I.UZY, s'avançnnt
Madame de Balainville me permcttra-t-elle de lui présenter mes compliments de félicitalion?
CÉLINE, courant.
Ah! c'est M. de Luzy; mon Dieu! comme vous venez lard aujourd'hui! m'avez-vous apporté les bonbons que vous m'avez promis ?
LUZY, lui présentant un cornet.
Je n'ai eu garde d'y manquer.
OCTAVE, la tirant par sa robe.
Madame de Balainville, y songez-vous?
CÉLINE
Tiens, pourquoi donc? est-ce que, quand on est mariée, on ne peut plus manger de bonbons? (En mangeant un.) Ce sont des pistaches.
OCTAVE, qui veut en prendre dans le cornet.
Du tout, ce sont des dragées...
(Céline ferme le cornet.)
CÉLINE
AIR du Lendemain.
Laissez-les donc, je vous prie, Puisque vous prenez ce ton.
LUZY
D'une telle économie Je devine la raison :
Cela se voit de soi-même, Madame dans ce papier Les garde pour le baptême De son premier.
CÉLINE
N'est-ce pas, monsieur?... (Apercevant une grande corbeille que
l'on vient de placer sur la table.) Ah! regarde donc, Une corbcille : que c'est joli de se marier ! C'est très-bien à mon beau-père
d'avoir pensé à cela... (S'approchant de la table, Pt s'élevant sur la
pointe des pieds.) Mais Comment voulez-vous que je la voie ? c'est trop haut; ôtez-la donc de dessus cette table.
POT-DE-VIX, aux paysans.
C'est trop juste, posez-la par terre... (Pendant que Céline
regarde.) Je profiterai de cette occasion pour présenter une pétition à M. le baron et à madame la baronne... J'ai mon fils, un excellent sujet... il est vrai de dire que c'est moi qui l'ai élevé... il a tantôt onze ans, et commence l'aritlimélique ; je désirerais le placer auprès de monseigneur comme intendant.
LUZY
C'est trop juste : voilà un petit intendant très-bien proportionné, et je ne doute point qu avec les ?oiiis de M. Potde-Viii, la maison de M. le baron ne soit bientôt montée sur un pied très-respectable.
POT-DE-VIX
Sans doute; j'ai mon petit dernier, que je compte vous offrir en qualité de coureur, dès qu'il commencera à marcher.
CÉLINE, qui pendant co temps a re^-ardé la corbeille.
C'est bon, nous le prendrons... Les belles dentelles! (D'un air de dédain.) Par exemple ! une poupée... (a octave.) Il me semble, mon ami, que M. votre père pouvait très-bien se dispenser de me taire ce cadeau-là.
LUZV.
On dit pourtant que vous y jouez à ravir *.
CÉLINE, faisant la révérence.
Monsieur, je vous rends grâces, mais je voulais vous dire...
* Allusion à la pièce pivcédcnle, la Petite Sœur, où mademoiselle Léontiiic Fay jouait la scène de la poupée avec une finesse et un talent très-remarquables.
(Bas à Octave.) Rcnvoie donc tout ce monde-là, afin que nous puissions au moins parler de nos alTaires.
OCTAVE, aux paysans.
Oui, mes amis, retirez-vous, laissez-moi avec ma femme.
CELINE, aux paysans.
Attendez, attendez. (Bas à octave.) Donne-leur donc de l'argent.
OCTAVE, tâtant son gousset.
C'est que je n'en ai pas.
CÉLINE
Comme si les gens de qualité en avaient jamais ! puisqu'on a un intendant...
OCTAVE
C'est juste. Monsieur Pot-de-Vin, vous vous chargerez, vous ou voire fils, de distribuer de l'argent de ma part à ces bonnes gens, (aux paysans.) Allez.
(Octave et Céline se pUceiit à côté l'un de l'autre ; tous les paysans passent devant eux, et les saluent en chantant le chœur.)
LES PAYSANS
Célébrons le mariage, etc.
(Pot-de-Vin sort avec les paysans.)