SCENE IV
Les MH;.MES ; M. DERMONT, qui entre en regardant autour de lui. M™^ DEFONROSE, bas.
Comment! celui dont nous parlions tout à l'heure...
SAINT-AMAND, de même.
En personne... Par exemple la rencontre serait plaisante... et je ne me doutais pas... (Haut.) Comment se porte le cher Dermont ?
DERMOXT, se retournant vivement.
Hein!... qu'est-ce que c'est? Gomment c'est vous, Sainl- Amand?Eh! mais, mon cher, quelle mauvaise habitude avezvous donc d'appeler les gens par leur nom?... Je ne voulais pffs être connu.
SAINT-AMAND
J'entends, vous venez ici incognito.
DERMONT, à voix basse.
C'est vrai!... une aventure délicieuse.
SAINT-AMA.XD.
Vous serez donc toujours mauvais sujet
DEUMONT.
Le plus longtemps possible...
SAINT-AMANB.
Il serait cependant bientôt temps de vous retirer et de nous laisser exercer à notre tour !
AIR du vaudeville du Piège
Nous réclamons contre un abus Qui vivement nous intéresse ; Grâce au bon ton, grâce aux Titus, On veut rester jeune sans cesse.
Et dans ce siècle, où l'on fait tant De réformes de toute espèce, La mode gagne... et l'on prétend Qu'on va supprimer la vieillesse.
(Continuant. )
Il me semble qu'à cinquante-trois ans...
DERMONT
Cinquante-deux, mon cher... c'est le bel âge! Autrefois, qui disait un notaire... disait un homme bien grave, bien pesant, enfoncé dans son droit et dans ses coutumes... un avare qui faisait mourir de faim ses pauvres clercs. Maintenant, quelle différence ! un notaire est un homme du monde, un homme de bon ton... J'ai tous les jours des dîners en ville, et mon maitre-clcrc mène ma femme à l'Opéra ! Les clients ne me trouvent pas toujours chez moi, il est vrai, mais je n'ai pas acheté ma charge cinq cent mille francs pour rester <à mon étude comme un notaire de campagne. Cependant, quand il le faut, je suis à mon état; je fais mes contrats de mariage dans ma calèche... et je cours le testiment en cabriolet.
SAINT-AMAND
AIR : On dit que je suis sans malice, (te Bouffe et le Tailleur.)
Oui, telles sont vos habitudes, Mais on prétend que les éludes
l'hôtkl des bains 251
Étaient plus sûres de moitié Quand le notaire allait à pié.
Combien l'on compterait de chules, Si l'on eût gardé les minutes De chaque faux pas qu'ils ont fait, Depuis qu'ils ont cabriolet !
DERMONT
Bah! bah ! ce sont nos envieux qui prétendent cela... Je vous disais donc, une aventure incompréhensible... une belle inconnue que je poursuis depuis le dernier bal de l'Opéra, il y a bientôt trois mois ! je n'ai pas encore entrevu sa figure... mais chaque jour j'en reçois des lettres qui m'arrivent d'une manière magique et surnaturelle, des lettres admirables... dans le genre de VHélo'ise... du Jean-Jacques tout pur, et vous sentez bien que je réponds dans le même style.
SAIXT-AMAND,
Oui... style de notaire.
DERMONT
Enfin... elle m'a t'ait dire de me trouver ici ce matin... J'ignore encore par quels moyens elle se fera reconnaître ; mais, n'importe, me voilà.
AIH du l'ot de fleurs.
Aujourd'hui ji; t^aurui peul-ûtie Quels sont cnvurs moi sus desseins.
SAINT-AMAND
C'est donc pour se faire connaître Qu'elle vient à l'Hôtel des bains?
DERMONT
Oui, grâces à ma bonne étoile, L'incognito va disparaître ici.
SAlNT-AMAND.
Moi, j'aime assez le lieu qu'elle a choisi Poiu" déchirer enfin le voile.
Et que dirait votre femme, madame Dermorit.si elle savait...
DERMONT
Chut donc! (eh riant.) Comme par un fait exprès... ma femme est sortie ce matin de bonne heure... Elle va deux fois par mois à un comité de bienfaisance...
jime DEFONROSE, à part.
Oui, de bienfaisance...
SAI:\T-AMAND, bas à M"''' Defonrose.
Taisez-vous donc...
DERMONT
C'est qu'elle est très-bonne... très-charitable, ma femme... et, en outre .. un neveu que j'avais chez moi...
S.VINT-AMAND
Ah! oui, le petit Victor...
DERMONT
Un mauvais sujet qui a déjà des dispositions à marcher sur mes traces... et que j'ai fait partir ce malin par les Grandes Messageries... Il va en vacances chez son père... de sorte que par ce moyen je suis le maître de la maison. (Prenant sa lorgnette.) J'ai beau regarder, je ne vois personne...