‹ OEuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 140 sur 223 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes; CRÉPONNE.

créponne.

Madame, madame, une lettre pour vous.

ADÈLE

Est-il possible?

CRÉPONNE.

Et, par bonheur, M. Léopold n'était pas 1;\ quand on me l'a remise.

ADÈLE

C'est de Clarisse ! c'est son écriture. Oh I ma bonne sœur I j'ai toujours dit qu'il n'y avait que toi...

Nous envoie-t-ollc de l'argent ?

ADELE, qui n dérncheté In lettre.

Non... mais c'est égal. Va voir si l'on ne vient pas nous surprendre. (Créponne sort. — A Sophie.) Ticus, lis... moi, ni.1 main tremble et je n'y vois pas, tant je suis émue.

SOPHIE, lisont.

« Ma chère sœur, en recevant ta lettre, j'aurais voulu sur- « le-cliamp courir auprès de toi ; mais je ne suis pas mi

DIX ANS DE I.A VIE d'uNE FEMME 29'3

« maîtresse, je ne suis pas libre d'écouter tous les mouve- « ments de mon cœur... j'ai un mari.. »

ADÈLE

Pauvre femme !

SOPHIE

Encore une malheureuse ; mais si elle veut nous écouter et suivre nos conseils...

ADÈLE

Achève donc.

SOPHIE, lisant.

« J'ai un mari que j'aime, quç j'estime, auquel je dois « obéissance... et, je te l'avoue avec la plus grande peine, « il m'a formellement défendu de te voir, toi et madame de « Laferrier, et surtout madame Marini, et toutes ces hor- 0 ribles femmes qui t'ont perdue !... » (Parlant.) Quelle indignité!...

ADÈLE, voulant reprendre In lettre.

Sophie, de grâce !...

SOPHIE

Non, non, il faut voir jusqu'au bout. (Lisant. ~« Cependant, « et quels que soient ses ordres, quand ma sœur est malheu- « reuse, quand elle souffre... je n'ai ni le courage, ni la « force d'obéir... « (parlant.) Allons donc!... (Lisant.) « J'ai « tort peut-être, mais que la faute en retombe sur moi. Au- « jourd'hui, à deux heures, enveloppée de mon manteau et « sans être vue, je sortirai de chez moi et j'irai te voir... « Arrange-toi pour être seule. »

ADÈLE

Elle va venir!... quel bonheur!...

SOPHIE

Tu feras comme tu voudras ; mais si j'étais toi, je ne la recevrais pas.

ADELE.

Y penses- lu?... quand c'est mon seul espoir...

SOPHIE

A la bonne heure, si lu préfères ta sœur à tes amies. (a part.) Mais pour moi, je ne l'en tiens pas quitte, et j'apprendrai à celte petite prude-là les égards qu'on se doit entre i'cmmes. (Haut.) Adieu, Ad Me, si j'ai quelque chose de nouveau, je viendrai te revoir.

ADÈLE

.le crains que Léopold ne se fâche, et que cela ne lui déplaise.

¥A\ bien ! par exemple !...

ADÈLE

Pour plus de sûreté, quand lu auras à me parler, ne monte pas par le grand escalier, où l'on pourrait te voir, mais, (^Montrant la porte à droite.) par cclui-ci, dont voici la clef. Il donne sur une allée obscure, et de là dans une petite rue détournée où il ne passe presque personne.

SOPHIE, prenant la clef.

C'est bien... je m'en vais... car nous disons (juc tu sœur viendra aujourd'hui... ici... seule et déguisée... à deux heures?

ADÈLE

Nous avons le lemps.

[Elle va serrer la leltro de Clarisse dans son secrétaire.) SOPHIE, à part.

Non, non !... Il n'y en a pas à perdre... et Clarisse, et son mari, et ce Valdéja!... je me vengerai d'eux tous... d'un seul coup, et de l'un par l'autre, (a Adèle.) Un mot encore... tu n'aurais pas quelque argent à me prêter?

ADÈLE

■l'on ai si peu !

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