LIONEL, BATHILDE
LIONEL, lisant la lettre à voix basse. — A Bathilde.
Vous permettez, (a part.) Voilà qui est bien singulier, (n lit encore.) Quelle liorreur !
BATHILDE
Qu'est-ce donc ?
LIONEL, revenant auprès de Bathilde, à sa gauche.
De nouveaux périls nous environnent.
BATHILDE
0 ciel !
LIONEL
Ils ne m'effrayent point ; au contraire, ils doublent mon courage... Ce n'est plus moi seul, c'est vous maintenant qu'il faut défendre ! Nous n'avons point de secrets pour la nièce du baron de Courville. Tenez, madame.
(il lui présente la lettre.) BATHILDE, la repoussant.
Monsieur !
LIONEL. '
Lisez, de grâce.
BATHILDE, prenant la lettre et lisant :
« Reconnaîtrez-vous la main d'où vous vient cet avis? Je (' le désire et je le crains. J'ai tort peut-être de vous le « donner ; mais il me semble que j'en aurais un plus grand t encore en ne vous le donnant pas. Quels que soient vos
« projets, si vous en avez, renoncez-y, au nom du ciel, car vous '( êtes surveillé. Un espion redoutable, un nommé Zambaro, K observe toutes vos démarches. Aidé d'une intrigante, dont « on vante les charmes et l'adresse, il a juré... » (s'arrètam.) Ah ! je me sens mourir !
LIOXEL.
Remettez-vous; ils ne nous tiennent pas encore.
BATHILDE, achevant de lire.
« Ce complot, le hasard me l'a fait connaître ; et si vous (( devinez d'où vient cet avis, vous verrez qu'il n'est que trop '< fondé. Profitez-en : c'est le seul prix et la seule recon- « naissance que j'attende. «
LIONEL
Vous le voyez, madame, nous sommes entoures de pièges, de délateurs ; mais rassurez-vous, nous découvrirons ce Zambaro ; il ne nous faut pour cela qu'un indice.
BATHILDE, à pari.
Qu'ai-je fait I
Et s'il tombe entre nos mains...
BATHILDE, avec crainte.
Eh bien ?
LIONEL
L'intérêt général avant tout; je lui fais sauter la cervelle.
BATHILDE
Monsieur...
LIONEL
Eh! mais, qu'avez-vous ?
BATHH.DE, tn-s-émuo.
Rien ; qu'il ne soit plus (juestion de cela. Voici cette lettre. (Elle \» lui rend.) Je VOUS prie seulement de me remettre ces tablettes.
LA HOIIKMIKN.NR 65
LIO.NEL
Ne m'aviez-vous pas presque permis de les lire ?
BVTIULDE.
Il est vrai ; mais je les veux.
LIONEL
D"où vient ce changement? Serail-ce cette lettre ?
BATHILDE
Peut-être bien.
Ah ! s'il était vrai ! que je serais heureux ! Il me serait si facile de vous désabuser, de vous prouver que cet écrit a été dicté par la seule amitié. Oui, madame, je vous l'avoue, j'ai reconnu sans peine la main (jui l'avait tracé ; c'est celle d'une amie qui m'est bien chère, avec qui j'ai été élevé, dont les vertus, la noblesse, le haut rang, commandent l'estime et le respect. Peut-être lui devrais-je davantage ; peut-être sa généreuse amitié aurait-elle mérité plus encore ; mais, je le sens maintenant, jamais je n'ai connu près d'elle cet amour que mon cœur avait toujours rêvé, et qu'un seul regard de vous a fait naître.
BATHILDE
Monsieur !...
LIONEL
Maintenant, faut-il vous rendre vos tablettes?
BATHILDE, se cachant la figure.
Ah ! plus que jamais.
LIONEL
Qu'entends-je ! quel espoir ! Les voici, madame ; mais songez que les reprendre serait m'avouer que ce qu'elles contiennent me rendrait trop heureux... On vient.
BATHILDE, hors d'elle-même.
Grand Dieu !
(Elle reprend les tablettes.)
LIOXEL, avec joie.
Que faites-vous?
BATHILDE, vivement.
Ah ! gardez-vous de croire...
LIONEL
Je crois tout ; vous l'avez dit... Ciel! Arthur et le baron !
BATHILDE, s'enfuyant par la porte à droite.
Ah ! c'est fait de moi!