SCÈNE XIV
Les mêmes ', CHARLES, qui est entré précipitamment sur les derniers mots, l'aperçoit et se précipite dans ses bras en s'écriant :
CHARLES
M. Adolphe ! mon maître !
NANCY
C'est lui !
Scribe. — Œuvres complètes, Ilaae Série. — 6^^ Vol. — 5
ADOLPHE
Tais-toi, malheureux !
CHARLES
Non, je ne vous quitte plus ; cette fois, vous ne nous échapperez pas, votre oncle me suit.
ADOLPHE
.Mon oncle, dis-tu ?
CHARLES
Oui, nous venons de la dernicM'e auberge où vous vous êtes arrêté. Un papier, un mémoire de l'aubergiste, sur lequel vous aviez écrit quelques mots, a frappé les yeux de votre oncle ; nous prenons des renseignements sur vous, vos gens, votre voiture ; nous revenons sur nos pas, et le premier objet que nous apercevons dans la cour du château, c'est la berline qu'on nous a désignée.
ADOLPHE
Adieu, je n'ai pas de temps à perdre.
CHARLES
Non, monsieur, non, vous ne vous en irez pas ; la fuite, d'ailleurs, est impossible. Dans ce moment, M. le comte de Valberg est occupé à faire cerner le château ; toutes les issues sont gardées.
ADOLPHE
Que faire maintenant? Charles, Nancy, vous m'otes dévoués, je peux compter sur votre attacliement, sur votre silence ?
NANCY
Oui, oui, je me tairai; mais vous serez M. Adolphe, n'estce pas? vous le serez toujours ?
ADOLPHE
Oui, Nancy, je ne nie pas que je le sois, je le serai, si cela peut vous faire plaisir. Mais n'importe, je ne me rendrai pas ainsi. La colrre de mon oncle, et la forteresse de
Temesvar en perspective, j'en ai bien assez comme cela ; n'y a-t-il pas quelque .endroil où je puisse me caclier? Ce cabinet.,.
CHARLES
On vous y trouvera toujouis.
ADOLPHE
Allons, en ce cas, employons mon grand moyen. Je n'en connais pas d'autres.
NANCY
.Grands dieux! que voulez- vous taire?
ADOLPHE
Ne craignez rien... Charles, il faut qu'à l'instant...
[il lui parle bos.) .CHARLES.
Comment, monsieur! vous voudriez...
ADOLPHE
Eh bien! ne suis-je plus ton maître? As-tu oublié que je veux dans mes gens un entier dévouement?
CHARLES
Mais, je ne pourrai jamais; c'est une abomination; votre pauvre oncle!...
ADOLPHE
Cent florins ; sinon, tu ne rentreras jamais à mon service.
CHARLES
J'obéis, monsieur! mais il y a conscience.
ADOLPHE
Songe que je serai... là, dans ce cabinet, et que j'entendrai. On vient, pars vite. Nancy, du silence! (a part.; Enfermons-nous à double tour, et soutenons l'assaut.
^11 entre dans le cabinet, et on l'entend fermer la porte à double tour. Charles sort de l'autre côté.)