‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 53 sur 154 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Les mêmes ; POT-DE-VIN.

POT-DE-VIN

Ah ! mon Dieu ! quelle nouvelle 1 et qui s'en serait jamais douté 1

URSULE

Eh bien! Pot-de-Vin, qu'avez-vous donc?

POT-DE-VIN

Mademoiselle, je ne peux pas le croire, moi qui l'ai vu !... Il est vrai de dire que la chose est surprenante, foudroyante et anéantissante.

Eh! mon Dieu! qu*est-il donc arrivé?

P0T-DE-V1\

Une lettre...

URSULE

Comment! c'est cela?

POT-DE-VIN

Laissez-moi me reprendre... Une lettre de Paris, de .M. le baron de Balainville, le père du petit Octave.

LUZV.

Eh bien! que dit cette lettre? serait-il survenu quelque événement à la cour?

POT-DE-VIN

Il n'est rien survenu du tout, sinon que l'abbaye que M. de Balainville sollicitait pour mademoiselle Ursule vient de lui être accordée... Mais ce n'est pas cela.

URSULE, à Luzy.

Ah ! mon Dieu ! et mui qui lui écrivais hier de suspendre îes démarches.

LUZV, de mcuie-

Votre lettre ne lui sera pas encore parvenue. (A Poi-de-vin.) Eh bien ! après? •

POT-DE-VIX

Après?... Nous y voici. En se faisant religieuse, en devenant abbesse, mademoiselle Ursule a déclaré qu'elle laisserait tous ses fjiens à sa jeune cousine; et mademoiselle Céline, qui a onze ans, sera dans quatre ans le plus riche parti de la province. Or, M. de Balainville, qui est homme de cour et qui voit de loin, se doutant qu'il se présenterait alors un bon nombre d'amateurs, car il est vrai de dire que les riches héritières n'en mani[ueiU point, s'est hàlé de prendre l'initiative : il a obtenu de Sa Majesté Louis XV des dispenses d'i\ge, et la permission d'unir M. Octave de Balainville à mademoiselle Céline de Mireval, à la condition, je le suppose, de renvoyer après la noce le marié au collège.

LE MARIAGK ENFANTIN 123

AIR des Yisitandinei.

Jusqu'en seconde noire époux Vivra de l'amour platonique ; Il risquera le billet doux Quand il fera sa rhétorique ; S'il est bachelier lauréat, Nous permettrons des confidences; Et nous romprons le célibat.

Quand nous le verrons en état De prendre ses licences.

URSULE

Comment ! il serait possible ?

POT-DE-VIN

Celte lettre est arrivée à votre tante, qui en a été dans l'enthousiasme, et qui s'est hâtée d'en presser l'exécution... car ils ont tous une rage de mariage... Ils sont dans ce moment-ci à la chapelle du château, et je n"ai pas voulu être plus longtemps témoin d'un pareil sacrifice... Il est vrai de dire que les petites bonnes gens en ont l'air enchanté, et qu'ils ont déjà pris un ton d'importance et de gravité qui est déplorable. Car en*m, moi je raisonne : si on prend 1 habitude de marier nos jeunes seigneurs à dix ou douze ans, comme le mariage entraine Témancipation, et comme l'émancipation permet de manger sa fortune, s'ils commencent de si bonne heure, adieu le système des intendants...

LUZY, riant.

AIR : J'ai vu paitout dans mes vojiiges. (Le Jaloux malgré lui.)

C'est charmant, et de cette noce, Pour ma pari, je suis enchanté.

POT-DE-VIN

Et, pour moi, cet hymen précoce Me parait une absurdité.

URSULE

Quelles craintes sont donc les vôtres?

S'ils sont une fois par hasard

Heureux trop tôt... c'est pour tant d'autres...

(Regardant Luzy.) Qui bien souvent le sont trop tard.

(Elle rentre dons l'appartement.) POT-DE-VIN.

Mais, tenez, voici tout le monde.

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