‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 9 sur 188 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les mêmes; BEAUVISAGE, apportant MÉCANIQUE.

BICAUVISAGE.

Voil'., voilà! voilà! ! !II le pose sur le piéJest.il, où Mécani.iue a l'air

de ne pas vouloir tenir.) Un inslaat, Joli-Cœur, il s'agit de vous^ caler... Maintenant le voilà d'aplomlj. C'est avec la permission de M. le maire que j'ai l'honneur de vous présenter z'ici riiomiiie automate, nouvellement z'arrivé de Paris; c'est le chef-d'œuvre d'un mécanicien allemand qui a passé à le faire quarante-deux ans de sa jeunesse... (Pendant cette démonstration. BeauTÎsage, orme d'une baguette, en frappe à plusieurs reprises le ventre de Mécnniqup, qui est recouvert d'un (lastron.) > OVeZ, mCS-

§ieurs, comme c'est établi... comme ces c!ieveux, comme ces sourcils imitent la nature!... voyez comme c'est peint! (Repoussant les curieut avec sa baguette.) N'avanCCZ paS IrOp près. DUHAZARD, à Lémincé.

Laissez donc!... ce sont de ces figures de cire comme on en voit partout.

LÉMINCÉ.

Et puis, moi, je ne le trouve pas trop beau garçon.

BEAUVISAGE

J'entends quelqu'un dans la société dire que mon automate n'est pas beau garçon.

LÉMIXCÉ.

C'est moi, monsieur.

BEAUVISAGE

Certainement, il n'est pas beau garçon; mais l'auteur l'a fait exprès. Il a réservé tout son talent pour les quinze cent soixante-dix-neuf rouages qui composent l'organisation inté-

xieure de cet individu ; d'ailleurs, je m'engage à l'ouvrir en deux, après cette brillante représentation. Je vais vous donner z'un échantillon de sou savoir-faire.

<^I1 prenJ une clef et monte l'automate comme une penjule ; on entenJ le bruit du rouage. Mécanique commence à remuer les liras.)

DUHAZARD. t

Diable!... mais voilà cependant qui n'est pas mal.

LÉMIXCli.

Vous trouvez? 3Ioi, ça ne me semble pas du tout naturel...

CLAUDLNE, s'avannnnt.

Voyons donc, papa.

LIÏMIXCÉ.

Quand on te dit qu'on ne peut pas avancer, (voyant que j'auiomate i.e remue plus.) Là ! j'cn étais sùr, v'ià déjà quc ça s'arrête.

BEAUVISAGE

Non pas, messieurs! l'admirable de cette invention. nouvelle c'est qu' ça s'arrête ou reprend à volonté; partez...

restez... partez... restez... (Mécanique exécute les mouvements commandés.) Commandez-le vous-même, certainement vous n'êtes pas mon compère.

LÉMINCÉ.

Partez... marchez... allez... restez donc; ah ! il se trompe.

DUHAZARD.

Permettez donc, messieurs, c'est que c'est très-beau; je ïîuis difticile... mais je rends justice au mérite.

BEAUVISAGE

Maintenant, Joli-Cœur, vous allez, s'il vous plaît, exécuter un concerto de trompettes... Ne vous y trompez pas, messieurs, c'est de la musique allemande.

(L'automate exécute une fanfare.) LÉMINCÉ.

J'entends bien.

l'homme automate 2t

DUIIAZARD.

Bravo ! bravo ! je i-cconnais le morceau, c'est du Mozart.

BE.VLVISAGB.

Oui, messieurs, c'est du Mozart, dans son Canif de Baff- (lad. (otant la trompette.) Asscz, Joli-Cœur, asscz soufflé... Mais

vous direz peut-être, (Frappant toujours avec une baguette sur le

ventre de l'automate.) mcssieurs : Sou trompette n'est qu'un mécanisme ingénieux qui rentre dans la classe des automates proprement dits... et qui n'a d'autre expression que celle d'une momie... C'est ce qui vous trompe, messieurs, vous allez voir distinctement. Éloignons-nous, s'il vous plaît... il va prendre une prise de tabac comme une personne naturelle... maintenant, étcrnucz,

(UOcanique éternue.) DUIIAZARD.

Ah ! c'est superbe, c'est admirable, et je n'ai jamais rien vu de pareil.

BEAUVISAGE

Eh bien! messieurs, vous n'avez rien vu.

AIR : Allorfs tous bras cfssus, bras d'ssous.

Messieurs, ce n'est rien encor; Entrez, vous verrez la suite.

Et bientôt vous s'rez d'accord Que c'est d' plus fort en plus fort.

Pour un sol, ce n'est pas cher.

On peut nous rendre visite, Ce n'est jamais en plein air Qu'on montre tout son mérite.

Entrez vite.

Entrez vile !

Eiiseml/lt'.

BEAUVISAGE

Messieurs, ce n'est rien cncor, etc.

TOUS

Puisque ce n'c?t rien encor.

Entrons, nous verrons la suite.

Puissions-nous être d'accord

Que c'est d' plus fort en plus fort.

(ils entrent tous dans le salon, excepté Lémincé, Claudine et Duhaznrd. )

Page 1