SCENE PRE:\riERE
LE GOUVERNEUR, CONSTANCE, en négligé très-élégant. LE GOUVERNEUR.
Comment ! c'est toi, ma chère Constance ? tu as pu te décider à quitter les plaisirs de Paris pour venir visiter tes amis?
CONSTANCE
Non, mon oncle, je vous jure que je ne viens que pour gronder mon frère.
LE GOUVERNEUR
Alfred ?
CONSTANCE
Je suis outrée contre lui.
LE GOUVERNEUR
<ju'a-t-il donc fait ?
CONSTANCE
MR : Que d'élablissements nouveaux. (V Opéra-Comique).
L'antre jour, pour un bal divin,
Lli PETIT DRAGON 13*3
J'étais déjà toute parée.
Hélas ! je comptais sur sa main ;
J'attendis toute la soirée.
Il me fuit, il me tient rigueur ;
C'est en vain que je le réclame :
Enfm je ne suis que sa sœur.
Et l'on me prendrait pour sa femme.
Aussi je viens le chercher pour le bal de ce soir : car il est capable de m'avoir encore oubliée.
LE GOUVERNEUR
T'oublier? non; mais comme ton frère est aux arrêts depuis trois jours, tu peux chercher un autre cavalier.
CONSTANCE
Vous n'en faites jamais d'autres!... En vérité, mon oncle, cela n'a pas de nom ! me priver de mon frère ! moi qui n'ai que lui pour me conduire dans le monde en l'absence de mon mari!... Certainement je ne m'oppose pas à ce que vous mettiez Alfred aux arrêts : il le mérite, rien que pour son manque de parole de l'autre jour... mais arrangez-vous, au moins, pour que ses jours de prison ne tombent pas sur mes jours de bal. Que voulez-vous que je devienne ce soir?
LE GOUVERNEUR
Est-ce qu'on ne peut pas te dédommager de ce bal ? Si,
par exemple, je t'engageais à passer la soirée avec moi ?
CONSTANCE
Certainement, mon oncle, c'est fort agréable ; mais je suis priée pour dix valses, au moins. Je vous le demande, puis-je manquera ma parole, à des engagements sacrés?
LE GOUVERNEUR
C'est juste. Pourtant, si je t'offrais un rôle dans une petite comédie que nous allons jouer?
CONSTANCE, vivement.
Comment! mon oncle, ici, la comédie au milieu des gui-
chets, des porte-clefs? ce sont vos prisonniers qui seront sans doute vos acteurs et vos spectateurs !
LE GOUVERNEUR
Précisément.
CONSTANCE
C'est délicieux.
LE GOUVERNEUR
AIR : Tentz, moi, je suis un bon homme. {Ida.)
Chez moi toujours la foule abonde.
CONSTANCE
Mais c'est, qu'en directeur zélé.
Afin d'avoir toujours du monde, Vous tenez le public sous clé.
LE GOUVERNEUR
Chacun, comme à la comédie, Peut applaudir ou bien siffler.
CONSTANCE
Mais par malheur, quand il s'ennuie.
Le public ne peut s'en aller.
LE GOUVERNEUR, souriant.
Oli ! il se gardera bien de s'ennuyer tant que vous serez en scène.
CONSTANCE
C'est décidé, je renonce à mon bal ; mais au moins, mon cher oncle, mettez-moi au cojirant.
LE GOUVERNEUR
C'est une leçon que nous voulons donner à une petite tille de dix-sept ans.
CONSTANCE, souriant.
De dix-sept ans?... Ah ! j'y suis... mon frère joue aussi, n'est-ce pas ?
LE GOUVERNEUR
Mais cela se pourrait bien.
CONSTANCE
Je VOUS devine : une petite personne bien langoureuse, bien sentimentale...
ELVINA, derrière le théâtre.
Oui, morbleu! je parlerai au commandant, et malgré vous.
CONSTANCE, étonnée.
Qu'est-ce que cela, mon oncle ?
LE GOUVERNEUR
C'est la jeune personne langoureuse et sentimentale... qui peut-être rosse le geôlier.
CONSTANCE
Ah !... mon Dieu !..
LE GOUVERNEUR
Elle me cherche sans doute; il ne faut pas qu'elle te voio : va m'attendre dans mon cabinet, je t'expliquerai tout.
AIR du vaudeville des Gascons,
Tu serviras notre dessein.
Pour que la fSte Soit complète, Et pour que l'ouvrage aille enQn Sans accident jusqu'à la fin.
CONSTANCE
Vous allez gronder, je parie, Alfred va parler sentiment; Moi, parler raison, c'est charmant ; Nous jouerons tous la comédie.
Ensemble.
LE GOUVERNEUR
Tu serviras notre dessein, etc.
CONSTANCE
Je servirai votre dessein, etc.
(constance sort.;
liO COMÉDIES — VAUDEVILLES