SCÈNE V
Les mêmes; PAMÉLA, FLORIGNY.
FLORIGNY, ù la cantonade.
Prenez garde à mon boghei... William... restez toujours à la tète du cheval... et qu'on voie bien que ce n'est pas un cabriolet de louage...
AIR : Cet arbre apporté de Provence, (tes Deux Panthéons.)
On est forcé d'avoir équipage
Pour peu qu'on veuille être du bon Ion,
Et je n'estime, en fait de suffrage.
Que celui des gens à phaëton.
En quittant ma voiture légère,
Chaque soir je suis humilié
De m'entendre applaudir au parterre
Par des gens qui sont venus à pié.
PAMÉLA
Eh! mon Dieu! dépêchons-nous... Ce n'est pas pour la
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pièce nouvelle, puisque nous n'y jouons pas... Mais il y a une autre répétition, qui est à onze heures précises.
FLORIGNY, tirant sa montre.
Eh bien!... midi et demi?... Les auteurs attendront... J'ai dit hier au soir que j'irais au bois de Boulogne... Je n'ai pas dit, il est vrai, que ce fût avec vous...
PAMÉLA
C'est égal... On le saura.
FLORIGNV.
J'y compte bien... On est si bavard dans ces théâtres... (a Ernest.) Ah ! c'cst mousieur Erncst, notre jeune auteur!... On vous a dit, mon cher, combien j'étais désolé de ne pas pouvoir jouer votre rôle ; mais examinez un peu ma position ! Je joue les EUeviou, dans un théâtre secondaire, il est vrai!... Mais enfin, si on trouve que j'ai un talent de premier ordre, ce n'est pas ma faute.
ERNEST
Non, sans doute...
FLORIGNY
Si le public aime à me voir... je ne peux pas me prodiguer !...
ERNEST
. D'accord...
FLORIGNY
Je cherche, au contraire, à me rapprocher le plus possible des grands acteurs, je joue rarement... Je prends des congés... J'ai même été obligé de louer une petite rtiaison de campagne à Saint-Cloud.
AIR : Dans cette maison, à quinze ans.
Ah! c'&st terrible, croyez-moi; Mon existence est opprimée, Enfin je ne suis plus à moi, Je me dois à ma renommée.
Je suis bien à plaindre vraiment;
C'est, d'honneur, plus je l'examine, Un malheur d'avoir du talent.
ERNEST
Allons, le mal n"est pas si grand Que monsieur se limagine.
Et si au moins mademoiselle voulait ne pas refuser mon rôle !
PAMÉLA
Eh ! mon Dieu, en hiver... je ne demanderais pas mieu.x... Mais, en été... impossible ! Je suis comme monsieur... j'ai aussi ma maison de campagne...
FLORIGNY
Oui, nous avons loué dans le même endroit... Si monsieur voulait nous faire le plaisir de venir dîner...
ERXE5T, froidement.
Je ne puis donc pas espérer... monsieur, que vous voudrez bien...
FLORIGNY
Non, ne me pressez pas davantage... parce que vous me désespérez, s'il faut vous le dire... Le rôle ne me convient pas... Vous y avez mis de la sensibilité... Que diable ! EUeviou jouait les mauvais sujets, vous devez le savoir ! Et puis vous mettez là-dedans des airs de vaudeville... Elleviou préférait les rondeaux...
ERNEST
Oui, monsieur ; mais Elleviou chantait.
FLORIGNï.
Il chantait... il chantait, parce que cela lui plaisait... Je ne vois pas la nécessité, quand on prend quelqu'un pour modèle, de le copier servilement en tout...
ERNEST
Cependant quelques personnes qui s'intéressent à moi m'avaient fait espérer que, par égard pour leur recomman-
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dation... (Montrant l'Homme Noir.) Monsicur, par exemple...
FLORIGNY
Eh, parbleu! quand ce serait... (Apercevant l'Homme Noir qui
le salue. — A demi-voix.) Qu'ai-je VU?... Paméla... c'est lui...
PAMÉLA, bas.
Eh bien! qu'avez-vous donc? Quel est cet homme ?...
FLORIGNY, de même.
Silence ! je vous l'expliquerai.
l'homme NOia, bas à Ernest.
Ils joueront... je vous en réponds !
DUFOUR, de même.
Oui, jeune homme, ils joueront.