SCENE XXI
Les mêmes ; LE MARÉCHAL, tenant JENNY et AUGUSTE,
par la main ; son habit est entr'ouvert, et laisse apercevoir sa décoration.
LE MARÉCHAL
Venez, mes entants, c'est moi qui veux tout arranger.
VAUCANSON
Ah! mon Dieu ! nous nous mettions à table sans le maréchal de Saxe.
BOISSV.
Qu'entends-jeV
TOUS
Ain . C'fol iiotic aini Blondel.
<Juoi ! Monseigneur, aujourd'hui {Bis.) Vient chez Boissy?
LEROC.
Le maréchal, mon locataire!
LE MARÉCHAL
Eh bien ! messieurs, vous dinez sans moi ? je ne vous reconnais pas là.
BOISSï, s'inclinant.
Est-il possible ! Quoi, monseigneur?
LE MARÉCHAL
Oui, mon cher Boissy, moi-même qui viens me mêler un peu de vos affaires.
LEHUC.
Comment! monsieur serait...
AUGUSTE
Le héros de Fonlenoy.
366 COMÉUIIiS — VAUUEVILLKS
VAUCANSON
Et le héros de la l'ète.
BOISSV.
Monseigneur, je ne me pardonnerai jamais...
LE MARÉCUAL.
Voilà qui est mal : est-ce que vous seriez plus fier que moi par hasard, et rougiriez-vous d'accepter mon diner quand je suis venu au vôtre sans cire invité?... 11 est vrai que le roi s'était chargé de payer mon écot, et je comptais vous apprendre au dessert que Sa Majesté vous accordait le privilège du Mercure de France,
KAVART, ù Boissy.
Excellente place ! tu pourras dire toujours du tdcn de tes pièces.
VACCANSON, au moréchal.
Monseigneur, si Votre Excellence voulait se mettre à table.
LE MARÉCHAL
Vaucanson a raison, mais un instant !
Ain (le Julie.
J'ai dans ce jour, usant de représailles, A vos enfants promis que ce repas
Serait celui des fianrailles; A mes désirs ne vous opposez pas.
Par moi, je gémis quand j'y pense, Plus d'un ménage, hélas! fui désuni;
J'en veux former un aujourd'liui
Pour l'acquit de ma conscience.
Je me charge de la fortune de ces jeunes gens.
BOISSV.
Monseigneur, faites comme chez vous.
LES DKIIORS TROMPEURS 361
LEROC.
Va donc pour le repas des fiançailles.
BOISSY
Ah ! pour le coup, je vous prépare une tête !
LE MARÉCHAL
Je m'invite à la noce.
VAUCANSON
Moi aussi.
BOISSV.
C'est cela, une petite réunion de famille, moins de luxe et plus de gailé... Favart, lu prieras ces messieurs de la Comédie-Italienne ; moi j'inviterai ces messieurs et ces dames de la Comédie-Française ; monseigneur amènera ses aides de camp, son état-major, et vous jugerez alors si l'on dîne bien chez Boissy.
VAUDEVILLE
AIH da vaudeville de L'Homme vert-
AUGUSTE
Pauugyrique de commande, Superbes places qu'on attend, Belles maisons que l'on marchande, Femme innocente que l'on prend, Courbettes du surnuméraire, Eau bénite des protecteurs, Petits et grands, chacun sur terre, Sont dupes des dehors trompeurs.
FAVART
Parfois un fastueux avare
Nous présente un vin étranger
Du flacon la forme bizarre
Du moins le fait ainsi juger.
J'en bois... Un goùl qui nie réveille
368 COMKDIES — VALDEVILLES
M'arrache à ces douces erreurs ;
Messieurs, même en fait de bouteilles Redoutons les dehors trompeurs.
LE MARÉCHAL
A l'apparence mensongère
Chez nous tout est sacrifié ;
J'ai vu des faquins en litière
Et j'ai vu l'honnête homme à pié.
Sous ces manteaux que l'or écrase.
Sous l'hermine de nos docteurs,
Et même jusque sous la gaze,
Ah ! combien de dehors trompeurs !
FRANÇOISE
Mon premier amant, c'est unique, Je le crus danseur, il boitait ; J'crus l'second un brun magnifique.
Mais il portait un faux toupet.
Au troisième enfin j' me marie, Ce furent bien d'autres erreurs !
J' veux rester veuv' toute ma vie.
De crainte des dehors trompeurs.
VAUCANSO.X, au maréclial.
Votre Excellence aura peut-être Vu chez moi deux originaux :
L'un balance sa tête en maître, L'autre s'incline à tous propos.
A leurs beaux habits écarlates, Vous les preniez pour des seigneurs ; Ce n'étaient que des automates; Combien les dehors sont trompeurs !
BOlSSV, au public.
Comptant nous, glisser à la suite D'un grand nom et d'un grand succès, Notre affiche ce soir imite La grande affiche des Français ;
LKS DKHORS TUOMl'EURS
Mais nous sentons notre faiblesse, Jugeant nos titres et les leurs ; Chez eux vous trouverez la pièce, Et chez nous les dehors trompeurs.