‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 160 sur 183 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

Les mêmes; LE PERE ODR\, avec un parapluie, une casquette, une tasso de cu!r en LandouHire, un hàton û la main, et tenant un chien en laisse.

ROSALA.

l'aile loml)e aussi sur lui, la grêle do l'advcrsilé.

CHACTAS

Et plus heureux que nou!<, il a le parapluie à canne de la patience...

LE Pȫr onav.

N'enlends-je pas ici quelques voyageurs ?... Dites donc làbas ! les plumes rouges... ayez piiié de ce pauvre aveugle... donnez à ce pauvre aveugle la cliaritti, s"il vous plait?...

CIIACTAS.

!']h bien ! sont-ils étonnants dans ce nouveau inonde ! en voilà une que je noierai sur mon ilinéi-.iire, un aveugle qui voit des plumes rouges...

LE PÈRE ODllV.

Enfant des hommes... suspends les jugements tcméraires... ce n'est pas pour moi que je vous demande, c'est pour ce pauvre animal (pii a le malheur d'être myope et dont je guide les pas inccrlains.

CIIACTAS.

O charité sublime !

LE piîKE ODRV.

C'est pour lui que j'ai la tlerté de mendier.

CIIACTAS.

Il s'adresse bien, nous qui allions avoir l'orgueil... ça fait justement un plat de dessert... les quatre mendiants...

GHAGTAS ET ATAI-A 317

LE l'KIŒ ODRV.

Vous eu seriez là?... Rassurez- vous... l'homme des auciens jours ne vous abaudonuera pas... car, tel que vous me voyez, je suis un mendiant propriétaire.

Cn.VCTAS.

Serait-il possible !

LE PÈRE ODRY

Un des gouverneurs de ce pays, qui ne manque pas d'esprit, a ordonne que tous les mendiants eussent à déclarer leurs moyens d'existence; alors j'ai établi ici une auberge où je reçois les voyageurs, et quand il n'en vient pas, je demande l'aumône pour utiliser mes instants, car tous mes vieux os se sont ranimés par l'ardeur de la charité...

CHACTAS

Qui es-tu donc, être surnaturel ?

LE l'îîRE onRV.

Je vous l'ai dit, je suis l'homme des anciens jours; quelquefois aussi, je suis le vieux des âges, ce qui ne m'empêche pas d'être l'homme du rocher, et de temps en temps l'homme de la prière, en un mot, je suis le pore Odry.

CUACTAS.

Qu'entends-je ? vous voulez dire le père Aubry.

LE PÈRE ODRV.

Non... Dnj.

CHACTAS

Brij... Dans notre pays nous prononçons brij... mais c'est égal, je vous connaissais déjà; voilà celte longue barbe qui a quelque chose de sublime dans sa quiétude, et ce nez aquilin qui aspire à la tombe.

LE PÈRE ODKV.

Oui, mon lils, ce front n'a pas toujours été chauve,

CHACTAS

Je le vois bien, ces traits sont ceux d'un homme qui dans

318 COMKDIKS VAUDKVILLIOS

son lomps a eu du loupel. .. on voit que ses jours ont été mauvais... Mais, dites-moi, homme du rocher, où est cette auberge dont vous nous avez parlé ?

LE PÈRE ODUY.

Vous y «Hcs.

CIIACTAS.

Qu'est-ce qu'il dit donc ?

i.K i'i:nE ODRV.

C'est ici l'auberge de la Belle-Étoile.

CIIACTAS.

<;omnieut ? ou |)leiu air!

LE picRE ODRV.

On n'en voit que mieux l'enseigne de la maison.

CIIACTAS.

A la bonne heure !... mais ([u'csl-cc que vous nous do!inerez?

LE PÈRE ODRV.

Vous n'avez qu'à choisir.

CIIACTAS.

l'n pelit Ijectslcak, si c'est possible.

m: PÈRE ODRY.

0 mou fils, tu ne connais pas les hommes du pays des palmiers, notre cstomic national se refuse à ce mets britannique.

CIIACTAS.

Que diable!... donnez-nous alors... quelques oiseaux d'Inde, c'est ici le pays.

LE PÈRE ODRV.

Vous n'en trouverez que chez vous, ô mon fds ; de fréquentes migrations les y ont naturalisés, notre patrie esl veuve de ses enfants, et le dindon du désert est maintenant l'oiseau de l'exil, qui malgré lui se voit forcé de paraître aux festins de l'étrancfcr.

CnAOTAS ET ATALA 319

CIIACTAS.

Vous pouviez nie dire tout uniment que vous n'en aviez pas, (;a aurait été bien plus tôt prêt; eh bien! donnez-moi un verre d'eau.

LE PÈRE ODRV.

Garçon... j'aime mieux vous servir moi-même pour que

vous n'attendiez pas. (U va vers une source et prOseiite la tasse pleine à Chactas.) Hciu ! quel gOÙt ça VOUS a ! CHACTAS.

Un lieu crue...

LE vklXE ODUV.

Encore une ?

CHACTAS

C'est assez, je vous remercie de \olre généreuse liospilalité, quoi(iuc je n'en sois pas plus gras.

LE rÈRE ODUV.

Il n'y a pas besoin de vous faire la carte... c'est à prix fixe, voilà une heure que vous vous reposez chez moi... quatre francs pour le logement, le reste est pour les rafraîchissements.

CIIACTAS.

Qu'est-ce qu'il dit donc, l'homme des anciens jours?

LE PÏÎRE ODRV.

Dame ! c'est vingt sous chaque tasse.

CHACTAS

Chactas... Chactas... j'entends bien mon nom. [a pan.) Voilà un Indien qui est im peu juif.

LE PÈRE ODRY

AIR : Le troubadour. {Jean de Paris.)

Mon fils, je voi Que vous êtes honnûlc.

CIIACTAS.

Et je le doi ?...

820 COMKDIKb VAUDKVILI.KS

LK l'KKl:; ()!)!iV.

C'est trois livres par lûtc.

CHACTAS

Voilà {lour moi.

(Slonlrant Uosola.) I.c reste est dû par elle.

Allons, ma belle, Paie à Ion lour l,'(!'COt du jonr.

(llosala s'est rii'lorniio et nf ri')io!i(I pi*.) CllACTAS.

Mais qu'est-ce qu'elle a donc? Alala !... Atala !... hlanclio hermine du rocher!...

LE PkUE ODRV.

Est-ce ([u'ellc s'est endormie pendant que nous clianlions?

CHACTAS

J'y suis... sa cliaslcté aura dévoré sa vie... elle sera morte de peur de m'épouser.

^^^.'o^cIlest^e joue l'air de Marlbornityh ; Cli:iclas el le pire Odi-y porîcni Rosnla sur le banc de mousse; Chaclas reste la têt,; penchée^, aux pieil» d'.Vtala, et le pCro OJry est, à sa tète, en contemplation. — Qinirii'iiie cl ctiiquiciiic lablcunx d'\^\\l.^.]

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