SCÈNE II
Les mêmes; LOURDORFF, LE COMTE DE VALBERG,
CHARLES, qui se tient y l'écart.
LOURDORFF.
Non, mon cher général, vous ne passerez pas ainsi devanL mon château ; c'est aujourd'hui même que je me marie, aujourd'hui à minuit, il faudra bien que vous assistiez à ma noce; et voilà ma femme, madame Lourdorff, qui va joindre ses instances aux miennes. (Hemiance fait la révérence.) Mesdames, j'ai l'honneur de vous présenter le feld-maréchal comte de Yalberg, mon protecteur.
LE CO.MTE.
Dites votre ami.
4G comédip:s — vaudevilles
HERM.VXCE, bas à Xanry.
C'est Toncle d'Adolphe.
» XANCV, de même.
Je le sais bien...
HERMAXCE, de même.
Cet oncle si sévère.
XAXCY, de même. i
Je l'ai vu...
LE COMTE
Certainement, ce que je vois ici serait bien fait pour m'arrèter... si je n'avais, mon cher Lourdorff, des affaires de la dernière importance... Charles... demandez des chevaux.
CHARLES
Oui, général.
LOURDORFF.
Et dites à Saussmann, mon concierge, de venir; j'ai à lui parler, ^'charies sort.) Ah çà ! général, (juelles peuvent être les raisons d'un départ aussi prompt?
LE COMTE
Oh! ce sont des raisons... des raisons très-extraordinaires... Ces dames et vous, pourrez en juger... D'ailleurs, maintenant que j'y pense, je ne serai pas fâché de vous demander des renseignements sur un événement dont vous avez été le témoin : J'avais un neveu charmant, l'orgueil de sa famille... l'espoir de son pays... Adolphe de Valberg, dont vous avez peut-être entendu parler.
HERMAN'CE, ba'ssant les yeux.
Oui... oui... monsieur...
XAXCV, ù part.
Oh ! mon Dieu !
LE COMTE
Depuis longtemps, je^ méditais pour lui, à Vienne, un
mariage superbe, la fille du ministre ! J'écris à Adolphe ; monsieur refuse. Il était aimé, disait-il, d'une jeune personne charmante, dont j'ignore le nom ; il l'adorait, sous prétexte qu'elle lui avait juré une fidélité éterneUe. Je vous le demande, la belle garantie !... Morbleu ! dans le dépit de voir mes ordres méconnus, je sollicitai, j''obtins du ministre Tordre de le tenir aux arrêts au fond de la Hongrie, dans la citadelle de Temesvar. Eh bien ! au lieu d'y rester tranquille, ce coquin-là, qui avait juré de me faire mourir de chagrin, s'avise de tomber malade. La guerre était alors déclarée; je commandais mon corps d'armée, et je ne pouvais voler auprès de lui. Je charge de ce soin le baron de Lourdorff, je Je prie de m'informer, au juste, de l'état démon neveu, car je craignais toujours que cette maladie subite ne fût une ruse de guerre; point du tout, le baron arrive au moment même...
LOURDORIT. 4
Oh ! mon Dieu, on aurait dit qu'il m'attendait; car à peine lui eus-je appris que c'était moi, Lourdorff, qui venais de la part de son oncle, crac, le pauvre jeune homme...
LE COMTE
Eli bien ! mon ami, c'est justement là-dessus que je veux vous interroger encore ; dites-moi franchement, étes-vous bien sîir que mon neveu...
LOURDORFF.
Comment, si j'en suis sûr ! je l'ai vu, vu de mes propres yeux, et le lendemain j'ai assisté à son convoi.
LE COMTE
Eh bien ! apprenez qu'un mois après, je ne sais si c'est un rêve de mon imagination, mais moi-même...
AIR : Époux imprudent, lils rebelle. {Momieia-^ Guillaume.)
Dans un combat, désarmé, sans défense, J'allais périr, lorsqu'un simple hussard
Devant moi tout à coup s'élance,
De son corps me fait un rempart;
48 COilKDIES — VAUUEVILI-KS
Comme un éclair à mes yeux le fer brille... El j'ai cru voir... c'était un songe vain!
Mais, morbleu ! le sabre à la main,
Il avait un air de famille.
KANCY, vivement.
Comment, monsieur, c'était lui? En ètcs-vous bien sûr?