‹ OEuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 187 sur 223 · JEAN, MARTHE · texte numérisé non relu

JEAN, MARTHE

JEAN, paraissant au fond, à la porte de la boutique pendant que le comte monte l'escalier.

Les voici, les voici... c'est superbe à voir, un cortège niagnitique... les chefs des corporations avec leurs bannières, et

puis de la musique. (On entend une marche triomphale, et l'on voit paraître la tête du cortège, qui se range au fond du théâtre, dans la rue,

en face de la boutique.) OÙ cst donc Dotre maître ? là-liaut, sans doute, (courant à l'escalier). Notre maître, descendez donc !. . on vient vous chercher., m'entendez-vous?

MARTHE, paraissant sur l'escalier avec deuï garçons de boutique.

Qu'est-ce que tu as encore à crier?

JEA.N.

Je crie après notre maîti'e.

MARTHE

Il est en bas.

Il est en haut. Je te dis que non.

jEky.

MARTHE

TOUT LE PEUPLE, en dehors.

Vive Burkenstaff ! vive notre chef!

JEAN

Et il n'est pas 1;\... et on va crier sans lui. . (Aux deux garçons de boutique qui sont descendus.) VOVOZ VOUS aUtrCS... par-

courez la maison...

LE PEUPLE , en dehors.

Vive Burkenstaff!... qu'il paraisse ! .. qu'il paraisse !

HKHTItANl) ET BATON 381

JEAN, à la porlo do In boutique et criant-

Dans l'iiistanl... on a été le chercher, on va vous le montrer. (Parcourant le théâtre.) Çii mo l'ail mal... ça me l'ail bouillir le sang...

PLUSIEURS GARÇONS, rentrant par la droite.

Nous ne l'avons pas trouvé.

d'autres GARÇO.NS, redescendant du magasin.

Nous non plus... il n'est pas dans la maison.

LE PEUPLE, en dehors, avec des murmures.

Burkenstat'f ! . . . Burkenstaff ! . . .

Voilà qu'on s'impatiente, qu'on murmure ; et après avoir crié pour lui, on va crier après lui... Où peut-il être?

MARTHE

Est-ce qu'on l'aurait arrêté de nouveau?

JEAN

Laissez donc ! Après les promesses qu'on nous a faites ! (se frappant le front.) Ah ! mou Dicu !... Ces soldats que j'ai vus rôder autour de la maison... (courant au fond.) Et la musique du triomphe qui va toujours 1... Taisez-vous donc... Il me vient une idée... (Criant.) C'est une horreur... une infamie !...

MARTHE

Qu'est-ce qui lui prend donc?

JEAN, s'adressant à une douzaine de gens du peuple.

Oui, mes amis, oui, on s'est emparé de notre maître... on s'est assuré de sa personne ; et pendant qu'on vous trompait par de belles paroles... il était arrêté... emprisonné de nouveau... A nous, les amis !

LE PECPLE, se précipitant dans la boutique en brisant les vitrages du fond.

Nous voici!... Vive Burkenstaff!... notre chef... notre

MARTHE

Votre ami... et vous brisez sa boutique !

JEAN

11 n'y a pas de mal ! c'est de l'enthousiasme... et des carreaux cassés... Courons au palais !

TOUS

Au palais! au palais!

RAXTZAU, paraissant au haut de l'escalier et regardant ce qui se passe.

A la bonne heure, au moins... cela recommence.

TOUS, agitant leurs bannières et leurs bonnets.

A bas Struensée ! Vive Burkenstaff ! qu'on nous le rende ! Burkenstaff pour toujours !

(Tout le peuple sort en désordre avec Jean. Marthe tombe désespérée dans le fauteuil qui est près du comptoir, et Rantzau descend lentement l'escalier en se frottant les mains.)

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