‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 118 sur 188 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les mêmes; PAMÉLA, FLORIGNY.

FLORIGNY, ù la cantonade.

Prenez garde à mon boghei... William... restez toujours à la tète du cheval... et qu'on voie bien que ce n'est pas un cabriolet de louage...

AIR : Cet arbre apporté de Provence, (tes Deux Panthéons.)

On est forcé d'avoir équipage

Pour peu qu'on veuille être du bon Ion,

Et je n'estime, en fait de suffrage.

Que celui des gens à phaëton.

En quittant ma voiture légère,

Chaque soir je suis humilié

De m'entendre applaudir au parterre

Par des gens qui sont venus à pié.

PAMÉLA

Eh! mon Dieu! dépêchons-nous... Ce n'est pas pour la

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pièce nouvelle, puisque nous n'y jouons pas... Mais il y a une autre répétition, qui est à onze heures précises.

FLORIGNY, tirant sa montre.

Eh bien!... midi et demi?... Les auteurs attendront... J'ai dit hier au soir que j'irais au bois de Boulogne... Je n'ai pas dit, il est vrai, que ce fût avec vous...

PAMÉLA

C'est égal... On le saura.

FLORIGNV.

J'y compte bien... On est si bavard dans ces théâtres... (a Ernest.) Ah ! c'cst mousieur Erncst, notre jeune auteur!... On vous a dit, mon cher, combien j'étais désolé de ne pas pouvoir jouer votre rôle ; mais examinez un peu ma position ! Je joue les EUeviou, dans un théâtre secondaire, il est vrai!... Mais enfin, si on trouve que j'ai un talent de premier ordre, ce n'est pas ma faute.

ERNEST

Non, sans doute...

FLORIGNY

Si le public aime à me voir... je ne peux pas me prodiguer !...

ERNEST

. D'accord...

FLORIGNY

Je cherche, au contraire, à me rapprocher le plus possible des grands acteurs, je joue rarement... Je prends des congés... J'ai même été obligé de louer une petite rtiaison de campagne à Saint-Cloud.

AIR : Dans cette maison, à quinze ans.

Ah! c'&st terrible, croyez-moi; Mon existence est opprimée, Enfin je ne suis plus à moi, Je me dois à ma renommée.

Je suis bien à plaindre vraiment;

C'est, d'honneur, plus je l'examine, Un malheur d'avoir du talent.

ERNEST

Allons, le mal n"est pas si grand Que monsieur se limagine.

Et si au moins mademoiselle voulait ne pas refuser mon rôle !

PAMÉLA

Eh ! mon Dieu, en hiver... je ne demanderais pas mieu.x... Mais, en été... impossible ! Je suis comme monsieur... j'ai aussi ma maison de campagne...

FLORIGNY

Oui, nous avons loué dans le même endroit... Si monsieur voulait nous faire le plaisir de venir dîner...

ERXE5T, froidement.

Je ne puis donc pas espérer... monsieur, que vous voudrez bien...

FLORIGNY

Non, ne me pressez pas davantage... parce que vous me désespérez, s'il faut vous le dire... Le rôle ne me convient pas... Vous y avez mis de la sensibilité... Que diable ! EUeviou jouait les mauvais sujets, vous devez le savoir ! Et puis vous mettez là-dedans des airs de vaudeville... Elleviou préférait les rondeaux...

ERNEST

Oui, monsieur ; mais Elleviou chantait.

FLORIGNï.

Il chantait... il chantait, parce que cela lui plaisait... Je ne vois pas la nécessité, quand on prend quelqu'un pour modèle, de le copier servilement en tout...

ERNEST

Cependant quelques personnes qui s'intéressent à moi m'avaient fait espérer que, par égard pour leur recomman-

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dation... (Montrant l'Homme Noir.) Monsicur, par exemple...

FLORIGNY

Eh, parbleu! quand ce serait... (Apercevant l'Homme Noir qui

le salue. — A demi-voix.) Qu'ai-je VU?... Paméla... c'est lui...

PAMÉLA, bas.

Eh bien! qu'avez-vous donc? Quel est cet homme ?...

FLORIGNY, de même.

Silence ! je vous l'expliquerai.

l'homme NOia, bas à Ernest.

Ils joueront... je vous en réponds !

DUFOUR, de même.

Oui, jeune homme, ils joueront.

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