‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 52 sur 154 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

URSULE, puis M. DE LUZY.

URSULE, les regardant sortir.

Il faut qu'il y ait quel(iuc chose d'extraordinaire dans le cliàleau, car il y règne une activité... je vois d'ici tous les domestiquer qui vont et viennent d"un air empressé ; peu m'importe, en tous cas, pourvu qu'on ne vienne point me

troubler... (Se retournant et apercevant M. de Luzy.) Comment,

c'est vous, mon ami ! par quel hasard vous présentez-vous aujourd'hui de si bonne heure cliez ma tante?

LUZY

Je viens d'être invité par elle-même, ainsi que presque toute la noblesse des environs. Un billet que m'a remis son coureur m'engage à me trouver le plus tôt possible au château, pour assister à une cérémonie sur laquelle elle ne s'expli({ue point, afin de me laisser, dit-elle, le plaisir de la surprise.

URSULE

J'y suis; ce sera le couronnement de quelque rosière! ma tante est folle des rosières.

AIR : Le choir que fait tout le village. [Les Deux Edmond.)

Tous les ans une jeune fille Reçoit la couronne en ces lieux :

Ma tante veut que sa famille Dispute ces prix glorieux.

Sa main les offre à l'innocence Bien plus encor qu'à la beauté.

Et m'en destinait un, je pensé.

Que sans vous j'aurais mérité.

LUZY

Vous devinez avec quel ompressemcnt j'ai accepté l'invi-

talion de votre tante, et combien maintenant j'ai peu d'envie de m'y rendre; j'avais un pressentiment que vous ne seriez point à cette tète, et que je pourrais ici vous trouver quelques instants.

URSULE, avec tendresse.

Seule... non ! j'y étais déjà avec vous ! je vous avais écrit à notre adresse ordinaire.

LUZY, allant prendre la lettre.

Je vous entends ; mais puisque vous voilà, dites-moi ce qu'elle contient.

URSULE

Non, monsieur; il est des clioses qu'on est bien aise d'écrire, et qu'on ne veut pas dire tout haut.

LUZY

AIR : Ainsi que vous, je veux, mademoiselle.

Me disiez-vous au moins que de l'absence, Ainsi que moi, vous sentiez le tourment ? Me disiez-vous qu'avec impatience

Vous attendiez ce doux moment?

A l'époux qui pour vous soupire Promettiez-vous le bonheur qu'il iioursuil?

URSULE

Je ne sais pas si je dois vous le dire, Mais peut-être l'avais-je écrit :

Oui, je crois [Bit,-.) que je l'avais écrit.

LLZY.

Eh bien ! pourquoi ne pas prendre un parti ? pourquoi tarder plus longtemps à déclarer notre mariage? Qu'est-ce qui vous arrête? est-ce l'embarras de faire un tel aveu à votre tante ? mais il n'y a pas de nécessité de le lui faire de vive voix; nous pouvons j)artir et lui envoyer une lettre, iiieu respectueuse, qui la préviendra de tout.

URSULE

A la bonne heure ! mais après la résolution que j'avais

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prise, je songe toujours à l'ôclat que ce mariage-lù va faire dans la province.

LUZY

Raison de plus pour s'éloigner et pour se dérober aux méchants propos; d'ailleurs ce qui fait événement en province n'est pas même remarqué à Paris, et personne n'y pensera ta nous. J'ai déjà donné mes ordres, fait préparer mon hôtel pour vous recevoir; et, si vous y consentez, ce soir, à minuit, je serai sous les murs du parc avec une chaise de poste et Dubois, mon domestique.

URSULE

Comment ! ce soir?

LUZY

Eh bien, vous voilà déjà tout effrayée !... Allons, Ursule, une bonne résolution, et surtout n'allez pas vous dédire au moment du dansfer. On vient... c'est convenu.

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