‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 185 sur 188 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les mêmes; M. PONCTUEL, puis LA COMTESSE CHINCHILA, M. DUJOUR et CÉCILE.

PONCTIEL.

Silence donc, monsieur Tricot! vous faites un bruit à noire porte ! vous allez réveiller la fille de la maison, qui revient de la Belgique et qui était si fatiguée qu'elle s'est endormie en arrivant.

(On entend la ritournelle de l'air suivant.) TRICOT, regardant.

La voilà qui vient de ce côté... et, Dieu me pardonne ! elle dort encore.

DUJOUR.

Comment! elle dort en marchant? Voilà qui est trôs-curieux.

LA COMTESSE CHINCHILA.

Oh! certainement, je reste.

CHœUR.

AIR de la contredanse de La Soimiambiile.

Silence {Bis.) La voilà qui s'avance :

Silence! (Bis.) Surtout n'arrêtons pas

Ses pas.

Sa grâce Efface Les amours qui suivent sa trace ; Et même On aime Son sommeiL

Autant que son réveil.

Silence ! {b/s.) Chez nous elle s'avance. >

Silence ! (sis.) Surtout n'arrêtons pas

Ses pas.

CÉCILE

Oui, dépêchez-vous! nous n'arriverons jamais... ah! mon Dieu! quelle route et quels chevaux !... (Écoutant.) Oui, je suis pressée... (Écoutant.) Si l'on m'attend à Paris?... sans doute on m'attend... du moins je l'espère !... enfin voilà la barrière... nous entrons... Comment... où je veux descendre?... Boulevard Bonne-Nouvelle... Oh! mon Dieu! à mesure que nous approchons, le cœur me bat... Postillon, plus doucement... il va comme le vent. A présent, je voudrais ne pas arriver... comment vais-je être accueillie?... ne m'aurat-on pas oubliée ? Ah ! j'ai entendu mon nom. . quelqu'un m'a saluée... (s'inciinant.) On me reconnaît!

(Elle penche la tète sur le fauteuil et s'endort.) TRICOT.

C'est étonnant ! ça me fait l'effet de la Belle au bois dormant.

DUJOUR.

Taisez-vous donc, vous allez l'éveiller.

CÉCILE, se lerant vivement.

Mais un instant, mademoiselle... on peut bien attendre un instant... dites au régisseur que je veux lui parler... qu'il monte sur-le-champ... Ah! vous voilà!... Comment, monsieur, vous faites commencer?... vous voyez bien que je ne suis pas encore prêle, que ma toque n'est pas encore posée... et je ne descendrai pas sans mes marabouts... (Écoutant ) Hein... qu'est-ce que vous dites?,.. Certainement au Gymnase... (Écoutant.) Comment, monsieur, on ne fera pas d'entr'actes, et l'on ne fera jamais attendre le public... c'est différent... je des-

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Cends... écoutez... voilà les trois coups... (L'orchestre joue avec sourdines l'air : Dormez donc, mes chères amours.) C'CSt l'ouvcrture qui COnimcnCS... (Arrangeant ses gants, sa coiffure, et repoussant sa robe avec son pied, comme si c'était une robe longue. ) On a bOEU

dire... ce moment-là produit toujours un certain effet... moi surtout qui n'ai pas encore vu la salle... si je regardais à travers la toile ... Ah ! mon Dieu !.. . quel coup d'œil ! . . . comme c'est joli et comme ça fait peur !

AIR : Dormez donc, mes chères amours. {Le Repos.)

Ici, quel spectacle enchanteur!

Je sens déjà battre mon cœur

Et de plaisir et de frayeur.

Combien ces loges sont brillantes!

Que de toilettes séduisantes!

Ah ! combien de femmes charmantes !

Vraiment, elle y voit en dormant.

Vraiment, vraiment !

Je crois qu'elle y voit en dormant !

CÉCILE, écoutant.

Tuisez-vous donc ! je crois qu'on applaudit.

DUJOUR.

Ma foi, j'ai envie de l'interroger.

LA COMTESSE CIIINCHILA.

Oui, on prétend que les somnambules répondent quand on leur parle.

DUJOUR.

Et on assure môme qu'elles disent toujours la vérité.

TRICOT

Oui, croyez cela ; ce sont des contes à dormir debout.

DUJOUR.

Silence !

AIR du Pont de Khel.

Premier couplet.

0 vous, dont l'œil découvre L'avenir incertain, Du théâtre qui s'ouvre Quel sera le destin?

CÉCILE

Ici, bientôt un autre

Vous le dira,

(ilontrant le parterre.)

Et mon juge et le vôtre

N'est-il pas là ?

Deuxième couplet.

Momus me le révèle, Le public va venir.

Mais je vois que le zèle Peut seul le retenir...

On le dit infidèle ;

Malgré cela.

Que la gaité l'appelle, (Montrant le parterre.) Il sera là.

(On entend dans le fond la ritournelle du chœur suivant à grand orchestre.)

PONCTUEL

Ah ! mon Dieu! ce sont nos chœurs qui répètent : ils vont l'éveiller, et dans quel moment encore !

CHCEUR en dehors.

AIR .-Vive le Roi.

Des fous de plus Par le plaisir élus, Pour le joyeux Momus Quelle Bonne nouvelle !

Des fous de plus; Ce sont les vrais élus

LE UOULEVAUD B ONN E -NO U VEL LE 353

Qui chantent l'orémus Au temple de Momus.

CÉCILE, qui pendant le chœur précédent s'est un pou réveillée.

Que m'est-il donc arrivé? et où suis-jc?

DUJOUR.

Eh! mais, mabelle enfant, vous êtes à Paris, au Gymnase.

CÉCILE

Au Gymnase?... comme dans mon rêve.

DUJOUR.

Regardez plutôt cette nouvelle salle.

CÉCILE

Oui... ce monde... ces loges brillantes... comme dans mon rêve ; et qu'est-ce que j'ai entendu là ?

PONCTUEL

Nos chœurs, qui répètent au foyer.

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