I.K DOMKSTIQUK, annonçant
M. Rodolphe !
VALDKJA, ù part.
Rodolphe ! l'ourle coup, c'est d'une force d'impromptu !...
nix ANS DK LA VI?: d'une kk.mmk 23'J
(Rodolphe entrp, équipé de In mémo manière que Vnldtja; deux épées sous le brns gnuche, son r.liiipenu sur la tète, une boite à pistolets à la main droite ; Valdéja et lui se trouvent face ù face près de In porto et s'eiaminent longtemps. — Le domestique sort.)
VALDKJA.
Monsieur, j'allais chez vous.
RODOLI'IIt:.
Vous êtes bien honacte; si je l'avais su, je vous y aurais altondu.
VALDÉJA.
Le motif do votre visite, monsieur?
RODOLPHE
Le motif do la votre?
VALDÉJA, lui montrant toutes ses armes.
Ces préparatifs-là l'annoncent suffisamment.
RODOLPHE, de même.
Et ceux-là donc, qu'en dites-vous?
VALDÉJA.
Je dis que je les vois sans les comprendre.
Alors je vais vous conter cela. (ll dépose ses armes sur la tnble.)
Allons, faites comme moi, débarrassez-vous du fardeau, (vaidéja l'imite.) Vous dites donc quc vous ne comprenez pas?
VALDÉJA.
C'est à ce point que je doute si vous êtes vraiment le Rodolphe que j'allais chercher.
RODOLPHE
Eh bien ! moi, je suis plus avancé que vous : je suis convaincu que vous êtes le Valdéja auquel je veux avoir affaire.
VALDÉJA, étonné.
Ah!
RODOLPHE
Il n'y a rien de surprenant là-dodans. Mon domestique, qui a vu entrer le vôtre dans cet hôtel, s'est informé à qui appartenait ce brutal de Moscovite ; on vous a nommé, et je viens demander au maître raison de l'outrage de son valet. Oui, monsieur, il s'agit d'abord de me rendre, à l'instant même, le portrait et les lettres enlevés par violence, et de m' accompagner ensuite sur un terrain de votre choix.
VALDÉJA.
Les lettres n'existent plus, je ne saurais vous les rendre ; pour le portrait, je le garde ; et quant à vous accompagner sur un terrain, vous avez pu juger que c'était mon seul désir.
RODOLPHE
A votre tour, m'en direz-vous le pourquoi ?
C'est chose juste et facile. Je suis amoureux de madame Darcey, vous avez été son amant, il faut que je vous tue.
RODOLPHE
Comment dites-vous cela?
VALDÉJA.
Je dis qu'il faut que je vous tue, parce que vous avez été son amant ; êtos-vous sourd ?
RODOLPHE
Non, pardieu ! je vous écoute ; vous pouvez vous flatter d'être un peu étonnant, mon cher monsieur.
VALDÉJA.
Vous trouvez?
RODOLPIli:.
Ah ! vous voulez me tuer parce que... ah ! ça, bien ; mais et les autres?
VALDÉJA.
Quels autres?
DIX ANS DE LA VIE d'uNE FEMME 2il
UODOLl'HE.
Les autres, les tuercz-vous aussi?
VALDÉJ.V.
Sans nul doute... si je puis les connaître.
RODOLPIIK.
Ah ! ça devient une Saint-Barthélémy ! Mais comme il ne me conviendrait en aucune façon qu'on me tournât en ridicule ou qu'on se moquât de moi au café Tortoni, nous allons dresser au préalable un petit protocole énonçant clairement les causes de notre conflit ; car je ne me bats pas pour les femmes, moi.
VALDÉJ.V.
Il me semble cependant...
RODOLPHE
Je vous demande bien pardon; mettez à la place du portrait et des lettres que vous m'avez subtilisés tout autre objet à moi appartenant, vous me verriez exactement dans les mêmes dispositions, parce que, quel qu'en fût le motif, l'insulte aurait été la même. Règle générale, voyez-vous : c'est toujours pour moi que je me bats.
VALDÉJA.
Très-bien ! Tenez, il faut que je vous le dise, je regrette de ne pas vous avoir connu dans d'autres circonstances.
RODOLPHE
Ah!
VALDÉJA.
Nous nous serions entendus.
RODOLPHE
Peut-être... car, bien que je vous voie pour la première fois, monsieur Valdéja, je vous connaissais de réputation ; madame Darcey n'est pas la seule personne de la famille que vous ayez adorée.... et sa sœur Clarisse...