DEUXIÈME CHALAND
Garçon, une bouteille de bière!
MOKA
Voilà, voilà, voilà 1
M"'^' GOBIN
Monsieur le garçon, y a-t-il encore la queue?
MOKA
Madame, jusqu'à l'entrée du café. On ne peut pas pénétrer sous le vestibule.
M'"" GOBIN
C'est insupportable ! Vous verrez que mon mari n'aura pas de billets, depuis une heure (ju'il est à la queue, et tout cela pour une méchante pièce !
MOKA
Ça c'est vrai, c'est ce que tout le monde dit ; mais il n'y a que celles-là qui prennent, llegardez-moi Phocion * ; \c voilà bien avancé avec son mérite; il fallait faire jouer ça l>ar M. Potier **, vous auriez vu ! Parlez-moi des pièces o"i l'on s'étouffe, nous ne connaissons que cela au café.
AIH : Vn homme.- paur f;iiio un labk'uu. iLes Ilasurili de lit guerre.!
Les Boxeurs et les Innocents, Les Farces, le Ci-d'vant Jeune-homme, Font mousser les rafraichiss'ments, Et nous en vendons, Dieu sait comme !
D'un' pièce nous jugeons l'effet,
Tragédie do M. Royou, représentée sur le Théàlre-t'rançaie, dans l'année 1817. Ouvz'age fort estimable, mais d'un genre trop sévère pour attirer la foule ou plaire à la multitude.
** Potier, comédien irès-dislingué, acteur du premier ordre sur un théâtre secondaire. C'est par lui que l'on rit depuis vingt ans. Une vogue aussi soutenue serait déjà fort extraordinaire, et ce qui l'est encore plus, c'est qu'elle est méritée.
Par les visit's qu'où vient nous faire, Et Phocion n'a pas encor fait Vendre deux bouteilles de bière.
.M'"*" GOBIX.
Et mon mari qui me laisse là à l'attendre; il n'en fait jamais d'autre !
MOKA
Vous tenez donc bien à voir notre pièce?
M™'' GOBIX.
Point du tout, moi je l'ai déjà vue.
MOKA
Et vous y retournez? Ali bien! par exemple, vous êtes la première qu'on y rattrape.
Sl™^ GOBIN.
Est-ce que vous croyez que je viens pour votre pièce? C'est bien la peine pour voir un grand sec qui dit toujours des bêtises, et puis une grande dame... je ne sais pas son nom.
MOKA
Madame Vautrin, une petite maigre?
M""^ GOBI.V
Non, non, une grande qui est jolie femme, mais qui fait les beaux bras.
AIR : La maison de M. Vautour.
Du reste, un style décousu.
Et des malices sans finesse, Un lampiste, un niais, un bossu, Aussi mal tourné que la pièce.
Venez donc, du fond du Marais, Voir sur des montagnes mal faites Le soleil entre deux quinqueig, Et l'Olympe sur des roulettes!
MOKA
Eh bien ! alors, pourquoi y allez-vous donc?
M'"" GOBIN
Pourquoi? c'est qu'on dit qu'il y aura du hruil, cl s'il n'y en avait pas, je compte bien en faire.
MOKA
Est-ce que vous seriez attaquée?
M'"« GOBIN
Comment! si je le suis? Est-ce que mon mari n'est pas artiste mécanicien? est-ce qu'il n'a pas un premier garçon? enfin, est-ce qu'il n'est pas...
MOKA
Comment?
M"»' GOBIN
C'est public, tout le quartier sait bien qu'il est... Tout le monde l'a reconnu.
MOKA
Mais encore, qu'est-ce qu'il est?
M""' GOBIN, montrant son épaule.
Eh! vous m'entendez bien, je n'ai pas besoin do vous le dire.
MOKA
Ah! j'y suis; votre mari, n'est-ce pas ce petit bossu qui était avec vous, et qui depuis un siècle est à la queue? Tenez, on le voit d'ici; il est encore à la même place!
M™" GOBIN
AIR : Vivent les Gascons, mes amis. {Les Gascons. \ Je crois que j'en perdrai l'esprit;
Mon Dieu, quel homme.
Quel petit homme!
Je crois que j'en perdrai l'esprit,
Voyez donc comme
Il est petit!
Enfin l'y voilà maintenant :
Eh! mon Dieu, qu'est-ce qui l'arrête?
52 COMl'jDIES — VAUDEVII.LKS
Voilà que tout le monde prend Des billets par-dessus sa tête.
Eii.icml'Ie.
MOKA
Je crois qu'elle en perdra l'esprll; e(c.
M"^*" GOBIN
Je crois que j'en perdrai l'esprit; etc.