SCENE IV
DUHAZARD, BEAUVISAGE.
BEAUVISAGE, sortant de son cabinet à gauche. AIR : Ali ! qu'il est doux de vendanger, (tes Vendangeurs.)
En vain je rassemble à grands frais
De grotesques portraits ; A créer des figur's, hélas !
Ici je perds mes peines;
J'en trouve à chaque pas
D' plus farces que les miennes.
DUHAZARD.
• C'est notre voisin Beauvisage, l'élève de Curiius... Eli bien! farceur, comment va le grand vizir, la sultane favorite?
BEAUVISAGE
Hum !... ça va tout doucement.
DUHAZARD.
L'ambassadeur persan... Guillaume Tell... la petite Bébé, tout cela est-il en bonne santé?... Quand il leur manquera quelque chose, vous savez que je suis Là... S'il faut vous remettre un bras, une jambe, ne vous gèncz pas-.
BEAUVISAGE
Pardi ! ils ne se portent que trop bien, ce n'est pas le travail qui les fatigue; vingt-trois sous de recette dans la journée d'iiicr... Mon garçon, on peut bien dire qu'il n'y a plus de goût, et que, n, i, ni, c'est fini pour les beaux-arts.
DUHAZARD.
Oui, mais aujourd'hui les pièces décent sous vont rouler... un jour de fête 1 aussi vous vous êtes mis en frais. (Montrant
l'homme de cire qtii est à la porte.) Voilà VOtrC trOmpette-méca-
nique, que vous avez habillé à neuf.
12 COMÉDIES — VAUDEVILLKS
BEAUVISAGE, soupirant.
Ah ! ce n'est rien que ça, mon voisin... et j'ai manqué une belle fortune!... On peut vous confier cela, à vous qui êtes un ami... (Bas.) J'attendais de Paris... un gaillard solide au poste... sang-froid z'unique, physionomie immobile... qui devait remplir aujourd'hui le rôle de mon trompette, et vous jugez de l'effet... un'automate joué par un homme naturel, c'aurait été le triomphe de la mécanique... mais ça ne se peut pas.
DLHAZARD.
Je devine... une indisposition.
BEAUVISAGE
Ah! mon Dieu, oui, ça ruine les petits théâtres comme les grands.
DLHAZARD.
Mais attendez donc!... il vous faudrait un individu qui ne fût pas de cette ville?...
Sans doute.
BEAUVISAGE
DUHAZARD.
Et cependant une physionomie bcte et sans expression?
BEAUVISAGE
Justement.