SCENE PREMIERE
CLARISSE, ADELE, assises sur un banc. ADKLE.
Oui, je suis la plus mallieureuse des femmes !
CLARISSE
Que dis-tu, ma sœur ? toi, mariée depuis deux ans à un homme excellent, jeune encore, immensément riche, et qui ne songe qu'à prévenir tous tes désirs, que te manque-t-il donc ?
ADELE.
Je ne sais... l'ennui m'obsède ; des idées vagues et indociles s'emparent de mon imagination qu'elles fatiguent, et, quoi que je fasse, je ne puis m'y soustraire.
CLARISSE
Aurais-tu des chagrins ?
ADÈLE
Plût au ciel I cela me distrairait.
CLARISSE, souriant.
Il me semble qu'en fait de distractions tu pourrais aisément en trouver qui ne te coûteraient pas aussi cher. Mais, il y a quelques mois encore, tu étais si heureuse !... tu n'avais pas de pareilles idées !... Qui donc a pu te les donner?
ADÈLE
Toutes les jeunes femmes que je vois, qui ont su autrement arranger leur existence et se rendre maîtresses de leur avenir... Amélie de Laferrier, Sophie Marini, des amies intimes, qui me sont dévouées...
CLARISSE
Cependant nous autres femmes, combien en ménage nous sommes mieux partagées que les hommes ! Les embarras de l'avenir, les soins de la fortune, notre rang et notre considération dans la société, ce n'est pas nous que cela regarde... c'est eux... Ils sont responsables de notre sort, de notre bonheur, et nous n'avons rien à faire qu'à nous laisser être heureuses.
ADÈLE
Ah ! voilà bien ces idées de jeunes filles que jamais lu ne pourras réaliser.
CLARISSE
Pour(pioi donc?... Il me semble à moi que cela est possible... et même que déjà cela commence.