‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 64 sur 188 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les mêmes; TOM.

TOM, à la cantonade.

Oui, VOUS êtes un brutal, et mon maître ne laissera pas insulter ses gens.

VICTOR

Qu'y a-t-il donc?

TOM

AIR : Toutlejonj, le long ilo-la rivière.

C'est un monsieur fort impoli

Qui, menant mal son tilbury.

Vient d'accrocher votre voiture :

J' dis : gare ! il m' répond une injure.

Puis veut fouetter votre cheval; Mais, par bonheur pour le pauvre animal, C'est un maladroit qui frapp' vot' monture Tout le long, le long, le long d' ma figure. (Bis.)

II l'a attrapée depuis là jusque-là. Voyez comme il l'aurait abîmé !

COURTOIS, passant au milieu et s'interposant.

Un instant, un instant ! monsieur, n'y aurait-il pas moyen d'arranger cette affaire-là ?

VICTOR

Que voulez-vous dire ?

COURTOIS

Eh ! sans doute, on se fâche pour des riens; je me charge de terminer cela à l'amiable.

VICTOR, vivement.

Comment,' esl-ce que vous croyez que je suis insulté?

COURTOIS, d'un air de doute.

Eh ! eh !

VICTOR, s'échauffant.

Vous avez beau le cacher, je vois que c'est votre opinion.

COURTOIS

Hum!

VICTOR, s'échauffant toujours. "

Au fait, vous avez raison; injurier mes gens, oser les frapper, c'est s'attaquer à moi; et je le souffrirais? Non, morbleu ! et nous allons voir...

COURTOIS

Mais un instant, jeune homme, un instant; que diable 1 vous prenez feu.,.

VICTOR

Oh ! non, monsieur, c'est inutile, je n'entends pas raison sur cet article-là; on n'a qu'à laisser passer une offense comme celle-là, le dernier freluquet se croirait en droit... Au fait, ce coup de fouet, c'est moi qui l'ai reçu.

TOM

Ça, c'est bien sur, car moi je n'y &uis pour rien.

VICTOR

Dis-moi, le reconnaît rais- tu?

TOM

Parbleu! ses traits sont gravés là ! il vient d'entrer aux Jeux Chevaleresques.

VICTOR

Eh bien! dis-lui... (se fouillant.) Non, j'ai là une carte; tiens ! donne-lui mon nom, et dis-lui que je l'attends ici même le plus tôt possible, et que je lui apprendrai à maltraiter mes gens.

TOM

Oui, monsieur, j'y vais. (a. part.) V'ià un maître, au moins...

VICTOR

Ail ! mon Dieu, et à cinq heures ma cousine qui m'attend !... Écoute : sur-le-champ tu retourneras à Paris, à l'hôtel de mon oncle; tâche de parler à ma cousine, et dislui qu'une affaire indispensable m'empêche aujourd'hui de (liner avec elle; car j'allais oublier ce dîner-là...

Ain : Vivent les Gascons, mes amis. (Les Gasconn.)

Dons ce lieu, moi, je vais rester; Corbleu ! l'aventure est unique.

Le pauvre Tom, le maltraiter, N'est-ce pas aussi m'insulter?

TOM

J'aim' les gens d'humeur pacifique ; Si c' maladroit, si ce brutal, Frapp' toujours ainsi sur son cli'val, J' plains joliment son domestique.

Ensemble.

VICTOR

Dans ce lieu, moi, je vais rester, etc.

TOM

Dans ce lieu, etc.

(Tom sort.)

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