DIX ANS DE LA V IIO I) ' U N E FEMME
servez-vous là ? Qu'esl-ce que c'csl (juV'lre vertueuse? et par opposition, qu'est-ce que c'est qu'être coupable? (Riant.) Ah ! ah ! sur mon âme, voilà d'étroites idtfes, d'anciennes façons bien pauvres, et je croyais la France moins arriérée ! Vous arrêter un instant à de pareilles distinctions ! Ah ! madame ! j'avais d'abord conçu une meilleure idée de vous.
AMÉLIE, rayonnante.
Mais, monsieur...
VALDÉJA.
Quand on adopte un régime, il faut tâcher qu'il soit bon, et je ne connais qu'un enseignement respectable, c'est celui de nos passions ; la nature y est pour tout, la société pour rien... Plaisir, ivresse, délire, voilà des mots auxquels nos cœurs répondent. Vous le savez, vous qui ne pouvez, même en ce moment, contenir vos pensées qui s'exaltent, (ii lui prend la main.) VOUS dont le pouls s'activc , dont l'œil est humide, et qui riez là en silence de tous ces aphorismes de vertu...
Monsieur... monsieur...
VALDÉJA, serrant son débit.
A quoi bon ces vains scrupules? je vous comprends, je vous suis, je vous devance peut-être.
AMÉLIE
Parlons d'autre chose, je vous prie.
VALDÉJA.
Voyez ! votre mémoire vous domine, vos souvenirs sont dans votre sang, vous vous rappelez tout ce que vaut dans la vie un instant d'illusion...
AMÉLIE
Laissez-riioi !
VALDÉJA.
Ce que peut un bras qui serre...
AMÉLIE
Laissez-moi !
VALDÉJA.
Un souffle qui enivre...
AMÉLIE
Oh! grâce, grâce!
VALDEJA, In prenant par la taille.
Venez !
AMÉLIE, SG dégageant de ses bras.
Écoutez!... c'est mon mari, voilà sa voiture qui rentre !
VALDÉJA.
Et vous quitter ainsi, sans un gage, sans un souvenir!...
(Apercevant le mouchoir qui est resté sur la table.) Ail! CC UlOUcllOir
qui est le vôtre...
AMÉLIE, voulant le reprendre.
Monsieur...
VALDÉJA, pressant le mouchoir sur son cœur.
Là, là, sur mon cœur. Il y restera comme votre image.
AMÉLIE
Monsieur, rendez-moi mon mouchoir.
VALDÉJA.
Jamais ! Adieu, adieu, madame !
(Il sort.)
AMÉLIE, le poursuivant.
Monsieur, mon mouchoir!