SCÈNE VllI
Les mêmes; I\IAUT1N.
MARTIN
Est-ce à M. Philibert que j'ai l'avantage de parler?
Oui, monsieur.
MARTIN
Je n'ai pas l'honneur de vous connaître; mais cette carte vous expliquera le motif de ma visite.
844 COMÉDIES — VAUDfiVILLES
PHILIBERT, prenant la carte et lisant.
m. Philibert, boulevard d? l'Arsenal. C'est mon nom el mon adresse.
M^UTIN.
C'est celle ({ue vous avez laissée avant-hier, à la barrière de l'Étoile, cliez M. Raoul, traiteur.
Comment?
MARTIN
Ce jour oîi vous n'aviez pas d'argent.
5ime PHILIBERT.
Qu'est-ce que cela signifie?
MARTIN
A ce que m'a dit M. Raoul, car je ne suis entré que d'hier chez lui; c'est en qualité de nouveau venu que l'on me fait faire les courses, et j'ose dire que celle-ci est bonne.
PHILIBERT, à part.
Ah ! mon Dieu! je crois que je devine, est-ce que Victor?... (Haut.) Oui, Raoul, traiteur à la barrière de l'Étoile, (a sa femme.) Imagine-toi qu'avant-hier j'avais été jusque-là en me promenant, et que j'étais parti sans prendre ma bourse.
M'"° PHILIBERT
Mais avant-hier vous êtes sorti pour diner en ville.
Oui, je te l'avais dit; mais la vérité est que je n'étais pas fâché d'aller faire un ])elit diner hors barrière, pour gagner de l'appétit.
CUOPARD.
Tu ne m'avais pas dit cela!
D'ailleurs, à cet endroit-l;\ c'est bien meilleur marché ([ue dans Paris, (a Martin.) Vous avez là votre carte?
PHILIB EUT MARIK 345
MARTIN"
Oui, monsieur, deux cent viu^l-cinq francs, sans compter le garçon.
M™"^ rilILIIîKRT.
Deux cent vingt-cinti francs !
11 se trompe, il veut dire vingl-cinq francs; n'est-ce pas, mon cher?
MARTIN, compromnt.
Oui, oui, monsieur, (a part.) Aii ! mon Dieu, c'est la bourgeoise !
Et encore vingt-cinq francs!... tu sens bien qu'il y a à rabattre,
M™* PHILIBERT
Aussi je m'en charge; (a Martin.) donnez-moi ce mémoire.
PHILIBERT, l'empêchant de le prendre.
Cela me regarde.
M"'« PHILIBERT
Comment! monsieur, vous ne voulez pas?...
Non, madame; il n'y a donc pas moyen de vous faire des surprises ! Enfin si j'ai trouvé là des luiitres excellentes, et si j'ai voulu aujourd'hui à diner vous faire cadeau d'une cloyère...
jl"'e PHILIBERT.
Comment ! c'est pour cela?
CHOPARD
Au fait, vous ne pouvez vous y opposer.
Sans doute. L'amour conjugal ne vit que de ces petites attentions-là ; ainsi, mon cher Chopard, emmenez ma femme. (a Marguerite.) Marguerite, laissez-nous.
MARGUERITE, à pirt.
Il y a quelque chose là-dessous.
CHOI'ARD.
Oui, cher ami, et j'irai après faire un tour de boulevard pour gagner au^si de l'appétit.
A merveille, et vous me direz si les huîtres d'autrefois valaient celles d'aujourd'hui.
ClIOPART).
En fait d'huître-, le passe ne vaut jamais le présent : c'est la seule chose qui n'ait pas dégénéré.
(il présente la main à madame Philibert, et ils sortent ensemble; Marfiuerite les suit.)