DIX ANS DE I.A VIE I) ' U N E FEMME
que devenir, je sollicite un bureau de timbre. Ne pourrais-tu
pas m'y aider ?
ADÈLE
Je n'ai moi-même nulle protection ; mais vois Amélie, madame de Laferrier.
SOPHIE
Elle n'a pas voulu me recevoir.
ADÈLE
Quelle indignité ! C'est aussi là que j'en suis ; nous ne nous voyons plus depuis ma rupture avec M. Riallo.
SOPHIE
. Une rupture ! et comment cela ?
ADÈLE
Une imprudence à moi ! je te raconterai cela. J'ai été bien malheureuse depuis ce temps-là ; enfin, parmi ceux qui me faisaient la cour, j'avais daigné remarquer M. Léopold, le fils d'un riche commerçant «n vins, qui venait de recueillir la succession de son père.
SOPHIE
Une sucession? il est bien heureux, cehii-là.
ADÈLE
Elle ne lui a pas duré longtemps ; toujours entouré de mauvais sujets tels que lui, il l'a dissipée en moins d'un an ; et depuis ce temps, je ne peux te dire à quels projets, à quelle conduite, à quels excès se sont livrés lui et ses dignes compagnons.
SOPHIE
Et tu ne l'as pas abandonné '?
Je le voudrais... je n'ose pas. ..il est si violent! il me tuerait. Et puis, sans le vouloir et sans qu'il s'en doute, j'ai découvert des secrets qui me font trembler, et que je n'oserais dire !
SOPHIE
Tu fais bien ; mais à moi, ta meilleure amie...
ADÈLE, baissant la voix.
Dans cette maison où il donne à jouer, des jeunes gens imprudents et sans expérience ont été attirés ; ils ont été trompés, dépouillés... Oh! j'en suis certaine. Léopold est capable de tout, et si quelque ami bienfaisant ne vient pas à mon aide, c'est fait de moi ; je n'ai plus que ma sœur, je lui ai écrit; mais me répondra-t-elle?