‹ OEuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 185 sur 223 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

CHRISTINE, ERIC, au fond ; RATON et plusieurs notables qui lentourent ; MARTHE, JEAN, RANTZAU.

RATuN, prenant plusieurs pétitions.

Oui, mes amis, '^ui , je présenterai vos réclamations à la reine et au ministre, et il faudra bien qu'on y fasse droit ; je serai là d'ailleurs, je parlerai. Quant au triomphe que le peuple me décerne et que ma modestie m'ordonne de refuser...

MARTHE, à part.

A la bonne heure !

RATON

Je l'accepte ! dans l'iatérêt général et pour le bon effet. J'attendrai ici le cortège, qui peut venir me prendre quand il voudra. Quant à vous, mes chers confrères, vous les notables de notre corporation, j'esp>re bien que tantôt, au retour du triomphe, vous viendrez souper chez moi ; je vous invite tous.

TOUS, criant en sortant.

ViveBurkenstaff! vive notre chef I

'èS'l COMEDIKS — DHAMES

RATON

Notre chef!... vous l'entendez! quel honneur! (a Éric.) Quelle gloire, mon fils, pour noire maison ! (a Marthe.) Eh bien ! ma femme, que te disais-je ? je suis une puissance... un pouvoir... rien n'égale ma popularité, et tu vois ce que j'en peux faire.

MARTHE

Vous en ferez une maladie ; reposez-vous...

RATON, s'essuyant le front.

Du tout ! la gloire ne fatigue pa<î... Quelle belle journée ! Tout le monde s'incline devant moi , s'adresse à moi et me

fait la cour. [Apercevant Christine et Rantzau qui sont près du comptoir à gauche, et qui étaient masqués par Éric.) Que VOis-je ? 3Iademoi-

selle de Falkenskield et monsieur de Rantzau chez moi! (a

Rantzau, d'un air protecteur et avec emphase. ) Qu y a-t-ll, mOnSlOUr

le comte ? que puis-je pour votre service ? que me demandezvous?...

RANTZAU, froidement.

Quinze aunes de velours pour un manteau.

R.VTON, déconcerté.

Ah!... c'est cela, pardon... mais pour ce qui est du commerce, je ne puis pas; si c'était toute autre chose... 'Appelant.) Ma femme!... U Rantzau.) Vous sentez qu'au moment d'un triomphe... (Appelant do nouveau.) .Ma femme... montez dans les magasins, servez monsieur le comte.

R.\NTZAU, donnant un papier ù Marthe.

Voici ma note.

RATON, criant i\ sa femme qui est déjà sur l'escalier.

Et puis, tu songeras au souper, un souper digne de notre nouvelle position; du bon vin, entends-tu?... (Montrant la porte

qui est sous l'escalier.) Le viu du petit CaVCaU. MARTHE, remontant l'escalier.

Est-ce que j"ai le temps de tout fiire ?

nKIlTHAM) r.T RATON SHU

UATOX.

Eh bien! ne le tâche pas... J'irai inoi-niènio... (Martho remonte l'escalier et disparaît. — A Rantzau.^ Mille pardons enCOrC

monsieur le comte; mais, voyez-vous, j'ai tant d'occupations, tant d'autres soins... (a Christine, d'un ton protecteur.) Mademoiselle de Falkenskield, j'ai appris par Jean, mon garçon de... (se reprenant.) mon commis... le manque de respect qu'on avait eu pour votre voiture et pour vous ; croyez bien que j'ignorais... je ne peu.x pas <Hre partout, (oun ton d'importance.) Sans cela, j'aurais interposé mon autorité ; je vous promets d'en témoigner tout mon mécontentement, et je veux avant tout...

RAXTZAL".

Faire reconduire mademoiselle à l'hôtel de son père.

RATON

C'est ce que j'allais dire, vous m'y faites penser... Jean, que l'on rende à mademoiselle son carrosse... Vous direz que je l'ordonne, moi, Raton Burkenstaff... et pour escorter mademoiselle...

ERIC, vivement.

Je me charge de ce soin, mon pArc.

RATOX.

A la bonne heure !... (a Éric.) S'il vous arrivait quelque chose, si on vous arrêtait... tu diras ; Je suis Éric Burkenstaff, lils de messire...

JEAN

Raton Burkenstaff... c'est connu... ça va sans dire.

RANTZAU, saluant Christine.

Adieu, mademoiselle.,., adieu, mon jeune ami.

(Éric a offert sa main à Christine et sort avec elle, suivi de Jean.)

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