‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 170 sur 188 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

Les mêmes ; SOPHIE, paraissant à la porte du cabinet et faisant signe à M'"*' de Luceval qu'elle veut lui parler.

SOPHIE, à mi-Toix.

Ma cousine!... (.v part.) Si je pouvais lui parler...

jjme jjj; LUCEVAL, bas et lui faisant signe.

Rentre et écoute...

(Sophie rentre dans le cabinet et passe sa tête par l'œil-de-bœuf.) NARCISSE, qui retourne la tête de ce côté, l'aperçoit et recule effrayé.

Ah! mon Dieu ! qu'est-ce que j'ai vu là?...

M°"= DE LfCEVAL, à part.

Voilà tout mon ouvrage gâté.

NARCISSE

Je suis ici... et j'ai cru m'apercevoir... là, dans ce cabinet... je suis partout...

(il fait un pas pour regarder encore.) M™^ DE LUCEVAL, l'arrêtant.

Ce... ce n'est pas étonnant... et rion n'est plus facile à vous expliquer. Est-ce que vous ne savez pas ce que c'est qu'un miroir?...

NARCISSE

Un miroir !... non... J'ai bien lu dans un conte de fée qu'il y avait une fois une princesse qui ne pouvait se lasser de se regarder dans son miroir... mais je n'ai jamais couipris...

M™« DE LUCEVAL

Eh bien, voilà!... c'est un talisman magique, qui nous retrace fidèlement nos traits et jusqu'à nos moindres gestes.

NARCISSE

Serait-ce possible ! mais c'est un trésor...

M'"^ DE LUCEVAL

Aussi beaucoup de gens no peuvent s'en passer...

AIR : Il me faudra quitter l'cnipiro. {Les Filles à marier

C'est là le conseiller suprême, Dans le boudoir, dans le salon; Il nous offre un autre nous-même.

NARCISSE

Partout et dans toute saison On doit l'employer?...

M™^ DE LUCEVAL

C'est selon :

Au printemps, on le trouve utile, On l'interroge encore dans l'été ; Mais vient l'hiver, il n'est plus consulté...

Comme tant d'autres on l'exile

Pour avoir dit la vérité!

NARCISSE, avec véliémenco.

Je ne la crains pas! moi, je veux la connaître (ii quitte

madame de Luceval et se met vis-à-vis l'œiUde-bœuf où il aperçoit Sophie à qui madame de Luceval fait des signes.) C'CSt pourtant vrai!... vous ne m'aviez pas trompé.,. (Regardant le portrait qu'il a è la

mnin et puis Sophie.) Oui, me voilà bien ! (Riant.) Est-cc étonnant !... (Sophie se met à rire.) Tiens!... il rit aussi... Narcisse!... il ouvre la bouche, il a l'air de me parler ! (n fait

différentes grimaces que Sophie essaie de répéter à madame de Luceval.)

Je vous demande mille pardons... mais, vous sentez, quand on ne s'est jamais vu...

M™'= DE LUCEVAL

Comment donc?... mais je vous en prie... (a part.) Je ne serais pas fâchée de le voir se faire une déclaration.

NARCISSE

Oh! la jolie figure !... Quoi ! me voilà !... Image adorée, si mes vœux brûlants te pouvaient donner une existence matérielle, comme il arriva jadis à ce fameux sculpteur... Ap-

prochons. (sophie se retire un peu.) Tiens ! je recule ! Narcisse! Narcisse ! tu me fuis, (ii s'envoie des baisers.) Jc ne sais ce que je veux!... je brûle... j'ai froid... et dire que jamais... jamais ]G ne pourrai te poss(^der... oh 1 à cette seule idée je ne me possède plus, et plutôt briser mille fois cette glace incendiaire.

(il fait un mouvement.) jfnie pE LUCEVAL, passant derrière lui, et fermant le rideau de l'œil-debœuf.

Arrêtez !

NARCISSE

Dieu ! que faites-vous? Vous m'enlevez, vous me dérobez à mes propres yeux.

M™'' DE LUCEVAL

Sans doute, je crains les suites d'une passion aussi violente... Que dirait mon oncle?

Oh ! qu'il dise ce qu'il voudra ! qu'il écrive à mon papa... Je ne veux plus épouser personne; plus de mariage de convenance, tout à l'amour... je reste garçon ! vous pouvez le lui annoncer de ma part..'.

M"^'' DE LUCEVAL

Oh ! j'y cours de ce pas. (Apercevant Léon qu'elle rencontre au

tond du théiitro.) Jc n'ai pas le temps de vous parler... mais votre rival est amoureux fou... ne vous mêlez de rien... je cours parler à M. de Menneville.

(Elle sort ; et, pendant ce temps et les premiers mots de la scène suivante,

Narcisse s'est approché du cabinet.)

NARCISSE, cognant au cabinet.

Narcisse !... Narcisse!... c'est moi...

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