W SCÈNE XVI
Les Mb:MES; M. DE LUZY, URSULE, entrant pnr le porte è droit!'. POT-DE-AIN.
0 ciel ! M. de Luzy et mademoiselle Ursule !
LUZY
Dites madame de Luzy, mon cher Pot-de-Vin ; car notre mariage n'est plus un mystère, et nous venons de le déclarer à M. le baron et à madame de Mireval, devant qui vos gens nous avaient conduits.
POT-DE-VIN
Comment ! il serait possible? Et mademoiselle Céline?
LUZY
Mademoiselle Céline se trouve un peu moins riche, mais n'en est pas moins un très-beau parti, et puisqu'on a sollicité et obtenu pour ce mariage l'agrément de Sa Majesté, une rupture dont on devinerait aisément le motif rendrait M. de Balainville la fable de la cour. C'est ce que nous lu avons fait comprendre sans peine.
URSULE
Et nous venons chercher Céline pour lui annoncer cette bonne nouvelle et la mener à son beau-père.
SCBïBE. — OEuvrt'.; complètes. II"»e Série. — »"=« Vel. — 9.
POT-DE-VIN
Aulre catasiroplie , les jeunes mariés ont disparu, el lout nous porte à croire que M. Octave a enlevé sa femme.
URSULE
Criait donc la soirée aux cnlùvemcnts!
LUZV.
Eli bien, partons ; il faut les rattraper.
POT-DE-VIX
Oui, les rattraper, lorsqu'ils ont deux ou trois heures d'avance... où les trouver maintenant? où sont-ils?
OCTAVE, levant le topis ; CÉLINE, entr'ouvrant la corbeille.
Nous voilà.
POT-DE-VIX
En croirai-je mes yeux ! la mariée dans sa corbeille I
OCTAVE
Tiens, elle est chez elle.
AIR de Bouton de rose.
Dans la corbeille, Où l"a fait cacher sa frayeur.
Ma femme me semble à merveille, Car c'est la plus gentille fleur
De la corbeille.
CÉLINE
C'est donc bien vrai, monsieur de Luzy, (pi'oii ne cassera pas notre mariage, et que je serai toujours madame?
LUZY
Oii. ma petite cousine, nous l'avons obtenu; mais ;\ une condition, cesl que demain Octave partira pour le collège, pl qu'il y rcsicra trois ans.
CÉLINE
Trois ans! trois ans au coIU'l'o !
OCTAVE, bns à Céline.
Laisse-les faire : je me (U'p.'clierai (rapprendre, et je serai savant tout de suite.
CKI.IMO.
A la bonne heure; mais trois ans! ah! mon Dieu, que c'est long !
OCTAVE, de même.
Sois tranquille, je viendrai aux vacances.
VAUDEVILLE
AIR nouveau.
CÉLINE
Chaque âge, on vient de me l'apprendre, A ses peines comme ses jeux; Mais le mien, si j'ai su comprendre.
Doit être encor le plus heureux :
Nouveau joujou, nouvelle idole.
Et jamais de chagrins couslanls :
Un rien afflige, un rien console, On a dix ans. (Bis.)
OCTAVE
Déjà d'un trouble qu'on ignore On a senti battre son cœur; Sans savoir ce qu'on veut encore, On cherche... on rêve le bonheur.
Bientôt les pédants vous poursuivent, Viennent le grec, les rudiments; Et déjà les chagrins arrivent :
On a quinze ans. (Bis.)
URSULE
Sans s'occuper de la fortune,
Et sans penser à 1 avenir.
Sans embarras, sans crainte aucune.
Sans projets... mais non sans de'sir.
Au plaisir seul on aime à croire.
Et l'on poursuit en même temps
VAUDRVILLKS
L'amour, les beaux-arts el la gloire :
On a vingt ans. (i>'/i.)
M. DE LUZV.
Déjà, plus sage dans sa course.
On interroge tour à tour Et les mouvements de la bourse. Et plus souvent ceux de la cour!
Sur un bruit heureux ou sinistre, On arrange ses sentiments ; Et l'on s'inscrit chez le ministre • On a trente ans. [Bis.) POT-DE-VIN.
Enfin l'amour bat en retraite, Le plaisir manque au rendez-vous; Alors on lit une gazette Au lieu de lire un billet doux , On caresse sa tabatière, On sermonne les jeunes gens, Et l'on dit que tout dégénère :
Hélas ! on a ses soixante ans. {Bis.)
CELINE, nu public.
Témoins de l'hymen qui m'enchaîne, Messieurs, j'ose compter sur vous; Pour ciHébrer ma cinquantaine.
Ne mancjucz pas au rendez-vous.
Vous, qui protégez mon aurore, Mes vœux, mes désirs les plus grands Seraient de vous revoir encore
Dans cinquante ans. (Bis.)