‹ OEuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 166 sur 223 · CHRISTINE, LA REINE, KOLLER · texte numérisé non relu

CHRISTINE, LA REINE, KOLLER

LA REINE, à qui Koller a approché un fauteuil à droite.

Eh bien ! mademoiselle, parlez. Vous veniez...

CHRISTINE

De la part de la reine...

LA REINE

De Mathilde!... (se tournant vers KoUer.) qui déjà, sans doute, dans sa vengeance...

330 COMÉDIKS — IJRAMES

CHRISTINE

Vous invite à vouloir bien honorer de votre présence le bal qu'elle donne demain soir en son palais.

LA REINE, étunnée.

Moi !... (Cberchant à se remettre.) Ail !... il V a demain à la

cour... un bal...

CHRISTINE

Qui sera magnifique.

LA REINE, a Koller.

Sans doute pour cc'lcbrer aussi son nouveau triomphe... (a Christine.) Et elle ni'invite à y assister !

CHRISTINE

Que répondrai-je. madame ?

LA REINE

Que je refuse !

CHRISTINE

Et pour quelles raisons?

LA REINE, se levant.

Eh mais, ai-je besoin de vous les dire? Quiconque se respecte et n'a pas encore renoncé à sa propre estime peut-il approuver par sa présence le scandale de ces fêtes, l'oubli de tous les devoirs, le mépris de toutes les bienséances?... Ma place n'est pas où président Mathilde et Struensée, ni la vôtre non plus, mademoiselle, et vous vous en seriez .aperçue déjà, si, en vous laissant, dans l'intérêt de son ambition, comme demoiselle d'honneur dans une pareille cour, M. de Falkenskield, votre prre, ne vous avait ordonné sans doute de baisser les yeux et de ne rien voir !

CHRISTINE

J'ignore, madame, ce qui peut motiver la sévérité et la rigueur dont paraît s'armer Votre Majesté. Je n'entrerai point dans une discussion à laquelle mon âge et ma position me rendent étrangère. Soumise à mes devoirs, j'obéis ti mon père, je respecte ma souveraine, je n'accuse personne, et si

l'on m'accuse, jo laisserai à ma seule conduite le soin de me défendre ! (Kaisai.t u révérence.) l'ardou, madame.

LA REINK.

Eli quoi ! me ([uitter déjà pour courir auprès de votre reine...

CIIIUSTINE.

Non, madame; mais d'autres soins...

LA UELNE.

C'est juste... je l'oubliais; je sais qu'il y a aujourd'hui aussi une fcte chez votre père ; il y en a partout. Un grand dîner, je crois, oîi doivent assister tous les ministres ?

CHRISTINE

Oui, madame.

KOLLEK.

Diner politique !

LA REINE, à Christine.

Qui a aussi un autre but:' vos fiançailles...

CHRISTINE, troublée.

0 ciel !

LA REINE

Avec Frédéric de Gœlher, que nous venons de voir, le neveu du ministre de la marine. Est-ce que vous l'ignoriez ? Est-ce que je vous l'apprends ?

CHRISTINE

Oui, madame.

LA REINE

Je suis désolée... car cette nouvelle a vraiment l'air de vous contrarier.

En aucune façon , madame ; mon devoir et mon plus ardent désir seront toujours d'obéir à mon père.

(Elle fait la révérence et sort.)

Page 1