SCÈNE V
VALDÉJA, ADÈLE.
ADÈLE
Qu'avcz-vous à me dire, monsieur, et quelles sont les propositions de M. Darcey ?
VALDJÎJA.
Ces {U'opositions, si vous voulez bien leur donner ce nom, sont tout ce qu'il y a de plus simple au monde.
ADÈLE
Mon mari se repent donc enfin du traitement affreux qu'il m'a fait endurer ?
VALDÉJA.
Pas précisément, madame, (Adèle le regarde.) pas précisément.
ADÈLE
Monsieur, j'ai des droits que la volonté de M. Darcey ne suffit pas seule pour détruire.
VALDÉJA.
Des droits ! vous n'en avez aucun. 11 vous a épousée sans dot ; votre contrat de mariage ne vous assurait rien qu'après sa mort. Et grâce au ciel, quels que soient vos désirs à cet égard, vous n'avez rien encore à réclamer. Cependant, au milieu de l'oubli auquel il vous a vouée, une femme, c'était votre sœur, est venue tout à l'heure prononcer votre nom. Elle a prié, elle a supplié, elle a peint avec toute son âme les angoisses de votre abandon. Une démarche de vous, et peut-être... Vous ne l'avez pas faite. Néanmoins Ferdinand s'est ému, son cœur a parlé.
ADÈLE, vivement.
Son cœur a parlé ?
VALDÉJA.
Son cœur ouvert à toutes les infortunes, même aux infortunes méritées, n'a pu résister aux instances de celle qui plaidait pour vous. Il vous a fait une pension, en voici le contrat.
ADÈLE, avec dédain.
Une pension ?
VALDÉJA.
Tout autre que moi aurait été chargé de vous en remettre le titre, mais il était essentiel que vous ne vous méprissiez pas sur les motifs de la générosité de P^erdinand. Sachez-le bien, ce n'est j)as à Adèle Iwrard, ce n'est pas à madame Darcey, c'est à un être souffrant, inconnu, qu'il tend la main.
ADÈLE
Inconnu !
DIX ANS DK LA VIE d'UNE FEMME 261)
VALDEJA.
Prenez-vous le contrat ?
AbELE, avGC angoisse.
Mais, monsieur, la manière dont il m'est olïert...
(Valdéja dépose le contrat sur la table.)