SCENE V
Les mêmes; MÉCANIQUE, dans le fond.
DUHAZARD, l'apercevant.
Ah ! mon ami, mon cher ami! (Le prenant par la main et l'amenant devant Beauvisage qu'il regarde d'un air Uébcté,) TCUCZ, queil
dites-vous, hein ?
l/lIOMME AUTOMATE 13
BEAUVISAGE
Ah ! c'est ça même, restez comme ça, en alt'tudc. (a Duhazard.) Tàchez donc de l'engourdir.
DUIIAZARD, à Mécanique.
Je le disais bien, que je te trouverais une condition... te v'ià placé.
MÉCANIQUE, à demi-voix.
Ah! ah! c'est là le pure de Claudine?... v'ià une singulière figure de restaurateur.
DUIIAZARD, Ja même.
Eh non ! le père Lémincé n'a pas voulu te recevoir; alors, ne pouvant te faire entrer dans la maison, je t'ai mis en
face.
MÉCANIQUE
A la bonne heure, mais entendons-nous.
AIR : Non, non, je no veux plus aimer
Je n'aime pas à travailler.
DUHAZARD.
Mon cher, tu n'auras rien à faire.
MÉCANIQUE
Je n' suis pas habile à parler.
DUHAZARD.
Tu n'auras jamais qu'à te taire.
Qu'on n' me donn' pas de commission.
^ BEAUVISAGE
Faut toujours qu'ici lu demeures, Et dès qu' l'auras un' position, T'en auras pour tes vingt-quatre heures.
MÉCANIQUE
Une position! (a Duhazard.) Ah çà, quel diable d'état me donnes-tu donc là?
DUHAZARD, l'amenant près du trompette.
Regarde ce particulier... c'est un de les confrères... te
li COMÉDIES VAUDEVILLES
v'ià enrôlé dans la troupe. (L'empêchant de parler.) MoDsieur te donne la moitié de la recette.
BEAUVISVGE.
Comment? comment?
DLIIAZARD.
Eh! sans doute, il faut payer les talents... Trouvez donc un artiste de la capitale qui consente à jouer en province pour une demi-recette !... il vous demanderait la recette entière... et une gratification... Conclu et arrangé...
MÉC.VMQUE.
A la bonne heure !... mais enfin à quoi suis-je tenu? car encore faut-il se douter de son état.
BEVUVISAGE.
Afin que vous n'en ignoriez, je vas vous donner connaissance de votre engagement. (Tirant de sa poche un papier qu'il lit.)
« Engagement pour les rôles de nature morte, etc., etc. 1° Monsieur... » Comment s'appelle-t-il?
DLHAZARD.
Mécanique.
BEAUVISAGE
Cela se trouve à merveille. 1° « Mécanique doit demeurer immobile toutes les fois qu'il y a public, quand même il ne serait pas en scène. 2° Pour qu'il y ait public... il suffit de deux spectateurs... »
MÉCANIQUE
Diable! deux spectateurs... Les billets donnés comptent-ils?
DLHAZARD.
Tais-toi donc!
BEAUVISAGE
Laissez-moi z'achever. « 3" Quand il n'y a qu'une personne, et même moins, Mécanique peut faire z'à volonté tous les mouvements indispensables aux fonctions naturelles cl animales; il est réputé z"au repos... »
l'homme AUTOMATE 15
MÉCANIQCE.
C'est-à-dire que j'irai me promener, et, clans ce cas-là, qui est-ce qui restera à la porte?
DUllAZARD.
Comme tous les grands acteurs, lu te feras doubler.
MÉCANIQUE
J'entends : par le confrère.
BEAUVISAGE
« 4" Quand 31écanique travaille, comme il est censé être privé de sentiment, il doit recevoir, sans remuer ni pied ni patte... les coups de badine... ta4oches, dariolcs et autres agaceries analogues; il n'y a d'exception que pour les coups de bâton, proprement dits... »
MÉCA?<IQUE.
Je vois qu'outre les profits, il y aura encore le tour du bâton.
DUHAZARD.
Je te dis que tout est réuni.
BEAUVISAGE
Eh! vite, mon garçon! allez vous habiller... Moi, je vas prendre mon tambour et pousser z'à la recette par mes proclamations insidieuses.
(il rentre le mannequin.)
JIÉCANIOL'E, à Duhazanl.
Allt du vauduvillo dvs Cascuits.
Ma foi, faudrait ôlr' ben malin,
En ma qualité d'automate,
Quand on n' peut r'muer ni pied ni patte,
Pour parvenii' à fair' son cli'min.
DUHAZARD.
Plaius-loi donc, mon clier ! tu seras Dans une assez heureuse passe; Du moins si tu n'avances pas, Tu n' sortiras pas de la place.
Enxcmblc.
MÉCANIQUE
Ma foi, faudrait êlr' ben malin, etc.
DUHAZAUD.
On peut, pans Gtre lîicn malin, Jouer un rôle d'automate, Et sans remuer ni pied ni patte, Tu pourras faire ton ciieniin.
(Mocaniiiue sort.)
SCÈiNE VI.- BEAUVISAGE, DUHAZARD.
DUlIAZAr.D.
Ah ! encore un mot : Voyez-vous, je vous demanderai mes •entrées. .. ce n'est pas tant pour la cliose que pour le décorum... ça fait bon effet dans le monde... on dit : c'est le médecin du théâtre... Et pour commencer... pendant que nous avons encore le temjjs... voyez, icàtez-vous... n'auriezvous pas quelque petite indisposition dont on pourrait faire 'juclquc chose?
BEAUVISAGE
Ma foi, non!
DUIIAZARD.
Une petite migraine seulement... je vous en aurais fait «ne fluxion de poitrine.
BEAUVISAGE
Quand je vous dis que je n'ai rien!... mais c'est égal, je vous donne vos entrées.
DUIIAZARD.
Vous n'avez pas quelques cors aux pieds, quelques durillons?
l'homme automate n
BEAUVISAGE
Eh, non! vous dis-je.
(il sort en courant.)