug conjugal- a fait le reste, (a

Marguerite, pendant que madame Philibert et Amélie rangent la table où

est le déjeuner.) Me vois-tu rentrant tous les soirs à dix heures, ne sortant plus qu'avec nia femme, et baissant les yeux quand je passais rue Vivienne ou au passage des Panoramas! Les premiers jours c'était terrible, parce qu'on me suivait aux Tuileries et que j'entendais dire autour de moi à de jolies petites femmes : « Eh ! mon Dieu ! c'est M. Philibert ! « Avec qui donc est-il là? est-ce une nouvelle passion? — « Eh non, il est avec sa femme, vous voyez bien qu'il ne a nous salue plus. » Et quand madame Philibert m'eut donné une héritière, quand j'ai eu ma fille Améhe, c'était bien pis; il fallait à chaque instant lui donner des leçons et surtout des exemples de sagesse ; celte enfant ne saura jamais tout ce qu'elle m'a coûté. Mais enfin on est père et on se sacrifie ! C'est comme mon neveu Victor que nous avons élevé, M. Chopard et moi, je peux bien dire qu'il n'y a pas de jeunes gens de son âge plus sages et plus raisonnables ! n'est-ce pas, ma femme?

M""= PHILIBERT

Ail ! sans doute. Mais où est-il donc ce malin, ce bon sujet?

MARGUERITE, viveiiifnt.

Ah 1 madame, il est à l'école do droit; il est si assidu au travail, il aime tant l'élude !

PIIILIDERT.

Mais voici justement noire gouverneur, ce bon M. Chopard.

PHILIBERT MARIÉ 33ti

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