‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 179 sur 188 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

VlEUBRIQUET, qui retourne près de la porte, TRICOT,

M""" BONAGGUEIL.

TRICOT

Invalide, à votre poste!

jjime BONACCUEIL.

Eli bien ! laissez-moi donc passer !

TRICOT

Impossible, madame, nous ne pouvons pas.

jime BONACCUEIL.

Que je parle au moins à quelqu'un du Gymnase !

TRICOT

Qu'y a-t-il pour votre service?... je le devine : vous demandez à entrer.

M™" BONACCUEIL.

Au contraire, (.Monu-ant ses clefs.) je demande à l'aire entrer les autres; je voudrais une place d'ouvreuse de loges.

TRICOT

Diable! diable! madame, ce sont des places bien recherchées ; nous avons beaucoup de demandes.

M™*' HONACCUEIL,

Mais, moi, monsieur, j'ai fait mes preuves; ce n'est pas d'aujourd'hui que j'exerce, et vous pouvez vous informer de madame Bonaccucil.

TRICOT

Le nom promet.

M""^ BONACCUEIL.

Je puis dire que je suis au théâtre depuis mon enfance.

AIR : La séance est terminée. (Flore et Zéphyre.)

Avec un peu d' gentillesse,

On se pousse toujours là.

J' débutai dans ma jeunesse

Au balcon de l'Opéra.

Je n' voyais qu' des diplomates,

Et là, plus d'un grand seigneur

Dans des missions délicates

M' choisit pour ambassadeur.

Mais on décim' nos cohortes :

R'gardant comm' soins superflus

A Favart d'ouvrir des portes Oii personne n' frappait plus.

Quittant à r'gret le lyrique,

On m' chargea peu d' temps après,

Vu mon goût pour la musique,

D'ouvrir l'orchestr' des Français.

Pour Sluart et sa belle intrigue, Que de mal nous avons eu!

J'en s'rais morte de fatigue Si r Paresseux n' fût pas v'nu.

Pour me r'fair' quelques semaines, A rOdéon j' m'en allai; Aux Vêpres Siciliennes J'eus trois fois le bras foulé; Mais tout le temps, sans reproches, Que Pliocion fut r'présenté, J'avais les mains dans mes poches Et mes clefs à mon côté.

Ainsi, de tout's les manières.

Mon p'tit talent fut placé.

J' n' demande plus les premières, Aux s'cond's mem' j'ai renoncé.

Aux troisièm's j'étais naguère.

Mais tous mes vœux s'ront remplis, Si, sur la fin d' ma carrière.

J'ai les clefs du paradis.

TRICOT

Le paradis? c'est trop juste, elle l'a l)ieii gagné. Allons, ma bonne, je vous promets ma protection, pourvu que vous songiez bien à ce que je vais vous dire.

M"'^ BONACCUEIL.

Ah ! monsieur, vous n'avez qu'à parler.

TRICOT

Voilà ce que nous voulons.

.•l//i du ISallet des l'ierrols.

Sans cire obligé de se battre, Que les spectateurs soient assis, Et que dans les loges de quatre On n'en mette pas plus de six; Placez chacun comme il désire, Sans en exiger do cadeau.

M'"'' BONACCUEIL.

.\h! pour le coui), on pourra dire:

C'est bien un théâtre nouveau.

TRICOT

Mêaie air.

On n'entendra pas les ouvreuses Parler plus haut que les acteurs; Et jamais leurs mains scrupuleuses Ne mettront d'écriteaux menteurs.

La salle ne sera pas pleine Avant qu'on ouvre le bureau.

M"^'' BONACCUEIL.

Ah! pour le coup, j'en suis certaine, C'est bien un thcàlrc nouveau.

Soyez tranquille, monsieur.

Alli : Poyaso csL uii cheval qui iiortc. (tes Ciiefilles de Muitru Adam.)

R'nonçant à d'ancienn's habitudes, A vos goûts on se conform'ra :

Et dans mes nouvelles études, L' désir d' vous plaire m' soutiendra.

Messieurs, quand un hasard propice En ces lieux conduira vos pas.

Mes clefs sont à votre service, Mais ne me les empruntez pas.

(Elle sort.)

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