SCENE III
FRANCK, ELVINA, entrant avec vivacité, le fusil sur l'épaule et la carnassière sur le dos.
ELVINA, embrassant Franck.
Bonjour, mon vieux camarade ; tiens, voilà ma chasse.
FRANCK
Diable ! nous n'avons tué qu'un lièvre ? tu t'es négligéeaujourd'hui. Mais, dis-moi, tu es sortie de bien bonne heure ce matin ?
ELVINA.
Oh ! j'ai fait une promenade charmante.
AIR basque, tiré de l'ouverture de L'Aicberge de Bagnéres. Oui, les champs, les forêts.
M'offrent seuls des attraits ; Du bonheur, de la paix,
C'est l'image :
Et fuyant le sommeil.
Sur l'horizon vermei.
J'ai gu3tté le réveil
Du soleil.
L'oiseau dit sa chanson.
Et l'écho lui répond; Mais voilà que, du fond
Du bocage, Un couple que je voi, Sans me dire pourquoi, S'enfuit d'un air d'effroi
Devant moi.
Les troupeaux bondissants S'en retournent aux champs.
Et nos gais paysans
A l'ouvrage ; Lorsqu'au détour d'un bois,
IIÇ COMÉDIES — VAUDEVILLES
Un peu tremblants, je crois, Le fer en main, je vois Deux grivois.
Arrêtons-nous, dit l'un, Car j'aperçois quelqu'un; Mon aspect importun
Fait qu'aucun
N'est défunt :
Car d'un avis commun Pensant qu'ils sont à jeun.
Dans la forme ordinaire Tous deux vont terminer la guerre.
Oui, les champs, les forêts. M'offrent seuls des attraits ; Du bonheur, de la paix,
C'est l'image.
Là, je vis sans façon.
Et fuis, avec raison, Les grands airs et le ton
Du salon.
(Elvina regarde du côté du rempart.)
FRANCK
Mais qu'est-ce que tu regardes donc de ce côté avec tant d'attention?
ELVINA.
Tu ne sais pas? Une aventure assez singulière, une rencontre...
FRANCK, vivoment.
Une aventure ! conte-moi ça, mon enfant.
ELVINA.
Tout àriioure, en revenant de la chasse, j'ai aperçu dans ce château, à travers les barreaux d'une fenêtre, un prisonnier d'une physionomie si douce, si intéressante, que l'en ai été tout émue.
FRANCK
Elle vous a un si bon conir!
LE PETIT DUAGON 111
ELVINA.
3Iais, ce qui va bien rétonncr, c'est que j'ai cru reconnaître le jeune homme que j'avais secouru dans le bois.
FRANCK
Qui? cet officier poursuivi par des gardes-cliasse, et à qui, sans toi, on aurait fait un mauvais parti?
ELVIXA.
Lui-même. Il paraissait bien triste, bien malheureux. Ses regards, ses gestes que je suivais de loin, imploraient ma pitié. 11 allait peut-être s'expliquer; mais il a disparu tout à coup, comme s'il craignait d'être surpris.
FRANCK
Parbleu! il m'intéresse aussi.
ELVINA,
N'est-ce pas? Je suis sûre que c'est un garçon estimable.
FRANCK
Très-estimable! Un jeune homme d'une physionomie douce, qui rosse des gardes-chasse et qui se fait mettre en prison... Je n'en faisais pas d'autres, moi.
ELVlNA.
Écoute; il m'est venu une idée : Si je pouvais le délivrer, le rendre à ses parents, à ses amis...
FRANCK
Il faut le délivrer.
ELVINA.
Mais quel moyen?
FRANCK, cherchant.
Le premier venu; une entrée de vive force, un assaut général à nous deux.
C'est décidé; d'ailleurs, il s'agit d'une bonne action.
FRANCK
Certainement.
ELVINA.
D'un brave mililaire que l'on relient injustement.
FRANCK
C'est-à-dire nous ne savons pas au juste; mais c'est égal, ccsl affreux. Allons, en avant, marche!