Oeuvres complètes de F. Baucher
Recevez mes reiuarciemenls bien sincères pour la pension de 2,400 francs que Votre Majesté a bien voulu m’accorder, sans sollicitation de ma part. La postérité, qui tient compte de toutes les grandes et belles actions des boulines supérieurs , gardera aussi le souveuir des faits qui viennent se grouper autour de l’idole de la France.
C’est avec le sentiment de la plus profonde reconnaissance que J’ai l’houneur d’étre
De Votre Majesté,
Lu très-humble et très-obéissant sujet.
MUC1IER.
J'ai consacré trente ans de ma vie à la recherche d’une vérité; je suis parvenu, en travaillant sans relâche, à transformer en science exacte, un art jusqu’alors incomplet, sans définition et sans raisonnement. J’ai fait connaître les causes et leurs effets, j’ai trouvé et indiqué des moyens nouveaux pour combattre le mal et y remédier. Eh bien, malgré des résultats nombreux et irrécusables, quelques personnes doutent encore; cependant, 40,000 exemplaires de ma méthode sont répandus dans le monde, elle a été traduite en allemand, en espagnol, en italien, en hollandais, en anglais, je ne compte pas les contrefaçons belges. Pendant deux années, ma méthode fut mise en pratique dans la cavalerie française, les résultats devaient me faire croire à son adoption définitive, il n’en fut pas ainsi. Quel pouvait donc être l'obstacle contre lequel venaient se briser mes efforts? La jalousie, le mauvais vouloir d’un écuyer professeur de monseigneur le duc de Nemours. Cet écuyer ne craignit pas d’employer l’influence que lui donnait sa position vis-à-vis de son élève, et sut
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l’amener, chose inouïe, à user de son titre de prince du sang, pour imposer sa volonté à certains membres du comité de cavalerie appelé à juger en dernier ressort. De cette intrigue naquit une majorité complaisante. Le comité jugea sur pièces, et quelles étaient ces pièces? Les rapports de cent deux colonels ou capitaines instructeurs sous les yeux desquels ma méthode avait été mise en pratique pendant deux ans. Sur ce nombre de cent deux, quatrevingt-trois concluaient à son adoption ; mais dans le comité elle fut rejetée à la majorité de quatre voix contre trois. Ah! monseigneur, vous aspiriez à être régent du royaume, et vous vous laissiez influencer au point de mettre la lumière sous le boisseau pour plaire à l’un de vos familiers? Que vous soyez reconnaissant envers vos professeurs, rien de mieux ; que vous leur donniez des décorations et des places, il doit en être ainsi, leur dévouement mérite bien cela ; mais vous eussiez dû être homme de progrès avant tout, et lorsqu'il s’agissait d’une innovation qui touche de si près à l’intérêt général, il fallait faire taire l’intérêt particulier et ne songer qu’à votre pays. Si l’on doit juger les grandes choses par les petites, remercions la Providence de vous avoir débarrassé du fardeau un peu lourd de la régence. Mais laissons le duc de Nemours et revenons au sujet qui nous occupe.
Ma méthode fut soumise à toutes sortes d'épreuves : 1° Essai sur quarante chevaux de troupe qui furent dressés par les cavaliers en quatorze jours ; 2° Démonstration de mes principes aux capitaines instructeurs et professeurs de l ecole de Saumur; .‘1° Revue passée à Paris par monseigneur le duc d’Orléans, des chevaux dressés sous ma direction; 4n Éducation des hommes et des chevaux au
camp de Lunéville, carrousel exécuté par de jeunes chevaux dressés en un mois d’après les conseils de mon fds. Et pour cela j’ai reçu....
Ici vient naturellement se placer une anecdote qui ne manque pas de mérite sous le rapport du rapprochement. Un jour, sa majesté le roi Louis-Philippe me fit venir au château de Neuilly, et je montai trois chevaux en présence de la famille royale. Je reçus force eau bénite de cour de ce gracieux monarque. Deux jours après, on m’envoya une espèce d’état de frais sur lequel étaient inscrits 500 francs pour M. Baucher; 500 francs pour les musiciens. Je renvoyai immédiatement cet argent au général Rumigny, chargé d'aider le monarque dans ses augustes dons. Le général vint chez moi me dire qu'il admirait ma délicatesse, etc., etc. Mais comme il insistait encore pour me faire accepter ce présent royal, je refusai de nouveau en lui disant : Vous oubliez, général, que je suis innovateur; j’ai créé un système connu de toutes les personnes qui s’occupent de chevaux; j’ai de plus la prétention de croire que ma méthode, basée sur des principes vrais, triomphera des obstacles qu’on lui suscite, et qu elle durera plus que moi. Sur ce, M. de Rumigny me tira sa révérence, et je n’en entendis plus parler. Voilà l’exacte nomenclature des gracieusetés dont je fus l'objet, et les récompenses qu’on jugea à propos de décerner à l’homme qui avait, pendant deux années, exposé et démontré à la cavalerie française le fruit de trente ans d’études.