NARCISSE, LÉON
LÉON, à part.
Comment ! ne me mêler de rien... quand il est amoureux... Madame de Luceval a beau dire, avec tous ses moyens... le plus sûr est de nous débarrasser de mon rival... et je n'ai pa de temps à perdre. (Apercevant Narcisse.) Ah! le voici... (Haut.) Pardon, monsieur, j'ai à vous parler en particulier.
NARCISSE, préoccupé.
C'est mon jeune peintre... Monsieur, je suis à vos ordres..
LÉON
Je vais droit au fait. Je sais que vous êtes amoureux.
NARCISSE
Comment, monsieur?...
LÉON
Oui, monsieur, vous aimez, j'en suis instruit... Je n'ai pas besoin de vous nommer la personne... vous la connaissez comme moi... mais ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que j'aime aussi...
NARCISSE
Je suis ilatté de ce que vous me taites l'iionneur de me dire... mais je ne conçois pas ce qui a pu taire naître une telle affection.
LÉON
Comment ! ce qui a pu faire naître ?... L'objet le plus aimable... le plus séduisant...
NARCISSE, saluant.
Vous êtes trop indulgent... et franchement vous exagérez... vous me faites rougir...
LÉON, à mi-Toix.
Le fat!... il la regarde déjà comme sa propriété... (iinut.) Enfin, monsieur, finissons : je l'aime... je vous l'ai dit... et j'entends même que vous vous en sépariez à l'instant...
NARCISSE
Par exemple, c'est un j)eu fort.
LÉOX.
Et que jamais vous ne lui disiez un mot.
NARCISSE, â part.
Allons, voilà qu'il me défend les monologues maintenant.. (Haut.) Monsieur, je suis désolé de vous désobliger; mais vous sentez que cela est impossjble.
LÉON
Alors, monsieur, vous m'en rendrez raison... et il faut qu'un de nous deux brûle la cervelle à l'autre.
NARCISSE, à part.
Ah çà ! mais il est fou... il aime les gens et il leur brûle la cervelle... (iiaut.) Je vous prie, monsieur, de me faire l'amitié de ne plus être mon ami.
LÉON
AIH : Les rcvcnanls n'aimont pas los mililaires. {Le Vampire.)
Cédez, ou bien Je vous brûle la cervelle ;
Cédez, ou bien Je ne réponds plus de rien.
NARCISSE
Je n'entends rien A cette amitié nouvelle ;
Je croyais bien Qu'il me voulait plus de bien.