‹ OEuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 29 sur 223 · LIONEL, BATHILDE · texte numérisé non relu

LIONEL, BATHILDE

LIONEL, lisant la lettre à voix basse. — A Bathilde.

Vous permettez, (a part.) Voilà qui est bien singulier, (n lit encore.) Quelle liorreur !

BATHILDE

Qu'est-ce donc ?

LIONEL, revenant auprès de Bathilde, à sa gauche.

De nouveaux périls nous environnent.

BATHILDE

0 ciel !

LIONEL

Ils ne m'effrayent point ; au contraire, ils doublent mon courage... Ce n'est plus moi seul, c'est vous maintenant qu'il faut défendre ! Nous n'avons point de secrets pour la nièce du baron de Courville. Tenez, madame.

(il lui présente la lettre.) BATHILDE, la repoussant.

Monsieur !

LIONEL. '

Lisez, de grâce.

BATHILDE, prenant la lettre et lisant :

« Reconnaîtrez-vous la main d'où vous vient cet avis? Je (' le désire et je le crains. J'ai tort peut-être de vous le « donner ; mais il me semble que j'en aurais un plus grand t encore en ne vous le donnant pas. Quels que soient vos

« projets, si vous en avez, renoncez-y, au nom du ciel, car vous '( êtes surveillé. Un espion redoutable, un nommé Zambaro, K observe toutes vos démarches. Aidé d'une intrigante, dont « on vante les charmes et l'adresse, il a juré... » (s'arrètam.) Ah ! je me sens mourir !

LIOXEL.

Remettez-vous; ils ne nous tiennent pas encore.

BATHILDE, achevant de lire.

« Ce complot, le hasard me l'a fait connaître ; et si vous (( devinez d'où vient cet avis, vous verrez qu'il n'est que trop '< fondé. Profitez-en : c'est le seul prix et la seule recon- « naissance que j'attende. «

LIONEL

Vous le voyez, madame, nous sommes entoures de pièges, de délateurs ; mais rassurez-vous, nous découvrirons ce Zambaro ; il ne nous faut pour cela qu'un indice.

BATHILDE, à pari.

Qu'ai-je fait I

Et s'il tombe entre nos mains...

BATHILDE, avec crainte.

Eh bien ?

LIONEL

L'intérêt général avant tout; je lui fais sauter la cervelle.

BATHILDE

Monsieur...

LIONEL

Eh! mais, qu'avez-vous ?

BATHH.DE, tn-s-émuo.

Rien ; qu'il ne soit plus (juestion de cela. Voici cette lettre. (Elle \» lui rend.) Je VOUS prie seulement de me remettre ces tablettes.

LA HOIIKMIKN.NR 65

LIO.NEL

Ne m'aviez-vous pas presque permis de les lire ?

BVTIULDE.

Il est vrai ; mais je les veux.

LIONEL

D"où vient ce changement? Serail-ce cette lettre ?

BATHILDE

Peut-être bien.

Ah ! s'il était vrai ! que je serais heureux ! Il me serait si facile de vous désabuser, de vous prouver que cet écrit a été dicté par la seule amitié. Oui, madame, je vous l'avoue, j'ai reconnu sans peine la main (jui l'avait tracé ; c'est celle d'une amie qui m'est bien chère, avec qui j'ai été élevé, dont les vertus, la noblesse, le haut rang, commandent l'estime et le respect. Peut-être lui devrais-je davantage ; peut-être sa généreuse amitié aurait-elle mérité plus encore ; mais, je le sens maintenant, jamais je n'ai connu près d'elle cet amour que mon cœur avait toujours rêvé, et qu'un seul regard de vous a fait naître.

BATHILDE

Monsieur !...

LIONEL

Maintenant, faut-il vous rendre vos tablettes?

BATHILDE, se cachant la figure.

Ah ! plus que jamais.

LIONEL

Qu'entends-je ! quel espoir ! Les voici, madame ; mais songez que les reprendre serait m'avouer que ce qu'elles contiennent me rendrait trop heureux... On vient.

BATHILDE, hors d'elle-même.

Grand Dieu !

(Elle reprend les tablettes.)

LIOXEL, avec joie.

Que faites-vous?

BATHILDE, vivement.

Ah ! gardez-vous de croire...

LIONEL

Je crois tout ; vous l'avez dit... Ciel! Arthur et le baron !

BATHILDE, s'enfuyant par la porte à droite.

Ah ! c'est fait de moi!

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