‹ Œuvres complètes de F. BaucherChapitre 142 sur 183 · D'ÉQUITATION · texte numérisé non relu

D'ÉQUITATION

ABANDONNER UN CHEVAL, c’est lui lâcher complètement les rênes. Le but que l’on se propose généralement par cet abandon est de le faire courir de toute sa vitesse ; mais le moyen est mauvais. D'abord il y a danger, si le cheval est ardent, à se livrer ainsi de confiance à sa fougue ou à ses caprices; et, s’il est froid, il faut nécessairement entretenir ses forces, ce qu’on ne peut faire qu’en le soutenant de la main et des jambes.

Au reste, il n’est pas étonnant que plus d’un cavalier soit tombé dans celte erreur, puisque des hommes d’une expérience faite l’ont autorisée dans leurs ouvrages.

On lit, par exemple, dans un traité d’équitation, qui ne manque pas d’une certaine vogue, celui publié sous ce titre : Traité d’équitation à l'usarje des ijens du monde :

« On porte le cheval en avant, en baissant les poignets » et fermant progressivement les jambes. Les jambes et » les poignets reviennent doucement à leur place. »

Il est clair cependant qu’au lieu de laisser tomber ainsi les poignets pour porter un cheval en avant, il faut, au contraire, les soutenir, d’abord pour empêcher le cheval

de prendre des positions vicieuses qui lui permettraient de se soustraire à la volonté du cavalier, ensuite et surtout pour empêcher que les forces qui le portent en avant ne surchargent les épaules. Si l’on néglige de l’aider ainsi, comment s'enlèvera-t-il? Son instinct lui servira, sans doute ; mais alors où est l'écuyer?

Ce qu'il faut, c’est, par l’accord des mains et des jambes, enlever pour ainsi dire le cheval, et, l’impulsion une fois communiquée, diminuer imperceptiblement la tension des rênes, mais sans baisser les poignets.

L’écuyer doit savoir disposer des forces de son cheval, comme ce dernier s'en sert lui-même dans l’état de nature. Étudiez donc sa marche naturelle, et vous aurez des principes certains.

ACADÉMIE. Ce mot signifie en équitation le lieu où l’on apprend à monter à cheval. 11 est moins en usage maintenant qu’autrefois, à l’époque où les manèges bien tenus étaient subventionnés par le gouvernement. A présent que tout le monde peut professer sans être pour cela académicien ou expert dans son art, l’on se contente de dire : « Je vais au manège, » et non plus à l'académie. Bien que j’aie quelquefois blâmé d'anciens principes qui m'ont paru erronés, je regrette néanmoins le temps où l'équitation était à son apogée, où cette science était le plaisir de tous les gens bien élevés; alors on voulait arriver à la connaissance de cet art, et on l’encourageait. Ceux-là mêmes qui en faisaient un passe-temps en étaient bien récompensés, tant par les jouissances sans nombre qu’il leur procurait, que par les félicitations qu’ils recevaient de leurs dames; car, du temps de la chevalerie, c’était un moyen de succès en amour comme en guerre.

Académie était donc bien le nom que l’on devait donner à ces beaux manèges, puisqu’on y allait pour y puiser

de la science et faire prévaloir la supériorité de l'homme sur ce noble animal.

ACCORD. Ce mot a pour signification la parfaite harmonie qui doit exister entre la main et les jambes du cavalier.

Je suppose, par exemple, que le cavalier, pour porter son cheval en avant au pas, et le maintenir léger à cette allure, doive dépenser une force égale à vingt kilogrammes, dont quinze pour l'impulsion et cinq pour le ramener; si les jambes dépassent leur effet sans que la main augmente le sien dans les mêmes proportions, il est évident que le surcroît de force communiqué pourra se reporter sur l'encolure, la contracter, et dès lors plus de légèreté. Si, au contraire, c’est la main qui agit avec trop de violence, ce ne pourra être qu’aux dépens de la force d’impulsion nécessaire à la marche; celle-ci, par cela même, se trouvera contrariée, ralentie, en même temps que la position du cheval perdra de son gracieux et de son énergie.

ACCULER (s’). C'est le mouvement d’un cheval qui, après avoir reculé contre un mur, y reste opiniâtrement attaché. C'est aussi l’action de celui qui rétrécit le cercle sur lequel il doit marcher, malgré les efforts du cavalier. Un cheval est également acculé toutes les fois que ses forces et son poids se trouvent refoulés sur la partie postérieure; l’équilibre est dès lors compromis, et l'on rend impossible la grâce, la cadence et la justesse.

L’acculement est le principe des défenses, puisqu'il tend à prendre constamment sur l’action propreau mouvement, à reporter le centre de gravité en arrière et au delà du milieu du corps du cheval, à rejeter ainsi le poids du corps sur l'arrière-main ; le cheval n'est plus soumis momenta-

nément à l’action des jambes, les forces se trouvent en arrière des jambes du cavalier, les pieds se fixent au sol; dans ce cas, le cheval est tout disposé pour se livrer aux cabrades ou à toutes autres défenses. Il faut, pour éviter l’acculement, que dans tous les mouvements, les jambes du cavalier précèdent la main, et que ce soutien des jambes se continue jusqua ce qu’il ait obtenu la légèreté; c’est lorsqu’elle sera parfaite que l’on reconnaîtra que le cheval n’est ni acculé, ni sur les épaules, c’est alors qu'il sera entre la main et les jambes soumis à la volonté du cavalier. Amené à cet état d’équilibre, même au pas, le cheval est aux trois quarts dressé.

ACHEMINER l'N CHEVAL, vieux mot qui signifie accoutumer un jeune cheval à marcher droit devant lui. Ordinairement on abandonne ce travail à ce qu’on appelle des casse-cou. Selon moi, c'est un tort, et celte première éducation devrait être, au contraire, réservée à des hommes d’un certain savoir. Pour acheminer convenablement un cheval, il ne suffit pas d’être solide en selle; il faut discerner et réprimer tout de suite ses mauvais penchants, sinon on prépare à l’écuyer un surcroît de travail que l’on pouvait lui éviter.

Il en est du jeune cheval comme de l’enfant, toujours habile à profiter d’abord, à abuser ensuite de la négligence qu’on a mise dans ses premières leçons; c’est alors qu’il contracte le plus souvent des défauts et un esprit de révolte dont une main savante eût corrigé même le germe.

ACHEVER UN CHEVAL , c'est terminer la série des exercices par lesquels il doit passer pour que son éducation soit complète.

ACTION, effet de la force qui met le cheval en mouve-

ment. Celte force vient ou du cheval, ou du cavalier; on dit : Un cheval a de l'acliun, donner de f action à-un cheval.

Les chevaux qui ont naturellement de l’action primitive sont plus faciles à dresser, et moins sujets à se défendre que d’autres; leur tendance à se porter en avant leur permet de mieux apprécier les divers contacts du mors, de prendre plus vite une bonne position de tète, d’encolure, et de mieux rester dans la main.

ADELA est une exclamation dont on se sert pour décider le cheval à droite ou à gauche.

Cest surtout le cheval que l’on exerce dans les piliers, qu’il faut habituer à l’emploi de ce mot, pour avoir plus de facilité à le placer droit dans les longes.

11 est essentiel aussi de ne jamais approcher un cheval dans l’écurie, ans lui parler au préalable, sinon quelques ruades dangereuses peuvent être les suites de la surprise que lui fait éprouver le contact ou la vue.

Il faut donc le prévenir de notre approche par un adelà ou tout autre mot terminé en a.

AIDES (les) sont ï assiette bien entendue , les poignets et les jambes.

Il n’y a pas d’exécution précise possible, sans le parfait ensemble de ces forces; c’est assez dire au cavalier qu’il doit en posséder justement le mécanisme, avant de chercher à en rendre le mouvement expressif pour le cheval, sous peine de lui parler faux et de ne pas être compris.

AIRS BAS, AIRS RELEVÉS. On entend par airs bas ce qui constitue la haute école, c’est-à-dire toutes les figures que l’on fait exécuter au cheval, sur deux pistes, au pas, au passage ou au galop'; plus, le piaffer.

Les airs relevés sont tous les sauts dans lesquels le cheval

enlève à la fois les deux jambes de devant ou celles de derrière, ou même les quatre ensemble.

Les PESADE, COURRETTE , CROUPADE , BALLOTTADE , CApriole, etc., sont des airs relevés.

Le cheval, s il est bien conduit, ne peut que gagner aux premiers airs de manège ; ils sont un moyen sûr de perfectionner son équilibre. Quant aux derniers, leur emploi est souvent dangereux, et l'on ne doit les demander au cheval qu’avec une grande circonspection, lorsque ses forces sont entièrement à la disposition du cavalier.

Ici vient naturellement se placer la nomenclature de trente et un nouveaux airs de manège dont j’ai enrichi l’ëquitation :

1° Flexion instantanée et maintien en l’air de l’une ou l'autre extrémité antérieure, tandis que les trois autres restent fixées sur le sol.

2° Mobilité des hanches, le cheval s’appuyant sur les jambes de devant, pendant que celles de derrière se balancent alternativement l’une sur l autre, la jambe postérieure qui est en l’air exécute son mouvement de gauche à droite sans loucher la terre pour devenir pivot à son tour, sans que l’autre se soulève, puis elle exécute ensuite le même mouvement.

3° Passage instantané du piaffer lent au piaffer précipité, et cicc vend-

4° Reculer avec une élévation égale des jambes transversales qui s’éloignent et se posent en même temps sur le sol, le cheval exécutant le mouvement avec autant de franchise et de facilité que s’il avançait et sans le secours apparent du cavalier.

5° Mobilité simultanée et en place des deux jambes par la diagonale; le cheval, après avoir levé les deux jambes opposées, les porte en arrière pour les ramener ensuite à

la place quelles occupaient, et recommence le même mouvement avec l'autre diagonale.

6” Trot à extension soutenue; le cheval, après avoir levé les jambes, les porte en avant en les soutenant un instant en l'air, avant de les poser sur le sol.

7° Trot serpentin ; le cheval tournant à droite et à gauche pour revenir à peu près à son point de départ, après avoir fait cinq ou six pas dans chaque direction.

8° Arrêt sur place, à l’aide des éperons, le cheval étant au galop.

9* Mobilité continue en place de l'une des extrémités antérieures, le cheval exécutant, par la volonté du cavalier, le mouvement par lequel il manifeste souvent de luimême son impatience.

i0° Reculer au trot, le cheval conservant la même cadence et les mêmes battues que dans le trot en avant.

Il* Reculer au galop, le temps étant le même que pour le galop ordinaire, mais les jambes antérieures, une fois élevées, au lieu de gagner du terrain, se portent en arrière, pour que l'arrière-main exécute le même mouvement rétrograde aussitôt que les extrémités antérieures se posent sur le sol.

12° Changements de pied au temps, chaque temps de galop s’opérant sur une nouvelle jambe.

13° Pirouettes ordinaires sur trois jambes, celle de devant du côté vers lequel on tourne, restant en l'air pendant toute la durée du mouvement.

14° Reculer avec temps d’arrêt à chaque foulée, la jambe droite du cheval restant en avant , immobile et tendue de toute la distance qu’a parcourue la jambe gauche, et vice versâ.

15° Piaffer régulier avec un temps d'arrêt immédiat sur Upis jambes, la quatrième restant eu l’air.

16" Changements de pied au temps, à des intervalles égaux, le cheval restant en place.

17° Piaffer en avant et en arrière sans rênes.

18° Galop en arrière sans rênes.

19° Mouvement d’avant en arrière et d'arrière en avant des jambes transversales.

20” Galop sur trois jambes.

21° Piaffer dépité.

22° Ronds de jambes.

23” Jambes de devant croisées en dedans.

24" Élévation avec temps d’arrêt de chaque jambe de derrière.

25° Balancer du derrière et piaffer du devant, au reculer.

26° Tension des jambes de devant et flexion des jambes de derrière.

27° Piaffer balancé du derrière et dépite du devant,

28“ Tension en dehors des jambes de devant alternées, en reculant.

29" Éloignement des jambes de devant des jambes de derrière, et rapprochement des jambes de derrière de celles de devant.

30" Balancer de droite à gauche au piaffer alterné avec un mouvement de va-et-vient d'arrière en avant et d’avant en arrière.

31” Travail au galop sur les hanches avec changements de pied au temps.

En présentant la nomenclature de toutes ces difficultés, qui grandissent l’équitation et que j’ai exécutées en public, les amateurs me feront le reproche de ne pas faire connaître les moyens par lesquels on obtient tous ces mouvements; mais ce n’est pas possible, puisqu’ils constituent la poésie de l’équitation, et que pour devenir poète équestre, il faut de l’imagination, du sentiment et du tact; c'est assez dire que leur exécution forme une équitation qui

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devient personnelle, [qui ne peut être la partage que de l’homme studieux auquel il suffit de savoir qu’une chose est faisable pour qu’il l’entreprenne et la conduise sûrement à bonne fin ; il cherchera et deviendra innovateur à son insu, toute définition l’embrouillerait plutôt qu elle ne lui servirait. Je ne donnerai donc qu’un seul principe général, c’est qu’il ne faut aborder ces difficultés qu’après avoir complètement terminé l’éducation du cheval.

AJUSTER UN CHEVAL, c’est lui donner le fini qui constitue le cheval bien dressé, c’est-à-dire lui faire exécuter tout ce que ses moyens et sa constitution comportent, avec grâce , avec précision, et sans que les mouvements du cavalier soient apparents.

Un écuyer de talent peut aisément, en moins de trois mois, obtenir ce résultat, avec des chevaux d’une bonne construction ; mais le vrai mérite consiste à vaincre ces difficultés sur des constructions médiocres et défectueuses.

AJUSTER LES RÊNES, c’est les saisir avec le pouce et l’index de la main droite, près de la gauche, et les élever perpendiculairement jusqu’au bouton fixe qui se trouve à leur extrémité.

Dans cette opération , il ne faut pas déplacer le coude droit, hormis le cas où les rênes seraient plus longues que l’avant-bras; il suffit que la main de la bride s’entr’ouvre faiblement pour les égaliser, les allonger ou les raccourcir, mais sans que pour cela le cheval en sente jamais le moindre déplacement.

ALLÉGER, c'est rendre le cheval léger dans toutes ses parties; avec le cheval préalablement assoupli, cet effet s’obtient par l’opposition exacte de la main et des jambes.

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Dü reste, tous les chevaux peuvent être allégés , si le cavalier sait combiner ses effets de force, et les baser sur les résistances que le cheval lui fait éprouver. ( Voyez Ramener.)

AMAZONE, c’est le nom qu’on donne aux dames qui montent à cheval, et surtout au vêtement qu’elles portent pour cet exercice. Celte dénomination est un souvenir des hères Amazones qui jadis renversèrent des empires ; mais elle est loin d’obliger le sexe charmant qui s’en pare, à autant de courage et d’imprudence qu’en déployèrent, dit-on, ces héroïnes.

Le cheval est, pour les dames, un exercice salutaire qui rentre merveilleusement dans leur apanage; et l’équitation , loin de les exposer à quelque danger, les ruet , au contraire, en garde contre les accidents sans nombre qu’enfante le non-savoir.

Au reste, une dame peut devenir très-bonne cavalière, c’est-à-dire mettre facilement son cheval à toutes les allures, le conserver en équilibre, et le conduire avec précision ; mais elle doit prendre le soin de ne monter qu’un cheval sage et bien dressé: d’abord, parce qu’il n’est pas dans le caractère de ce sexe timide autant que gracieux de s'exposer à batailler avec son cheval ; ensuite, parce que celui-ci ne tarderait pas à s’apercevoir de la faible puissance qu’on lui oppose, pour prendre une ihitiative qui souvent aurait ses dangers.

Aussi la dame bonne cavalière n’est pas celle qui galope sur le premier cheval venu , en le livrant à lui-même ; celte bravade n’est qu’une imprudence, et se changera en une peur invincible, à la première chute un peu grave.

La dame qui monte bien à cheval est celle qui , sans peur puérile, mais avec prudence, choisit sa monture, et la dirige avec habileté.

Encore n est-ce pas assez de ce choix : jamais une dame ne doit sortir seule; il faut qu’elle soit toujours accompagnée d’un cavalier qui se place à sa gauche, 1° afin que la main droite de celui-ci soit disposée à saisir les rênes, pour calmer le cheval qui s’animerait trop; 2° pour arrêter au besoin les chutes qui n’ont guère lieu que de ce côté.

Une dame ne peut se passer d’un cavalier, non-seulement pour sortir à cheval , mais même pour y monter; car, pour monter, voici comme l’amazone doit s'y prendre : Après avoir entouré la fourche gauche de la selle, avec les rênes demi-tendues de manière it sentir légèrement la bouche du cheval, elle la saisit avec la main droite qui tient aussi la cravache; puis, la main gauche appuyée sur l’épaule du cavalier, et le pied gauche dans la main de ce dernier, elle s’enlève au moyen de la jambe droite, en tendant la gauche, elle soutient bien le corps, et s'assied légèrement en selle.

Là sa position est simple et facile; lë corps est droit, sans force et sans affectation; la jambe droite tombe mollement sur le devant de la selle, et la gauche ne fait que poser sur l’étrier, dont la longueur doit être fixée de façon à ce que la cuisse gauche vienne se placer sous la troisième fourche; les bras tombent sans raideur près des côtés; le poignet gauche, qui tient les rênes, demeure élevé d’un pouce ou deux au-dessus du genou; le droit reste à côté.

Il faut que le quartier de la selle sur lequel tombe la jambe gauche soit très-court, pour que le cheval sente, sinon les pressions de la jambe , au moins celles du talon et de l’éperon au besoin (1). Ces pressions aideront le

(1) L’éperon dont les dames ne s'étaient jamais servies avant que j’en aie conseillé l’emploi, est un des moyens qui ont concouru à donner de la célébrité aux amazones qui so sont tant fait applaudir au cirque des Champs-Elysées, telles que

cheval dans les mouvements à gauche, et la cravache, remplissant les fonctions de la jambe droite, servira pour les changements de direction opposée. Mais il faut avoir soin de la faire sentir, soit par pressions lentes, soit par petits mouvements réitérés derrière les sangles.

Comme les daines ne peuvent apprendre à monter sans le secours d'un écuyer, je m’abstiendrai de plus amples explications; mais j’ajouterai, comme conseil à leurs professeurs, qu'il faut éviter de rendre leurs leçons trop monotones , et les varier par tous les exercices qui peuvent leur convenir. Or, une dame peut arriver à travailler un cheval bien dressé à tous les airs de/ manège, comme le plus adroit écuyer. Toutes mes élèves s’exercent à la haute école, et plusieurs d'entre elles sont devenues d’une habileté surprenante. Mais, pour que le travail du pas de côté soit plus gracieux , notre amazone doit adapter un petit éperon à son talon gauche; avec cet aide elle peut exécuter toutes les figures les plus gracieuses, les manœuvres simples, les jeux de bagues, et même des contre-danses ; ces gracieuses figures augmentent le plaisir de la leçon et finissent par donner autant d’adresse que de sécurité,

AMBLE (1’) est une allure dans laquelle le cheval n’a qu’un mouvement alternatif de tout un côté sur l'autre, c’est-à-dire que les deux jambes gauches se lèvent en même temps, puis les deux droites, et ainsi de suite.

Si l'omble est héréditaire, l’équitation ne peut la corriger; si, au contraire, elle n’est que le résultat d’une mauvaise habitude, l’assouplissement dans l'inaction, les allures lentes et progressives , aidées d’une bonne position de tète et déncolure, peuvent y remédier, et ramener le cheval à des allures régulières.

mesdemoiselles Caroline Loyo, Pauline Cuzent, Mathilde» Maria d’Embrun.ctc, etc, toutes mes élèves.

ANIMER UN CHEVAL, c’est entretenir ou augmenter son action par les jambes, et, au besoin, par les éperons.

Il semble d’abord que la inain doive demeurer étrangère à cette translation de forces : c’est une erreur, elle y est indispensable; car sans elle l’impulsion donnée à l'avant-main pourrait contracter l’encolure et détruire l’action relative des parties antérieures et postérieures.

11 faut doue que la main et les jambes, par un mutuel secours, communiquent au cheval comme un flux et reflux de forces qui maintiennent tout à la fois la continuité de l’action, tout en conservant l'équilibre nécessaire à la position.

APPUI. Bon ou mauvais appui, c’est-à-dire se porter plus ou moins sur la main.

Comme il n’y a pas de chevaux qui, bien montés, ne puissent acquérir de la légèreté, quand ils en manquent, c’est au cavalier, et non à la structure de la bouche, qu’il faut s'en prendre.

Le travail en place et l’allure du pas sont des moyens certains pour donner un bon appui à tous les chevaux, ou, ce qui est la même chose , pour les amener à répondre aux moindres indications du mors.

APPUYER DES DEUX. (Voyez Attaquer.)

ARDEUR. L’ardeur n’est pas un défaut, mais une qualité du cheval, à moins qu’elle ne soit extrême.

Le cheval ardent est plus facile à dresser et moins sujet à se défendre. Si, cependant, cette fougue devient excessive, il faut s’en garantir : or, pour empêcher le cheval d’en abuser, les moyens les plus simples et les meilleurs sont de l’assouplir et de le faire beaucoup reculer, une fois la légèreté acquise, afin que les mouvements à l’aide

desquels ou le modère lui deviennent familiers et faciles. Le travail dans l'inaction habituera, en outre, à demeurer en place, ce qui contribue de soi-même à le calmer.

ARMER, c’est l’action d’un cheval qui se défend contre l’effet du mors, soit qu’il tende son encolure et porte le nez au vent, soit qu’il l’abaisse et s'encapuchonne. Ces deux positions lui servent également à rendre le mors impuissant. J indique , à l'article Ramener, le moyen de les combattre; ici je me contenterai de dire que les chevaux ne s'armeraient jamais si leur instruction était mieux graduée et mieux raisonnée. Qu’on n’exige donc point un déplacement, quel qu’il soit, avant d'être certain d’obtenir facilement les translations de poids qui y sont propres; grâce à cette précaution , on se préservera du désagrément et du danger des résistances.

ARRÊT (1’), c’est le passage de l'action à l'inaction.

Pour arrêter sans brusquerie , il faut d’abord opposer les jambes 6 la main, pour faire céder l'encolure avant le corps, ramener les jambes postérieures près du centre, r et obtenir ainsi la flexion des hanches, qui prévient

la tension forcée des jarrets et ménage l’organisation.

ARRÊT (le demi-) devrait s’entendre de la moitié du temps d’arrêt; mais, dans l'usage, ce mot veut dire prévenir le cheval avant de lui faire prendre des changements de direction, le préparer , tant par une légère pression des jambes que par une opposition graduée de la main , afin que son action reste lu même.

On se sert encore du demi -n né l pour passer d’une allure décidée à une moins vive, ou pour entretenir le brillant de la position.

ARRONDIR UN CHEVAL , c’est le contourner comme le cercle qu’il parcourt. •

Le cheval doit être assoupli avant de marcher sur des lignes courbes. Quelques personnes se sont figuré qu'il suffisait de lui faire suivre des lignes circulaires pour lui donner les diverses flexions quelles nécessitent ; c’est une grave erreur qui a fait estropier plus d’un jeune cheval. On eût évité ces accidents si l’on eut pris le soin indispensable de disposer celui-ci avant de lui demander des résultats qu’une préparation peut seule amener.

Toutes ces inclinaisons exigent une combinaison de forces doubles qui coûtent beaucoup au cheval et le poussent à se défendre, si d’abord, dans le travail en place et à l’allure du pas sur des lignes droites, on ne s’est assuré qu’il répond à des forces égales et aux diverses flexions d’encolure qui serviront plus tard pour les inclinaisons que comporte le changement de direction.

Il faut graduer le travail si l’on veut en diminuer la difficulté , et soumettre le cheval à une obéissance passive et à une prompte et bonne éducation.

ASSEMBLER UN CHEVAL, c’est le mettre en équilibre sur ses quatre colonnes. Ce mot est un diminutif de rassembler. (Voyez Rassembler.)

ASSEOIR UN CHEVAL. Il faut que le cheval soit parfaitement léger pour ramener les jambes de derrière près du centre de gravité et reporter, une fois cette position prise, le poids du devant sur le derrière, afin d’obtenir les mouvements élevés de l'avant-main. Le talent de l’écuyer consiste à conserver dans ses aides assez d’accord pour maintenir ainsi le cheval , sans le comprimer au détriment de son organisation.

ASSOUPLISSEMENT. En équitation, on entend par ce mot rendre souples et moelleuses toutes les articulations du cheval, de manière à rendre ses mouvements coordonnés et précis. Avant de chercher à donner ce liant à toutes les parties du corps et aux extrémités du cheval, il faut d'abord commencer par l'encolure, et ne passer outre qu’après qu elle aura acquis toute la souplesse désirable. Le moyen d’y parvenir se trouve expliqué aux articles : Tous les chevaux peuvent se ramener, Éducation raisonnée, etc., etc. Je me contenterai de dire ici que sans l’exercice préalable des quatre flexions de l'encolure, l'éducation du cheval sera toujours imparfaite. En effet, ses mouvements naturels le portent à aller en avant , en arrière, à droite et à gauche; il faut que ce qui est la suite de son instinct, lorsqu’il est livré à lui-même, soit assujetti à votre volonté quand vous cherchez à vous en faire obéir. Pour cela, il est indispensable de détruire l'espèce de bouclier qu'il vous oppose , et laisser sans défense l’adversaire contre lequel vous avez à lutter. Nous n’agissons sur le cheval que par la position : il faut donc lui en donner une analogue à la route qu’il devra parcourir. Comme c’est par les diverses flexions de l’encolure que nous disposons convenablement le corps et les extrémités, et que c’est par sa contraction et son immobilité que le cheval montre l’intention de nous désobéir, il est évident que toutes les défenses se manifestent par la contraction de l’encolure, et que son assouplissement et sa bonne position doivent d’abord nous occuper.

Je renvoie le lecteur à l’article Tous les chevaux peuvent se ramener, en l'engageant à user d’un peu de patience pour pratiquer les moyens qui y sont indiqués, bien persuadé qu’en dix minutes de temps il obtiendra ces premières flexions. Il suffira de renouveler ce3 mêmes mouvements pour arriver à ce que l’encolure , la tète et la

mâchoire du cheval cèdent aux pressions les plus délicates du mors.

ASSURÉ, se dit d'un cheval qui ne bronche pas. C’est dans une bonne conformation qu’il faut d’abord chercher cet avantage ; mais l’art peut rectifier et secourir ce que la nature a d’imparfait.

Le triomphe de l’équitation est d'obtenir, malgré les vices d'une mauvaise construction , les résultats heureux qui sont le partage des natures d’élite.

ATTACHER (s’), se dit d’un cheval qui se jette sur l’éperon, quand il en a été piqué. Dans ce cas, il faut savoir maîtriser les hanches, au moyen des épaules, et c’est par l’assouplissement préalable de l’encolure et plus tard des hanches, qu’on accoutume le cheval à cette réaction, et qu’on le force à répondre à l’attaque.

ATTAQUE. (Voyez Attaquer.)

ATTAQUER. On entend par attaquer, l’action d’appliquer deux coups d’éperon, ce qui ne doit se pratiquer qu’après avoir employé inutilement toute la force des jambes.

Avant d’avoir recours à ce moyen que l’on appelle un châtiment, il faut bien consolider l’assiette, afin de suivre l’élan du cheval, élan qui sera d'autant moindre, que la main sera plus sûrement et plus vigoureusement soutenue.

11 est des écuyers qui ne se contentent pas de ce prétendu châtiment, et qui compliquent ou rendent nulle l'attaque par de singuliers principes.

Par exemple, je lis dans un ouvrage moderne : « Lorsque » l'on donne deux coups de talon au cheval, on peut en- » core ajouter à la punition qu'on lui inflige, en saccadant

» les rênes. Mais lorsqu'on enfonce progressivement les » éperons derrière les sangles , on doit toujours rendré la » main. »

L’auteur suit ici la roule commune, en donnant pour des principes généraux ce qui ne doit se pratiquer qu’accidentellement. En effet, dans quel cas devrait-on saccader? Selon nous, jamais. La saccade est en dehors de tout principe raisonné. Selon lui, ce serait quand le cheval se porterait avec trop de violence sur la main; mais alors ce qu’il y a de mieux, c’est d’être bien près du cheval, de soutenir la main avec vigueur, et de n’opposer de force qu'en raison de celle qu’il emploierait; encore faudrait-il s’y prendre sans à-coup, sous peine de ne point rencontrer juste.

Pour combattre une force continue, il faut opposer une force graduée; comment veut-on graduer un mouvement brusque , et obtenir la puissance qui doit priver le cheval de l’usage de ses forces? Comment le mors peut-il parler à l’intelligence du cheval, et ajouter à la punition des éperons, si ce n’est en interceptant les forces dont il apprend trop vite à se servir contre nous?

L’auteur ajoute encore qu'avec la progression des éperons, il faut rendre la main. Est-ce avec tous les chevaux qu'on doit abandonner le poignet? Si, à la suite de l’attaque, le cheval ne se porte pas en avant, alors la tension des rênes est inutile ; si , au contraire , il répond à l’attaque , et se jette sur la main , il fout savoir diriger cette impulsion, de façon à ce qu'il ne tombe pas sur les épaules, et ne tende pas l'encolure, mais qu’il conserve un équilibre qui garantisse de toute défense.

Ce n’est pas, je le répète, avec des mouvements brusques, des saccades et de l’abandon, qu’on soumet promptement le cheval : c'est avec des temps bien saisis. Au reste, ce qu’il y a de plus défectueux, à mon avis, dans ce

principe, comme dans tout ce qui a été écrit sur' l'équitation, c’est de vouloir faire une règle absolue de ce qui ne doit être que le résultat de la nécessité du moment.

Les attaques doivent se pratiquer, non pas par à-coups, ni avec de grands mouvements de jambes, mais avec délicatesse et ménagement. Le cavalier devra rapprocher les jambes de manière à ce que l’éperon, avant de se mettre en contact avec les lianes du cheval, n’en soit éloigné que d’une ligne s’il est possible. Si par un temps mal saisi la main n’interceptait pas bien l’impulsion donnée et la commotion générale qui en résulte, on devrait, avant de recommencer, rétablir l’ensemble dans les forces du cheval, et le calme dans ses mouvements. On augmentera progressivement la force des attaques jusqu'à ce que le cheval les supporte aussi vigoureuses que possible, sans présenter la moindre résistance à la main, sans augmenter la vitesse de l’allure, ou sans se déplacer si l’on travaille de pied ferme.

On demandera sans doute quelle importance il peut y avoir à amener le cheval à supporter ainsi, sans faire de mouvement, l'action des éperons, et s’il n'est pasà craindre qu'ils ne perdent leur effet, qui consiste à donner l’impulsion propre au mouvement; non, car dans le premier cas la main oppose une force égale à l’action du cheval , de manière à ce que les forces de l’avant-main soient égales aux forces de l’arrière-main , afin qu’il n’y ait aucun déplacement du centre de gravité ; et, dans le second cas, la main se soutenant moins, le centre de gravité se portera d’arrière en avant, et par suite tout le cheval.

Règle générale, le cheval qui ne sera pas complètement soumis aux attaques, ne sera qil'imparfoi tentent dressé; non-seulement il échappera toujours au cavalier, soit par l'avant-main, soit par l'arrière-main , et ne pourra prendre

à volonté les diverses positions de rassembler que comportent les difficultés de l’équitation.

ATTENDRE UN CHEVAL , se dit de celui qui manque de force, et dont on retarde l’éducation.

On a souvent le tort , en montant les chevaux de trois ou quatre ans, d'exiger d’eux un travail qui n'est pas en rapport avec leurs forces. On peut dès cet âge les assouplir par les flexions à pied, et même les faire monter par des poids légers, en graduant le travail de façon à en faire un exercice gymnastique qui hâtera leur développement physique.

AUBIN (T). On appelle aubin l’allure dans laquelle le cheval , galopant avec les jambes de devant , trotte ou va l'amble avec le train de derrière.

La plupart des chevaux de poste aubinent, au lieu de galoper franchement. Les poulains qui n'ont point assez de force dans les hanches pour chasser et accompagner l’avant-main, prennent aussi cette allure; dans le premier cas, il s’agit d'un cheval ruiné, l’art est sans effet; dans le second, il n’y a que faiblesse, le temps est le seul remède, et Ton peut s’en remettre à lui comme au plus habile professeur.

AVANTAGE (être monté à son), c’est avoir un cheval proportionné à sa taille , et que Ton peut aisément embrasser.

Un bon écuyer doit rechercher tous les points de contact avec le cheval, et, à qualités égales, donner la préférence à celui dont la conformation se trouve le mieux en rapport avec la sienne. Les disproportions de taille entre le cheval et le cavalier nuisent toujours â la grâce , à la solidité, au sentiment de l’assiette et à l'ensemble des

mouvements; c’est, du reste, un soin à prendre dès les premières leçons, que de proportionner, autant que possible , la taille du cheval à celle de l’élève , pour que celui-ci se trouve plus à l’aise, joigne mieux la monture, et acquière plus vite de la confiance.

AVERTI. Pas averti, ou pas écouté, signifie pas réglé dans lequel le cheval semble compter lui-même le posé de chaque jambe. Ces gracieux mouvements lui donnent de la fierté; et comme on ne les obtient qu’à l’aide d'une belle position, l’animal qui les exécute est aussi toujours mieux disposé pour changer d’allure ou de direction.

Dans le manège, où toute évolution doit être précise, le pas averti est de rigueur, car sans lui il n’y a ni brillant, ni régularité dans les exercices.

AVERTIR UN CHEVAL, c’est éveiller son attention pour le prévenir qu’on va lui demander un acte d’obéissance.

Si l’on agit sur lui sans avertissement préalable , souvent la surprise peut le faire répondre avec brusquerie.

Pour éviter qu’il en soit ainsi, il faut faire usage de demi-arrêts, espèce de garde à vousl qui annoncent le commandement.

Si le cheval n’a pas beaucoup d’action primitive, il faut, de plus, que les jambes précèdent ces faibles pressions du mors ; sans ce soin , elles pourraient le ralentir, et nuiraient, au lieu de servir à l’obéissance.

BALANCER, se dit du cheval dont l’allure n’est pas ferme et dont la croupe vacille.

Ce défaut tient à une faiblesse de reins qui n'offre que peu de ressource chez les chevaux qui ont atteint leur sixième année; mais, bien que supportant difficilement les longues courses, ils pourront encore être agréables et rendre de bons services, s'ils sont habilement montés.

( Voyez Bercer.)

BÀLLOTTADE (la), c'est un saut dans lequel le cheval lait un temps enlevé, et plie les genoux et les jarrets, en montrant ses fers, sans cependant détacher la ruade.

11 faut, pour exécuter ces violents mouvements, des chevaux construits en force; avec des organisations faibles, on estropierait l'animal avant d’atteindre au but.

BAHRES. Les barres sont la continuation de deux os de la mâchoire inférieure, entre les dents màchelières et les incisives; cet espace est recouvert d'une chair plus ou moins épaisse, sur laquelle le mors de la bride est posé.

Les barres ont été l’objet de graves erreurs. On s’est figuré jusqu’ici que, de l’épaisseur des gencives ou de la saillie des os, dépendait la sensibilité du cheval ; de là toutes ces fausses dénominations de bouches dures, bouches tendres, bouches faibles, fortes, égarées, pesantes, etc.; de là aussi ces différentes espèces de mors, dont on fatigue si mal à propos les chevaux.

Et non-seulement ces erreurs existent dans les ouvrages anciens, mais elles se reproduisent dans les traités plus

modernes. Dans le Traité de M. W par exemple, qui

a paru en 1823, nous lisons :

« On entend par bouches fortes celles qui tirent à la » main et qui résistent à l’action du mors. Cela provient » ordinairement de ce que les barres sont trop rondes, » charnues et trop liasses, en sorte que la langue forme le » premier point d'appui du mors; il résulte aussi quelque-

» fois de ce que 1 épaisseur des lèvres et des gencives cou- » vre les barres, seul endroit où se doit faire l'appui du » mors. Lorsqu’un cheval tire à la main par trop de fou* » gue, il sera facile de l'apaiser avec de bonnes leçons; » mais s'il tire à la main pour avoir les lèvres et la langue » trop épaisses, ou les barres trop rondes, il faut l’embou* » cher avec un mors à gorge de pigeon, etc. »

Combien de chevaux n'a-l-on pas maltraités et estropiés, avec ce faux système de n'admettre dans leur mécanisme qu’une seule partie responsable de l’impression de nos forces, tandis que toutes sont solidaires!

Comment les personnes qui s'occupent d'équitation n'ont-elles pas observé de plus près l’intimité qui règne entre toutes ces parties? comment, lorsqu'on voit qu elles se lient entre elles de manière à se secourir mutuellement, n’a-t-on pas cherché à s'assurer si un vice quelconque dans l'une d'elles ne privait pas les autres du jeu qu elles sont destinées à fournir, si le mauvais emploi de force ne serait point un obstacle pour bien placer une partie qui doit servir de base à telle autre inapte à agir sans son concours? Pourquoi ne parle-t-on jamais de la contraction de l’encolure, d’où découlent toutes les résistances?

Pour moi, j’ai cru que ces études étaient les premières qui devaient occuper un écuyer consciencieux, et les recherches que j 'ai faites dans cette conviction m'ont donné la certitude que les barres ne sont pour rien dans la sensibilité du cheval ; que ce qu'on attribue à la bouche tient à la conformation des reins, des hanches, des jarrets, de la tète et de l’encolure, de tout le cheval en un mot.

Passant de l’observation à la pratique, j’ai cherché, pour agir sur les forcesdu cheval , les moyensles plus propre» à combattre la résistance ; et , grâce à ces essais, maintenant il m’est facile, à moi comme à tous ceux qui, après avoir étudié mes principes, voudront les mettre en pratique,

de donner un commencement de légèreté à n’ importe quel cheval, avec le mors le plus simple et le plus doux, en moins d'un quart d’heure.

Mais ce n’est pas là le seul avantage que j’ai tiré de mes recherches ; tous les écuyers en renom qui ont dirigé les principaux manèges de France, n’y ont admis que rarement les chevaux mal conformés; quand cela leur est arrivé, c’est toujours sous la prévention qu’ils avaient tel ou tel défaut, et jamais on ne s'est imaginé de chercher les moyens de les en corriger. On se contente de dire bien sérieusement : « Tel cheval a la bouche dure, tel autre le nez au vent; celui-là tourne plus facilement à une main qu’à l’autre ; » et l’on ne s'inquiète pas des correctifs propres à vaincre ces défauts; cette indifférence tient à ce que les chefs d’établissement trouvent ces chevaux indignes d’eux, et les abandonnent en partage à des élèves écuyers auxquels il manque la science nécessaire pour sortir de la route commune.

Je suis une méthode tout opposée : loin d’acheter des chevaux de choix, je les prends, au contraire, avec une conformation fort ordinaire; et, bien que j’en monte quelquefois de très-beaux, je ne les aime, ni comme étude, ni comme spéculation, parce que le beau cheval, que chacun estime de suite à sa valeur, se vend souvent plus cher brut quaprès son éducation. Mais les chevaux négligés dans leur construction, qui n’acquièrent de grâces qu après le dresser, sont achetés en raison de leurs défauts naturels, et vendus en conséquence des belles qualités qu’on leur donne. 11 y a de plus avec ces chevaux l’avantage de faire des études plus sérieuses qu’avec ceux appelés chevaux à ■ moyens.

Je pose donc en principe qu’il n’y a pas de bouche dure ; que c’est en agissant sur l’ensemble du cheval qu’on le rend léger à la main, et que le talent de l’écuyer consiste

bien plus à changer les positions qui résultent d’une conformation défectueuse, qu’à profiter des bonnes dispositions naturelles.

On trouvera peut-être singulier que j’oppose ainsi ma méthode et mes façons de faire à celles de tant d’écuyers; mais si j’ai obtenu des résultats certains, c’est par de longues veilles, par des travaux réfléchis : toutes les heures de ma journée, passées en observations dans mon manège, donnant leçon à soixante ou quatre-vingts élèves, montant huit ou dix chevaux par jour, sans aucun auxiliaire, en faut-il davantage pour faire comprendre aux lecteurs que, si j’ai fait faire quelques pas à l'art, j’ai fait ce qu’il fallait pour cela? D’ailleurs, si je n’avais rien à dire de nouveau, je ne prendrais pas la peine d’écrire.

BATTRE A LA MAIN, BÉGAYER, ENCENSER, sont des termes presque synonymes pour indiquer le mouvement de bas en haut que le cheval fait avec sa tète.

Ces secousses désagréables ne dénotent rien autre chose que l’ignorance du cavalier, et, quelle qu'en soit la source (mauvaise habitude, faiblesse ou moyen de défense), une main bien assurée, habile à proportionner les pressions du mors aux effets de force qui amènent ces déplacements, les fera cesser et disparaître en peu de jours. ( Voyez Écuyer .)

BÉGAYER. {Voyez ci- destus Battre a la main.)

BERCER (se), se dit d’un cheval qui se dandine aux allures du pas et du trot, comme un enfant qu'on endort.

Ce défaut indique ou la mollesse, ou la faiblesse du cheval ; dans le premier cas, voici le correctif : il faut le placer bien droit d’épaules, de corps et de hanches, réveiller souvent son apathie par les jambes vigoureusement soutenues près des flancs, et au besoin l’éperon, afin de donner par des effets d’ensemble, l’énergie qui lui manquerait.

Dans le second cas, c'est du temps seul qu’il faut attendre le remède.

BOND (le), c’est le saut d’un cheval qui s’enlève subitement et retombe à la même place.

Si le cavalior saisit assez promptement l’instant où le cheval se dispose à bondir et le porte vigoureusement en avant, pour ditperter ses forces, en faisant céder l’encolure de droite et de gauche, de façon à ce qu’il ne puisse rencontrer un point d’appui fixe sur le sol, le cavalier paralysera l’effet du bond, ou, du moins, en neutralisera une partie, et rendra le mouvement moins violent.

BOUCHE ÉGARÉE. Il n’y a pas plus de bouches égarées qu’il n’y a de bouches dures et de bouches loyales : tous ces mots sont vides de sens.

Pour vous en convaincre, essayez du travail en place; tâchez de vaincre, par les moyens que j'indique, les résistances que présentent certains chevaux, et quand vous aurez réussi, vous en tirerez naturellement la conclusion que vous n'avez pu changer la conformation des barres; que cependant vous avez obtenu de la légèreté, rien qu'en modifiant la position de la tête et par suite celle du corps; qu’il faut donc bien que la bouche ne soit pour rien dans les résistances, et que la légèreté dépend de l'ensemble de la position : alors vous abandonnerez indubitablement les moyens de rigueur que vous aviez employés jusqu’ici, certainement sans résultats.

BOUTS EN DEDANS (les deux). On entend par les deux bouts en dedans, mettre en regard la tète et la croupe du cheval, en le faisant travailler sur les hanches, et marcher du côté où les flancs décrivent une ligne concave.

Il faut au cheval un grand degré de souplesse pour qu i! parvienne à prendre celte position courbe, et un grand

accord au cavalier pour la lui donner ; car, tandis qu’une de ses jambes donne le pli à l’animal, l'autre doit pousser la masse, sans nuire à la position ; et certes, il n’est pas san6 difficulté d’activer sans changer la courbe, ni de courber sans arrêter le mouvement.

Du reste, ce travail n’a rien de gracieux pour le spectateur; mais il est, pour le cheval, une excellente étude; il faut donc en user, mais modérément, et ne l’aborder qu’avec lenteur.

BRANLE DE GALOP, c’est le mouvement que fait le cheval pour prendre le galop ; c’est aussi un terme synonyme de l’action qu’il conserve à cette allure ; on dit : un beau branle de galop, pour désigner la cadence, la régularité et le brillant du galop. Du reste, c’est un mérite qu’il dépend souvent du cavalier de donner au cheval , en secourant et entretenant convenablement ses forces-

BRAVE, ün cheval brave est celui qui a du courage et de la vigueur, qui met à profit tout ce (pi on lui enseigne, et qui est toujours disposé à tout exécuter franchement-

BRIDER (se bien), se dit d’un cheval dont la tête est bien placée, c’est-à-dire bien perpendiculaire au sol.

De la bonne position de la tête dépend la bonne position des autres parties du corps, puisque la translation du poids devient alors facile et régulière. Tous les chevaux peuvent prendre cette attitude, quoi qu’on en ait dit jusqu’à ce jour, et maladroit est l’écuyer qui ne sait pas vaincre les difficultés de certaines conformations qui y feraient obstacle.

BRIDON. On entend par bridon un petit mors brisé au milieu, et dépourvu de branches; les deux anneaux qui se trouvent en dehors des lèvres tiennent aux montants et servent à attacher les rênes.

Quelques personnes se servent encore de ce frein inutile pour monter les jeunes chevaux, sans se douter qu’il contribue pour beaucoup à leur faire prendre de mauvaises positions de tête. Mais ainsi le veut la force de l'habitude. Jusqua quand s'astreindra-t-on aussi servilement à des pratiques nuisibles? Pourquoi l’équitation ne pourrait-elle faire des progrès, à l’exemple des autres arts et sciences? Si, comme l’industrie, elle ne marche pas à pas de géant, que du moins elle ne reste pas stationnaire. Dégagez-vous de ce vain amour-propre qui ne vous tient plus que par le bout de l'oreille, marchez avec moi dans la voie du progrès ; le pays vous en remerciera et la postérité vous en tiendra compte.

Je ne saurais trop engager le lecteur à se répéter, aussi souvent que je l’ai fait dans cet ouvrage, qu’avec un mors doux, accompagné de son filet, il n’est pas de cheval qu’on ne puisse dresser, quelles que soient, d'ailleurs, son ignorance, son insensibilité et sa résistance. ( Voyez Mors et ses elfets.)

BRILLANT. Un cheval brillant est celui qui exécute ses airs de manège avec feu et vivacité, et dont les mouvements nobles et hardis éblouissent, pour ainsi dire, les spectateurs.

Il y a un brillant naturel, grâce auquel le cheval fait ressortir et pare l’écuyer. Il en est un factice, au contraire, au moyen duquel c’est l’écuyer qui donne du relief au cheval. Dans l’un et l’autre cas, le cheval et l’écuyer se font mutuellement valoir ; mais le vrai connaisseur préfère le brillant qui vient du cavalier.

BRINGUE [une] , petit cheval désagréable à l’œil et incapable de service.

BROUILLER (se), c’est l’action d’un cheval trop ardent, qui confond ses mouvements; l’impéritie du cavalier entre toujours pour beaucoup dans la confusion des idées et du travail du cheval.

Du reste , le moyen de corriger ces sortes de chevaux est de leur demander peu à la fois, et de les habituer graduellement à vaincre les difficultés.

BUADE, mors à longues branches droites. Bien des écuyers attribuent aux différentes longueurs de branches des effets merveilleux qu elles n'ont pas.

Si j’en crois mon expérience, il n’y a pas de chevaux qui nécessitent des branches ayant plus de seize centimètres de longueur, à partir de l’œil du mors jusqu’à l’extrémité des branches. Une bonne assiette, un accord judicieux de la main et des jambes, remplacent avec toutes sortes d'avantages les différentes formes de freins violents; plus leur puissance est grande, plus elle contraint péniblement le cheval. Il trouve dans cette ignorante sujétion plus de facilité pour s’emporter, s’acculer ou se défendre. Règle générale, le mors doux suffira pour amener tous les chevaux à un état parfait d’éducation, quels que soient d’ailleur leur organisation physique.

CABRER (se) , se dit d'un cheval qui, au lieu d’avancer, se lève sur ses pieds de derrière.

Posons en principe que toutes les défenses du cheval dénotent une mauvaise conformation; elles sont toujours occasionnées par la faiblesse des reins , par des hanches courtes ou étroites ou des jarrets droits. Si, à ces défauts physiques, vient se joindre le manque d'action, le cheval

se cabrera infailliblement. La difficulté qu’il éprouve à se porter en avant fixe les jambes de derrière au sol; il n’a ni la force ni l’énergie nécessaires pour projeter sa masse en avant. Ce cheval, auquel il sera très-difficile de donner une belle éducation, n'est cependant pas sans ressources si l’on y met le temps et surtout si l'on suit exactement la gradation des principes que j’ai formulés. Lorsqu’un cheval se cabre, il faut le porter en avant par tous les moyens possibles, afin d'éviter par-dessus tout les temps d’arrêt et la fixité des jambes de derrière.

CABRIOLE ou CAPRIOLE (la), se dit du mouvement que fait le cheval lorsqu’il est en l’air, également élevé du devant et du derrière, et qu’il détache la ruade.

La capriole n’est d’aucune utilité en équitation. On a l'habitude, dans beaucoup d’écoles, de s’en servir entre les piliers, pour consolider la tenue des élèves.

CADENCE (la) est la précision des mouvements d’un cheval lorsqu’il marche, trotte ou galope.

Le cheval est cadencé quand ses temps sont justes, assez égaux pour laisser distinguer aisément la motion de chaque jambe et quand celles-ci restent un moment comme suspendues en l’air.

Pour obtenir et conserver cette brillante régularité , il faut que le cavalier, à l’aide de l’assiette, sente bien le mouvement des jambes et la disposition du corps de son cheval; il faut de plus que ses jambes et sa main soient prêtes à rétablir cette harmonie, si quelque incertitude du cheval venait à la déranger.

CARACOLER, c’est travailler le cheval dans un manège, sans assujettissement de terrain. Il faut, pour faire caracoler un cheval avec précision et sans l'énerver, le tenir

bien rassemblé et ne pas abuser de ses moyens en prolongeant trop ce genre d’exercice.

On ne tarderait pas à fatiguer et même ruiner un cheval en cherchant à le faire caracoler, si l’on n'avait égard aux positions qui amènent ce mouvement; aussi ne faut-il arriver là que lentement et par degrés.

CARRIÈRE (la) est un carré long, bordé de tertres de gazon, dans lequel on exerce les chevaux. Il n’existe plus de ces sortes de manèges découverts que dans les haras et dans les écoles de cavalerie; il serait cependant utile et agréable que toutes les écoles en possédassent pour la belle saison ; outre qu’ils sont plus vastes, le cheval en plein air conserve plus de vigueur, travaille avec plus de plaisir, et se porte beaucoup mieux.

CARROUSEL (le) est une image de combats représentée par un certain nombre de cavaliers divisés en plusieurs quadrilles.

Sans doute cet exercice est utile aux militaires, parce qu'ils apprennent à manier le sabre et à conduire leurs chevaux avec plus de dextérité; mais il l’est peut-être plus encore pour les cavaliers civils, dont il faut stimuler l’ardeur. Or, rien ne donne d'émulation comme les évolutions faites au son des instruments, et si l’on ajoute le jeu de bagues, qui prèle de l’aisance et de la grâce, les manœuvres de cavalerie, les contredanses, etc., etc., on fait des études équestres un véritable divertissement. Aussi j'engage beaucoup les professeurs à adopter ces petites fêtes , elles inspirent un degré d’amour-propre utile aux progrès . de l’art.

CASSE-COU. On appelle ainsi dans les manèges et chez les maquignons les gens employés à monter les chevaux vicieux et à débourrer les jeunes.

Si l’on entend par un casse-cou un homme doué de vigueur physique et morale, un homme intelligent et doux qui, sans être versé dans les secrets de l'équitation, en sache assez pour réprimer sans brutalité les caprices ou les fougues des jeunes chevaux, je suis dès lors tout disposé à l’admettre et à les lui faire monter, mais en ma présence, toutefois, car je tiens à ce que les premières leçons données au cheval le soient d’une manière assez intelligente pour qu elles lui profitent par la suite. On conçoit qu’avec cette manière de procéder dans le choix de l’homme et avec les soins que je mettrais à donner une direction juste à ses mouvements instinctifs, je ne pourrais que bien m'en trouver. Mais où espérer le rencontrer? Voilà la difficulté; aussi, suis-je peu partisan des hommes appelés casse-cou. Combien la plupart de ceux qui exercent celte profession ne sont-ils pas à craindre ! Brusques et emportés pour l’ordinaire, ils frappent sans ménagements l'animal ignorant ou faible qui, faute de comprendre, refuse de répondre à leurs stupides et machinales interpellations. Aussi que de tares et de défenses sont les suiles.de leurs mauvais traitements, et combien de bons chevaux ont été mis hors de service! En faut-il davantage pour réveiller l'attention de quiconque les aime, et l’engager à être scrupuleux dans le choix du casse-cou auquel il fera monter ses chevaux? Oui, certes, il vaudrait mieux les laisser dans leur ignorance que de les instruire en prenant sur leurs qualités, ou bien augmenter leurs défenses par des mauvais traitements continuels. Voilà, cependant, où peut conduire le peu de discernement que l’on apporte dans le choix des casse-cou. Je sais Lien qu'ils sont indispensables chez les marchands de chevaux; mais là ils sont peu à craindre, d’abord parce que les chevaux restent peu de temps chez le même proprietaire, ensuite parce qu’il n’entre pas dans son esprit de les faire dresser, mais seulement de les faire

monter, pour qu’ils marchent droit devant eux. Le cassecou peut donc être de quelque utilité, et c’est au marchand à choisir un homme qui ne paralyse pas les moyens du cheval. Je me résume, et dis que le casse-cou demande à être bien choisi pour être vraiment utile, et que dans le cas contraire, on doit s’attendre à des inconvénients de toutes sortes.

CAVEÇON, bande de fer, tournée en arc, ayant un anneau au milieu, montée de têtière et de sous-gorge.

On se figurait jadis dresser merveilleusement un cheval, développer ses épaules et abréger son instruction, en le faisant trotter à toute extension, à l’aide d’une longe attachée à l’anneau du caveçon.

M. de la Guérinière, par exemple, nous apprend à quel degré de faveur était encore de son temps le caveçon. A la page 68, édition in-folio, l’auteur nous indique les instruments avec lesquels il dresse les chevaux. Il rapporte la haute opinion de deux grands écuyers, MM. Delabroue et Newcastle, sur les ressources que le cavalier peut tirer d'un caveçon à deux longes attachées à la selle, et dont il saura se servir alternativement avec la bride. Il est possible qu’à cette époque, ces moyens, faute de mieux, fussent de quelque secours; les planches qui se trouvent dans l’in-folio de M. de la Guérinière, en montrant quelle était la dimension des branches du mors, font concevoir qu’avec de tels leviers il fallait d’autres moyens proportionnés pour en arriver à ses fins.

Parmi les écuyers plus modernes, l’avantage est controversé; il règne, par exemple, du désaccord entre M. C

et M. R , qui est, je crois, son élève, sur l’usage de la

plate-longe. Le premier explique les inconvénients qu'il y a à se servir d'un auxiliaire (caveçon) pour y exercer le cheval ; et le second prétend qu’il en faut indispensable-

ment un. Je ne relate ce fait, au reste de peu d’importance et d’utilité, que pour montrer combien les sentiments sont divisés sur les choses les plus simples; tel ouvrage défend ce qu’un autre prescrit. Les hommes et les chevaux sont-ils d’une nature différente? Non, mais c'est qu’on veut réduire en principe des choses tout à fait insignifiantes.

Du reste, il faut espérer que l’expérience fera abandonner peu à peu les vieilles pratiques ; le caveçon tombera en défaveur; on comprendra que la position que les chevaux prennent pendant ce genre d'exercice n’est pas du tout celle qu’il faut leur donner pour les diriger, et que leur instruction s’en trouve naturellement retardée; on découvrira de plus une foule d’inconvénients qui peuvent en résulter, par les efforts violents que font certains chevaux ; et on arrivera «à conclure que le moyen n'est vraiment utile que pour assujettir un cheval trop fougueux et le rendre sage au montoir ; encore ne faut-il s’en servir qu’avec une grande modération.

CENTRE DE GRAVITÉ. Le centre de gravité est le point où viennent se réunir les forces du cheval et qui leur sert en même temps de foyer; sa véritable place est au milieu du corps.

Cette disposition se rencontre rarement chez les chevaux avant leur éducation; les belles constructions ont seules cet avantage.

Il est facile de comprendre maintenant le point de départ des défenses : soit que le cheval rue, se cabre ou s’ emporte, la mauvaise place occupée par le centre de gravité en est toujours la cause. Celte cause lient elle-même à une construction défectueuse qu’on ne peut changer, il est vrai, mais dont on peut toujours modifier les effets. Si le cheval rue, le centre de gravité est sur les épaules ; il est

sur la croupe lorsque l'animal se cabre ; et trop eu avan1 du milieu du corps, lorsqu’il s’emporte. L’unique préoccupation du cavalier doit donc être de conserver toujours au milieu du corps du cheval le centre de gravité, puisqu’il évitera par là les défenses, et qu’il ramènera les forces du cheval mal conformé à la véritable place qu elles occupent dans les belles organisations. C’est ce qui me fait dire qu’un cheval bien construit ne peut se livrer à des défenses, ni à des mouvements désordonnés, car il faudrait des efforts surnaturels pour détruire l’harmonie de ses ressorts et donner un aussi grand déplacement au centre de gravité. Ainsi, quand je parle de la nécessité de donner au cheval un nouvel équilibre pour prévenir ses défenses et remédier au disgracieux de ses formes, j’entends désigner la combinaison de forces dont je viens de m’occuper, ou pour mieux dire, la transposition du centre de gravité d’une place à une antre. Toute l education du cheval est dans ce résultat.

CHAMBRIÈRE , c’est une bande de cuir, de deux mètres de long, attachée au bout d’une canne en jonc, longue d’environ un mètre trente centimètres.

Il n’y a que vingt ans encore, c’eût été, pour un écuyer, un crime de lèse-équitation de paraître dans un manège sans avoir une chambrière à la main. Le professeur s’en servait jKrnr corriger le cheval que le cavalier ne maîtrisait pas assez, et quelquefois même pour corriger l’élève.

On conçoit qu’il n’y avait rien dans ce procédé brutal qui pût accélérer les progrès de l’art. Maintenant beaucoup d’écuyers parlent, raisonnent, définissent chaque principe, et répondent aux questions par des dissertations instructives. Car aujourd’hui les professeurs sont devenus plus que des hommes de cheval, et savent ainsi parler le langage des gens bien nés.

CHANGEMENT DE DIRECTION. L'action de changer de direction ou de tourner est synonyme. Comme nous parlons toujours d’une éducation à faire, nous dirons qu’on ne doit changer de direction qu’après avoir rendu le cheval léger en ligne droite ; puisque la difficulté qu’il présenterait pour se porter à droite ou à gauche aurait pour point de départ la résistance première qu’il opposerait. La bride n’ayant pas d’abord d'effet déterminant, réel dans l'un ou l'autre de ces deux sens, et que ce n’est que par l’éducation que le cheval y répond, il faut donc se servir de la rêne du fdet du côté où l’on veut le diriger, et peu à peu continuer le mouvement avec la bride. A part celle petite définition, le moyen est le même que celui dont on se servait précédemment; il n’en est pas ainsi pour les jambes, leur effet est diamétralement opposé à celui qu'on leur attribuait dans l’ancienne équitation; c’est encore une innovation si naturelle, que j’ai peine à concevoir qu’on n’ait pas appliqué ce moyen avant moi. C’est le seul rationnel, puisque dans la conversion à droite, par exemple, c’est la jambe droite de derrière qui servira de pivot et supportera tout le poids de la masse, pendant que la jambe gauche de derrière et les jambes de devant décriront un cercle plus ou moins étendu ; c’est donc la jambe gauche du cavalier qui contiendra la croupe, pour que le poids de l’avant-main ait la facilité de se reporter sur le derrière, puisqu’elles ont un plus grand cercle à parcourir, la jambe droite se soutiendra néanmoins près des flancs du cheval , mais moins en arrière que la gauche.

CHANGEMENT DE MAIN. On appelle changement de main le passage du cheval par une ligne diagonale, prenant à la sortie du coin qui mène au grand côté du manège et finissant à l'autre extrémité, à pareille distance du coin opposé.

CHANGEMENT DE MAIN RENVERSE. Prendre un changement de main renversé, c’est parcourir deux lignes diagonales parallèles, distantes de deux pieds environ, de telle façon que le cheval revienne au point de départ à la main opposée à celle où il se trouvait d’abord.

Cet air de manège ne présente de difficultés que pour le cavalier incertain dans scs mouvements; pour le véritable écuyer ce n’est qu’un jeu, comme la plupart des figures qui ne demandent qu’une action simple.

CHANGEMENT DE PIED ( à chaque foulée ou au temps). Si les la Guérinière, Monfaucon, d’Absac, Coupet et autres anciens écuyers , théoriciens ou praticiens , avaient vu exécuter des changements de pied au temps, ils auraient crié au miracle ; on en contestait la possibilité il y a quelques années. M. Seydler, écuyer prussien, entre autres, disait dans l’un de ses écrits contre ma méthode, que les changements de pied à chaque foulée n’existaient que dans mon imagination, mais qu’ils étaient impraticables. Il a dû se convaincre depuis de la faiblesse de ses connaissances en équitation. Mademoiselle Pauline Cuzent, mon élève, a monté à Berlin plusieurs de mes chevaux dont le travail comportait un grand nombre de changements de pied au temps, et elle les exécutait avec beaucoup de précision.

Pour que les changements de pied au temps soient justes et précis, il faut que pendant ce travail le cheval reste droit, de telle sorte qu’on ne s’aperçoive pas, par son corps, du jeu alterné de ses jambes.

Les changements de pied au temps ne doivent se pratiquer qu’api ès avoir obtenu les changements de pied tous les deux temps, exécutés avec une régularité parfaite ; on en fera d'abord un, puis deux, et ainsi de suite.

Quant aux moyens à employer, un folliculaire pourrait

remplir inutilemeut plusieurs pages sans rien dire ; mjis moi, j’ai trop peu l’habitude d’écrire, pour vouloir expliquer ce qui est inexplicable ; je dois m’en rapporter au sentiment et au tact du cavalier.

CHASSER SON CHEVAL EN AVANT, c’est doubler son action avec les jambes, pour lui donner un degré de vitesse plus considérable ou vaincre la résistance qu’il oppose. Il est nécessaire de renouveler souvent cette action, pour empêcher le cheval de passer derrière les jambes, fréquent principe de défense.

CHATIER. Le premier principe qui doit diriger le cavalier dans l'emploi des châtiments, c’est d’abord de n’en user qu’à propos, ensuite de n'en user qu’avec mesure, enfin de ne s'en servir qu’après avoir épuisé les moyens indicateurs.

Les chevaux qui ont le plus besoin de cette correction sont les apathiques, ceux chez qui les aides inférieurs du cavalier ne suffisent pas pour activer l’arrière-main ; ceux qui, avec des moyens d’aides gradués, refusent de se porter sur un objet quelconque; tous les chevaux enfin qui ne répondent pas franchement aux jambes.

Mais si ce moyen coercitif n’a pas pour auxiliaire une main bien entendue, on en manque entièrement l’effet ; car le point principal est de profiler des mouvements du cheval pour dominer son avant-main, et se rendre, par suite, maître de la niasse ; là est le châtiment.

CHATOUILLER , c'est picoter avec l'éperon. Sans doute les attaques ne doivent pas, comme le prétendent quelques professeurs, être toujours vigoureuses ; il faut proportionner l’emploi de ce moyen à l’irritabilité du cheval. Telle attaque faible agira plus vivement sur un cheval

irascible, qu'une très-violente sur uu cheval froid ou apathique ; mais ce qu'il faut éviter, c’est que les éperons, sans but ni eilet réel, se fassent sentir en même temps que les jambes. C'est cette incertitude qui, parfois, rend le cheval chatouilleux ou augmente ce défaut, s'il y est disposé naturellement.

CHATOUILLEUX A L’ËPERON, se dit d'un cheval qui, au lieu d’obéir à l’éperon, crie et rue à son approche.

Il y a des chevaux dont le système nerveux est tellement irritable, que le contact du doigt sur une partie quelconque du corps les fait crier comme un chien sur la patte duquel on aurait marché. Cette espèce de maladie nerveuse présente de grandes difficultés, que l’on surmontera cependant à l’aide de beaucoup de gradation dans le travail ; mais si cela vient seulement de ce qu’ils ont été continuellement picotés par l’éperon d'un cavalier inhabile, on peut leur faire perdre cette mauvaise habitude en se servant longtemps des jambes et de la cravache, surtout en usant de cette dernière avec à-propos et intelligence.

CHERCHER SA CINQUIÈME JAMBE, se dit du cheval qui se porte sur la main et y prend un point d’appui. C'est en se servant énergiquement des jambes, et par suite des éperons, qu’on ramènera les jambes de derrière près du centre (rassembler), qu’on pourra reporter le poids du devant sur le derrière et rendre le cheval léger à la main.

CHEVAL. Le cheval est le quadrupède qui réunit le plus grand nombre de qualités physiques et morales; aucun autre ne peut lui être comparé pour la beauté et la régularité des formes; son intelligence et son utilité pour l'espèce humaine le rendent incomparable; il partage avec

l’homme les dangers et la gloire de ses actions les plus belles; il favorise ses desseins et assure la réussite de ses entreprises. Faut il défendre ses foyers, subvenir à la nourriture de quelques milliers d’individus, contribuer à faire prospérer toute espèce d’industrie, entretenir les goûts de mollesse et le luxe de l'orgueilleux citadin, c’est toujours au cheval qu'il faut recourir. Aussi ne suis-je pas surpris que les anciens, admirateurs du beau, en aient fait une divinité. Selon Hérodote, les Scythes les offraient en holocauste aux dieux. M. Bochard fait observer qu’on en consacrait au soleil chez les Rhodiens, les Spartiates, les Massagètes, les Éthiopiens, les Arméniens , les Perses et autres nations; le cheval était le symbole adopté par les peuples de Carthage , de la Macédoine et de la Thessalie. En effet, quoi de plus beau, de plus noble que le cheval ardent, impétueux, pendant que son cavalier le dompte et le conduit? Que de mouvements irréguliers par suite de l’ardeur et de la force qu’il puise dans sa brillante constitution! Bientôt il devient plus obéissant h la main et à la jambe qui le déterminent à droite ou à gauche, le précipitent ou le retiennent; enfin il est dressé et n’exécute que ce qu’on lui commande. Son ardeur s’est soumise à l’obéissance, ses forces sont coordonnées, réglées même ; l’éperon devient inutile, il ne faut presque plus de bride, car la bride l’avertit plutôt qu elle ne le force, et, devenu paisible, il ne fait plus pour ainsi dire qu’écouter; son action est tellement unie à celle du cavalier auquel il est assujetti, qu’on peut dire qu’ elles n’en font plus qu’une seule et même. Ai-je donc tort de répéter que , de tous les animaux, le cheval est le plus admirable ? Beauté, courage, bonté, énergie, il réunit tout; aussi, je proclame sans intelligence et même étranger à tout bon sentiment celui qui ne porte pas d’amitié à ce noble animal et n’est pas pénétré d'admiration pour lui.

CHEVAL DANS LA MAIN. Le cheval dans la main est celui dont l'encolure, la tète et le corps sont dans un tel état d’équilibre, que l'on ne sent nullement le poids que présente cette forte masse. Cette légèreté met le cheval en position d’obéir aux plus imperceptibles mouvements du cavalier; aussi le premier soin de celui-ci doit-il être d'obtenir cette altitude, sans laquelle le cheval ne peut exécuter avec justesse et précision tout ce que comportent ses moyens.

(Pour arriver à ce résultat, voyez Éducation raisonnée.)

CHEVAL ENTIER A UNE MAIN (le) est celui qui refuse de tourner d’un côté.

Le manque de souplesse est toujours la principale cause de cette résistance ; pour la vaincre, il suffit d’exercer les chevaux dans l’inaction, de faire plier l’encolure des deux côtés, de continuer les flexions en ligne droite à l’allure du pas, et de ne commencer à les tourner du côté difficile que lorsqu'ils sont devenus légers à la main.

Il en est de cette défense comme de presque toutes celles dont l'inexpérience du cavalierest le principe ; aussi le non-savoir fait attribuer à un vice d’organisation morale du cheval la cause de son refus, quand il n’a pour origine que ses mauvaises dispositions et par conséquent son ignorance. Il a beau craindre le châtiment, ce qu’il fait pour le fuir l’éloigne toujours davantage du but qu'on a négligé de lui montrer ; cependant c’était le premier soin à prendre.

Placez d’abord, déterminez ensuite, et vous éviterez les défenses.

CHEVAL PORTANT BAS. Porter bas se dit d'un cheval dont l’encolure et la tète s'affaissent. Des vices de conformation, tels qu'une encolure faible, une tête forte, des reins

mous, la croupe trop haute par rapport au garrot, sont souvent la cause de ce défaut ; le manque d'action peut aussi y contribuer. Quand ce défaut est porté à l’exès, il faut renoncer à le corriger ; mais c’est le cas le plus rare. Il y a peu de chevaux d'une nature assez imparfaite pour qu’une partie ne vienne pas au secours de l’autre. Cest alors que l'art doit montrer sa puissance, en établissant la répartition des forces avec assez d’équilibre pour rendre propre au service un cheval qui, sans lui, fût resté désagréable et souvent dangereux.

Avec ces sortes de chevaux on doit recourir au travail dans f inaction et graduer lentement les études préparatoires. L’art n’est point ingrat pour quiconque en conçoit la marche et eu suit les règles avec discernement.

CHEVAL PORTANT AU VENT, c’est celui qui porte la tête dans une position plus ou moins horizontale. Cela tient à la longueur et à la faiblesse des reins, aux hanches courtes, étroites, aux jarrets droits ou acculés; ce sont ces vices de construction qui donnent une tension excessive aux muscles supérieurs et latéraux de l’encolure.

Quoi qu’on ait dit sur l’impossibilité de corriger ce défaut, l’expérience m’a prouvé que c était encore un préjugé sur lequel il fallait revenir.

Je renvoie le lecteur à l’article : Tous les chevaux peuvent se ramener. Les moyens de changer en moins de dix minutes cette mauvaise position y sont décrits. (Voyez Ramener.)

CHEVALER, c’est lorsque le cheval croise les jambes de devant et de derrière l’une sur l’autre. ( Voyez Fuir les hanches.)

CHEVALINE. Vieil adjectif féminin dont on se servait jadis pour indiquer que ce dont il était question avait rap-

port au cheval. Ainsi on disait : une bêle chevaline. Ce mot est heureusement remis en usage par toutes les personnes qui s’occupent de chevaux ; et il en devait être ainsi, puisque aucun autre ne peut le remplacer. 11 sert à éviter les redites qui sont si fréquentes et rendent fastidieuse la lecture des ouvrages qui ont rapport à une spécialité.

CHEVAUCHER , vieux mot qui exprime l’action d’aller à cheval, et que les auteurs modernes ont mis à la mode ; il signifie encore porter les étriers plus ou moins longs. On entend aussi par chevaucher l’action du cheval faible et incertain dans ses allures, qui se taille les boulets en marchant.

Les mauvaises positions du cheval rendent souvent ses allures irrégulières, et le font ainsi s’entre-tailler; pour remédier à cet inconvénient, il faut exercer le cheval qui chevauche aux allures lentes, et s’attacher à le mettre en équilibre.

S’il y a un vice réel de construction, il n’y a pas de remède.

CUOPER ( broncher vaut mieux), se dit d’un cheval qui cède d’une jambe de l’avant-main, soit qu’il faiblisse de cette partie, soit qu’il rencontre une aspérité.

Quand bien même cette faute aurait pour cause la faiblesse, le cheval tombera rarement, s’il est monté par un cavalier habile, qui sache coordonner les forces entre elles, de manière à ce qu elles se prêtent mutuellement secours, alin que le poids se porte régulièrement d'avant en arrière et d’arrière en avant.

COL ou ENCOLURE. L’encolure est la partie la plus essentielle à exercer ; son liant aide à l’assouplissement des autres parties du corps.

Quand il y a faiblesse de l’arrière-main, c’est encore de

ce levier que le cheval se sert pour braver les efforts delà main ; c’est donc par l’encolure qu’il faut commencer l'instruction du cheval, en la faisant céder en tous sens, jusqu’à ce qu’elle réponde aux moindres pressions du mors. Grâce à ce travail préparatoire, on pourra tirer parti de tous les chevaux quels qu’ils soient.

CONDUIRE SON CHEVAL ÉTROIT OU LARGE , c'està-dire lui faire parcourir dans le manège un cercle plus ou moins grand.

Quand un cheval sait prendre avec précision la position nécessaire pour exécuter un doublé (traverser le manège dans sa largeur ou sa longueur), il lui est aisé de parcourir toutes les lignes. Il ne reste plus au cavalier qu’à savoir conserver l’accord de ses aides et l'équilibre du cheval.

CONFIRMER UN CHEVAL, c’est l’amener au nec pim ultra du dressage.

Pour qu’un cheval atteigne ce degré de perfection , il faut que sa position soit gracieuse, son équilibre exactement observé, quelque attitude qu’on lui fasse prendre, et ses mouvements toujours si bien réglés, que l'ordre n’en puisse être troublé par la moindre opposition de sa part. Il est inutile de dire quel tact il faut à l’écuyer pour amener ses chevaux à ce point de perfection.

On en voit dans quelques manèges qui laissent, il est vrai, peu de choses à désirer pour être confirmés; mais ce qui désenchante, c’est d apprendre que, depuis deux ou trois ans, ou leur prodigue des soins assidus. Cela me rappelle ce que disait M. Coupet (écuyer de Versailles), chaque fois qu’il montait son cheval l' Aimable, âgé alors de dixhuit ans; bien qu’il le montât depuis treize ou quatorze ans, il se plaignait encore souvent de sa désobéissance, et ajoutait : il faut de la patience, ccsl un enfant I

Je n’entends point ici attaquer la mémoire de ce digne écuyer ; mais je crois qu’avec des moyens raisonnés et définis, on peut arriver aussi sûrement et beaucoup plus vite à ce but.

CONTRACTION. On appelle contractions ou résistances, les forces qu’oppose le cheval et les difficultés que l’on éprouve à lui faire prendre telle ou telle position : elles rendent les mouvements réguliers toujours impossibles.

Pas de faux mouvements, pas de résistance qui ne soient précédés de la contraction de l’encolure, et comme la mâchoire est intimement liée à l’encolure, la roideur de l'une se communique instantanément à l’autre. Ces deux points sont l’arc-boutant sur lequel s'appuie le cheval pour annuler tous les efforts du cavalier. On conçoit facilement l’obstacle immense qu’ils doivent présenter aux impulsions de ce dernier, puisque l’encolure et la tète étant les deux leviers principaux par lesquels on détermine et dirige l'animal, il est impossible de rien obtenir de lui tant qu’on ne sera pas entièrement maître de ces premiers et indispensables moyens d'action.

Les contractions opposées de l’avant et de l’arrièremain sont mutuellement, les unes par les autres, causes et effets, c’est-à-dire que la roideur de l'encolure amène celle des hanches et réciproquement. On peut donc les combattre l’une par l’autre ; et dès qu’on aura réussi à les annuler, dès qu’on aura rétabli l’équilibre et l'harmonie qu’elles empêchaient entre l’avant-main et l’arrière-main, l’éducation du cheval sera sur la vraie route.

CONTREDANSE. L’équitation, poussée jusqu’à un certain point, permet de faire exécuter au cheval tous les mouvements imaginables, de former des quadrilles, et de

retracer réellement les figures de la contredanse ; grâce à cet exercice, qui est (ont à la fois une étude utile et un plaisir charmant, nos amazones peuvent répéter le matin dans le manège ce qu’elles dansent le soir dans les salons; dans l'un, non moins que dans l'autre, elles pourront acquérir de l uisance et de l'agilité, et déployer la grâce et le tact qu'elles apportent souvent à tout ce qu’elles font; rien n’eippêchera dorénavant nos jeunes dandys de parler équitation aux dames. Nos écuyères sauront aussi bien qu'eux en raisonner, et, après quelques contredanses équestres, tirer parti d un cheval avec toute sorte d’adresse et d'élégapce,

Dans mon manège, pour faire exécuter ces figures aux dames, je leur fais prendre un petit éperon : cet éperon et la cravache employée à propos suffisent pour déterminer le cheval à exécuter les mouvements les plus précis ; grâce à ces deux aides artificiels, elles peuvent mettre en pratique, sans de sérieuses difficultés, une grande partie des airs de manège qu’on avait crus jusqu ici réservés en propre aux écuyers les plus habiles.

Dès que les élèves se servent avec ensemble de leurs aides, on peut remplacer la haute école par des contre,danses, qui les ponlraignentà plus d'assiduité, par la crainte de laisser les quadrilles incomplets; au bout d'un certain temps, ils ont tout le savoir désirable pour prendre leur part à de brillantes fêtes d'apparat, qui répandent ol fortifient le goût de l'équitation.

Je n’entrerai pas dans de plus grands détails sur cet article, et je me contenterai de donner le nom des ligures et l'ordre dans lequel on les exécute.

D’abord la Promenade autour du manège, deux à deux, jusqu’à vos places.

Le Pantalon, qui comprend la chaîne anglaise, la chaîne des dames, la demi-queue du chat (ces trois figures se fout

d'une piste, au pas, au trot ou au galop, selon la force des élèves), balancez, et tour de mains (de doux pistes).

L’Étc. En avant deux (d'une piste), chassez, déchassez, traversez, déchassez, chassez, à vos places, balancez, tour de mains (tout de deux pistes).

L’Anglaise. En avant quatre (de deux pistes), changez de daine (d’une piste), eu avant quatre (de deux pistes), même répétition pour reprendre vos plaies; rond, moulinet, tiroir double sur les côtés (les ronds se pratiquent en plaçant les chevaux à la croupe l’un de l’autre; pour les moulinets, les quatre têtes des chevaux sont en regard et forment la croix ; les ronds et les mouiiuels se font un tour à droite et à gauche).

Le Carré de Mahoni double. (Ceux qui chassent en dehors vont de deux pistes, et ceux qui vont en avant, d’une piste. )

Le Moulinet à huit au milieu du manège. (A droite et à gauche, reculer en coupant le manège par huitième.)

La grande Chaîne au galop.

L’Anglaise à colonnes, pour ligure finale. (Descendre l’anglaise par deux au galop, et remonter de deux pistes au pas. )

CONTRE- CHANGEMENT DE MAIN (le) est une véritable équerre, à l'angle de laquelle le cheval change de côté.

Qu'on se suppose à main droite, à deux pas du coin d’un des grands côtés : on part de deux pistes comme pour le changement de main ; mais, au milieu de la ligue, on reporte le cheval à l’autre main, pour reprendre le mur, à peu prés à deux pas île l'angle opposé du même côté.

On ne doit pratiquer les contre-changements de main que quaud le cheval ne marque plus d'hésitation ; aulre-

ment on lui donnerait une incertitude qui lui ferait souvent prévenir le cavalier; une fois, au contraire, qu’il répond bien franchement aux jambes, cet air de manège ne peut qu’ajouter encore à la finesse de son tact.

CONTRE- TEMPS est le passage subit et inattendu de l’action à l’inaction; c’est un défaut des chevaux ombrageux ; avec eux il faut que le cavalier soit sur ses gardes, qu’il ait un ferme soutien de reins et de jambes, pour que ces brusques mouvements ne déplacent pas son assiette, et qu’il soit en mesure avec ses aides inférieures de rendre moins violents et de corriger même les déplacements rétrogrades.

Des attaques seront aussi d’un utile secours si elles sont appliquées à propos.

On appelle aussi contre temps les mouvements brusques que fait le cheval au galop, lorsqu’il change souvent de pied, coup sur coup, sans la volonté de son cavalier.

COUCHER (se), se dit du cheval qui force ses inclinaisons dans les changements de direction, ou toute autre ligne circulaire, malgré son cavalier. Ce défaut dénote un cheval non assoupli et mal habitué aux impressions du mors et des jambes. Le travail en place et celui au pas sur des lignes droites peuvent seuls y remédier; ce serait en vain qu’on exigerait que le cheval trottât et galopât régulièrement avec cette tendance à forcer les moyens d’aides du cavalier. 11 faudrait combattre longtemps avant d'obtenir une amélioration sensible; toutes les lignes qu’il parcourrait seraient outre passées par lui, et la lutte que ces mauvaises positions provoqueraient sur des lignes courbes nécessiterait des ellets de force qui seraient toujours au désavantage du cheval et du cavalier: au désavantage du cheval, parce que ses mouvements, lorsqu'il se défend.

nuisent toujours à son organisation; à celui du cavalier, parce que l’animal acquerrait moralement la certitude qu’il peut disposer d’une force supérieure, et malheur à celui qui laisse cette conviction pénétrer dans l’esprit de son cheval !

COUP DE HACHE, c'est un creux à la jonction du cou et du garrot. On prétend que cette conformation empêche le cheval de se ramener.

L’expérience m’a démontré le contraire, et j’ai recherché connue étude les constructions les plus bizarres de l’encolure ; aucune n’a justifié les exceptions que la paresse ou l'impéritie des écuyers accepte avec tant de confiance.

COUPER (se), c'est lorsque le cheval en marchant se blesse les boulets avec les côtés de ses fers.

Trois causescontribuent à donner ce défaut. La première est la faiblesse des jeunes chevaux exercés sans ménagement; la seconde tient à la mauvaise conformation des hanches, des jarrets et souvent des pieds; dans ce cas, la ferrure dite à la turque peut y apporter quelque remède, mais ceci est étranger «à l'équitation ; la troisième naît de la mauvaise position qu’on laisse prendre aux chevaux en les menant à des allures forcées, tel que le trot poussé à l’excès. Quelques cavaliers prétendent avoir de beaux trotteurs parce qu'ils vont très-vite à cette allure, sans s’occuper s’ils vont bien. Toute allure obtenue au détriment de l’équilibre du cheval n’est ni bonne ni belle; elle est pernicieuse, car souvent elle estropie les chevaux, et leur met les boulets en sang.

On conçoit que des mouvements moins accélérés donneraient plus d’ensemble et de force au cheval; force que perdent les jambes de derrière quand, après s'èlre éloi-

gnées du centre, il leur faut faire un très-grand effort pour s’en rapprocher.

COURBETTE (la) est un saut dans lequel le cheval, après s’èlre enlevé des deux jambes de devant, chasse la masse avec les jambes de derrière, de manière à gagner du terrain à chaque bond; les jambes de devant doivent quitter et reprendre le sol ensemble; la hauteur de leur enlevé est à peu près la moitié de celle du cheval qui se cabre tout droit.

Pour se livrer à ces mouvements, il faut que l’éducation du cheval ne laisse plus rien à désirer et que son arrièremainsoit bien constituée, c’est-à-dire des hanches longues, des jarrets bien soudés ; autrefois, grâce à la bonne conformation des chevaux, on obtenait. ces mouvements sans trop faire péricliter leur organsme. Cria dénole-t-il une détérioration dans l’espèce? Voilà ce qu’on n’oserait décider ; en tout cas, la possibilité en étant établie, la prudence ferait toujours une loi de les pratiquer avec ménagement.

COURSE, c'est faire courir des chevaux de toute leur vitesse pour atteindre un but proposé.

Je pense qu'on s’abuse sur l’utilité de cette manière d’éprouver la vigueur des chevaux. Jusqu’ici on n’a vu dans les courses publiques qu'un spectacle, au lieu de chercher à en tirer un avantage réel.

Quel service enfin attendre de ces coureurs, pour l'ordinaire efflanqués, qui n’ont d’autre qualité que celle de parcourir une lieue en quatre ou six minutes? A quoi sontils bons, si ce n’est à satisfaire la curiosité publique?

Il y aurait avantage, ce me semble, à remplacer ccs coureurs incapables d’aucun bon service par di-s chevaux de selle ou de voiture légers et bien proportionnés dàns leurs

formes; les uns attelés à un char, et les aulres montés développeraient toute l'extension dont ils sont susceptibles à l’allure du trot.

On n’admettrait pour le galop que ceux à qui leur construction permettrait, quelques jours après la course, de rendre un bon service de ville; certes celle faculté compenserait largement les quelques minutes de plus qu'ils mettraient à parcourir la distance donnée.

Grâce à cette amélioration, les éleveurs de nos diverses contrées trouveraient un double intérêt à soigner le perfectionnement des races.

Je livre cette pensée, pour être approfondie et développée, aux hommes capables, que l’influence de leur position peut mettre à même de triompher des obstacles. Mon seul but est de les convaincre que ce nouveau système serait un progrès, un moyen sûr de régénérer nos diverses races abâtardies.

Mais, en attendant que l’autorité s'occupe de cette mesure, pourquoi n’établirait on pas, dans les principales villes de province, des courses à peu près à l imitation de celles de la capitale, mais avec les améliorations que je propose ?

Yoici comment je conçois qu’on pourrait les établir :

Il serait facile de trouver, dans nos départements, trois cents amateurs de chevaux qui formeraient une souscription d’un franc par mois (douze francs par an), pour subvenir aux dépenses. Ce serait, non-seulement pour eux un plaisir vif et brillant’, mais encore pour le pays un avantage dont ils rciireraiènt de la gloire.

Car ces courses organisées et publiées à l’avance ne manqueraient pas d’attirer un grand nombre d’étrangers.

Trois cents souscripteurs, .V douze francs par an, donneraient trois mille six cents francs. Voici pour leur emploi urt- essai de règlement que jP proposé :

Article 1". Nul ne pourra èlre souscripteur s'il n est domicilié dans le déparlement.

Art. t. Nul ne pourra courir ou faire courir ses chevaux s’il n’est souscripteur.

Art. 3. Pour subvenir au petit nombre de chevaux d’origine française qui, d’abord, se trouveraient dans les départements avec les dispositions requises pour faire de belles courses, les chevaux des pays étrangers y seraient admis. Cependant, si le cheval qui remporte le prix est étranger, il gagnera trois cents francs de moins que les prix marqués.

Art. 4. Les courses seront divisées en trois reprises :

La première sera fournie par les trotteurs; le premier arrivé gagnera le prix.

La seconde se fera au galop raccourci. Le prix sera décerné au dernier arrivé. Cette course sera toute au bénéfice de l’art; car, dans ce cas, les moyens du cheval ne sont rien sans le savoir du cavalier.

La troisième et dernière sera réservée aux coureurs à toute vitesse.

Art. 5. Las prix seraient : Pour la première, la course des trotteurs, de onze cents francs pour un cheval français, et de huit cents pour un étranger;

Pour la seconde, de six cents francs, quel que soit le pays du cheval ;

Pour la troisième, de quinze cents francs pour un cheval français, et de douze cents pour un étranger.

Dans le cas où les prix et les frais n’enlèveraient pas la totalité de la souscription, le surplus pourrait être distribué aux pauvres de la ville où les courses auraient lieu.

Art. 6. Les souscripteurs nommeraient une commission de huit personnes pour juger, dans une course préparatoire, de ceux qui seraient dignes du grand concours; ils

nommeraient aussi les juges qui décerneraient les prix, et résoudraient toutes les questions accessoires.

Certes, l’organisation de ces courses n'offrirait aucune difficulté sérieuse.

Il est temps que la province jouisse de ces fêtes lucratives dont jusqu’ici la capitale a gardé le monopole. Je ne doute pas que les citoyens n’y apportent leur concours, et les autorités leur appui (1).

COURSES DE BAGUE. Il est sans doute inutile de dire ce qu'on entend par ces mots : le jeu de bague est trop connu pour avoir besoin d’explications; malheureusement l’usage n’en est pas aussi répandu qu’il devrait l'être, et les élèves y perdent un puissant stimulant et un utile délassement. Je crois donc à propos de donner ici quelques conseils sur cet exercice.

Pour bien prendre une bague avec la lance de quatre pieds de long, tenue par la poignée, il faut : 1° garder une position de corps invariable; 2’ de la main gauche contenir et diriger toujours le cheval ; 3” commencer à élever la main droite à la hauteur de la bague, cinq ou six pas avant d’y arriver, et ajuster en faisant le moins de mouvements possible. On voit déjà l’avantage qu’on peut tirer de ce divertissement pour donner de l’aisance et de la facilité. Mais, pour que les élèves puissent s'y livrer, il faut qu’ils aient déjà de l’assiette, et que le mouvement du galop ne les fasse pas chanceler; voilà pour les élèves. Maintenant voici pour les professeurs les règles de ce jeu qui pourront leur être utiles :

(1) Depuis la première publication de ce Dictionnaire (1833) des courses qui ont quelque analogie avec le programme contenu dans cet aiticle ont été instituées dans plusieurs de nos départements; je m’estimerais très-heureux si mes observations avaient contribué à leur institution.

RÈGLES nu JEU DE BAGUE.

La partie de bague se joue à cinq, et se compose de quatre courses.

La première est fournie par les cinq joueurs, et se termine lorsque l'un d’eux a enlevé trois bagues avec sa lance; alors ce joueur se relire, et les quatre autres commencent la seconde course, qui est également terminée lorsque l'un de ces joueurs a obtenu le même avantage que le premier; ainsi de suite, jusqu à ce que le nombre des joueurs soit réduit à deux. Ces deux derniers fournissent la quatrième course, et celui qui ne parvient point à enlever les trois bagues perd la partie, et paye les chevaux à raison de 25 centimes par cheval.

Il est très essentiel pour les joueurs de bien observer leur distance; car si l’un d’eux, I ayant bien conservée, arrive au but et n’y trouve pas de bague, il peut réclamer, et son tour lui sera rendu; mais si. au contraire, il se trouve trop près de celui qui le précède, il perd ses avantages; ainsi, lorsque la course est fournie par cinq joueurs, la ligne circulaire (ou carré long) doit être divisée par cinquièmes; par quarts, lorsqu'elle est fournie par quatre, et ainsi de suite.

COUSU, terme de manège pour signifier un homme qui est solide à cheval.

Il y a deux sortes de solidité bien distinctes : celle du casse-cou et celle du véritable écuyer. La première n'a lieu qu’au- détriment du jeu des parties mobiles, et si elles servent à le rendre solide, elles l'empêcheront toujours de' tirer parti de son cheval, même en supposant qu’il connaisse le mécanisme et la science de l’équitation. Car ce

— tH —

n’est pas assez de suivre les brusques mouvements du cheval, il faut les arrêter, et même les prévenir, et c’est ce qu’on ne peut faire si l'on emploie les aides comme moyen de solidité.

L’autre solidité, celle du véritable écuyer, consiste, au contraire, à suivre les mouvements de son cheval, sans confondre la force qui maintient avec celle qui dirige; à demeurer assez maître de ses mouvements, pour que I action des aides serve toujours à exprimer sa volonté, et ne soit pas un effort qui ait pour but de le maintenir en selle, si ce n’est momentanément.

CRAVACHE; elle remplace la gaule dont on se servait anciennement.

Son utilité n’est qu’accidentelle. Le cas où il est le plus urgent de s’en servir, c’est quand le cheval reste sur I éperou ou n’y répond qu’en rnant à la botte; alors son application vigoureuse peut être d'un grand secours. Mais, tant que les jambes et les éperons seront bien sentis, ifs doivent avoir la préférence, puisqu’ils ont l’avantage d agir sur toute la masse, et que fa cravache n’a souvent qu un effet local. Elle convient aux dames pour mettre leurs chevaux au galop, leur faire fuir les hanches, et, en général, remplacer la jambe qui se trouve sur la fourche de la selle.

CROUPADE (la) est un saut dans lequel le cheval retrousse les jambes de derrière sous le ventre . en ployant autant les genoux que les jarrets , comme il le fait à la balloltade.

La différence qui distingue ces deux genres de sauts est plutôt l’effet des dispositions naturelles du cheval que celui de l’art.

Au reste, on n’exige plus ces violents mouvements que des chevaux qw’on met dans les piliers.

11 est bien possible que ce genre d’exercice puisse être de quelque utilité pour les élèves; mais certainement son abus serait loin d’être avantageux , il les rendrait raides et maladroits. J’ai vu bien des cavaliers, fermes dans les piliers, et qui, sur uu cheval en liberté, étaient loin de conserver le même sang-froid et la même solidité. C'est au professeur observateur à juger de l'effet de ses moyens sur les élèves, et à apprécier la mesure qu’il doit apporter dans chacun de leurs exercices.

CROUPE AU MUR. Il importe de bien observer la différence qui existe entre ce travail et celui de l’épaule en dedans. Quoique les moyens d’exécution soient à peu près les mêmes, il faut cependant observer que, dans celui-ci, les hanches doivent marcher sur la même ligne que les épaules; or, c’est ce qu’on n’obtiendra que mollement si la jambe déterminante n’a pour auxiliaire l’autre jambe ; celle-ci, surtout pour le passage des coins, est d’un secours indispensable. (Voyez Épaule ex dedans.)

CROUPIONNER se dit du cheval chez lequel une trop grande irritabilité nerveuse provoque des ruades au contact des jambes et même de la selle. Ici, comme toujours, afin de donner aux mouvements leur régularité, il faut suivre bien exactement mes principes, pour amener ces sortes de chevaux au meilleur état d équilibré possible; on pourra alors arrêter ces brusques translations de poids, sans lesquelles le cheval ne pourrait élever sa croupe.

CRU (monter à), monter à poil, c’est monter un cheval sans selle ni couverture.

Quelques instructeurs de cavalerie s’imaginent donner plus de solidité à leurs soldats en les faisant ainsi monter à cru ; ils sont dans l’erreur : les conformations bizarres

de certains chevaux , qui ont l’échine saillante ou qui sont bas du devant, rendent la position du cavalier difficile et défectueuse. A défaut de selle , il vaut mieux encore prendre une couverture pliée en quatre, qui force l’élève à ne pas employer comme unique moyen les jambes pour rester uni au cheval.

DÉBOURRER UN CHEVAL, c’est commencer à rendre ses mouvements souples et liants.

Beaucoup d’auteurs voient dans le trot le meilleur moyen de débourrer un cheval ; le travail en place et l’allure du pas amèneront constamment une réussite plus prompte.

En effet, ce n’est pas d’abord une action rapide qu’il faut exiger du cheval ; ce sont des positions conformes et propres aux différentes allures; et quand, par des flexions en place, on a préparé son encolure à prendre ces positions, il est facile de donner un jeu régulier et soutenu aux articulations.

Mais si je trouve mauvaise la manière dont on débourre les chevaux , je trouve bien plus pernicieuse encore l'habitude d’en abandonner le soin à des casse-cou qui n’entendent rien à l'équitation, et laissent au cheval un emploi de force aussi nuisible à son éducation morale qu’à son organisation physique.

DÉCOUSU , se dit d'un cheval dont les allures sont irrégulières. Deux causes produisent ce résultat : une construction vicieuse ou l'usure , souvent hâtée par de mauvaises positions que l’art n’a pas réformées. Dans le premier cas, E assouplissement et une application judi-

cieuse de mes principes ramèneront l'équilibre et par conséquent l'harmonie; dans le second cas, ces moyens n’auront qu’un résultat proportionne «à la vitalité de l’animal.

DÉFENDRE (se), se dit d’un cheval qui résiste à ce qu'on veut qu’il fasse, soit en sautant, soit en reculant.

11 est rare que les défenses aient d’autre cause que la faiblesse du cheval ou l'ignorance du cavalier. Pour les éviter, le premier principe est de ne rien exiger audessus des forces du cheval, de ne jamais lui rien demander de compliqué, et de lui indiquer avec lenteur et progression ce qu’il doit faire; sans ces précautions, eu admettant même qu’il ne se défendît pas, vous ruineriez promptement son excitabilité.

Quand on voit des chevaux bien conformés, mais mal placés, résister aux efforts du cavalier, on s’en prend à leur mauvais caractère, tandis que ce n’est que l'effet d’un manque d’équilibre. J'ai cent fuis acquis la pnuve que des chevaux réputés méchants étaient bientôt, avec l’éducation, on ne peut plus pacifiques. A qui doue imputer la faute de leur prétendu entêtement? Au cavalier, toujours au cavalier. Que celui-ci se persuade bien que c’est d’abord de l'équilibre du cheval, par conséquent de sa légèreté, qu’il faut s’occuper. Le cavalier peut être bien convaincu qu'aussitôt cette position donnée, il ne rencontrera plus d’obstacle; l'intelligence du cheval le mettra promptement à même de saisir et d'exécuter tout ce qui ne sera pas contre nature.

DÉFENDRE. Les chevaux ne peuvent se défendre sans un temps d'arrêt préalable.

Ce principe, justifié par la pratique et la théorie, est de

la plus grande importance pour le cavalier. On conçoit qu'ici. par ce mot, j’emends désigner une personne douée d’un certain aplomb et assez instruite en équitation pour distinguer promptement les mouvements justes ou faux du cheval qu'elle veut diriger. Sans ce tact, celle sorte de toucher équestre, il n’y a pas d’habileté, point de sûreté possibles pour la cavalier, puisque, ne pouvant sentir les déplacements du cheval, il ne saurait les prévenir; mais s’il possède ce sentiment, et s'il ne laisse échapper aucune des contractions del’animal, il peut, avec del’adresse, non-seulement suivre, mais encore empêcher la plupart des défenses.

En effet, quand le cheval est bien placé, soit au pas, soit au trot, soit au galop, il règne dans tous les mouvements de ses articulations une action égale qui meut le centre de gravité d’une manière régulière. Tant que celte égalité se conserve, le cavalier est lui-même en bonne position. Le premier talent de l'écuyer, c’est de maintenir cet équilibre, et d’arrêter tout mouvement par lequel le cheval tenterait de disposer de ses forces.

Le pas, le trot, le galop, consistent nécessairement en un certain nombre de mouvements opérés avec une action donnée ; il est facile à l’écuyer d’en apprécier le jeu, et par conséquent de sentir le surcroît d’effort qui dérangerait la régularité des allures. Ainsi, pour se cabrer, ruer, faire des écarts à droite et à gauche, mouvements dans lesquels Tavanl-mnin ou l'arrière-main gagnent indistinctement l une sur l’autre, il faut nécessairement que le cheval commence par prendre les positions mères de ces mouvements rebelles. Si l’écuyer les saisit et b s détruit, la défense est impossible. C’est un mal qu’il faut couper dans sa racine pour éviter d'avoir à le combattre.

Citons des exemples : Le cheval tend-il à se cabrer? l’avant-main ne peut s’enlever sans avoir fait refluer son

poids sur les jambes de derrière qui prennent aussitôt un point d'appui sur le sol, pour alléger d'autant les jambes de devant. L'animal ne peut donc surcharger celles de derrière que par un mouvement rétrograde sur lui même. Si le cavalier s en aperçoit à temps, si par l'approche et le soutien ferme des jambes, il porte en avant les forces et le poids qui tendaient à immobiliser l’arrièremain, il retire à la défense le point d'appui sans lequel elle échoue.

Le principe est le même pour prévenir les ruades et les écarts, mais avec des moyens d’exécution différents, c'està-dire que le secret est toujours d'empêcher, autant que possible, le cheval de s'emparer du point d'appui sur lequel il veut baser sa défense. Ainsi, pour la ruade, c’est l'avant-main qui se surcharge, la tête et l’encolure se baissent vers le sol ; il faut donc sentir aussitôt ce déplacement pour obliger les forces et le poids à refluer vers l'arrière-main, en élevant et soutenant vivement les poignets pour redresser l’encolure.

Dans les écarts, le temps d’arrêt offre quelque chose d'analogue; mais il faut distinguer si le cheval se dérobe d’abord du devant ou du derrière ; si c’est la partie antérieure qui opère le premier déplacement, l'appui se prend sur les jambes de derrière avec une inclinaison plus considérable du côté où l’écart doit avoir lieu; le cavalier, qui saisit ce changement de position, renouvelle l'action de la partie qui faiblit, et, profilant de cet élan, redresse l'encolure et rend aux extrémités l'équilibre de forces et de poids.

Est-ce au contraire par un mouvement de croupe que le cheval se dérobe à l'action des aides en se portant à droite? son poids reflue sur les jambes de devant, et l’inclinaison se fait à droite; l’écart va suivre aussitôt le déplacement de ce côté, si le cavalier, par un surcroît d'ac-

tion, déterminé par les jambes, ne s’empresse de dégager le poids de celte partie antérieure, et ne ramène au plus vite ranimai dans sa position première. Si la pression de la jambe droite ne fait point rentrer assez promptement la croupe, en agissant sur les épaules et en les reportant de ce côté, on la forcera bientôt à revenir dans sa direction première; c’en est assez pour équilibrer de nouveau toutes les forces entre elles.

Je n’entrerai point dans plus de détails ; ceci suffît pour établir que toujours une défense, quelle quelle soit, est précédée d’un temps d’arrêt que le cavalier doit prévenir pour en déjouer le résultat.

Mais on ne saurait trop le répéter : pour éviter les luttes qui sont souvent au désavantage du cavalier, le moyen est de suivre exactement la série des principes que j'ai indiqués. L’écuyer captive promptement l'attention de son cheval, change l’emploi de ses forces, et lui fait perdre aussitôt les positions propres aux défenses.

DÉLIBÉRER UN CHEVAL, c’est le déterminer aux allures qu’il a de la peine à prendre. Si le corps du cheval repose bien également sur ses quatre colonnes, il n’éprouvera évidemment pas de difficulté à prendre plutôt une allure qu’une autre.

Le pas est le résultat immédiat d’un peu d’action ; le trot lui succède avec un surcroît de force; le galop s’obtient avec un rassembler plus complet et un degré d’action plus considérable.

La bonne position et le juste degré d'action sont donc les mobiles également indispensables et efficaces pour toutes les allures du cheval. Le talent du cavalier est de bien déterminer l’une et l’autre; sans cela il s’expose à u’étre écuyer que par hasard, et à se tromper beaucoup plus souvent qu'il ne rencontrera juste.

DEMANDER, c’est parler à l’intelligence du cheval.

Comme le cheval doit obéir et exécuter immédiatement quand on lui commande , il ne faut lui demander que les choses qu’il peut exécuter, afin de ne jamais le mettre en droit de se révolter contre d’absurdes exigences.

DÉSARÇONNER, se dit de l’action par laquelle le cheval met le cavalier hors de selle, par des sauts ou des mouvements violents.

Certes, celui qui prétend n’ètre jamais tombé n'a pas monté de chevaux difficiles ; mais ce ne serait pas être écuver que de se laisser désarçonner par des ruades, des écarts ou autres sauts qui sont des plus faciles à suivre, à moins qu’on ne soit pris à l'improviste.

Avec une bonne flexion de reins, et une forte pression des genoux, il est peu de défenses qu’on ne puisse supporter. Mais la pratique seule peut amener à bien saisir ces à-propos, et les livres ne peuvent rien apprend re à cet égard .

DESCENTE DE MAIN (la) a pour but de confirmer le cheval dans toute sa légèreté, c’est-à-dire de lui faire conserver son équilibre sans le secours des rênes. La souplesse donnée à toutes les parties du cheval, les justes oppositions de main et de jambes, l’amèneront à se maintenir dans la meilleure position possible. Pour connaître au juste si l'on obtient ce résultat, il faut avoir recours à de fréquentes descentes de main. Voici comment elles se pratiquent : après s’èlrc assuré de la parfaite légèreté du cheval, on glisse la main droite jusqu'au bouton pour être certain de l’égalité des rênes, on les lâchera de la main gauche, et la droite se baissera lentement jusque sur le pommeau de la selle.

La répétition fréquente de ces descentes de main, à la suite d’un ramener complet, donnera au cheval un tact

Dig

plus exquis et au cavalier une grande délicatesse de sentiment. Elles doivent se pratiquer d’abord au pas, au trot, puis au galop.

DËSESPÉKADE, vieux mot qui se dit d’un cheval qui va en désespéré.

Pour corriger ces défauts, évitons bien d'employer les m&yens que mettaient en usage MM. de la Broue etPluvinel. (Voyez Dresser.)

DÉSUNI. Le cheval est désuni du devant lorsqu ’en galopant à main droite , c’est la jambe gauche antérieure qui commence le galop, et il l’est du derrière quand la jambe postérieure droite reste plus en arrière que la gauche. Dans le premier cas, les jambes de derrière ont un jeu régulier; dans le second, ce sont celles de devant. ( Voyez Galop, pour les moyens à employer.)

DÉTACHER LA RUADE, c’est ruer vigoureusement.

Le moyen de corriger le cheval de ce défaut est d’éviter que les jambes de devant se lixent sur le sol; car il faut, pour que le derrière s’enlève, que le poids qui lui est assigné, pour le jeu régulier des quatre jambes, soit reporté sur la partie antérieure.

Le cheval a deux manières de placer son encolure pour donner aux jambes de devant ce point d'appui : l’une a lieu par son affaissement, et l'autre par sa contraction. Dans le premier cas, il faut scier vigoureusement du bridon, jusqu’à ce qu'on ait élevé celle partie ; dans le second, se servir du mors de la bride avec une force continue, jusqu’à ce que l’encolure ait cédé.

On conçoit combien il serait difficile de combattre ce dernier effet de force, si d’avance le cheval n était pas habitué à répondre à la plus petite sujétion de ce frein ; c’est

donc du travail préparatoire à pied, à cheval en place et au pas, que dépend la réussite.

DÉTERMINER UN CHEVAL, c’est le porter en avant, quand il résiste ou se retient.

Il laut se rendre bien raison de ce qui fait naître le refus du cheval, avant d’employer le châtiment.

11 y a, presque toujours, une cause physique dans ces sortes de résistances, et le cheval ne combine et ne dirige ses forces contre le cavalier, que pour se débarrasser d’un joug auquel il serait douloureusement ou maladroitement assujetti. Dans tous les cas, le moyen à employer consiste à le porter énergiquement sur la main avec les jambes ou les éperons.

DÉTRAQUER. Un cheval est détraqué lorsque le cavalier, par maladresse, a corrompu ou falsifié ses allures.

Celui qui détériore ainsi les mouvements du cheval n’est pas capable d'y remédier à l’aide des principes tracés seulement sur le papier; il doit se mettre dans les mains d’un bon écuyer pour apprendre à se bien placer à cheval, et ensuite il s’occuj>era de la bonne position de l’animal ; s’il n’acquiert pas le tact nécessaire pour corriger les mauvaises allures, il en saura du moins assez pour conserver celles qui sont correctes, et c'est déjà quelque chose. A moins que le moral du cavalier ne soit lui-même détraqué.

DÉVIDER. On dit qu’un cheval dévide, lorsqu'en marchant de deux pistes, les épaules vont trop vite et que la croupe ne suit pas.

Comme ceci tient à l'ensemble des mouvements du cavalier. ce n’est que par des explications verbales et faites sur-le-champ même, qu’on peut rectifier ce manque d’harmonie; il en est ainsi de tout ce qui tient au mécanisme de l’équitation.

— iït —

DOMPTER UN CHEVAL , c’est vaincre ou subjuguer ses penchants.

C’est rarement par la force qu’on parvient à dompter un cheval; le châtiment est quelquefois utile, mais en temps opportun seulement.

Si, par des moyens judicieusement appliqués, on arrive à maîtriser ses forces, on en modère plus facilement la fougue; carie cheval n’est violent qu’autant qu'il sent la force dont il peut disposer, et c’est souvent une manière de lui faire connaître sa supériorité, que de lutter maladroitement avec lui.

Les assouplissements, le travail en place et les allures lentes, valent mieux que tous les actes de rigueur pour calmer son action et diminuer les mouvements impétueux qui en résultent.

DONNER LA MAIN ou abandonner la juin , signifient lâcher la bride au cheval.

Quand on veut diminuer les effets du mors, il faut bien éviter d'abandonner la main, ou de la porter trop en avant. Le mors n’a plus d'aciion aussitôt qu'il est éloigné seulement d'une ligne des barres; cette minime distance suffit donc pour récompenser ou faciliter un mouvement en avant. En outre, celle manière délicate de diminuer les impressions du mors, permet de saisir les â-propos pour corriger un déplacement de tète, de maintenir le cheval longtemps dans la même position, et de reudre invisibles les transmissions de forces du cavalier.

On conçoit bien qu’en disant de ne rendre qu’une ligne, j’entends par là diminuer imperceptiblement la tension des rênes.

DOS DE CARPE. ( Voyez Doubler les reins.)

DOUBLER, terme de manège, c’est traverser le manège

dans sa largeur, par une ligne droite, sans changer de main.

On s’en sert ordinairement pour apprendre au cavalier à tourner son cheval.

Le doubler n’est pas une chose difficile pour le cavalier; cependant il exige une certaine attention, pour éviter les oscillations de l’assiette, oscillations qui suivraient nécessairement tout mouvement de corps qui précéderait ceux du cheval. Pour obvier à cet inconvénient, il faut, préalablement aux changements de direction , diminuer au moyen d’un plus fort soutien des reins, la mobilité du corps donnc'e par l’élan du cheval, et avancer imperceptiblement 1 épaule de dehors.

Grâce à ces altitudes, tout à fait en rapport avec la position du cheval, l’équilibre n’est pas dérangé, et les fesses deviennent le pivot sous lequel le cheval tourne aisément, puisque jamais ses mouvements ne sont combattus par des impulsions contradictoires.

Plusieurs auteurs, qui ont parlé du doubler dans leurs ouvrages, tout en indiquant convenablement les moyens à prendre pour l’exécuter, ont cependant assez mal décrit ceux à employer pour vaincre les résistances du cheval qui refuserait de tourner. L un d’eux, entre autres, un des plus modernes,’ s’explique de la manière suivante : « Si, » en employant les moyens d’aides ordinaires, le cheval » refusait d’obéir, il faudrait alors se servir de la jambe du * dehors pour le détacher du mur. » Il ajoute que, « pour » le cheval qui lient au mur, on peut se servir de la jambe » gauche pour l’en détacher. »

Il me semble que le défaut de ce passage est de ne pas définir quel effet produit la jambe gauche, de ne pas dire si elle doit toujours être mise en usage avec tous les chevaux qui refusent de se porter à droite. Il fallait, ce me semble, indiquer quelles peuvent être les causes de ce re-

fus, et pourquoi le cheval n'obéit pas aux moyens ordinaires. Or, selon moi, deux causes seulement peuvent empêcher le cheval de répondre à l'effet de nos mouvements : la première est le manque de souplesse de l’encolure et des reins; la roideur de ces parties lui ôte la faculté de prendre une inclinaison proportionnée à la courbe qu il parcourt. La seconde est la mauvaise répartition de l’action, le manque d’ensemble dans l'emploi des forces. En effet, si la force qui fait fléchir l'encolure et les reins à droite, prend sur celle qui doit entretenir le mouvement, le changement de direction est difficile et même impossible.

11 en est de même si l’action est trop considérable ; elle dérange la position.

En principe, les moyens a employer pour arrêter les résistances du cheval sont toujours en raison des diverses positions qu’il prend. Avant de chercher à tourner un cheval, il faut s’occuper de lui faire acquérir une légèreté parfaite, et alors toutes les résistances disparaîtront.

DOUBLER LES REINS, c’est lorsque le cheval voftte le dos; cette position rend le ramener impossible. Or, toute altitude qui amène un pareil résultat est mauvaise et met le cavalier en danger.

Il faut chercher avant tout à porter le cheval en avant par des pressions de jambes énergiques, et meme par les éperons, afin d éviter l’acculemcut, cause principale de cette prédisposition à la défense.

DRESSER. On entend par cheval dressé celui dont l’éducation est complète.

Le dresser des chevaux a de tout temps été une source féconde d’erreurs.

Les uns, peu soucieux des avantages du dresser accom- •

pli, ne suivent aucune règle pour juger de 1 instruction du cheval, et regard nt comme achevés des chevaux qui savent à peine prendre les allures naturelles.

Pour donner un point de repère, une pierre de touche aux amateurs, il est bon de leur dire que le cheval dressé est celui qui prend immédiatement toutes sortes d’allures et de directions avec une prestesse telle, qu'il faut connaître l'influence du cavalier sur un cheval bien équilibré, pour savoir d'où lui viennent ses impulsions. Même sous un cavalier inexpérimenté, si le cheval n’a pas cette grande régularité, du moins supportera-t-il avec soumission l’incertitude de ses mouvementé.

Mais, si l’on s’est souvent abusé sur le degré d’instruction nécessaire aux chevaux, on s'est trompé bien plus souvent encore sur les moyens propres à les instruire. Soit que la force de l'habitude ait empêché les écuyers de réfléchir sur les pratiques qu'ils employaient, soit que la plupart des hommes qui se sont occupés d'éqnitation n’aient pas su mettre dans leurs éludes cet esprit philosophique qui a fait progresser les arts et les sciences, il est certain que le dresser des chevaux est demeuré soumis à vingt méthodes défectueuses.

A cet égard, ce serait chose curieuse que d’examiner la plupart des traités qui ont donné des principes d’éducation, et de voir combien longtemps on s’est éloigné des idées les plus naturelles.

Sans remonter plus loin, se figurerait-on que des hommes de réputation, tels que MM. de la Broue et de Pluvinel, aient recommandé, comme des moyens assurés, de faire creuser des fossés profonds de deux pieds dans les manèges, pour faire exécuter des voltes avec précision, et se servir d'une montagne pour apprendre à un cheval à reculer; de le piquer avec une molette au bout d’une longue perche, pour lui apprendre à sauter ; « de corriger et

» menacer à voix furieuse (ce sont leurs expressions) ceux » qui (le leur naturel étaient fingards ; de prendre patience » deux ou trois leçons pour un cheval que l'on désire af- * finer, lequel sérail ennuyé, rebuté de l'école, débauché et hors » de justesse pour voir s'il voudrai l se soumettre avant d'être » rudement battu ; de jeter sou manteau sur les yeux à un » cheval qui forcerait la main et courrait à la desespérade; s de lui donner parfois des esenressades et des esbrillades ; » de lui attacher les génitoires avec un cordon ; de le poust» ser avec les deux éperons contre un mur, contre une » porte, contre une corde tendue dans une allée d'arbres s à la hauteur du poitrail, ou pousser le cheval à la têtière » duquel on aurait attaché deux cordes, une de chaque » côté, dont les extrémités seraient attachées à deux ar- » bres, etc.? »

Encore ces moyens si violents ne sont-ils rien auprès de ceux dont usaient leurs prédécesseurs. Ces moyens consistaient, par exemple, pour un cheval qui portait à la desespérade, à le frapper à grands coups de nerfs sur la tète pour l’étourdir, à lui mettre les deux molettes dans les flancs, jusqu'à ce que l’animal, hors d'haleine, tombât de fatigue et d’épuisement; à le pousser dans un précipice pour lui apprendre à s’arrêter, par l’effroi du danger; et mille autres pratiques plus absurdes les unes que les autres.

M. de la Guérinière, dont l’ouvrage est loin de remplir les conditions nécessaires pour un bon traité d’équitation, a du moins eu ce mérite, que ses principes sont plus dans la nature. Sans doute il n’a pas fait faire de grands progrès à l’art, mais, au moins, il ne l’a retardé par aucune de ces erreurs comme on en trouve encore dans nos livres modernes, erreurs qui font schisme, et arrêtent la marche de l'équitation.

Ainsi, j'ouvre un traité moderne, et je suis frappé du

peu d’ordre et de suite que l’auteur emploie pour dresser un cheval; je vois qu’il se sert d'une longe, puis d'une plate-longe, toujours tenues par un second cavalier; je ne sais pendant combien de temps il en use; mais, d’après la marche qu'il adopte, je doute que le cheval soit débourré avant huit mois ou un an. Comment irait-il plus vile, puisqu'il s'attache à demander beaucoup au cheval, sans s’occuper en rien de lui donner la souplesse sans laquelle il ne peut parler à son intelligence? Son cheval est au galop et fuit les hanches avant que sou instructeur se soit assuré s’il est léger à la main; le voilà parvenu aux grandes difficultés, et toutes ont été surmontées avec le seul secours du gros bridou. A la vérité, l’auteur recommande fréquemment de rassembler le cheval, rassembler qu’il ne comprend pas; mais comment veut il qu’on y réussisse, puisque le frein qu'il prescrit pendant les deux tiers de l’instruction, tend à éloigner le nez du cheval, et à augmenter la contraction de son encolure, à moins que sa position naturelle ne soit des plus parfaites?

Dans un article du même ouvrage, intitulé : Sur l’utilité de conserver ou de faire prendre au cheval des allures naturelles, et de coiriger ceux qui en ont de défectueuses, on lit :

« Si le cavalier s’aperçoit que le cheval ait propension » à prendre des allures défectueuses, ou qu'il en ait déjà » contracté 1 habitude étant poulain, il faut, pour l'en cor- » riger, lorsqu’on le dresse, le faire trotter très allongé, » marquer les temps de trot avec le tact de l’assiette; puis » il faut ne tendre les rênes que très-moelleusement, me- » ner le cheval dans un terrain raboteux ou très-mouvant, v les rênes presque flottantes, en ayant soin d'être en me* » sure de soutenir le cheval, s’il venait à broncher, ou à » ne pas se laisser prendre les jambes dessous lui, s’il ve- » nait à tomber. Je recommande d’allonger les allures et » de mener le cheval dans un chemin raboteux et mou-

» vant, a6n qu'il soit forcé, pour ue pas tomber, de ré- » taldir son équilibre en prenant ses allures naturelles;

» étant presque abandonné à lui-même, la nature lui in*

» dique et le force de songer à sa sûreté. »

Il me semble que s’en référer à de pareils moyens pour le drestcr des chevaux, c’est méconnaître entièrement les ressources de l’équitation. Évidemment ce qui donne des allures défectueuses, irrégulières, c'est le mauvais emploi de force dont le cheval fait usage (quand il n’est pas taré), et la disposition du sol où on l’exerce ne peut rien faire à cela. En supposant même qu’un terrain mou et raboteux change les mauvaises allures du cheval, ce que je ne crois nullement, l 'attitude qu'il y aura prise lui resterat-elle toujours? Et dans le cas où elle lui resterait, sera-ce bien celle avec laquelle le cavalier pourra lui foire apprécier scs moyens de direction?

D’ailleurs, cette attitude venue sans le secours du cavalier pourra bien s’en aller, en dépit de ses efforts ; et voilà l’écuyer dans la nécessité de ne jamais user de ce cheval ainsi dressé que dans des terrains mous et raboteux.

Malheureusement ces erreurs tiennent à ce qu’on ne s’est pas encore pénétré de celle vérité, qu’il n'y a pas d'allures défectueuses avec de bonnes positions. Le cheval né trotteur, qui prendrait l’amble ou toute autre allure vicieuse, n'y parviendra qu'en raison du mauvais emploi de ses forces. Ce n’est pas avec les rênes flottantes et le tact de l’assiette qu'on parviendra à les recliüer, car le tact de l'assiette n'est même pas apprécié par le cheval dans l'état d'équilibre le plus parfait.

De cette première erreur en découlent mille autres. Il n'y a plus de règles tixes pour l'instruction du cheval ; on agit sur lui en aveugle, et les résultats qu’on obtient sont aussi incertains que les méthodes.

Nous ayons blâmé tout à l'heure les barbares moyens

d éducation qu'employaient nos ancêtres; nous avons ri de leur ignorance, sans songer que nos livres modernes n’offrent, pour la plupart, rien de plus rationnel.

Dans un traité fort récent, intitulé : Promenades à cheval, je vois, par exemple, entre autres choses : « Il y a peu de * » chevaux qu'un bon cavalier ne parvienne à réduire; les » caresses, le sucre, le temps et la constance, produiront » généralement des effets bien préférables à ceux déter- » minés par les saccades, la cravache et les coups d'é- » peron. »

L’auteur n'a oublié que l'aide de Dieu. Mais les caresses, le sucre, la constance et même le temps ne serviront pas plus que les rigueurs à dresser les chevaux, si le cavalier ne sait pas faire comprendre au cheval d’abord qu’il doit lui être assujetti, et ensuite ce qu’il lui demande.

Car dans quel moment doit-on le caresser? pourquoi du sucre, et comment lui en faire manger étant à cheval? quelle idée le cheval en concevra-t-il ? L’auteur oublie évidemment que c’est sur l'intelligence du cheval qu’il faut agir, et que ce n'est que par les positions convenables aux mouvements que l'on y parviendra.

Du reste, l’auteur passe promptement d’une extrême douceur à l’excès opposé, car il ajoute en note que « les * hommes qui, par métier, domptent les chevaux, consi- » dèrent la privation du sommeil comme un moyen ef- » ficace. »

Quelle erreur ! quelle folie !

Quand donc les écuyers se persuaderont-ils bien qu’il n’y a rien à tirer de ce charlatanisme; que l’art de dresser les chevaux consiste dans le soin soutenu de récompenser à propos et immédiatement chaque acte d’obéissance qui ramène le cheval à une bonne position , et de punir chaque déplacement comme une désobéissance ; mais qu’il n’est pas dans la privation du sommeil, cruauté

qui ne saurait faire comprendre au cheval qu’elle lui est infligée pour une faute passée ou future? Laissez dormir ces pauvres bêtes tranquillement, et tâchez de sortir l’équitation de ce sommeil léthargique où l’ont laissée jusqu’à présent l’irréflexion et la routine. Méfiez-vous des gens à secret et des moyens hors nature. Servez-vous de vos poignets et de vos jambes avec discernement; ayez pour but unique l 'équilibre du cheval; faites en sorte qu'il ne puisse jamais sortir de cette belle position qui est la base et le complément de son éducation, et trois mois ne se seront point écoulés sans que l'animal le plus ignorant travaille avec une précision remarquable.

DRESSER (se). Le cheval qui se dresse est celui qui se lève tout droit sur ses pieds de derrière. ( Voyez Cabrer.)

DUR A CUIRE, expression triviale qui se dit du cheval peu impressionnable au fouet ou à l’éperon.

L’écuyer doit bien se garder de considérer comme sans ressources ces sortes de chevaux froids; une demi-éducation bien entendue reportera le centre de gravité plus en avant et rendra le mouvement d’arrière en avant plus prompt et plus facile.

ÉBRANLER SON CHEVAL AU GALOP, c’est lui donner la force et la position avec lesquelles il passe du pas à cette allure; quand c’est de l'inaction et sans transition qu’on l'ébranle au galop, cela s’appelle partir de pied ferme.

Mais, pour ce dernier cas, il faut être bien sûr de son

cheval, afin de ne pas donner lieu à des sauts de défense. ( Voyez Galop.)

ÉCART, saut de côté, plus ou moins violent, par lequel le cheval s'éloigne d’un objet qui lui fait peur.

Le cavalier doit être sur ses gardes avec les chevaux qui font des écarts, afin de ne pas être surpris désagréablement; car il a besoin de son assiette pour soutenir énergiquement l’animal des mains et des jambes, et le porter immédiatement sur ce qui frappe désagréablement sa vue.

Du reste , il ne faut se servir du châtiment qu’après avoir employé les moyens de douceur. Mais si le cheval s’obstine à ne pas vouloir s'approcher de l’objet qui l’effraye, il faut que le châtiment soit d'autant plus fort que l’effroi causé aura été plus considérable.

Hippocrate dit qu’il faut, par une douleur plus vive, détourner l'attention du malade de celle qu’il éprouvait précédemment et que l’on veut guérir. C’est ici le cas d’appliquer ce sage précepte. L’objet effrayant est la douleur dont l'attention du cheval doit être détournée.

Tant que l'animal paraîtra inquiet et disposé à fuir, on devra le maintenir, et lui faire braver l’objet de sa frayeur et de son aversion. Au reste, il ne faut pas abuser de la punition, mais se hâter, au contraire, de revenir à des moyens doux , aussitôt que la soumission a fait place à la peur.

Ces sortes de chevaux demandent à être montés pour eux-mêmes, c’est-à-dire sans but fixe dans les promenades qu'on leur fait faire.

ÉCHAPPER Laisser échapper son cheval de la main, c'est tout lui rendre, afin qu’il prenne un galop accéléré.

Je n’ai jamais été partisan de laisser ainsi le cheval livré à lui-même , d’abord parce qu'on perd les moyens de le diriger et de le secourir, en modérant ses forces; ensuite parce qu’on se met à la merci de ses caprices ou de sa faiblesse.

Il est vrai que certains chevaux seraient plus adroits, avec la liberté de leurs mouvements, que sous le joug de moyens contre nature ; mais alors le cavalier, qui se met ainsi à la discrétion de son cheval , fait un éclatant aven de son ignorance , et doit en supporter toutes les conséquences.

ÉCOUTER SON CHEVAL, c’est être attentif à ne point le déranger quand il se manie bien.

C’est une attention qu’on doit avoir avec tous les chevaux et dans toutes les occasions. L’écuyer même le plus habile n’a pas trop de l’intelligence qu’il possède, pour s’emparer de celle de son cheval et lui transmettre sa volonté; aussi, en général , le cheval dressé a d’autant plus de tact, de finesse et de régularité dans les mouvements, que son cavalier a les facultés intellectuelles plus développées et plus saines.

ÉCOUTEUX, c’est un cheval qui hésite, qui ne sait pas aborder franchement l’allure qu’on lui demande, et saute au lieu d avancer.

De la mauvaise disposition des forces naît souvent entre elles une lutte qui paralyse toute espèce de mouvement, et rend le cheval écoutrux; mais ce n’est pas là de la mauvaise volonté, et ce défaut disparaît sous une main habile. Car, n’en doutons pas, la plupart du temps, le cheval moral n’est pas le principe des résistances du cheval matériel, et si ce dernier l’emporte sur le cavalier, c’est que celui ci

n’a pas assez de volonté et de jugement pour discerner la justesse de force à lui opposer.

ÉCUYER. On appelle écuyer l'homme qui sait dresser un cheval , le conduire avec précision, et se rendre compte des moyens qui lui ont procuré ces résultats.

La France a possédé et possède encore des écuyers dont le savoir ne peut être contesté, puisque, de tout temps, il y a eu et il y a encore des chevaux dont le travail ne laisse rien à désirer; or, l'éducation du cheval est la pierre de touche de l'écuyer; cependant je crois que l’art de l’équitation est loin d'avoir fait tout le progrès dont il est susceptible.

Jusqu'ici, par exemple, ou n’a presque dressé que des chevaux dont la nature avait fait à moitié l’éducation. C’est fort bien sans doute. Mais, sans porter atteinte à la réputation d’ecuyers justement estimés, je voudrais que leur savoir s’exerçât aussi sur des chevaux défectueux; là, du moins, le talent aurait une lice plus large et plus difficile, un but plus méritoire.

J’ai vu , dans les gravures anciennes , les chevaux montés par les rois et les princes; j’ai examiné ceux des manèges royaux, et j’avoue que j’ai peine à me rendre raison du long espace de temps que l’on met à dresser de tels chevaux, quand il serait si facile à un écuyer instruit d’en tirer au bout de deux ou trois mois un tri-s-grand parti.

Ces chevaux sont tous de premier choix, sans vices de position, presque sans défauts. Quels obstacles offrent-ils donc à vaincre? Leur heureuse conformation leur donne ce parfait équilibre dont l’absence, chez d’autres, fait toute la difficulté de l’éducation ; il ne reste qu’à parfaire leur souplesse pour faciliter les changements de position, et voilà le dresser terminé.

La preuve de cette assertion, c’est que que ces chevaux sont tout aussi gracieux avant qu’après leur éducation.

Je le répété donc, pour tirer avantage de leurs connaissances, il aurait fallu que ces écuyers en eussent fait l’essai sur des chevaux d’une constitution vicieuse, afin de réparer par l’art ce que la nature avait négligé. C’est alors qu’ils auraient fait connaître les ressources que l’on peut tirer de l’équitation, en donnant à un cheval d'une nature inférieure la grâce d’un cheval de choix , et en le faisant travailler avec la même précision.

Il faut au cheval une position première avec laquelle il prend facilement toutes les autres ; celle position est celle où les forces, ayant une harmonie parfaite entre elles, le maintiennent dans un juste équilibre. A l'obtenir consistent toutes les difficultés de l’équitation , et plus le cheval est mal conformé , plus les obstacles sont grands. C'est alors qu’il faut du tact et de la promptitude dans les mouvements, pour combattre les forces résultant de cette mauvaise constitution, et faire sentir instantanément celles qui doivent indiquer la position à prendre et à conserver.

Les chevaux placés naturellement répondront d’abord aux premiers mouvements des mains et des jambes du cavalier, et lui obéiront. Ceux qui le sont mal n’y répondront pas sans un travail préalable, parce qu'il y a chez eux une force d’opposition à combattre, et une autre force à communiquer pour les mettre en équilibre.

Tous les chevaux, sauf les chevaux tarés, peuvent, d’après ma méthode, être dressés en moins de trois mois. Ceux qui, avec une bonne constitution, seront favorisés d’un peu d’action primitive, exécuteront les grandes difficultés de l’art dans le même laps de temps, car il n’en coûte pas plus au cheval qui a des moyens de travailler sur les hanches au galop, qu’à celui qui n’en a point, d'exécuter au pas les mêmes airs de manège. Le piaffer est aussi facile

pour l’un que le pas d’école pour l'autre, mais, en définitive, l'un et l'autre arrivent presque au même but avec le temps. Évitons donc à l’avenir de mettre à la réforme les chevaux qui présentent des défectuosités de conformation ; non-seulement nous y trouverons d’utiles éludes, mais encore nous rendrons à l’équitation des chevaux qui, sans cela, eussent été regardés comme impropres à tout beau service.

Quelques-uns de mes confrères ont l’habitude de faire débourrer leurs chevaux par des casse-cou, c’est un tort. C’en est un autre chez la plupart des érjyers, de s'imaginer qu’après avoir acquis la pratique de l’équitation , ils ont atteint le terme de leurs éludes; grande erreur! Ils possèdeut à peu près l’art de l’équitation, ils n’en conçoivent pas la science. Qu’en résulte-t-il? Faute de réflexions théoriques, ils ne peuvent définir le plus simple mouvement, se rend recompte du moyen le plus usuel. Croirait-on que je n'ai pas rencontré un écuyer qui put expliquer le moyen à l’aide duquel on corrige les mouvements de tète d’un cheval, ce qu’on appelle battre à la main? Quand on las interroge à ce sujet, voici à peu près ce qu’ils répondent (j’entends les plus capables) : « Il faut soutenir la main pour que le cheval, ressentant une douleur à chaque mouvement qu’il fait, finisse par tenir sa tète en repos, » , C'est donc la main qui doit agir d’abord? fort bien. Mais pourquoi la main doit-elle précéder les jambes? Pas de réponse. Et si on leur dit qu’avec certains chevaux ce sont les jambes qui doivent agir d’abord, la plupart sont déroutés, faute de comprendre que la cause qui produit ce déplacement n est pas la même chez tous les chevaux. Rien n'est cependant plus facile à démontrer.

J'ai dit plusieurs fois dans cet ouvrage que l’allure du pas était préférable à toutes les autres pour corriger le cheval de ses mouvements instinctifs. Je suppose donc

qu’il fasse usage de la quantité de forces nécessaires au maintien de cette allure ; il faut être bien attentif à l'écou~ ter pour tenir toujours prêtes les forces à lui opposer, et n'agir que sur le point de départ du mouvement fautif; mais il faut prendre garde de se tromper sur le fait de ce point de départ. Ainsi, pour battre à la main, une fois en action, le cheval n’agit pas seulement de l’encolure, mais encore il faut qu'il use de l’ensemble de ses forces.

Si le déplacement est le résultat d'une augmentation de forces, la main doit précéder les jambes; si, au contraire, ce mouvement le fait revenir sur lui-même, c’est aux jambes qu'il faut d’abord avoir recours, puisque la main ne lui dirait rien autre chose, sinon qu’il doit se ralentir.

L’inconvénient opposé aurait lieu si , dans le premier cas, les jambes venaient à doubler l’action déjà trop considérable; car, non-seulement on ne corrigerait pas le mouvement de la tête, mais on faciliterait encore le changement d’allure. On le voit, avec peu de chose, il est facile de bien se faire comprendre du cheval ; mais sans érudition équestre le cheval monté n’est plus qu’une machine. On verra à l’article Homme de cheval quelle distinction j’établis entre l’écuyer et celui-ci. L’un n’est que le bon cavalier; l’autre est le professeur capable de former de vrais hommes de cheval. Mais pour atteindre ce but, ce ne sera pas assez pour l'écuyer de connaître à fond l'équitation : il lui faudra de plus étudier ses élèves, et créer pour chacun une manière spéciale d’enseigner. Si, grâce à ce soin, il parvient à n’en décourager aucun, à faire de leurs qualités et même de leurs défauts des moyens de progrès, il aura mérité le titre d’écuyer.

Ce n’est pas, selon moi, un des moindres talents à exiger des personnes auxquelles on confie la direction des manèges, que cette habitude d'observation morale, sans

laquelle on rebute beaucoup d'élèves, et ce serait un grand torique d accorder ces places à des hommes qui n auraient pas l’ensemble des connaissances que je viens de détailler .

ÉDUCATION RAISONNÉE DU CHEVAL. L’éducation du cheval se compose nécessairement de différentes parties , et j’aurais pu renvoyer à leurs lettres respectives ; mais il m’a semblé que les diviser dans ce Dictionnaire eût été en perdre l’effet : leur liaison seule peut faire comprendre la série de moyens et de principes qui complètent l’ensemble de cette éducation.

L’éducation a pour but d’amener le cheval, par une suite d’exercices, à répondre à l’impulsion de nos forces et à se soumettre à notre volonté.

Les moyens que l’éducation emploie sont l'action et la position.

L/action est l'effet de la force qui met le cheval en mouvement.

La position est une disposition des propres forces du cheval, telle qu’aucune de ces forces ne puisse échapper à l'exigence des nôtres.

Que la force soit bien celle qui donne la position , et elle s’obtiendra aussitôt ; que la position soit en raison de l'allure, ou du changement de direction qu'on veut faire exécuter à l’animal, et il ne pourra s’y refuser.

Cette vérité, dont on a méconnu les conséquences, peut seule nous mettre à même de parler promptement à l’intelligence du cheval. Je dis parler promptement à son intelligence, parce qu'en effet nos mouvements sont des phrases qui lui indiquent ce que nous exigeons de lui, et le résultat en est plus ou moins prompt, en raison de leur clarté.

Mais, pour que le dialogue soit serré et que l’homme ne

cède aucun avantage au cheval , il faut que celui-ci soit dans une position telle, qu’il ne puisse faire aucun mouvement sans la participation de son cavalier; or, pour arriver à ce but, le principe de toute éducation doit être la position.

Les chevaux, en général, ne sont maladroits et disposés à se défendre que parce qu’ils ne sont pas suffisamment bien placés. Il faut donc, avant de rien exiger d’eux, employer tous les moyens pour obvier à ce défaut essentiel. Ces moyens consistent d’abord à combattre, par des forces opposées, les parties qui offrent de la résistance; ensuite à assouplir par un travail spécial l’encolure, la croupe et les reins, ce qui conduira infailliblement à cette position indispensable sans laquelle il n’est pas de travail régulier, ni de prompte éducation.

Pour éviter des détails qui, d’ailleurs, sont répandus dans beaucoup d'ouvrages sur l’équitation, supposons que le cheval à dresser ait été sellé, et qu’il supporte déjà l’homme; comment résistera-t-il à l’action de nos forces? Par l'encolure et la mâchoire, cela est incontestable. Nous agirons donc sur ces parties, puisque leur contraction instinctive rendrait la soumission du cheval difficile, et pourrait engendrer des défenses; commençons donc son éducation par l'assouplissement de l'encolure , et bientôt nous nous rendrons successivement maîtres des autres parties du corps.

Je dois prévenir ici d’avance que je me sers d’un mors extrêmement doux avec tous les chevaux, et que j’en fais usage même avec ceux que je monte pour la première fois. Je regarde le gros bridon comme nuisible aux progrès de l’éducation, en admettant même le cas où les chevaux auraient une grande susceptibilité.

Le mors est accompagné d'un filet qui remplacera le bridon ; sa propriété spéciale est d’agir sur l’encolure , pour

l’élever et la faire fléchir à droite on à gauche. Le gros bridon produit bien le même effet : mais , n'étant point accompagné du mors, il reste dépourvu de levier, et ne peut arrêter l’éloignement du nez qu’entraîne son action.

C’est donc avec le mors et le filet , que nous commencerons le travail en place. ( Voyez Flexions. )

A la suite de ce premier travail , qui doit se continuer jusqu’à ce que l’encolure et la croupe du cheval soient parfaitement assouplies, on le mettra en action pour lui faire prendre l’allure du pas.

Le pas doit suivre le travail en place, parce qu’à cette allure il a encore trois points d’appui , et son action étant moins considérable que pour le trot, il est plus facile de le régler et de le régulariser, ce qui le conduira à prendre beaucoup plus vite la position du ramener à laquelle on veut le soumettre.

Les volontés du cheval ne seront soumises à celles du cavalier que quand l’assouplissement l’aura conduit à prendre une bonne position ; alors le développement de l'intelligence du cheval deviendra facile; pouvant exécuter tout ce qu’on lui commandera, quelques répétitions d’un même travail lui feront comprendre et exécuter sans peine le but de nos exigences.

Mais pour arriver à ce résultat on doit d’abord chercher les moyens de s’emparer entièrement de ses forces , de façon que notre volonté devienne la sienne ; il faut ensuite mettre assez de progression dans ce que nous lui demandons pour que son intelligence nous suive, et comprenne qu’il n’y a dans nos actes ni méchanceté ni maladresse.

Sous ce rapport, le talent de l’écuyer consiste à trouver les moyens d’agir si directement, si localement sur son cheval, que celui-ci ne puisse pas se refuser aux mouvements qu'on lui demande.

Or, cette habileté de l’écuyer ne peut lui venir qu’à la suite d’une étude indispensable, celle des moyens par lesquels le cheval opère tel ou tel mouvement, ou par lesquels il résiste.

Une fois cette connaissance acquise, en disposant tous les muscles de son cheval d'une façon telle qu’il n’ait [dus besoin que d'action pour exécuter, on sera sûrement obéi.

Mais ce qui est une partie essentielle de l’éducation, c’est la rectification des mauvaises positions, au moyen desquelles les chevaux résistent.

La tète doit être perpendiculaire au sol, ne présentant aucune résistance à la main. Pour qu’un cheval reste ainsi placé, il faut, ou qu’il ait une belle conformation, ou qu'il soit savamment monté. Malheureusement les chevaux bien conformés sont rares chez nous, et les cavaliers assez instruits pour suppléer par l’art aux imperfections de la nature, le sont peut-être encore davantage.

Cependant la bonne position de la tête et de l’encolure est de première nécessité pourcellcdes autres partiesdu corps.

En effet, si l’encolure est basse ou tendue, il n'y a [dus d'action possible du cavalier sur le cheval, parce que toute celle qu'il exerce n’est ressentie que par l'encolure seule, et n’agit que faiblement sur le reste du corps.

La main ne parvient à diriger le cheval que parce que l’impulsion quelle donne à la tète réagit sur le reste du corps du cheval, et détermine son mouvement; mais, si cette partie, par une contraction quelconque, absorbe tout l'effort du cavalier, il est clair que toute direction devient impossible.

Si le cheval met plus de force dans l’un des deux côtés de l'encolure, celle-ci ne sera plus droite, et l’inégalité des forces fera perdre aux rênes et au mors de la bride leur effet déterminant.

Il est rare de rencontrer des chevaux qui soient également maniables des deux côtés ; mais on remédiera promptement à cet inconvénient, si l’on y apporte quelques soins dès les premières fois que l’on s’occupe de l’instruction du cheval ; il suffira de renouveler, dans le travail en place et au pas, les flexions du côté où l’encolure présente plus de résistance, et bientôt après elle cédera également des deux côtés, la sûreté et la promptitude des changements de direction en seront la conséquence.

La tête suit toujours les mauvaises attitudes de l’encolui •e, ce qui fait naître des positions souvent dangereuses et toujours disgracieuses ; j en signalerai deux qui rendent les effets du mors impuissants pour ralentir, arrêter ou enlever, et qui ôtent aux rênes le pouvoir déterminant à droite ou à gauche : l'une est quand le cheval éloigne son nez (ou porte au vent). Vautre quand il s’encapuchonne. Le cheval prend la première position en contractant les muscles supérieurs de son encolure, et comme c’est par la flexion de ces muscles qu’on fait refluer la force et le poids de la partie antérieure sur l’arrière-main, cette translation devient impossible; aussi ces chevaux sont-ils fort désagréables à monter, la grande quantité de force dont cette position leur permet de disposer se trouvant toujours en opposition avec les moyens de résistance du cavalier. Ce défaut ne tardera pas à en amener encore un autre : il rendra le cheval ombrageux; car sou rayon visuel, parcourant un trop grand espace, lui fait apercevoir des objets qu’il ne peut ni distinguer ni apprécier; aussi cherche-t-il tout d’abord à les fuir, et il le peut d autant plus aisément que son cavalier a perdu les moyens de le maîtriser.

Quand la tète, au contraire, outre-passe la ligne perpendiculaire vers le poitrail, le cheval s’encapuchonne, et l'équilibre est détruit. Le cheval est porté sur ses

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épaules, son menton touche au gosier, et dans ce cas le mors perd toute sa puissance.

Je le répète, c'est à corriger ces vices de position que l'écuyer doit mettre tous ses soins, et les assouplissements partiels, la légèreté parfaite l'y conduiront promptement ; les difficultés seront vaincues dès que le cheval sera dis* posé de manière à céder aux mouvements les plus imperceptibles, aux forces les plus minimes; et c'est ce que l’équilibre amènera infailliblement.

Combien ne voyons-nous pas d'écuyers subir tous les caprices de leurs chevaux, faute de ce travail préalable ! Combien assurent que leurs chevaux sont des mieux dressés, et cependant avouent qu'ils sont fantasques, et que leurs dispositions varient au jour le jour! Si, au lieu de s’en fier aux bons moments de son cheval, on s’occupait de le bien placer, il est indubitable que les positions de la veille, qui ont donné de bons résultats, les amèneraient encore le lendemain ; mais on néglige ce point principal, et de là l’incertitude. Comment, en effet, le cheval se portera-t-il sur une ligne droite, s’il n'est pas droit lui-même? comment se maintiendra-t-il sur une ligne courbe, s’il n’est pas incliné comme elle? comment la partie antérieure s'enlèvera-t-elle, si elle n’est pas plus allégée que la partie postérieure ?

Je n’en finirais pas si je voulais énumérer les difficultés sans nombre que présente le cheval auquel on n’a donné préalablement ni équilibre ni aplomb. Aussi n’est-il pas étonnant que le peu d’érudition du cavalier le mette souvent dans l'impossibilité de bien diriger son cheval, et qu’il reste même soumis à ses fantaisies et à ses boutades.

Résumons cet article. Que le cheval soit jeune ou vieux, qu’il ait été monté par un cavalier ne connaissant pas mes principes, il faudra commencer son éducation delà même manière, c’est-à-dire par le travail de la cravache d’abord,

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les flexions à pied ensuite, puis continuer ce travail à pied jusqu’à ce qu'il ne laisse rien à désirer; c'est-à-dire que, répondant à l'action de nos mouvements, il exécute facilement toutes les flexions de l’encolure et de la mâchoire ; alors seulement on l’enfourchera pour obtenir en place la même mobilité d’encolure et de mâchoire. Ces flexions, qui au début présentent quelques difficultés, deviennent faciles quand le travail à pied a été bien complet. Lorsque les flexions latérales d’encolure et la mise en main avec mobilité de mâchoire seront complètes, on commencera les flexions de croupe, pour arriver aux pirouettes renversées, puis on passera aux pirouettes ordinaires; on se contentera dans le principe d’un pas ou deux qui seront suivis d’un effet d’ensemble pour arrêter le cheval; on ne recommencera qu'après avoir obtenu une immobilité complète. C’est alors qu’on mettra le cheval au pas , tout en faisant des flexions d'encolure à droite et à gauche, le cheval restant droit de corps; on exécutera également des effets de mise en main avec mobilité de mâchoire, sans laquelle la légèreté serait imparfaite; on n’obtiendra un ramener exact que par des effets d’ensemble qui ne seront justes que lorsque le cheval n’oflrira plus de résistance et conservera la même allure; c'est ce qu’on appelle position et mouvement. Les changements de direction seront faciles lorsque le cheval répondra aux effets d’ensemble. On voit combien ces moyens sont différents de ceux qui se pratiquaient autrefois; par leur application, on prolongeait volontairement l'éducation du cheval ; le mouvement que l’on exigeait de lui était d’autant plus pénible qu'il n'y avait pas été disposé à l'avance, dans ce cas son intelligence ne pouvait être imprégnée d’une chose physiquement impossible. Le même travail s'exécutera au petit trot, flexions d’encolure à droite et à gauche, effets d'ensemble multipliés pour amener la légèreté. La légèreté, toujours

la légèreté, c’est la pierre de touche, la pierre philosophale, c’est toute l’ équitation; en un mot, c’est l’équilibre; c’est une poutre que des ouvriers sont arrivés à placer de manière à ce que, se soutenant d elle-même, un enfant puisse la changer de position.

Les effets d’ensemble que l’on a obtenus au moyen des jambes fortement soutenues, ont dû amener le cheval à supporter le toucher de l’éperon; si la main peut intercepter ce surcroît de forces au profit de l’équilibre, le résultat sera immense. Il faut bien éviter une trop grande précipitation dans ces délicats touchers de l’éperon ; on ne devra s’en servir qu’après avoir amené le cheval à supporter la plus grande pression des jambes sans forcer la main. On essayera ensuite quelques pas de côté sur les hanches, on en augmentera le nombre progressivement. Les pirouettes renversées et ordinaires ont déjà rendu le cheval impressionnable à l’effet des jambes pour l’obliger à se porter de l’une sur l’autre, comme ils ont servi pour les changements de direction. Arrivé à ce point, on commencera les premiers temps de reculer, un pas d’abord, suivi d’un effet d’ensemble, puis deux pas, et ainsi de suite. On fera d’abord précéder les jambes, comme dans tous les mouvements, y compris les temps d’arrêt. Le reculer sera régulier si le cheval reste léger pendant ce mouvement rétrograde. Une fois arrivé à ce point de l’éducation, on commencera quelques effets de rassembler, en mobilisant le cheval sans trop avancer ; les jambes de derrière se rapprochant aisément du centre, il sera facile de disposer le cheval pour le mouvement ascensionnel qui doit suivre. Quant à l'allure du galop, les grandes difficultés consistant dans les départs et dans les temps d’arrêt, on les renouvellera fréquemment, et, pour y parvenir sans fatiguer le cheval, on ne lui en fera faire que dix ou douze pas chaque fois. Quand il s’enlèvera et se maintiendra facilement au

galop à une main, on lui fera exécuter le même travail à l'autre main. Les départs sur les deux pieds devenus également faciles, on obtiendra le galop sur le pied droit et sur le pied gauche à la même main, toujours avec des temps d’arrêt.

C'est à l’aide de cette gradation qu’on arrivera à changer de pied du tact au tact, sans efforts de la part du cavalier ni du cheval. Le piaffer, enfin, sera le complément de l’éducation. Le cheval répondant facilement aux effets d’ensemble, à la gradation des attaques qui sert aie renfermer et l’oblige à rester entre la niain et les jambes, le rassembler complet et le piaffer, n'offriront plus de grandes difficultés. Les allures, le trot surtout, acquerront plus de vitesse et de célérité, lorsque le cheval sera équilibré de cette manière; elles auront plus de régularité, ce qui sera suffisamment indiqué par une continuelle légèreté. Il existe une vingtaine d’autres difficultés de mouvements plus ou moins compliqués, qu’on peut obtenir ensuite. Je renverrai le lecteur aux articles qui y ont rapport. Avec du tact et de la persévérance, un cavalier peut exécuter tous les mouvements dont j’ai donné la nomenclature dans le cours de cet ouvrage , si toutefois son organisation a quelque chose d’équestre.

A voir les résultats de cette fa<,on de dresser les chevaux, on croirait que pour y atteindre il faut une patience exemplaire ; c’est une erreur : chaque minute amène une amélioration, chaque effet un progrès; le cheval bien ménagé obéit comme s'il savait déjà, et le cavalier trouve trop de plaisir dans le succès de son travail pour se rappeler qu’il faut de la patience.

EFFETS D’ENSEMBLE. Les effets d’ensemble s’entendent de la force continue et justement opposée entre la main et les jambes. Ils doivent avoir pour but de ramener

dans la position d’équilibre toutes les parties du cheval qui s’en écartent.

Ce n’est plus par des holà! ou toute autre inteijeclion, que l'on immobilisera le cheval irritable qui est toujours en action malgré le cavalier; mais bien par un effet d'ensemble. Si le cheval a été bien exercé aux effets d’ensemble, il s’arrêtera ou marchera régulièrement et à volonté. Peut-il en être autrement? puisque les forces de l’avant et de l'arrière-main sont dans une juste opposition, le centre de gravité se trouve naturellement fixé au milieu du corps du cheval ou n’eu sortira que pour exécuter le mouvement, mais sans trop s’en éloigner, afin que sa force d’impulsion ne détruise pas la force d’équilibre; la mise en pratique des elfets d’ensemble est aussi un sûr moyen de donner promptement un accord parfait aux aides du cavalier.

ÉGARER LA ROUCHE D’UN CHEVAL. Des écuyers croient encore que les faux mouvements du cavalier ne produisent un mauvais effet que sur les barres, tandis que celles-ci sont les dernières à en souffrir.

C'est en agissant à faux sur l’encolure et le reste du corps qu’un cavalier ignorant fait prendre à son cheval de mauvaises positions, qui détruisent promptement la souplesse de toutes les parties du corps, et l'empêchent de comprendre les effets du mors et d’y répondre.

ÉLARGIR SON CHEVAL, c’est, au manège, lui faire serrer le mur, ou lui faire embrasser un plus grand espace de terrain.

Il n’est pas plus difficile d 'élargir que de rétrécir un cheval; toutes les directions sont aisées quand une fois on l’a bien assoupli, et les chevaux n’ont de mauvaises habitudes

ou n’éprouvent de difficultés que faute d'une bonne éducation première.

On dit à l’élève qui laisse rentrer son cheval dans le manège : Elargissez votre cheval.

EMBOUCHER UN CHEVAL (bien), c’est choisir un mors dont l’ouverture soit en rapport avec la largeur de sa bouche, et le bien ajuster sur les barres.

Les canons du mors doivent être à 27 millimètres des crochets d'un cheval, et pour les juments qui n’ont pas de crochets, ils doivent être distants de 30 millimètres des coins. ( Voyez Mons.)

EMBRASSER SON CHEVAL, c'est l'envelopper avec les cuisses et les jambes par autant de points de contact que possible.

La belle position, la solidité, la force et la finesse à communiquer au cheval, rendent indispensable cette manière de se lier avec l’animal, et de faire, pour ainsi dire, corps avec lui.

EMPORTER (s’), se dit du cheval qui, s'étant rendu maître de son cavalier, l'emporte selon son caprice et malgré les efforts de celui-ci.

Des forces mal coordonnées, une mauvaise position de tête et d’encolure, qui en sont la conséquence, produisent ce défaut ; jamais on ne verra un cheval s'emporter quand il sera léger à la main ; c’est en baissant l’encolure, en s’encapuchonnant, en éloignant son nez, ou en portant sa tête plus d’un côté que d’un autre, qu'il jiaralyse les effets du mors. Un travail préparatoire obviera à cet inconvénient.

Si, par des causes étrangères, on ne pouvait graduer l’éducation du cheval, et qu’il s’emportât, il faudrait exa-

miner quelle est sa position, afin de combattre par des forces contraires celles qu’il emploierait pour nous braver,

EN C A PUC IION' N F, R (s), c’est quand la tète du cheval outre-passe la ligne perpendiculaire et s’approche trop du poitrail. Cette position lui permet de prendre avec le menton un point d’appui sur le gosier, ce qui paralyse les effets du more, puisque la tète, devenue immobile, ne peut communiquer aucune action au reste du corps.

L'action de scier du bridon est un des moyens qui servent à modifier celte position défectueuse, si l’on est pris au dépourvu ; le correctif est dans l’application graduée de me$ principes.

ENFONCER LES ÉPERONS DANS LE VENTRE DU CHEVAL, c’est les lui faire sentir avec violence. [Voyez Attaquer.)

ENSEMBLE. On dit qu’un cheval a de l’ensemble quand il a de justes proportions, et lorsque la position de son corps et de ses extrémités le rend capable d'arriver à une belle exécution dans le travail.

On dit aussi du cavalier qu’il a de l’ensemble quand il sait coordonner le jeu de ses poignets et de ses jambes. Conduire un cheval avec ememble a la même signification,

ENTABLER (s’). En cheval s’entable lorsqu’en marchant de deux pistes, sa croupe précède ses épaules. Il faut éviter ce mouvement défectueux, car non seulement il n'est pas possible de donner de direction certaine au cheval qui s’entable, mais il court risque de s’estropier, et comme il est gêné dans sa marche, il est porté à se défendre.

Le cavalier qui n’est pas prévenu par son assiette de ces sortes d'irrégularités, ne doit pas s'exposer à travailler seul : il lui faut la présence d’un écuyer pour

l’avertir des mauvaises positions que prend son cheval, jusqu’à ce qu’il parvienne à s'en rendre raison lui-même. Comme il lui est impossible d’inculquer un sentiment qu'il ne possède pas, son premier soin doit être de l’acquérir.

ENTAMER LE CHEMIN A MAIN DROITE, c’est quand le cheval partant au galop, ses pieds droits, antérieur et postérieur, arrivent sur le sol avant les gauches. S'il est à l’autre main, ce sera la partie gauche du cheval qui entamera le chemin. ( Voyez Gai,op, pour les moyens à employer.)

ENTIER. Cheval entier à une main. [Voyez Cheval.)

ENTRER DANS LES COINS, c’est pénétrer autant que possible dans les angles du manège ; il faut au cheval beaucoup de souplesse pour qu’il puisse se contourner ainsi, et que les jambes de derrière suivent exactement la même ligne que celles de devant.

Du reste, le cavalier qui saura bien équilibrer son cheval, arrivera facilement à le faire entrer dans les coins, car il aura dès lors vaincu une bien plus grande difficulté.

ENTRETENIR, c’est renouveler l’action du cheval, pour lui conserver une égale vitesse dans les allures.

Soit qu’il faille se servir du mors pour le calmer, ou des jambes pour l'activer, les aides agissantes doivent toujours être modérées par les aides opposées, afin que l’impulsion qu’elles donnent ne change pas l'action nécessaire à l’allure et à une bonne position.

Ainsi les changements de direction ne sont qu’imparfaitement exécutés quand le cheval ne conserve pas exactement en tournant la même vitesse qu’il avait en ligne droite.

ÉPAULE EN DEDANS (!') s’exécute lorsqu'on amène les épaules du cheval dans le manège, en conservant toujours les jambes de derrière sur la piste.

Si l’on est à main droite, le cheval marchera à gauche, et conservera sa position oblique pour que les jambes de derrière cheminent un peu plus que d’une piste et pas précisément de deux. A I approche des angles, on diminuera lentement la marche des épaules, et on augmentera celle des hanches, afin de conserver au cheval le même degré de vitesse, et le retrouver dans la même position après avoir passé les coins.

Tous les écuyers regardent cet air de manège comme l’un des plus aisés, surtout pour les jeunes chevaux ; je ne partage pas leur opinion : bien que les deux lignes que parcourent les jambes postérieures et antérieures ne soient pas parallèles, le cheval n’en aura pas moins une grande propension à tésister, parce que, n’étant plus droit, il aura plus de facilités d’échapper au ramener, sans lequel la direction précise est impossible.

Je ne suis pas non plus de l’avis des écuyers qui regardent l’épaule en dedans comme l’air de manège par lequel il faille commencer les chevaux au travail de deux pistes. Je lis dans un ouvrage en vogue, sur l'Épaule en dedans : « S’il arrive qu’un cheval se retienne, ou se défende par » malice, ne voulant point se rendre à la sujétion de cette » leçon, il faudra la quitter pour quelque temps, et re- » venir au principe du trot étendu. *

Je ne conçois pas qu’on passe ainsi sans intermédiaire du trot à l’épaule en dedans, et de l’épaule en dedans à cette allure. Quant à moi, je le répète, je ne conseillerais pas de commencer le travail sur les hanches par l’épaule en dedans : le cheval n’ayant rien qui l’arrête et limite son travail, il ne l’exécute qu’avec peine et incertitude; il y a plus : le point d’appui que ses jambes postérieures ren-

contrent ou mur lui donne le moyen de résister , et souvent il s’en empare. L'expérience m’a démontré que les lignes diagonales des changements de main faisaient comprendre plus vite nos intentions au cheval. Voici comment je procède : Je fais marcher le cheval d’une piste sur une ligne, jusqu’à ce qu’il soit à trois ou quatre pas du mur opposé; puis je lui fais parcourir ce court espace de deux pistes, Je l’arrête, le caresse ; ensuite, je recommence en diminuant graduellement le terrain sur lequel il marche d’une piste; si l'on suit bien celle gradation, le cheval se soumettra à ce nouveau travail sans difficulté aucune.

ËI’ERON. Les eperonniers ont fabriqué plusieurs sortes d’éperons. Le nombre en eût été plus restreint si l'on eût moins sacrifié à la mode; mais une foule de personnes qui ne montent pas à cheval , ont trouvé gracieux d’avoir à leurs bottes de longues branches droites ou courbes, armées d upe infinité de petites pointes; on peut se contenter de rire d'une habitude qui, en définitive, ne fait de mal à personno. J’en dirai amant de ceux qui s'en servent, à la vérité, pour monter dans les promenades, mais qui, grâce à la position de leurs jambes, les rendent tout à fait inoffensifs pour le cheval.

Le collet des éperons d’un homme de cheval doit avoir de vingt-sept à quarante millimèlres de long. Les molettes doivent être rondes, avec de petites entailles très-peu saillantes, leur action bien entendue produira tout l'effet qu’on doit en attendre sur les chevaux froids, comme sur les chevaux d’une nature irritable, (l'oyez Attaques.)

ÉQUITATION (T) est l’art de bien monter à cheval.

Traiter un pareil article comme il mériterait de l'être , co serait faire uu livre tout entier. Je me contenterai de citer les passages suivants sur l'origine de l'équitation et

ses avantages hygiéniques, passages extraits de l'ouvrage intitulé : Gymnastique médicale, par M. Charles Londe, . D. M., dont je m’honore d’être l’ami.

Cet ouvrage, ex professo, renferme les notions les plus exactes sur la matière , et jouit d’une estime justement acquise.

DE L ÉQLITATIOS

« Si, moins amateurs du vrai que du merveilleux, nous remontions , avec les mythologues , à l’origine de l’équitation , nous pourrions , après Virgile et ce grand poète grec qui lui servit de modèle, rendre grâce à Neptune de nous avoir donné le cheval, et appris l’art d’en faire usage .

Tuquo, o qui prima fremontem

Fudit equum magna Icllus pereursa tridcnlc.

( Vias., Ceurg., lib. IV, 12 ol 13.)

i> Mais si, prenant pour guides des historiens d’une véracité moins équivoque , nous venons à consulter Pline > nous conclurons, avec Mercuriali, que Bellétophon, fils de Glaucus, est, dans la Grèce, le premier qui trouva le secret de dompter un cheval et de s’en servir : Equilalinnis primum invcnlorem Bellerophonlcm cxstilissc auclor est Pliniut. (Merc. De artc gymnast. lib. m.)

» Bien certainement, avant Bellérophon, on avait déjà dressé des chevaux en Egypte, puisque l’Ecriture nous apprend que le roi Pharaon, qui fut englouti dans la mer Rouge, avait sous ses ordres une cavalerie fort nombreuse. Dans d’autres pays, au contraire, on n’a connu les chevaux que fort tard, et l'Amérique, avant la découverte de Christophe Colomb, n’avait encore aucune idée de ce quadrupède précieux, aujourd'hui si nécessaire à ses hahi-

tants. Les Thessaliens, peuple voisin de la Grèce, profitèrent bientôt de la découverte de Bellérophon, et devinrent de si bons cavaliers, qu'on les surnomma centaures. Enfin, du temps d'Hippocrate, presque tous les Scythes faisaient un grand usage du cheval, ce qui, sans doute, fournit au père de la médecine l’occasion de reconnaître plusieurs effets de l'équitation. Cet exercice, après le siècle d’Hippocrate, continua à se répandre de tous côtés, fit partie des jeux, et fixa, sous le point de vue prophylactique et thérapeutique, l'attention d’une infinité de médecins, parmi lesquels nous retrouvons encore Antyllus, Aëtius, Avicenna, Suétonius, et enfin Sydenham qui s’est montré panégyriste si enthousiaste de l'équitation, qu’après en avoir vanté l’usage jusque dans lès dernières périodes de la désorganisation pulmonaire, il n'a pas craint d’avancer encore que, si quelqu'un possédait un remède aussi efficace que l’est cet exercice, lorsqu'on le répète souvent, et qu’il voulût en faire un secret, il pourrait aisément amasser de grandes richesses, etc. Snne diu multumque memm repntavi, quud si mi innotesceret medicamentum, quod et eeiarc vellet, œque efficar in prodagra ut in chronicis plerisquc, ac. est equilatio cotisions et assidua, opes ille exinde amplissimat facile accumulare potsel. (Sydf.xham. Tract, de podag., p. 591.)

s Des exercices que nous avons décrits, l'équitation est un de ceux qui fut un peu négligé dans les gymnases, peutêtre à cause des grandes dépenses qu’il occasionne, peutêtre aussi parce que cette espèce d’exercice ne remplissait pas entièrement l'objet des anciens, qui n'avaient pas seulement pour but d’acquérir une santé stable et vigoureuse, mais qui voulaient, en outre, donner à leur corps toute la force qu'il était susceptible d'acquérir, et d’où résultait celte constitution prodigieuse qu'on nommait athlétique, ou une agilité dont on pourrait à peine se faire une idée de nos jours. Quoi qu’il en soit cependant, il existait

chez les Grecs trois espèces de courses de chevaux. Ces courses dillëraient des noires, 1* parce qu’on les faisait toutes sans étriers, celte partie du harnais étant encore inconnue à cette époque; 2° parce qu'on devait, comme dans l’exercice des chars, doubler la borne avant de j«raltre devant les juges. Ces courses différaient ensuite entre elles, en ce que, dans la première, on courait avec des chevaux de selle; dans la seconde, avec des poulains montes comme des chevaux de selle; et dans la troisième, avec deux juments, dont l'une était montée, et l'autre menée en laisse. A la lin de cette dernière course, le cavalier se jetait à terre en prenant les juments par la bride, et achevait ainsi de fournir sa carrière. Les courses de chevaux sont peut-être, de tous les exercices que nous avons conservés des anciens, le seul qui, de nos jours, se fasse publiquement, et soit présidé par des magistrats ; encore faut-il avouer que ces courses modernes paraissent particulièrement instituées pour conserver en France des races de coursiers légers, et que les prix qui se distribuent annuellement, au Champ de Mars, sont plutôt une récompense des soins qu'a pris le propriétaire de faire de bons élèves, qu’une palme décernée à l'adresse des écuyers. Venons maintenant à notre objet principal.

» L’équitation communique aux organes la force dont ils ont besoin pour s’acquitter convenablement des fonctions qui leur sont confiées, régularise, si je puis m'exprimer ainsi, tous les actes de la vie, sans les accélérer beaucoup : Equitatio pulsum parum auget, a dit Haller dans ses Éléments de Physiologie. L’équitation exerce la plus grande influence sur la nutrition et l’assimilation, et c’est en assurant une ample et juste répartition des principes nourriciers (que les exercices actifs ont l’inconvénient de trop dissiper), et en développant ces constitutions pléthoriques et replètes, signes certains d'une santé robuste et

d’organes bien nourris, quelle parvient à réprimer, je dirai presque à étouffer, celte prédominance de la sensibilité, qui cause des désordres si grands et si faussement attribués à la faiblesse des nerfs.

n Le mouvement général qu’imprime l'exercice modéré du cheval est un des moyens les plus propres à fortifier la presque universalité des organes du corps humain, et c’est cette propriété, tonique par excellence, qui le rend si avantageux aux personnes faibles, aux convalescents, surtout à ceux chez qui de longues maladies auraient occasionné une diminution générale des forces; ce sont surtout les gens de lettres qui doivent pratiquer cet exercice : ils y trouveront un moyen propre à opposer aux dangers de leur genre de vie; car la position qu’exige l’équitation et les mouvements qu’elle détermine étant très-favorables à la libre expansion des poumons, détruisent avec efficacité l'effet nuisible de la position nécessitée par les travaux de cabinet. Cet exercice est d’ailleurs un des plus propres k reposer le cerveau, puisque, sans fatiguer les membres, sans consumer d'influx nerveux, il apporte dans les mouvements vitaux qui se dirigent vers l’encéphale, une diversion salutaire, mais trop peu considérable pour empêcher cet organe de reprendre bientôt avec la même énergie son action accoutumée. »

ESBRILLADE, secousse que les écuyers du temps de Louis XII donnaient avec une seule rêne à un cheval désobéissant, pour l’obliger à tourner.

Ce mauvais procédé ne se pratique plus par les gens qui raisonnent leur art. On a reconnu que ces espèces de saccades ne peuvent rien apprendre au cheval, et que c’est par une série de pressions progressives basées sur ses résistances qu'on lui iudique, en le plaçant, ce qu'il doit faire.

ESCAPADE, action subite d’un cheval qui se livre à un instant de fougue.

Un cheval vif, qui ne travaille pas assefc, est sujet à ces sortes de gaietés, qu'il est, au reste, facile de réprimer, s’il sait répondre aux effets du mors et des jambes.

11 est essentiel, pour la santé et la subordination du cheval, de le promener chaque jour, ou au moins tous les deux jours. Le cheval trouve à Ces promenades un exercice salutaire, et le cavalier ufi moyen d'étude qu’il doit saisir avec empressement.

ESCAVESSaDE, mot inusité, qui signifie donner au cheval des secousses violentes avec le cavcsson ou les rênes de la bride. (Voyez Dresser.)

ESTRAPADE, saut de mouton très- vif que fait le cheval. Les jeunes chevaux y sont les plus sujets. L’estrapade est une défense peu dangereuse; cependant, il n'en est pas qu’un bon cavalier doive négliger; d'abord parce qu’il peut être surpris désagréablement, ensuite parce qu'il ne fait pas preuve de science en se contentant seulement de suivre le cheval.

ESTRAPASSER, c'est faire travailler te cheval au delà de scs forces, et lui demander des choses qu'il ne peut exécuter. C’est un défaut ordinaire aux gens qui mettent plus d'ambition que de raisou dans leurs exercices. Ils contractent le cheval, pour obtenir de lui, par la violence, ce que le temps et le savoir seuls peuvent amener; qu’en résulte-l il? Ils exténuent ces pauvres animaux, dont, avec un peu plus d’expérience, ils auraient tiré de bons services sans fatiguer leur organisation.

A ce défaut il n'est qu’un remède : apprendre.

ÉTRIERS. Les étriers servent à reposer les jambes, et non à donner un point d’appui pour soutenir le corps.

Les personnes qui basent leur solidité sur la bonté des étrivières sont toujours incertaines et dangereusement placées.

Mais le cavalier solide par principes ne laissera que cinquante-cinq millimètres de longueur de moins aux étriers qu'aux jambes, l'extension de ces dernières lui servant à mieux embrasser son cheval.

Les réactions du cheval seront moins sensibles quand, par un juste emploi de force, on aura plus de poids sur la selle. Alors les fesses y seront plus adhérentes, les genoux se porteront moins en avant, et leur immobilité empêchera le pied de quitter l’étrier, qui ne doit être chaussé que jusqu’à la naissance des doigts. Le talon sera un peu plus bas, ce qui s’obtiendra aisément si la jambe tombe sans force.

La plupart des élèves se ligurent que les étriers attirent les jambes en avant ; c’est une erreur : les jambes descendent comme les étriers, perpendiculairement; mais ce qui les porte en avant, c’est la forte tension que l’on donne aux muscles pour peser sur l’étrier.

FAÇONNER UN CHEVAL, c’est le rendre régulier et gracieux dans ses exercices.

FAIRE LA RÉVÉRENCE, se dit d’un cheval qui fait un faux pas.

Quand un cheval est sujet à ces génuflexions, c’est au cavalier à le placer et à le soutenir dans la main et les

jambes, pour que les flux et reflux de poids soient faciles et réguliers.

FAIT (le cheval) est celui dont l'éducation est terminée.

Les chevaux faits conviennent plus particulièrement aux dames ; il faut que ceux qui leursont destinés soient familiarisésavec tous les objets qu'ils peuvent rencontrer. Il est surtout nécessaire qu’ils soient d’une bonne construction, c'est-à-dire qu’ils aient d’excelleuts reins, des hanches larges et longues , de bons jarrets; si leur éducation est faite avec suite et gradation, il sera facile en peu de temps de les confier à une dame.

FALCADE (la) était un résumé, en quelques petits sauts ou courbettes, des exercices d’un cheval ; c’en était comme la cadence parfaite. Alors que l’équitation était cultivée avec zèle et ardeur, le travail des chevaux avait une sorte de méthode rigoureuse, une suite, connue un discours oratoire; un pas rassemblé servait d ’exorde; puis on entrait en matière par un trot cadencé, cotait la narration; quelques temps de galop faisaient les preuves du cheval ; ensuite des airs bas et relevés présentaient la confirmation; le tout se terminait par une falcade, péroraison digne de ces brillants exercices.

FANTAISIE. Le cheval qui a des fantaisies est celui qui, de temps à autre, veut sauter, tourner ou reculer, contre la volonté du cavalier.

Pour que le cheval arrive à ce point de mépriser les aides et le châtiment de celui qui le monte, il faut qu’il ait été bien mal mené, ou conduit par des cavaliers poltrons et pusillanimes.

Avec du soiu, on peul,rendre ces chevaux-là soumis ; seulement il faudra un temps plus long pour les ramener

dans un juste équilibre , moyen d’une efficacité certaine outre les fantaisies du cheval.

FANTASQUE. {Voyez Fantaisie.)

FAROUCHE. Un cheval est farouche quand il craint là présence de l'homme; les poulains qu'on abandonne dans les herbages sans les approcher, ou qu’on n’approche qu avec brutalité, deviennent farouches.

J’ajouterai, à propos de cette observation, que la majeure partie des défauts d’un cheval sont une preuve même de sa mémoire et de son intelligence dont on s’inquiète généralement trop peu ; on oublie qne l’acte de la veille produit son résultat le lendemain ; qu’il faut ménager pour le jeune cheval, les circonstances d éducation, comme pour un enfant, et de même qu’on ne doit entourer celui ci que de gens capables de lui donner de bonnes habitudes, de même aussi, il est à souhaiter que les éleveurs aient des hommes d'un naturel doux et patient pour approcher les poulains, et leur inspirer la confiance que les mauvais traitements leur ôtent.

FAUX, c’est quand le cheval gafope à main droite dans un manège, et que ses jambes gauches arrivent sur le sol en avant des droites, et vice versâ pour l'autre main.

11 n’y a pas de galop fatix en ligne droite; mais . dans . un manège, l'équilibre exige que les jambes les plus rapprochées du centre arrivent en avant des autres ; quand il en est . autrement , le cheval perd son aplomb et court risque de tomber. [Voyez Gai.op.)

Il est bon. pour changer le travail du cheval et éviter la routine, de le faire galoper sur l’un et sur l'autre pied à la même main ; cela devra se pratiquer surtout pour le cheval que l'on voudra amener à changer de pied du tact

an tact. C'est par la multiplicité des changements de pied avec temps d'arrêt qu'on arrivera, sans elTorts, à obtenir les changements do pied en l'air.

FERME. On appelle travailler ferme à ferme , manier le cheval sans bouger de place , comme au piaffer.

Partir nu galop de pied ferme, c'est, de l'état de repos, enlever le cheval au galop. Les jarrets ont besoin d'un effort considérable pour donner cet élan spontané ; aussi le cavalier doit-il s assurer de la bonté de leur construction, avant de les comprimer aussi fortement, et n’essayer ce travail qu’après avoir obtenu sans peine le passage du pas au galop.

FERMER, c’est terminer entièrement une figure. Cela seditsurtout du travail de deux pistes. Si la croupe n'arrive pas en même temps que les épaules sur la piste , le cheval a mal fermé son air de manège.

Tous les chevaux , mais surtout ceux abandonnés aux élèves, gagnent volontiers à la main, à la (in d’une figure de deux pistes. La propension qu'ils ont à revenir aux allures naturelles, exige de l’accord pour les empêcher de les reprendre avant d’avoir atteint le point voulu ; aussi , dans ce genre de travail, les derniers pas sont souvent les plus difficiles, et c’est à les bien exécuter que l’élève doit s’exercer.

FIER, se dit d’un cheval ardent et gracieux dans sa démarche. Les chevaux fiers sont agréables à monter et faciles à dresser ; malheureusement pour l’espèce et pouf beaucoup de négligents écuyers, ils sont rares.

Cette cause devrait bien engager ces derniers à redoubler d'efforts et d’études, afin qu'au moins l’art pût établir une compensation.

FILET (le) est, comme le bridon, une sorte de mors brisé et dépourvu de branches. Il est ordinairement de deux pièces, quelquefois de trois ; mais la troisième est sans utilité spéciale.

Je n’entends point parler ici du bridon dont on se sert pour débourrer les chevaux tout à fait ignorants , et que je regarde comme complètement inutile. Je ne traiterai , dans ce chapitre, que du filet qui doit accompagner le mors dans la bouche du cheval.

A voir le silence des auteurs, dont aucun ne s’estoccupé particulièrement du filet , on devinerait difficilement le parti qu'on en peut tirer; il présente cependant des avantages sans nombre.

En effet, malgré toute la puissance que l’on prête au mors pour imprimer au cheval une direction de droite à gauche ou de gauche à droite, il est aisé de prouver qu il n'a pas de sensation locale ; car les chevaux embouchés pour la première fois ne comprennent rien aux pressions des rênes, et au lieu de se porter à droite , à la suite du contact de la rêne gauche, ils tournent à gauche ou restent en place, ce qui prouve évidemment qu’ils ne ressentent pas reflet direct qui les invite à se porter de ce côté.

Je me suis assuré de ce fait sur un cheval dressé , en attachant les rênes de la bride aux deux côtés de la muserolle ; par une simple pression de la rêne droite, par exemple, sur l’encolure, j'ai -déterminé le cheval à gauche, et vice vend.

Si le cheval ignorant ne répond pas au contact du mors, et qu'une fois dressé il obéisse à la simple pression des rênes, on doit en conclure que le mors n’a pas d’effet déterminant pour porter à droite ou à gauche, mais que cet effet est tout dans le savoir du cheval.

Durant l’éducation, c’est doncau ûlet qu'il faut recourir.

puisque, par sa constructiou brisée et son action locale, il apprendra au cheval à répondre à des pressions qu’on pourra exercer d'un côté sans que l'autre soit averti, pressions qui disposeront sa tête et son encolure du côté déterminant.

Du reste, ce n'est pas seulement pour disposer la tête et l’encolure qu'il faut user de ces pressions préparatoires : le filet doit encore précéder les rênes de la bride dans tous les changemenLsdedirection, pendant les commencements du dremer. c'est-à-dire jusqu'à ce que le cheval réponde, sans la moindre opposition , à l’action de ces dernières. Avec cette précaution, on évite les résistances et on amène insensiblement le cheval à se soumettre au contact des rênes. Un autre effet non moins avantageux du filet est de fixer la tête dans sa juste position ; sans le filet, la tendance du cheval à fuir l’action du mors, en prenant diverses poses d’encolure , le soustrait sans cesse au pouvoir du cavalier.

Mais, grâce aux effets bien déterminés du filet, on peut aussitôt obvier au mauvais emploi de forces du cheval, et terminer plus vite son éducation. Je recommande particulièrement un filet muni de deux petites branches auxquelles les montants du bridon viennent se fixer. Ces branches empêchent le filet d’entrer dans la bouche du cheval, dans l’emploi latéral que l’on en fait.

FIN. Un cheval est fin quand il a la tête sèche, la taille dégagée et les jambes en rapport avec le corps. On appelle encore fin celui qui répond vivement aux aides du cavalier. ■

Tout cheval dont la position sera bien en équilibre, aura cette dernière qualité. C’est donc à lui donner cet aplomb que le cavalier doit principalement s’attacher.

FINGART, vieux mot qui signifie un cheval ramingue.

(Voyez Ramingue.)

FINIR UN CHEVAL, c’est terminer son éducation.

(Voyez Dresser.)

FLEXIONS. Les flexions ont pour but d'assouplir toutes les parties du cheval et de le rendre , par des translations de poids faciles à opérer, entièrement à la disposition du cavalier.

Elles se divisent en flexions à pied et en flexions à cheval.

Les premières se subdivisent elles-mêmes en :

1° Flexions de l'encolure et de la mâchoire , au moyen des rênes de la bride ;

2° Affaissement de l’encolure;

3° Flexions directes de la tête et de l’encolure;

4“ Flexions latérales de l’encolure avec les rênes du bridon.

Les flexions à cheval sont au nombre de trois :

1* Flexions latérales de l’encolure;

2’ Flexions directes de la tête et de l’encolure ou ramener;

3“ Flexions et mobilisation de l’arrière-main.

N° 1. Pour exécuter la flexion de l’encolure à droite, le cavalier étant à pied saisira la rêne droite de la bride avec la main droite, à seize centimètres de la branche du mors, et la rêne gauche avec la main gauche, à dix centimètres seulement de la branche gauche. Il approchera ensuite la main droite de son corps, en éloignant la gauche, de manière à contourner le mors dans la bouche du cheval. La flexion à gauche s'exécutera par les mêmes principes et par les moyens inverses.

N* 2. Pour l’affaissement de l'encolure par la flexion de

la mâchoire, le cavalier se placera comme pour les flexions latérales, il croisera les rênes du bridon sous la ganache, en tenant la rêne gauche avec la main droite et la rêne droite avec la main gauche, toutes les deux à environ seize centimètres du mors ; il étreindra la mâchoire inférieure entre les rênes ainsi croisées, avec une force dont la puissance s'accroîtra en raison de la résistance que présentera le cheval; mais cette force devra cesser entièrement aussitôt que le cheval abaissera son encolure en ouvrant la bouche.

N* 3. Les flexions directes de la tête et de l’encolure s’obtiendront en prenant, je supjtose, la rêne gauche de la bride avec la main droite, à seize centimètres de la bouche du cheval: on la tirera directement vers l’épaule gauche, en donnant en même temps avec la main gauche une tension à la rêne gauche du bridon en avant, de manière à ce que les poignets du cavalier tenant les deux rênes soient en regard sur la même ligne. Celte flexion se pratiquera aux deux mains.

N* 4. Pour les flexions latérales de l’encolure, le cavalier, toujours placé près de l'épaule du cheval, saisira la rêne droite du bridon, qu’il tendra en l'appuyant sur l'encolure, pour établir un point intermediaire entre l'impulsion qui viendra de lui et la résistance que présentera le cheval; il soutiendra la rêne gauche avec la main gauche, à trente-trois centimètres du mors. Dès que le cheval cherchera à éviter la tension constante de la rêne droite, en inclinant la tête à droite, le cavalier laissera glisser la rêne gauche, afin de ne présenter aucune opposition à la flexion de l’encolure. Celte rêne gauche devra se soutenir par une succession de petites tensions spontanées, chaque fois que le cheval cherchera à se soustraire par la croupe, à l'assujettissement de la rêne droite.

Lorsque l'encolure et la mâchoire auront complètement

cédé à droite, le cavalier donnera une égale tension aux deux rênes, pour placer la tête perpendiculairement.

La llexion de l'encolure à gauche s’exécutera d’après les mêmes principes , mais par les moyens inverses. Le cavalier pourra renouveler avec les rênes de la bride, ce qu’il aura fait d'abord avec celles du bridon, dont l'effet est moins puissant, mais plus direct.

Les flexions à cheval se pratiquent dans l’ordre suivant :

N* 1. Pour exécuter la flexion à droite, le cavalier prendra une rêne de bridon dans chaque main, la gauche sentant à peine l'appui du mors; la droite, au contraire, donnant une impression modérée d’abord , mais qui augmentera en proportion de la résistance du cheval, et de manière aie dominer toujours, jusqu'à ce qu’d incline la tète du côté où se fait sentir la pression ; dès que la tête du cheval aura été ramenée à droite, la rêne gauche formera opposition, pour empêcher le nez de dépasser la perpendiculaire. Le mouvement régulièrement accompli, on fera reprendre au cheval sa position naturelle par une légère tension de la rêne gauche.

La flexion à gauche s’exécutera de même, le cavalier employant alternativement les rênes de bridon et celles de la bride.

N* 2. Pour obtenir les flexions directes de la tête et de l’encolure ou ramener, le cavalier se servira d’abord des rênes du bridon, qu'il réunira dans la main gauche en les tenant comme celles de la bride. Il appuiera la main droite de champ sur les rênes en avant de la main gauche, afin de donner à la première une plus grande puissance; après quoi il fera sentir progressivement l'appui du mors de bridon. Dès que le cheval cédera, il suffira de soulever la main droite pour diminuer la tension des rênes et récompenser l’animal. La main ne devant jamais présenter qu'une force proportionnée à la résistance seule de l'en-

colure, on n'aura qu’à tenir les jambes légèrement près pour fixer l’arrière main. Lorsque le cheval obéira à l'action ilu bridon , il cédera bien plus promplement à celle de la bride, dont l'effet est plus puissant; elle devra par conséquent être employée avec [dus de ménagement. Le cheval aura complètement cédé à l’action de la main, lorsque sa tète se trouvera ramenée dans une position tout à fait perpendiculaire à la terre; la contraction cessera dès lors, ce que l'animal constatera comme toujours en mâchant son mors. Le cavalier aura soin de compléter exactement la flexion sans se laisser tromper par les feintes du cheval, feintes qui consistent dans un quart ou un tiers de cession suivis de bégayement.

Cette flexion est une des plus importantes; il fayl que les jambes du cavalier soutiennent l'arrière-main du cheval et que la main par son soutien obtienne ensuite la position du ramener, de façon à ce qu’il ne puisse éviter l’effet de la main par un mouvement rétrograde du corps.

N* 3. Pour les flexions et mobilisations de l'arrièremain, le cavalier tiendra les rênes de la bride dans la main gauche, et celles du bridon croisées l'une sur l’autre dans la main droite, les ongles en dessous; il ramènera d’abord la tête du cheval dans sa position perpendiculaire par un léger appui du mors; après cela, s’il veut exécuter le mouvement à droite , il portera la jambe gauche en arrière des sangles et la fixera près des flancs du cheval jusqu'à ce que la croupe cède à cette pression. Le cavalier fera sentir en même temps la rêne de bridon du même côté que la jambe , en proportionnant son effet à la résistance qui lui sera opposée. De ces deux forces imprimées ainsi par la rêne gauche et la jambe du même côté, la première est destinée à déplacer la croupe, et ia seconde à combattre les résistances. On se contentera dans le principe de faire exécuter à la croupe un ou deux pas de côté

JO

seulement. Lorsque la croupe aura acquis plus ée facilité de mobilisation , on pourra continuer le mouvement de manière à compléter à droite et à gauche des pirouettes renversées. Aussitôt que les hanches céderont à la pression de la jambe, le cavalier» pour arriver à l'équilibre parfait du cheval, fera sentir immédiatement la rêne opposée à cette jambe; son effet, léger d'abord, augmentera progressivement, jusqu’à ce que la tète soit inclinée du côté vers lequel marche la croupe, et comme pour la voir venir.

La jambe du cavalier, opposée a celle qui détermine la rotation de la croupe, ne doit pas demeurer éloignée durant le mouvement, mais rester près du cheval et le contenir en place, en donnant d'arrière en avant unè impulsion que l ’autre jambe communique de droite à gauobé ou de gauche à droite.

FOND. Un cheval qui a du fond est celui qui supporte un long exercice sans se fatiguer.

, Heureux sont les amateurs qui ont en partage dés chevaux nés avec ces bonnes dispositions! Mais un travail gradué sur les moyens du cheval, peut tonifier l aminai que la nature a moins bien traité, et le rendre aaSsi, bapable de résister à de longues courses.

FORCER LA MAIN , c’est la même chose que s'emporter. ( Voyez Emporter.)

FORCES (faire les). Un cheval qui ouvre beaucoup la bouche en la contractant ou qui porte la mâchoire inférieure de droite à gauche ou de gauche à droite, au lieu de se ramener, lorsqu’on exerce une pression plus forte du mors, fait des forces.

Les cavaliers qui cherchent d'abord à ramener leurs

- ter —

chevaux quand il-' sont en action, renmiiti't'lit parfois cette résistance: la contraction de la mâchoire; jointe à celle dë l'encolure, présente dans ce cas une telle opposition, qué beaucoup d’écuyers ont été obligés d’y renoncer.

Le travail en place, en ne s'occupant que des assouplissements et de la mise en main, est l'unique mdyen de combattre ces résistances Je puis répondre qu’en moins de quatre leçous, d une demi heure chacune, le cheval aura acquis déjà une très-grande légèreté.

FORCES DU CHEVAL (les) se diviseni en forces instinctives et en forces transmises. Elles sont instinctives lorsque le cheval en règle lui même l’emploi ; elles sont transmises lorsqu’elles émanent du cavalier. Dans le premier cas, l'homme dominé par son cheval devient le jouet de ses caprices; dans le second, au contraire, il en fait un instrument docile, soumis à toutes les impulsions de sa volonté.

L'éducation du cheval consiste dans la domination complète de ses forces ; on ne peut en disposer qu’en annulant toutes les résistances.

Le cheval, dès qu'il est monté, ne doit plus agir que par des forces transmises.

FORGER. Ce mot veut dire que le cheval, en marchant ou trottant, s’attrape les fers des pieds de devant avec ceux de derrière.

De mauvaises constructions, telles que des reins faibles, des épaules courtes, une encolure massive et affaissée, rendent infaillible h rencontre des fers. Les chevaux mal montés, auxquels on laisse prendre des positions qui nuisent au jeu régulier des quatre jambes, forgent aussi, bien que leur conformation 11e les y contraigne pas.

En disposant le cheval de façon à ce que le mouvement de ses jambes ne détruise pas son équilibre, on le corrige

de ce défaut; mais, pour y parvenir, il faut l’exercer avec beaucoup d'uUcnlion, et ne lui faire «l’abord prendre que des allures lentes, pour que ses forces demeurent bien réparties, et que chaque jambe, se mouvant avec leu- rgie convenable, n'aille pas frapper le pied postérieur contre celui antérieur.

FOUGUEUX, cheval colère et fantasque. Les mauvais traitements sont, pour l'ordinaire, le principe de ses emportements désordonnés.

La douceur, la patience, peu d'exigence et une sage progression dans les exercices, sont de grands moyens de corriger ce défaut.

Avec des leçons courtes et fréquentes, on habituera le cheval à la société de l'homme et à la soumission, sans lui donner une impatience qui augmente sa fougue et le fait parfois se défendre.

A cet égard, et comme moyen très-efficace pour détruire cette défense, je recommande par-dessus tout le travail en place et celui qui se pratique à l’aide de la cravache

FOULE, c’est lorsque plusieurs cavaliers manient à la fois leurs chevaux dans un manège, et leur font exécuter chacun un travail différent.

Il serait bien de faire revivre eette belle manière de faire de l'équitation; il est vraiment gracieux de voir une douzaine de cavaliers exécuter différents airs de manège : les uns décriraient des figures de deux pistes, pendant que les autres seraient au passage, au piaffer et au galop sur de petits cercles, en changeant souvent de main. Cette manière de travailler son cheval séparément fait apprécier le mérite de chaque cavalier, et lui douue, ainsi qu’au cheval, l'habitude d’agir indépendamment de ses voisins.

FOURCHE (la troisième), appliquée aux selles de femmes, est encore de mon invention; elle donne à l'amazone une solidité à l'épreuve de tout mouvement brusque ou violent. Elle remplace les genoux du cavalier et donne à la femme une sûreté morale qu elle n’aurait jamais pu avoir sans le secours de celle troisième fourche qui est aujourd'hui sanctionnée unanimement.

FOURNIR SA CARRIÈRE, seditd’un cheval qui va dune égale vitesse jusqu’au bout d'un terrain limité.

C'est au cavalier a ménager les forces du cheval, à entretenir et à renouveler son action, de façon qu elle ne s’altère pas et que sa vitesse reste la même.

FREIN. ( Voyez Mors. J

FREIN (mâcher son). Le cheval mâche son frein quand, par un mouvement de mâchoires, il l'agile de temps en temps.

Les chevaux bien placés, soit naturellement, soit par l'art, détachent facilement la mâchoire; le cheval qui mâchera naturellement son frein sera toujours léger à la main et constamment bien intentionné; jamais un cheval ne se défendra ayant la mâchoire mobile.

Cependant, il ne sullira pas que le cheval mâche son frein, il faudra qu'il lâche son frein, c’est-à-dire qu'il ouvre la bouche de manière à bien détacher les mâchoires.

FUIR LES HANCUES, fuir les talons, pas de côté, marcher de deux pistes, ont la même signification.

Peu de personnes conçoivent lesdifficultésque présente ce travail; elles l'estiment d'autant moins quelles ne connaissent ni les services ni les résultats qu’on eu peut obtenir. Comme ou se figure que ce n’est qu'une parade de

manège, chacun l:essave à sa manière, sans chercha* à l’utiliser, soit pour l'éducation du cheval , soit pour l’agrément du cavalier; c’est cependant là le but qu'il faudrait se proposer.

Tout cheval marche, trotte et galope naturellement J l’art perfectionne les allures et leur donne le liant et la légèreté qu’elles sont susceptibles d'acquérir.

Le travail de deux pistes, étant moins dans la nature, présente, par cela seul, des difficultés beaucoup plus grandes; il serait même impossible de l'obtenir régulièrement sans le secours de l'éducation première, qui tend à placer le cheval et à le mettre dans le cas de supporter des commencements de rassembler.

Mais aussi, quand on l'execute, il a pour résultat, nonseulement de plier le cheval dans tous les sens, mais encore de faire ressortir ses formes, et de lui donner cette légèreté, celte finesse de tact, qui le font répondre aux imperceptibles mouvements du cavalier.

Je pourrais, à la rigueur, me dispenser de rendre raison de ce qu'on appelle air* de manège , si les auteurs qui ont écrit à ce sujet avaient fait connaître autre chose que la nomenclature des figures; mais, comme ils n’ont indiqué ni comment le cheval doit être placé, ni comment il faut s’y prendre pour que l’exécution en soit précise, je m’efforcerai de réparer leur oubli : je dirai donc que l'écuyer qui fera exécuter avec précision des ligues droites de deux pistes, obtiendra, sans de grands efforts, des lignes courbes ou toutes autres, si toutefois il a exercé préalablement son cheval aux pirouettes ordinaires et renversées.

Aussitôt que par la souplesse de l’encolure et des reins, la légèreté sera acquise et que le cheval prendra facilement toute espèce de changement de direction, on pourra commencer le travail sur les hanches.

C’est à l’extrémité des changements de main qu'il faut faire exéctj 1er au cheval les premiers pas de deux pistes, qui ne seront augmentés que progressivement. Le cheval étant arrivé aq point de repondie immédiatement et sans aucune résistance au mouvement des aides du cavalier, fien ne's’opposera à ce qu’il parcoure toute la distance de la diagonale

Le cheval doit travailler avec la même régularité aux deux mains: l’écuyer sentira le côté qui résiste davantage, et il saura promptement vaiqgre cette résistance en l’exerçant plus fréquemment.

On conçoit que si le cheval se porte d’une jambe sur l’autre, avec une vitesse égale à l’impression du contact qu'il reçoit, il pourra exécuter tous les airs de manège.

Pour que les pas de côté soient réguliers, il faut : 1* que le cheval soit toujours dans la main; 2“ que ses épaules et sa croupe soient sur une même ligne; 3° que le passage des jambes se fasse de telle sorte, que celles qui marchent les dernières passent par dessus celles qui entament le mouvement, c’est-à-dire que la jambe de devant, du côté où on détermine, quitte le sol la première et soit suivie par la jambe opposée de derrière; il faut aussi que la tête soit légèrement portée do côté où l’on fait marcher le cheval, afin qu’il puisse voir le terrain sur lequel il chemine.

Cette dernière position, qui le rend plus gracieux, servira avantageusement au cavalier pour modérer la marche des épaules de l'animai, ou leur donner plus d’activité. C'est aussi avec cette attitude qu'il pourra régler et surtout cadencer ses mouvements.

Pour que le cheval conserve le juste équilibre qu’exige cet exercice, le cavalier doit se servir de ses deux jambes pour entretenir continuellement l'harmonie et la régularité d aciioq dans l'avant et l’arrière-main ; si c’estlujambei

gauche qui pousse la masse à droite, c'est la jambe droite qui aide à enlever celte même niasse et la de’terminc, elle modère l’action de la jambe gauche, maintient le cheval dans la main, l'empêche de reculer, le porte en avant, diminue ou augmente le passage d’une jambe sur l’autre, et lui conserve toujours cette belle position qui donne à ses mouvements une cadence gracieuse et régulière.

GALOP (le) est une répétition de sauts, dans lesquels la partie antérieure du cheval se lève la première et à une plus graude hauteur que la partie postérieure.

Pour mettre quelque ordre dans cet article, d'une certaine étendue, je commencerai par indiquer la manière de placer le cheval pour qu’il se mette au galop; ensuite, j'examinerai les moyens expliqués dans dillércnls traités; et, enfin, je ferai connaître ceux que l'expérience m’a fait juger être les meilleurs.

Le premier soin à prendre pour donner au cheval la position qui le conduit à se mettre au galop, c’est de le rassembler; pour cet effet, toutes ses parties doivent être tellement liantes, que cette position, base fondamentale de toute allure élevée, s’obtienne sans que sa volonté puisse jamais s’y opposer. Pour enlever la partie antérieure, il faut préalablement l'alléger, et on n’y parviendra qu'en faisant agir les jambes et la main avec assez d’ ensemble pour que le cheval comprenne distinctement celte intention. En effet, si les jambes et la main exercent sur le cheval une juste opposition qui force ses jambes de derrière a se rapprocher du centre, il sera facile de faire refluer le poids du devant sur le derrière, en ayant soin que ce chan-

gement de position ne prenne pas sur l'action, qui dans ce moment doit au contraire être augmentée, le cheval alors s’enlèvera de lui-méme; telle est la première impulsion du galop.

Ce serait chose impossible que de vouloir définir les effets de force que le cavalier doit employer pour se faire comprendre de son cheval ; je le suppose assez sûr de son assiette et de ses parties mobiles pour être maître d'opérer, dans les moments opportuns, la transmission de contact la plus convenable. On doit supposer du savoir à quiconque veut en transmettre.

Les ouvrages qui ont traité jusqu’ici de l’allure du galop ont, à mon avis, laissé bien des doutes sur les points les plus essentiels. Mon premier soin sera donc de montrer les erreurs pratiques auxquelles pourraient conduire ces fausses théories.

Les auteurs qui ont écrit sur l'équitation sont loin d'être d’accord sur les moyens à employer pour faire partir le cheval au galop sur tel ou tel pied.

Je m'occuperai d'examiner leurs méthodes pour ébranler le cheval au galop.

Sur ce point seul, que de contradictions dont la plupart ne viennent que de la faute où tombent les auteurs de vouloir faire des régies exclusives, de moyens propres seulement à certaines positions!

Pour être plus facilement compris, je ne parlerai que des moyens qui forcent le cheval à s’enlever au galop sur le pied droit; il est clair que, pour le pied gauche, il suffira d’employer les moyens inverses.

Les uns se servent de la jambe gauche et de la main portée de ce côté.

D’autres mettent en usage les deux jambes, et toujours la main portée a gaucho- Il eu est encore qui attendent, disent-ils, le posé de la jambe gauche de derrière pour la

fixer sur le sol, et faire partir le cheval sur le pied droit.

Avant d’examiner ces divers principes, répétons qu'il en est un fondamental, qui consiste à maintenir le cheval dans une légèreté parfaite, pour le disposer à prendre la position nécessaire à l’allure du galop : c’est la condition line qua non. Celte position obtenue, si l’on fait usage de la jambe gauche, qui agira du même côté que la main, quel sera 1 effet? Evidemment de porter la croupe à droite, ce qui surchargera indistinctement une des deux jambes de derrière, et le cheval partira désuni.

Je veux bieu que le hasard fasse plusieurs fois rencontrer juste; mais on aura toujours pour inconvénient de mettre le cheval de travers, et de prendre sur la force qui doit le porter en avant. Ce n'est pas tout ! n étant plus droit, par rapport a la ligue qu’il a à parcourir, il faudra de nouvelles forces et de nouveaux mouvements pour l’y maintenir, et le talent de l’écuyer consiste à en réduire l’emploi autant que faire se peut.

)J n’est qu’un cas où la première méthode qui nous occupe puisse être d’un secours véritable pour obtenir le galop sur la jambe droite, et ce cas, le voici : si, faute d’exercice préalable, l’encolure reste contractée, et les reins tendus, nécessairement lo cheval répondra mal au moyen qu’il faudrait employer s’il était bien placé; alors, un soutien ferme de la jambe gauche du cavalier, et la main portée de ce même côté, détruiront celte résistance, et le cheval prendra le galop sur le pied droit.

On voit donc que ce moyeu, utile lorsqu’il s'agit de neutraliser la force qui s'oppose à la position necessaire au mouvement, devient nuisible, au contraire, quand le cheval est bien placé préalablement; puisqu’nlors les forces, luttant également, nécessitent des forces parfaitement en harmoqie avec les siennes, et l’on ne pourrait arriver

à ce résultat, si la main et la jambe agissaient du même côté. ■ • • ’ '

Viennent ensuite ceux qui se servent de la main à gauche et des deux jambes également rapprochées pour faire prendre le galop sur le pied droit je préfère la pratique de ces derniers sur un cheval qui ne présente aucune rér sistance, parce qu'ils io déplacent moins; une fois la partie gauche surchargée, l’action donnée également fera précéder la partie la plus allégée. Mais le cheval qui n'a pas acquis la souplesse à l'aide de laquelle il peut changer la position de ses jambes de devant, sans que l’arrièremain se dérobe à cette translation de poids, cherchera souvent à fuir cet elfet d'assujettissement, et il y parviendra, si les deux jambes sont également soutenues. En effet, la force de l’une combattant celle de l’autre, le résultat sera d’activer également le cheval, mais non de faire opposition à la main; dans ce cas, l'effet local de celle-ci serait manqué ; car rien n’empêchera le cheval d'échapper de la croupe, si le cavalier ne s’empresse de faire sentir plus vivement la jambe droite. Dès lors, que devient la méthode des deux jambes également soutenues, et pourquoi des principes exclusifs? Par cette raison que loin de se rendre compte de ses propres impressions, on pose comme principe ce que l’on ne pratique pas soimême.

Combattons maintenant l’opinion de ceux qui prétendent sentir le mouvement des extrémités postérieures à l’allure du pas, et qui savent en profiter pour faire partir le cheval sur le pied droit ou sur le pied gauche , à leur volonté. Ce charlatanisme peut être mis en parallèle avec la botte secrète de quelques maîtres d’armes.

Les difficultés de l’équitation sont déjà on assez grand nombre, même avec la connaissance exacte des moyens les plus naturels , sans qu’on les augmente encore par

des données impraticables, qui déroutent entièrement l’élève, et lui font prendre en dégoût l’exercice auquel il se livre.

Dans tous les cas, en supposant même un cavalier assez impressionnable pour sentir l'instant du posé de la jambe gauche de derrière, peut on croire qu’il sera assez prompt dans ses mouvements pour fixer tout le poids de la masse sur cette partie , et enlever le cheval au galop sur le pied droit? Taudis que l'animal conserve son action pour se continuer à l'allure du pas, [>ense-l-on qu’il soit possible de donner la position exigée, pour passer à l’allure du galop dans un aussi court espace de temps? Si cet intervalle imperceptible n'est pas saisi assez rapidement pour produire son miraculeux effet, le cheval partira faux ou désuni, puisque la jambe droite reprendra aussitôt son appui et le poids qui lui est assigné, afin d enlietcnir la mobilité des autres jambes. Laissons de côté ces jongleries ; c’est au cavalier lui-mème à provoquer ce point d'appui, par l'inclinaison lente et progressive qu’il donnera à cette masse avant de l’ébranler; cette translation de poids fixera la partie qui sert de base, et, une fuis déterminée, elle laissera facilement aux autres jambes la légèreté et l’activité nécessaires. C’est le corps qui lixe et arrête les jambes, et non les jambes qui donnent l'immobilité au corps ; il faut donc commencer par disposer ce dernier, pour que ies extrémités ne puissent [dusse mouvoir à notre insu. Ceci revient à dire qu'il n'y a pas de mouvements de jambes sans un mouvement préalable du corps, et qu'en conséquence, il ne faut pas attendre le cheval , mais bien le prévenir.

Abordons maintenant le système des meilleurs auteurs, qui ont dit : « Pour mettre votre cheval au galop sur le » pied droit, rassemblez-lc, portez la main à gauche, et » faites plus sentir la jambe droite. »

Oui, voilà effectivement la meilleure méthode pour disposer son cheval à prendre le galop sur le pied droit; cependant encore est-il quelle contient deux graves erreurs.

D’abord, elle est trop exclusive ; il est des cas où le moyen quelle indique serait insuffisant et manquerait le résultat.

Quand le rassembler, qu’on n’a jamais compris (1), n'est pas complet, par exemple, et que le cheval emploie des forces contradictoires , évidemment il en faut d'opposées pour les combattre; c’est donc à l’écuyer à juger promptement et à propos des changements et modifications que les circonstances exigent.

Le principe qui devra dominer cette méthode sera donc, je le répète encore, la nécessité d’un ramener parfait et d’un rassembler en rapport avec la position que doit prendre le cheval, et le premier tort des auteurs est de n'avoir pas assez parlé de celle nécessité.

Cnsuite, un autre défaut non moins grave de cette méthode, ainsi exprimée, est de tromper l'élève parla valeur même de ses ternies.

En effet, on lui dit : « Faites telle chose . et vous enlèverez le cheval au galop sur tel pied.»*

C'est une erreur, il faut dire : « Faites telle chose, et vous disposerez le cheval pour qu’il s’enlève sur tel pied.»

Ceci n est pas un jeu de mots ; je vais le prouver.

Pour que le cheval parte sur le pied droit, comme pour tout autre mouvement, il lui faut deux choses .

La position et Faction.

Supposons que l'élève, se fiant à votre façon de poser le

(1} Interrogez tout les auteurs qui ont écrit sur l'équitat on. aucun ne vous dira quand et comment s’obtient Ih rassembler, ce qui le constitue et son importance pour certains mouvements. Il en sera de ce principe comme de toutes les choses de quelque valeur équestre, vous attendrez vainement la réponse. *

principe, regarde les moyens que vous lui indiquez comme ceux qui doivent nécessairement et immédiatement produire le résultat.

Si le cheval se refuse à l’exécution , soit par mauvaise disposition, manque eu exès d’action de sa part, soit faute d’ensemble dans les aides du cavalier, que va-t-il arriver?

L’élève, convaincu que le moyen indiqué est d’un effet infaillible! se figurera seulement qu’il ne l'a pas rendu assez sensible ; il forcera chacun de ses mouvements, dé^ rangera dé plus en plus la position du cheval, et, loin d'atteindre le but, il s'en écartera tout à fuit.

Si, au contraire, vous faites bien concevoir à l’élève qHe le soutien de la main et de la jambe droite ne sont que des moyens préparatoires, destinés à placer son cheval, sans s’effrayer d’un instant de résistance, il comprendra qu’il faut ou augmenter ou diminuer l’action, et attendre l’effet de son impulsion, ou enfin corriger l’effet trop considérable d’une de ses aides; pour que là position et l’action du cheval, se trouvant dans les rapports voulus, le résultat suive nécessairement.

De là deux avantages :

1" On force l’élève à convenir que tout le tort vient de lui ; et au lieu de s’en prendre avec colère au cheval qui résiste, il ménage et coordonne ses mouvements pour se faire mieux comprendre.

2° Reconnaissant qu’il ne fait que disposer lé cheval, il exécute avec plus de calme, et laisse volotitiers à son intelligence le temps de saisir les effets de force, tandis qu’en cherchant à l’enlever, on surprend cette intelligence et od embrouille ses idées.

En résumé, il faut bien se pénétrer que c’est le cavalier qui donne la position, et le cheval qui prend l’allure, (il faut en dire auiant des changements de direction.)

On conçoilque, par suite de ce raisonnement très-simple,

le eavalier doit toujours s'imputer la fauté d’tirié ihad'v&tse exécution. Si le cheval n’obéit p:ls, t'est qu’il n’est pas placé convenablement, ou qu’il tnallqiië de la force lihpul- Sivé qui doit le portée ën avant; il éét donc évldënt qüe lë cheval n’eiéèute coréectëttient qile quand ib cavalier lui a transmis la forte nécessaire et rëpafti le poids d’une manière convenablé.

L’équilibre qui doit tbüjObrs servir dë bise dû ëhetfàl exige qu’il galope sur le pied situé en dedans du manégé, ou, autrement dit, sur la jambe dl oite quand il eSl à main droite, ou sur la jambe gatlblie quand il tefet à kriàiiï gauche. Si l'ordre du jeu des extrémités était renversé, il y aurait irrégularité et danger, surtout dans les changements cle direction ; car si, malheureusement, le i'nëval se trouvait comprimé du côté déterminant, il en résulterait que leà jambes (antérieure et postérieure) du mêflte côté oiitrë-passeraienl la ligne d’aplomb et amèneraient la chute de l'animal. Si cet inconvénient, qui présèritë dès dangers, est moins fréquent qu'il ne pourrait l’être, c’est qüe lé cheval mal tenu cherche naturellement à Méprendre l'équilibré que son maladroit eaVaiier a détruit, et qu’il l'obtient ëti donnant plus d’e*tensiOn au cerclé sué lèquel H hiarëhét ce qui amène le posé de l’autre jambe antérieure SÜr lb soit On conçoit bien que ces mouvebieriüt faüx eii prlHeipé ne sont blâmables que sous le cavallër cjül hè sent pas sôu cheval ; autrement cé sont des difflHiltéS très acceptables exécutées par un écuyer qui sait si bien disposer les lorcéè de son cheval qu’il peut, sur un inouvement faui, conserver un équilibre parfaitement juste.

Passons maintenant aux galops irréguliers; il eri est dé plusieurs espèces que nous allons définir; après quoi, nous donnerons les moyens de les récliflef.

Il n'y a qu'un galop faux; il y a deux galops désunis : désuni du devant, désuni du derrière.

Si le cheval, étant à main «Iroite, se trouve galoper sur le pied gauche, le galop est faux.

Comme il ne peut arriver là qu'après un mouvement de corps qui a surchargé la partie d'abord allégée, il faut par une force opposée, c’est-à-dire par le soutien ferme de la jambe gauche et de la main portée aussi à gauche, lui faire reprendre la position première. Une fois la position rendue, l’accord de scs mouvements se rétablira de lui-même.

Si les erreurs du cheval viennent de ce qu'il n’est pas encore assez familiarisé avec l'allure du galop, il faut l’arrêter et lui faire prendre un galop régulier, par les moyens précédemment indiqués. Ce temps d’arrêt devra être rigoureusement observé toutes les fois qu’il changera de pied, ou se désunira. On évite ainsi les mouvements brusques, qui sont toujours au détriment de l'organisation.

Examinons maintenant le cas où le cheval se désunit du devant ou du derrière. Il est désuni du devant, lorsqu’en galopant à main droite, c’est l'extrémité antérieure gauche qui commence le galop, et il l'est du derrière quand l’extrémité postérieure droite reste plus en arrière que la gauche; dans le premier cas, c’est la motion des jambes de derrière qui est régulière, et, dans le second, c’est celle des jambes de devant.

Un cheval se désunit-il du devant? Un surcroît d'action donné avec les deux jambes facilitera l’enlevé de la partie antérieure avec la main, et, en fa reportant aussitôt à gauche, on surchargera cette partie et on décidera la droite en avant; ici. il n’y a pas d’interruption dans le galop.

Si, au contraire, il se désunit du derrière, le contact plus énergique de là jambe gauche, avec un soutien ferme et égal de la main, donnera une inflexion aux côtes de

cette partie, et fixera cette jambe postérieure sur le sol; en outre la jambe droite du cavalier, modérant l'action de la gauche, contiendra le cheval droit, rétablira son équilibre, et le galop sur le pied droit suivra naturellement.

Je le répète, il est essentiel de soutenir vigoureusement le bras et la main; sans cette immobilité momentanée, la jambe ne ferait que donner une impulsion en avant, et manquerait l'effet quelle doit avoir sur l’arrière-main du cheval.

L’intelligence du cavalier suppléera à tous les détails que ne peut contenir une définition écrite; il sentira le degré de force dont se sert le cheval pour changer de position, et ne lui en imprimera que la quantité suffisante pour le ramener à des mouvements réguliers, sans rien changer à son allure.

Quand une fois on aura disposé le cheval pour qu’il ait la possibilité de t'embarquer au galop sur le pied droit ou sur le gauche, quand on l’aura corrigé des irrégularités qui rendaient cette allure défectueuse, et accoutumé à se maintenir uniment aux deux mains, il sera temps de lui faire exécuter des changements de pieds, d’abord avec un temps d’arrêt, ensuite du tact au tact. Après avoir galopé le cheval à main droite et à main gauche, par conséquent sur le pied droit et sur le pied gauche, on obtiendra ces mêmes départs du pied droit et du pied gauche à la même main ; ces départs deviendront feciles, et alors les changements de pied du tact au tact s’obtiendront naturellement et sans difficulté.

Une autre condition, non moins essentielle, est d’entretenir le même degré d’action, malgré les changements de position. J’eiplique ceci par un exemple : Si, pour obtenir le déplacement nécessaire au changement de pied, on diminuait l’action qu'il avait précédemment et qui n'était que convenable pour la conservation de l’allure, il ne

pourrait se maintenir dans cette position énergique qui lui fait sentir, apprécier et exécuter avec promptitude nos volontés ; c'est alors que disparaîtrait tout le gracieux et même la possibilité de ce travail; au contraire, si, malgré nous, il augmentait son action pour prendre un galop plus décidé, il nous serait tout aussi difficile d’en tirer un bon parti; car, s’il dispose volontairement de ses forces, ou que nous manquions d'accord pour les lui conserver au même degré, il faudra entrer en lutte avec lui dans le moment même où il est le plus nécessaire oui! soit subordonné.

J’ai toujours recommandé d’être peu exigeant dans les commencements d’un travail quelconque, et j’insiste sur la nécessité de cette prudence, qui accélérera les progrès du cheval.

Le cheval une fois au galop, il est facile de le conserver à cette allure , en le soutenant énergiquement, pour secourir et enlever les jambes de devant chaque fois qu’elles retombent. Si le cavalier conserve un accord assez parfait à ses aides, pour ne pas changer l’action du cheval, il donne une cadence gracieuse et continue à ses mouvements.

Avant de terminer, je dois encore mettre le lecteur eu garde contre une de ces pratiques malheureuses qu’il faut proscrire, c'est celle de renverser le cheval pour obtenir un changement de pieds.

Voici ce qu’on appelle renverser un cheval : Supposons^ le au galop sur le pied droit; le cavalier force sans ménagements 1 inclinaison à droite, au point de le çoucher de ce côté, pour ainsi dire, et aussitôt il renverse à gauche. Il y a bien là une chance pour que le cheval change de pieds, mais il y en a mille pour qu'il tombe auparavant; car il lui faut une force très-grande pour supporter ces deux mouvements brusques et contraires, qui ne peuvent jamais se taire qu au détriment des jarrets.

Pour nous, teuons-nous à ce principe immuable, avec

lequel ou doit s'identifier : c’est qu'il fnut placer avant de déterminer, sinon attendre tout du hasard.

Pour obtenir les changements de pied du tact au tact, il faut se servir de la main et de la jambe opposées au côté où le cheval doit soulever sa jambe ; cela se conçoit puisqu’il y a une force à combattre et une à transmettre.

Le cavalier doit comprendre que malgré toutes ces défi* pilions, je compte sur son tact, car on ne peut ni écrire ni expliquer tout ce qui tient au sentiment.

GALOP GAILLARD. (Voyez Pas.)

GALOPADE (la) est un galop plus raccourci et plus enlevé du devant que le galop ordinaire.

Il faut, pour cette allure, une opposition des aides plus continue de la part du cavalier, sans cependant communiquer trop de force. C’est la bonne position donnée au cheval qui amènera ces mouvements cadencés.

GALOPER PRÈS DU TAPIS, ou raser le taris, se dit du cheval qui lève très-peu les jambes de devant au galop. Si cela tient a un vice de conformation, c’est-à-dire roideur des jambes de devant ou des épaules, etc., etc., il n'y a pas de remède. Si au contraire cela vient de manque de souplesse, ou de mauvaise attitude, il sufût, pour corriger le cheval, de l assouplir et de lui donner une bonne position et un meilleur équilibre.

GANACHE (l’angle de la). On appelle ainsi l’angle formé par les deux os de la mâchoire inférieure du cheval.

Tous les auteurs ont avancé que, quand cet angle était resserré, il ne pouvait plus chaustcr le gosier; ce qui, d’après eux, intercepte la respiration du cheval, et s'oppose à sa bonne position.

Tous les chevaux (leuvent se ramener; ceux qui présentent le plus de difficulté, sont les chevaux d’un tempérament lymphatique, ou dont l’arrière-main est d’une mauvaise construction.

GALLE , c’est une baguette de bouleau , effeuillée , longue de quatre à cinq pieds, dont l’usage s’est conservé dans les manèges de cavalerie, à cause de la dépense qu’occasionnerait celui de la cravache; mats on ne se sert plus que de celle-ci dans les manèges civils. (Voyez Cravache.)

GOURMANDER UN CHEVAL, c’est le tourmenter inutilement. Gourinander la bouche d'un cheval, c’est la saccader avec le mors de la bride.

Ces moyens sont indignes d’un écuyer; aussi ne sont-ils pratiqués que par des cavaliers non expérimentés.

J'explique, à l’article Sacrtule, ce qu'elles ont de nuisible, et par quels procédés on doit faire apprécier au cheval les effets du mors. Je renvoie le lecteur à cet article.

GOURMETTE, espèce de chaine qui s'attache à l’œil ou au bauquet des deux côtés du mors. Elle doit passer au-dessus du menton du cheval, et n’ètre ni trop lâche ni trop serrée. Dans le premier cas, les branches du mors basculeraient et rendraient son action nulle ; dans le second, la gourmette, exerçant une pression continue, empêcherait le cheval de sentir les bienfaits de la main, et dès lors il n'y aurait plus de récompense ni d'éducation possible. La véritable place de la gourmette est à quinze millimètres de distance de l’endroit où elle doit porter lorsque le mors agit. On s’assurera qu elle est bien placée lorsqu'elle ne laissera entre le menton que la place nécessaire pour passer facilement le doigt. Son action

Diç^itized by ÇoQgle

dépend de celle des branches du mors ; et il faut poser en principe, pour l’un comme pour l’autre, que la résistance seule du cheval doit servir de dynamomètre pour calculer la force à lui opposer.

GOURMETTE (fausse . On appelle ainsi de petites chainettes en fer ou de minces lanières en cuir qu’on adapte à l'extrémité des branches du mors pour correspondre au milieu de la gourmette. L’utilité de la fausse gourmette est d’éviter que le cheval ne prenne les branches du mors avec les incisives, ce qui paralyse son action.

Comme il est essentiel de prévenir toutes les mauvaises habitudes, surtout celles qui ont un côté dangereux, nous recommanderons l’ usage de la fausse gourmette pour tous les chevaux.

GOUTER LA BRIDE. Le cheval qui commence à s’accoutumer aux effets du mors est dit goûter la bride. Tous les chevaux s'y habituent promptement si on la leur fait sentir avec ménagement.

Comme je prescris, dans mon article Mors, d’user toujours du même mors de bride, même avec les chevaux montés pour la première fois, les partisans de ma méthode sentiront la nécessité de s’en servir avec discrétion, et d’éviter, point important, toutes saccades et mouvements brusques.

GOUVERNER SON CHEVAL, c’est le conduire soimême, et ne pas le laisser aller à sa fantaisie. Ce point est nécessairement le premier auquel le cavalier doive s’attacher, et c'est à quoi il parviendra promptement s’il sait se rendre assez maître de la position du cheval, pour qu’aucun des mouvements de celui-ci ne puisse avoir lieu sans sa volonté expresse. .. , .

GRAS DK JAMBE. On entend par gras de jambe le mollet. S’en servir avec gradation est un des moyens efficaces pour rendre le cheval justement impressionnable et le conduire avec précision.

GUEULARD. On entend par gueulard un cheval qui, comme on le dit communément, a la hi niche forte, qui n’obéit à la bride que difficilement et en ouvrant la bouche par une contraction continue ; cela tient à une autre cause que celle de la conformation des barres. (Voyez Faire des forces.)

GUINDÉ. Être guindé à cheval, c’est s’y tenir avec trop de force et d'affectation.

Les élèves qui ne font qu’ébaucher leur éducation ont

souvent ce défaut; ils ont acquis une position qu’ils ne se

sont pas donné le temps déconsolider par un emploi de force

raisonné ; aussi sont-ils roides et maladroits. L’excessive

force dont ils usent se communique à toutes les parties du corps, sans que cè soit dans une proportion convenable. Tant que dure cet état de contraction, il n’est pas possible de se lier gracieusement et solidement au cheval, et surtout de le bien conduire.

HAQUENÉE , vieux mot pour désigner un cheval qui va l’amble.

A cause de la douceur de leur allure, ces chevaux étaient jadis réservés aux princesses et aux grandes dames de la cour.

Agnès Sorel avait une haquenée d’une éclatante blancheur et célèbre par la beauté de ses formes, dit un de nos vieux fabliaux.

Maintenant, ce sont nos bonnes fermières qui se servent de ces chevaux pour porter le beurre et les œufs au marché. Le temps, qui change les mœurs, ne change guère moins le sens des mots : à présent, en entend par haqucnée un cheval maigre, laid et incapable d’un bon service.

HAGARD, s’entend du cheval farouche qui, dit-oti, a dans la vue quelque chose d’incertain et de trouble. On dit alors qu’il a les yeux hagards.

J’avoue que j’ai cherché longtemps à découvrir si la vue, proprement dite, pouvait amener le cheval à être farouche, et que je suis encore à me rendre compte comment cela pourrait avoir lieu; car, enfin, est-ce que le cheval y voit moins? Dans ce cas, il doit être moins ombrageux, puisque les choses sont moins visibles pour lui. Est-ce parce qu’une conformation de l’œil, que je ne puis définir, lui fait envisager les objets autrement qu’ils ne sont? mais alors pourquoi ne s’y familiariserait-il pas comme il le ferait s’il avait une bonne vue, en les lui faisant voir souvent et longtemps? Mais n’est-ce pas le cerveau qui perçoit, apprécie? C’est donc au moral du cheval qu’il faut s’en prendre et non à la qualité de sa vue, qui, si elle est mauvaise, peut le rendre incertain dans ses mouvements, mais ne lui donnera pas un caractère farouche. II est bien vrai que les chevaux sont plus ou moins soupçonneux, ou sur l'oeil, mais je crois que c’est un héritage que leur ont transmis père et mère. Ce qu’on n’a pas voulu reconnaître, car l’on n’y a fait aucune attention, c’est que les vices de caractère sont héréditaires, comme les qualités physiques. En faut-il davantage pour qu’à la deuxième ou troisième génération ce défaut soit enraciné de manière à ce qu’il y ait peu de chances de succès pour y remédier? En outre, la façon grossière d’élever les chevaux contribue encore à leur donner ce vice. Voit-on dans l’espèce humaine, dont là

forme de l’œil est pareille à celle des chevaux, des personnes être hagardes? Non, l’œil est le miroir qui reflète les objets et les transmet au cerveau qui, en raison de sou activité, en éprouve des sensations plus ou moins vives, et qui ne sont que le résultat de son organisation et du travail auquel il s'est livré, mais non celui de l'œil propre.

Le seul moyen, selon moi, d’éviter qu'il n’y ait des chevaux hagards, c’est, comme je viens de le dire, d’étudier davantage le caractère des étalons et des juments poulinières, et d'élever les poulains avec plus de ménagements.

Quant à ceux qui ont ce défaut, ce n’est qu’avec de la douceur de la part de ceux qui les soignent et qui les montent, et avec l'attention soutenue de les familiariser avec les objets qui leur causent de l'effroi, que l’on pourra les corriger; mais on n’y parviendra jamais si l’on n’a pas d’abord le secret de s’en taire aimer.

Ici ma tâche se termine, ne pouvant enseigner le degré » de perspicacité et de perfection qu’il faut pour y parvenir.

HANCHES (être sur les) , se dit du cheval qui baisse sa croupe pour la disposer à supporter le poids dont on dégage les jambes de devant. Pour mettre un cheval sur les hanches sans que ce mouvement lui soit pénible, il faut le rassembler en rapprochant ses jambes de derrière du centre, pour que le reflux de poids s'opère sans efforts de la part du cheval.

On doit bien éviter d’abuser de cette position, car, en comprimant ces parties trop fortement, on en détruirait le ressort. 11 faut s’en servir modérément, afin de conserver l’organisation du cheval dans toute sa pureté, et pour qu’il soit facile de le rendre gracieux dans ses allures ; il ne faut pas qu’une position en détruise une autre, ce qui arriverait, si on le mettait trop fréquemment sur les hanches.

HARAS, lien destiné à loger des étalons et des juments, pour la propagation de l’espèce, et à élever les poulains qui en proviennent.

Honneur au gouvernement qui mettrait tout en œuvre pour que notre belle France, déjà riche de tant de produits, pût se distinguer encore par ses races de chevaux, et disputer aux étrangers la supériorité qu’ils ont acquise I

U n’est pas de pays qui présente un sol mieux disposé, plus fertile que le nôtre. Le Ltmoiain, l Auvergne, la Normandie, la Bretagne, le Poitou, la Saintonge. la Lorraine, fourniront, quand on le voudra, la quantité de chevaux dont ou peut avoir besoiu pour la guerre, la chasse, le manège, la promenade, les voitures, etc., etc.

Il est encore temps de régénérer toutes ces espèces; mais il faudrait s'en occuper activement et sans lésinerie. Jamais gouvernement ne placerait plus utilement l’argent du pays, puisque, outre les avantages qu’il en tirerait pour sa gloire et sa sûreté, il ferait chaque année une épargne considérable sur les fonds qui sortent de France pour l’achat des chevaux étrangers.

HARASSER UN CHEVAL, c’est l’exténuer de fatigue.

Les courses forcées sans ménagement harassent promptement un cheval •• c'est en commençant par un travail modéré qu’on arrive peu à peu à lui donner 1 haleine et la force convenables.

HARDIES (branches), sont des branches de mors, dont le levier forme une longue saillie. Elles aident, disent les auteurs, à ramener le cheval et à le mettre dans la main. Si c’est par la force que donne la construction des branches qu'on obtient ce résultat, celui qui les confectionne me parait avoir plus de talent que l’écuyer. (Voyez Mous et ses effets.)

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HARIDELLE. C'est ainsi que l'on appelle ces chevaux maigres et efflanqués, attelés au modeste char de la petite propriété. Ces chevaux sont parfois des restes de brillants coursiers qui faisaient l’admiration des connaisseurs; maintenant ce n’est qu'à force de coups qu’ils rendent encore quelques services. Aussi, quelle existence mènent-ils? Et n’est-ce pas le comble de l’égoïsme et de l'ingratitude de la part de l’homme, que d abandonner ainsi dans sa vieillesse l'animal que l’on a le plus aimé, et de le livrer à la condition la plus misérable, dès qu’il commence à perdre de sa valeur !

HARPER, c’est lever les jambes de derrière par un mouvement convulsif plus grand que celui qui est naturel au cheval. Cette flexion spontanée est le défaut des chevaux qui ont des éparvins secs. On doit bien éviter de confondre ce que l'on appelle harper avec le tride d’un cheval bien constitué, qui se cadence également et régulièrement.

HAUTE-ÉCOLE. On entend par la haute-école tout travail de deux pistes au pas, au trot et au galop ( voyez Fuir les hanches) , ainsi que les changements de pieds du tact au tact sur les lignes rétrécies ou en formant des huit-dechiffres, le piaffer, etc., etc. ( Voyez ces différents mots.)

Les chevaux qui exécutent toutes ces figures avec précision s’appellent chevaux de tête, d'étude ou de hauteécole.

Dans la haute-école, le cavalier agit de toute sa puissance sur le physique et le moral du cheval; par les exercice# difficiles auxquels il le soumet, il perfectionne sa souplesse et son équilibre; par la continuité de ses actes, il lui fait connaître quelle est son influence sur lui , et à quel point il le domine ; domination qui n'a rien de révoltant pour lé

cheval, puisque, loin de le dégrader, elle augmente sa fierté naturelle par les poses les plus nobles et les plus gracieuses.

HOLA. On se sert de ce mot sonore et assez vivement comprisdes chevaux pour les arrêter sans le secours de la bride.

Le cheval que l’on met dans les piliers doit cesser toute espèce de sauts ou de mouvements, quand, par des répétitions fréquentes, on lui aura fait comprendre la valeur de ce mot holà.

Les personnes délicates qui n’auraient pas la force de calmer leurs chevaux pourraient s’en faire dresser qui s’arrêteraient à la parole. Rien n’est plus facile que d’amener le cheval h ce point de compréhension et d’obéissance; il suffît pour cela, chaque fois qu’on veut l’arrêter, d’accompagner ce mot des effets de la main; puis on les diminue au fur et à mesure que les résistances deviennent moindres, et bientôt cette exclamation se grave tellement dans son intelligence, que holà suffît pour l’arrêter court.

Les dames perdront sans doute toute crainte quand elles sauront qu’avec un seul mot elles peuvent soumettre à la docilité le cheval qui vainement tenterait de les intimider.

HOMME DE CHEVAL. On entend par homme de cheval celui qui joint à une solidité à toute épreuve l’usage libre de tous ses membres, ne les meut que par sa volonté, et sait en apprécier les effets.

On confond souvent, à tort, l’homme de cheval et l’écuyer. Le premier, comme je viens de le dire, est un cavalier solide et habile; mais le second doit joindre à ces qualités toutes les connaissances requises pour démontrer les principes dont se compose son art et pour la direction

d'un manège. C'est à l’écuver à former les hommes de cheval. (Voyez Ecuyer.)

HORS-DU-MONTOIR , c'est le côté «Iroil du cheval.

( Voyez Montoir.

HUlT-DE-CHfFFRES, c’est un air de manège auquel on a donné ce nom, parce qu’il en représenle la ligure.

En effet, il se compose de deux changements de main successifs, dont on rejoint les points de départ en traversant les petits côtés du manège.

On fait des huil-de-ehij[rei de différentes grandeurs. Les premiers que l’on demande au cheval doivent couper le manège par deux changements de main de toute la grandeur de ses diagonales. A mesure que le cheval acquiert de la précision, on en diminue la circonférence, jusqu’à ce qu enfin on l’exécute dans un cercle aussi petit que possible.

Comme toutes ces difficultés ne doivent occasionner d’efforls ni au cavalier ni au cheval, je n’ai pas besoin de dire quel doit être l'ensemble des mouvements du premier pour que l'exécution ne laisse rien à désirer.

Tout cheval assoupli et bien équilibré penl faire aisément îles huü-de-chiljres.

IMPULSION. L’impulsion est l'effet de l’action qui doit être produite par le cavalier, et, autant que possible, se continuer parle cheval. C'est à l'aide de cette force d’impulsion bien graduée qu’on arrivera à faire prendre toutes les positions possibles, et c'est avec ces positions que le cheval prendra les directions; 1 impulsion, donnée justement, servira à éviter toute espèce d'acculement et de

défenses de la part du cheval, elle le rendra précis et régu lier dans ses mouvements.

INACTION. Ce mot, qui se rencontre dans un grand nombre d'articles de ce Dictionnaire, pourrait prêter à l'ambiguïté; j’en dois l'explication.

J’entends par inaction, Initier le rheral let quatre jambes immobiles sur le sol, dans le but de faire fléchir l'encolure en tous sens et de lui donner tout le liant quelle peut acquérir.

Cet exercice local est à l'éducation du cheval (qu’on me liasse cette comparaison) ce qu’une bonne fondation est à un édifice.

M. de la Guérinière et tous les auteurs qui lui ont succédé jusqu’à ce jour, prétendent que le trot est l’allure la plus favorable pour donner une grande souplesse au cheval. J’ai prouvé le contraire : comme le cavalier doit être maître de tous ses mouvements, ce n’est pas avec une allure aussi décidée, allure où le cheval fait un grand emploi de force et perd , par conséquent , de son équilibre, qu’on parviendra à être maître unique de ses mou vemenLs : c’est dans l'inaction, c’est au pas qu'on le disposera, par un prompt assouplissement, à une belle exécution. En effet, au repos il a quatre points d'appui , au pas il en a trois, l’équilibre s'obtiendra plus facilement; son action étant nulle ou minime, il appréciera promptement 1’eflet de vos forces; n’ayant pas de directions a donner, vous ne permettrez aucun mouvement au détriment de sa première position, et ne combattrez que ceux qui feront résistance; bientôt ils vous seront tous subordonnés, et vous arriverez graduellement à donner à ses allures le gracieux, la cadence ou la vitesse; mais pour cela, il ne faut pas enjamber par-dessus le travail en place et l’allure du pas. ; .

INDOMPTABLE. Il y :i peu de chevaux qu’on ne puisse dompter quant au caractère. Les seuls qui offrent des difficultés réellement insurmontables sont les chevaux chatouilleux et les juments qu’on appelle piateutes. Celles-ci ont un vice d'organisation sanguine ou musculaire qu’on ne peut que modifier, et qui les soustrait pendant un plus long temps à 1 action du cavalier.

Quant à ceux chez lesquels les actes de rébellion viennent du moral, l’érudition équestre parviendra certainement à les soumettre : il suffit de savoir employer tour à tour, et à propos, le châtiment et la récompense. Comment et dans quel moment? Voilà ce qu’on ne peut expliquer dans un livre. Ici la théorie ne peut pas suppléer à la pratique. Disons-le cependant, il no faut employer les moyens de rigueur qu’après avoir acquis l’intime conviction que l’opiniâtreté du cheval n’est pas le résultat d’une faiblesse physique, d une mauvaise répartition de forces, ou d’un travail prématuré.

INSTINCT. N’accorder que de l’instinct au cheval, c’esf de notre part une vanité que je ne relèverais pas, si elle ne devait pas nuire à son éducation. ( Voyez L\teu.igence.)

INTELLIGENCE (de 1’) du cheval.

J’ai toujours cru à l’intelligence du cheval, et c’est sur celte opinion que j’ai basé ma méthode et tous les principes énoncés dans cet ouvrage. Grâce à elle, en maîtrisant la volonté du cheval, je suis parvenu à n’exiger de lui que ce qui, préalablement, avait été saisi par son intelligence.

Je ne m’occuperais pas du développement de cette thèse, si elle frétait que curieuse; mais cette intelligence du cheval est, selon moi, si utile et si précieuse, que j’ai cru indispensable de mettre au jour le fruit de mes études

L’écuyer qui traite l’animal comme une machine soumise seulement à l'impression du moment, sans souvenir et sans conception, ne sera jamais qu'un mauvais écuyer. Comment, en effet, n’accorder que de l’instinct à l’être qui discerne Je bien d’avec le mal, apprécie les circonstances, et juge même de la capacité du cavalier! Sans doute il ne sait rien à l’avance; les enfants dont on commence l’éducation en savent-ils davantage V Disons-Ie donc, les idées innées sont )e propre de Y instinct; mais l'intelligence ne se perfectionne qu’à force de conviction et d’habitude.

Le cheval a la perception comme il a la sensation , la comparaison, et le souvenir; il a donc le jugement et la mémoire ; il a donc l'intelligence. Voilà pourquoi l’écuyer doit ne point agir en aveugle sur son cheval, et ne pas oublier que chacun de ses actes agit aussitôt, non-seuleim nt sur le sens physique, mais aussi sur la mémoire de l’animal. 11 faut tenir compte de cette organisation essentielle du cheval, ne jamais passer que du connu à l’inconnu, ne poiof le soumettre machinalement à de mauvais traitements, et ne point abandonner à des mains inhabiles les commencements de sou éducation ; les mauvaises habitudes exerceraient nécessairement une fâcheuse influence sur les suites de cette éducation.

On prétend que le châtiment et la récompense suffisent pour dresser un cheval; c’est vrai si ces deux moyens sont employés à propos; par l’éperon et le fouet, Je sucre et les caresses , on n’obtiendra rien, si les uns et les autres ne sont administrés avec discernement. 11 en est de même pour Jes écoliers : le pain sec et le cachot ne leur apprennent ni le grec ni le latin ; il faut d’abord parler à leur intelligence.

Comment, sans l’usage de la parole, s'adresser à celte faculté du cheval ? Rien de plus facilç, si l'on examine avec

quelque attention la manière dont les idées pénètrent dans une intelligence quelconque. Pour faire concevoir une pensée à quelqu’un, on commence par lui présenter toutes les idées qui peuvent l'y conduire; on s'empare des forces de son esprit; on les dispose, on les dirige de telle sorte qu'il ne puisse échapper à l'impression qu'on sollicite. Avec le cheval, il faut un travail tout à fait semblable. Que lui demande-t-on? des mouvements. La manière de l’y amener consiste à disposer ses forces de façon à ce qu'il ne puisse faire que le mouvement qu’on exige. La position est le langage qui parle au cheval, le seul qui soit intelligible pour lui; elle explique et fait naître le mouvement, comme le raisonnement explique et fait naître la pensée.

Ici se trouve la source d’une erreur qu'il est temps de relever. Tandis que certains écuyers ne font du cheval qu’une machine, d’autres, au contraire, basent sur son intelligence toute la facilité de son éducation ; ainsi les chevaux andaloux passent pour les génies de l'espèce, parce qu’on les dresse plus promptement et avec plus de facilité que les autres chevaux. Cette conséquence est fausse : cette promptitude d’éducation tient moins à l’intelligence des chevaux andaloux qu’à leur conformation physique.

La chose indispensable dans l'éducation du cheval est l’équilibre, qu’on n’obtient que par une bonne position. Ceux là donc qui tiennent déjà de la nature cette bonne position, refusée à d'autres, sont nécessairement plus disposés à recevoir une instruction prompte et facile.

Il faut distinguer ce qui tient à l'organisation physique de ce qui dépend de l’organisation intellectuelle ; j’ai étudié attentivement l’une et l'autre, et j'ai conclu de mes observations que, si le physique du cheval influe sur la longueur de son éducation, son moral seul doit en déterminer le mode.

' D’une part, j'ai remarqué que si les chevaux naturelle-

ment bien faits obéissent plus aisément, ceux d'une conformation inférieure, qui ne sont pas tarés, peuvent aussi être ramenés à un degré d’équilibre suffisant pour qu’une main habile puisse en tirer bon parti ; j'ai donc reconnu cette vérité que tous les chevaux, une fois bien placés, obéissent sans difficulté, s’ils sont bien conduits, et qu’on parlait à leur intelligence en s’occupant du poiut d'équilibre qui rend la translation de poids plus prompte et plus facile.

D’autre part, j’ai vu que le cheval apprécie les bons et les mauvais traitements ; qu'il reconnaît l’habileté ou l ’incapacité de son cavalier; qu'il discerne ses fautes propres de celles qu’on lui fait faire. J'ai vu que ses bonnes ou mauvaises qualités dépendent autant des circonstances de son éducation que de son naturel, et j’en ai conclu qu’il faut le dominer, mais seulement par une supériorité d’intelligence, et en lui faisant sentir par un fini de mécanisme que ce qu’on exige de lui est le moyen le plus propre et le plus facile pour arriver à tel ou tel résultat.

JOCKEY ANGLAIS ou HOMME DE BOIS. L’on nomme ainsi un échafaudage fourchu qui se fixe au moyen d’une sangle sur le dos du cheval ; aux extrémités supérieures des deux fourches sont fixées les rênes du bridon; un mécanisme, dont le système varie, laisse à ces rênes un certain jeu, au bout duquel le cheval trouve une résistance fixe.

De graves auteurs ont attribué à cet instrument des propriétés que la saine équitation réprouve. En effet, la force permanente du bridon dans la bouche du cheval est une gène et non pas un avis; elle lui apprend à revenir sur

lui-même en s’acculant pour éviter la sujétion. A l’aide de cette force brutale et inintelligente, il connaîtra de bonne heure comment il peut éviter les effets de la main du cavalier.

LACHER LA MAIN A SON CHEVAL, c’est l’abandonner à lui-même. Plus d'un amateur sc figure faire acte de courage et de haute équitation en laissant flotter les rênes et en se confiant ainsi à son cheval.

C’est un tort grave et qui prouve autant d’ignorance que d’imprévoyance dans le cavalier; car, non-seulement le cheval perd dans cet abandon sa sûreté, mais 11 peut encore compromettre les jours de celui qui le monte.

LEÇON (1). Donner une leçon, c'est expliquer à ses élèves les principes à l’aide desquels on arrive à suivre d’abord et à diriger ensuite les mouvements du cheval.

U y a plusieurs manières de démontrer l'équitation, dit-on sans cesse; quelle est la meilleure? Voilà ce qu’il est difficile de résoudre, du moins pour les élè\esr pgrce qu’ils altachent naturellement un peu de glorjole à rehausser le talent de leur professeur ; aussi conviennent-ils pvec peine de son incapacité, en admettant même qu’ils aient les connaissances requises pour en juger; car il faut posséder à fond une science pour apprécier le savoir des hommes qui la cultivent.

Quant à moi, je crois que le premier mérite de l’écuyer

(1) J'ai dominé au commencement de la Méthode les moyens d’obtenir une prompte ot bonne position à cheval, ces principes conviennent surtout aux militaires, mais ils sont trop sérieusement instructifs pour l'élève civil qui a payé sa leçon et veut avoir un plaisir immédiat.

qui enseigne, est d observer dans sa leçon une marche non-seulement progressive, mais surtout rationnelle. Il en est (qu’on nous passe rette comparaison) des mouvements de l'élève, par rapport h son aplomb, Comme de ceux du cheval relativement à sa position : l'assiette de l’un, comme l’équilibre de l’autre, doit précéder tout mouvement dos extrémités; sans ce soin, les progrès sont d’une désespérante lenteur.

Mes collègues ne m’en voudront sûrement pa9, si, tout en laissant chacun agir à sa manière, je cherche à faire connaître la pratique qui m’a paru la plus goûtée des élèves; celle qui, tout en réalisant pour eux de promptes et durables jouissances, leur fait éprouver le besoin de se perfectionner en prolongeant d'eux-mêmes le lemp9 de leurs études.

Voici donc comment je divise mes leçons : Trois semaines ou un mois en bridon, pour commencer à rompre le cavalier et donner à chaque partie l'attitude qu’elle doit conserver. Vingt jours en bride, pour placer l'élève carrément, sans le secours des deux rênes, et pour consolider sa position. Les éperons ne s’adaptent aux talons qu’au bout de ce temps. Ainsi, c’est au bout de deux mois que mes élèves commencent à tirer avantage de leur solidité, pour régler le mouvement de leurs aides, et disposer le cheval pour le galop.

Il est bien entendu que ces divisions de temps n’ont rien de sacramentel, et que l’écuyer peut rt doit même les modifier, selon la capacité des commençants.

11 est bon que j'explique encore comment je gradue le choix des trotteurs qui servent aux premières études, avant de permettre l’emploi de tous les instruments propres à faire connaître au cheval la volonté du cavalier. Pendant le premier mois, ils ne montent que des chevaux doux d'allure et de caractère; ensuite ils montent indis-

— r,oo —

tinclemenl des chevaux doux ou durs, niais n’offrant pas d’autres difficultés que celles qui résultent de leur allure. Cependant , comme ils en changent à chaque reprise, j'ai soin que le premier soit toujours celui qui a les réactions les plus fortes.

De cette méthode l’élève tire deux avantages : d’abord les déplacements continuels qu'il éprouve lui apprennent à se servir de ses forces, de manière à reprendre son équilibre le plus promptement possible, et, pour cela, j’ai grand soin que ses épaules et ses jambes ne lui prêtent aucun secours.

Ensuite, lorsqu’à la seconde reprise il passe sur un cheval plus doux, il ressent une telle aisance, qu’il emploie de lui-même, à se bien placer, les efforts qui ne lui servaient d’abord qu’à se tenir ; le bien-être qu’il éprouve lui fait sentir le désir et le besoin des progrès.

Un soin que j’ai encore, c’est, par des conseils assidus, de m’emparer de l’attention de l’élève ; de le forcer incessamment à veiller sur lui-même, à rectifier sa position, et à profiter ainsi de chacun des moments de sa leçon ; d’approprier mes expressions, et jusqu’aux intonations de ma voix, au caractère de l’élève et aux dispositions morales que je lui ai reconnues. A celui qui met tout à profit, je parle avec douceur, et j'explique plus à fond ; au raisonneur, je réponds brièvement, sans laisser toutefois aucune de ses demandes sans réponse ; je contrains l'esprit paresseux à me donner le pourquoi du pourquoi , tantôt en l’obligeant à penser, tantôt en l'aidant à propos. Pour l'élève apathique ou indolent, j’use de mots sonores et expressifs (toujours honnêtes, bien entendu). Il est des élèves dont la prompte compréhension devance les progrès physiques ; tous mes soins, avec eux, se portent vers leur mécanisme ; je m’attache à ne présenter de nouveaux aliments à leur intelligence qu’au fur et à mesure que

— :>ui —

l’habitude d’exécution répond à leur conception. Bref, mon premier soin est de chercher à connaître le genre et le degré de capacité de chaque élève, et j’affirme que cette connaissance a toujours été plus utile à leurs progrès que celle du physique ; car il n’est pas de conformation avec laquelle on ne puisse monter à cheval; mais il est des organisations intellectuelles avec lesquelles tout progrès serait lent ou nul, si l'écuyer ne savait en tenir compte.

Cela dit, je reviens à la position de l’élève.

Mon attention première consiste dans le soin de rectifier les parties qui composent et constituent son assiette , chaque fois quelles sortent de la bonne position que je lui fais prendre en le mettant à cheval.

Je supprime pour mon élève tout changement de direction , ne tenant même pas à ce qu’il conduise régulièrement son cheval en ligne droite; je veux qu’il ne soit occupé que d’un seul point, celui de se tenir de son mieux.

Quand il est placé convenablement, c’est-à-dire les reins bien disposés et les cuisses adhérentes à la selle, alors, mais seulement alors , je lui fais connaître les fonctions des poignets et des jambes et leur influence sur le cheval, en lui expliquant clairement leurs effets, séparés ou combinés. C’est en exerçant constamment l'élasticité de chaque extrémité que l’élève parvient promptement à s'en servir d’une manière locale et avec un ensemble raisonné, et qu’il en communique les impulsions au cheval, non pour lui donner des directions, mais bien pour le placer; je lui apprends ainsi qu’à son exemple le cheval doit être assujetti à un aplomb véritable, sans lequel il n’y a pas de travail possible. Enfin, ce n'est que quand l’élève obtient une amélioration sensible dans l’équilibre de l’animal qu’il doit essayer à le diriger; mais, dès lors, il le fait avec précision et sûreté, je dirai plus, avec conviction.

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N' est-il pas mieux de suivre cette marche toute logique et naturelle, que de franchir sans discernement les échelons qui servent de base fondamentale à la science ? Je le répète, la première chose que 1 élève doit acquérir est une bonne position, caria position est à l’emploi des forces motrices ce que le point d’appui est au levier.

Les écuyers se plaignent assez souvent du peu de persévérance des élèves et du dégoût qu’ils apport» ut aux leçons. Le moyeu d’obvier à cet inconvénient est d'abord de faire disparaître la monotonie et la longueur des leçons classiques, de rajeunir les errements de nos vieux professeurs, qui pensaient que sans bottes a l’écuyère et chapeau à trois cornes ou ne pouvait bien mouler à cheval, et laissaient le commençant beaucoup trop de temps aux premiers principes. Évitons ces enuuis à uos élèves, triais sans pourtant tomber dans l’excès contraire, en les fnisaut mouter, au bout de quinze jours de leçons, avec des éperons et des étriers, sans leur avoir reconnu des dispositions extraordinaires; car, dans un cas comine dans l'autre, ils se dégoûteraient promptement; dans le premier, parce qu'ils croiraient l'équitation d une insupportable difficulté; dans le second, au contraire, parce qu'ils penseraient de suite tout savoir ; comme ou ne leur aurait fait connaître aucune des difficultés de l’art, loin de chercher* à surmonter celles qui s’y rencontrent, Us ne les devineraient même pas.

A os chevaux, bons et paisibles, suppléent souvent à l’incapacité de ces derniers cavaliers et flattent leur ignorance; carie cheval qui a de bons yeux vu naturellement droit devant lui, évitant soigneusement ce qui se trouve sur son passage; mais, s’ils viennent à en monter de quelque peu difficiles, que deviennent uos cavaliers improvisés? Ils sont le jouet du cheval et la risée des assistants, et bientôt se dégoûtent d'un art qui aurait fait leurs dé-

lices, s’il leur avait été démontré avec plus de méthode.

Je le répète, en apportant cette suite et cette progression dans l’ordre des leçons et des exercices, les professeurs gagneront sous le rapport pécuniaire; et, sous celui de l’opinion publique, ils rajeuniront l'équitation qui tombe en désuétude; ils donneront le goût des chevaux et feront une science d’un art auquel l'indifférence publique ferait bientôt même refuser ce nom.

LÉGER A LA MAIN ou léger du devant. Les écuyers établissent à tort une différence entre ces deux légèretés.

Le cheval léger de lavant-main, le sera toujours à la main, et vice vend , quelle que soit la construction de sa bouche.

J'ai déjà dit trop de fois, dans le courant de ce volume, à quoi j’attribue les résistances d’un cheVal, et quels Sont les moyens de les vaincre, pour y revenir encore.

LIANT (le cheval) est celui dont on est parvenu, par une sage progression dans le travail, à annihiler les forces instinctives et chez lequel l’assouplissement, l’assujettissement partiel de toutes les parties rebelles, nous ont bientôt soumis l’ensemble de son mécanisme, à ce point que Ton puisse le dominer complètement et ramener l'aisance et l’harmonie entre des ressorts que leur mauvaise disposition paraissait devoir opposer les uns aux autres.

Liant se dit également quand la force, arrivée à un tel degré de souplesse, permet au cavalier de faire prendre tontes les positions possibles au cheval.

LOYAL est le cheval qui emploie ses forces sans marquer de résistances, dans quelque exercice que ce soit.

Il est des chevaux qui doivent naturellement cct avantage à leur bonne conformation, mais il peut être aussi le

résultat d'une bonne éducation, et l'habileté du cavalier donnera toujours, plus ou moins, cette précieuse qualité au cheval.

C'est à tort qu’on dit bouche loyale; la bouche n'a ni les qualités, ni les défauts qu’on lui prête; elle fait partie du tout dont se compose le cheval, elle en supporte solidairement les bonnes ou les mauvaises conséquences, mais elle est loin d’en être seule responsable.

MACHER SON MORS. [Voyez Frein.)

MACHOIRE. Les mâchoires constituent la bouche du cheval ; elles se divisent en mâchoire supérieure et en mâchoire inférieure. Le cavalier studieux qui cherche à donner à son cheval la plus grande légèreté possible, dçit s’attacher principalement à obtenir une facile mobilité de la mâchoire. Tous les chevaux qui répondront à l'action du mors en ouvrant la bouche et en cédant de la mâchoire, seront légers à la main et répondront facilement à toutes les indications du cavalier : ainsi, règle générale, tous les chevaux qui résistent ou se défendent ont une contraction continue de la mâchoire ; ce doit être une raison bien puissante pour mettre toute l’attention possible à entretenir la mobilité de cette partie.

MAIN LÉGÈRE. On désigne ainsi la main du cavalier qui n’oppose à son cheval que peu de forces, et lui laisse même les rênes presque flottantes; cette manière peut être bonne avec un cheval bien dressé et dans la main ; mais, pris comme éloge général, c'est un non-sens. Pour

indiquer un cavalier qui conduit bien, et par des mouvements peu apparents, il faut dire qu’il a la main savante , et non pas qu'il a la main légère. En effet, si la légèreté est utile dans les moments où le cheval est bien ramené, la résistance, à son tour, est également indispensable quand il cherche à se déplacer, et c’est par un juste emploi de force qu’on donne au cheval la finesse qui constitue le dresser ; cette condition remplie, on aura alors, non ce qu'on appelle, si improprement, une main légère, mais une main savante.

Main ignorante est celle qui ne saura pas saisir les temps et changer à propos le mauvais emploi de ses forces. La main qui abandonnerait le cheval, sans avoir égard à sa position d’équilibre, serait comprise dans cette dénomination.

MAITRE A DANSER (avoir les pieds en), signifie les avoir en dehors.

Cette mauvaise position, disgracieuse et contraire au bon usage des jambes, tient le plus souvent à ce que les cuisses du cavalier ne sont pas tournées sur leur plat. CT est un défaut à rectifier en exerçant ces parties par de fréquents mouvements de rotation de dehors en dedans.

Une fois les cuisses bien placées, les jambes et les pieds le seront aussi, s’ils tombent naturellement, et ainsi toute la force de ces derniers sera réservée pour l'usage des éperons.

Afin de se donner un air plus cavalier, il est des jeunes gens qui forcent en dedans la position des pieds; c’est une mode non-seulement ridicule, mais nuisible, puisqu'elle contracte la jambe, empêche sa liaison intime avec le cheval, et rend sa mobilité difficile.

MANÈGE. On entend par ce mot le lieu où l'on dresse

les chevaux et où l’on donne des leçons d’équitation. Il y en a de diverses grandeurs; les beaux manèges civils ont ordinairement quarante mètres de long sur dix mètres de large. Ceux de cavalerie sont beaucoup plus grands* mais toujours dans les inènjes proportious. Bien qu’il soit facile de dresser les chevaux et d’apprendre à les monter en plein air et sur des routes non circonscrites, je crois que rien n’est comparable à un manège couvert. Là, l’élève n’est distrait par rien, et toujours en vue dit professeur à qui il est facile de suivre ses mouvements, et de profiler de toutes les circonstances qui peuvent accélérer ses progrès* Aussitôt que le cheval est apte à comprendre, et l’élève arrivé à user par lui-même de ses moyens de répression, il est utile qu'ils sortent pour qu'ils acquièrent toute la hardiesse qui leur est nécessaire; mais il faut que le cheval conserve la bonne position qui lui a été donnée au manège, et que le cavalier (quoique je lui prescrive moi-même de trotter à l’anglaise) s'attache à ne déroger en rien aux principes qu’il a reçus. En effet, de ces principes dépendent sa grâce, sa solidité et les moyens de bien diriger son cheval. Pourquoi la mode actuelle, qui est le fruit de l’ignorance, prévaudrait-elle sur le savoir? C'est cependant ce qui arrive. L'élève qui se faisait remarquer au manège par sa position et la précision de ses mouvements, n’est plus reconnaissable quelque temps après; son corps est ployé en deux, ses cuisses sont en avant des quartiers de la selle, et les jambes à soixante centimètres des flancs du cheval ; ses rênes flottent, et le cheval abandonné n'a bientôt plus aucun rapport avec le cavalier, dont la science et la sûreté sont tout à sa disposition. Quelle peut être la cause de ce funeste Changement? La crainte, sans doute, d’être ridicule en restant bel homme de cheval. Ne eoniprcndra-l-on jamais que la position grotesque de nos fashionables tient à leur amour-propre ?

Us veulent savoir sans apprendre, l'argent devant leilr tenir lieu de tout, et pour cela il a fallu créer une mode nouvelle de monter à cheval qui fût tout k leur avantage; aussi, bientôt, le plus ridiculement placé dut-il avoir la palme. C’est ainsi que les ai ls dégénèrent et que l’on retombe dans l’ignorance et dans 1 absurde.

Les professeurs doivent donc redoubler de r.èle pour soutenir et rehausser cet art si sublime; art qu'on ne peut acquérir que dans un manège et en présence d un maître expérimenté; c’est avec des principes puisés dans la nature et détuontrés avec clarté qu’on peut espérer voir augmenter le nombre des hommes du cheval, et remettre à la mode le beau et le vrai, dont on ne devrait jamais s’éloigner.

MAQUIGNON. Jadis on nommait indistinctement maquignons tous les marchands de chevaux; aujourd'hui ce mot ne s’applique guère qu’en mauvaise part. Les Dicliohnaires nouveaux disent que l'on appelle ainsi, les marchands de chevaux qui font métier de tromper les acheteurs. C'est un tort, sans doute, d'abuser ainsi de la cohftance de quiconque paye largement les qualités qu’il croit rencontrer dans un cheval ; mais pourquoi les marchands de chevaux n’auraient-ils pas le mèiue privilège que les autres marchands ou négociants même, dont les réputations sont les mieux établies? En est-il un qui ne cherche k persuader k son acheteur que telle partie de marchandise ne soit d’uue qualité supérieure k ce qu elle est réellement? Ne s'efforce-t-il pas de vendre le plus cher possible? Peut-il en être autrement, et la qualité ne doit-elle pas être en rapport avec les chauces plus ou moins nombreuses de perte? Est il Un genre de commerce où elles soient plus fréquentes, et où les frais d'entretien soient plus coûteux ? Gela doit me faire insister avec plus de force

sur l’injustice de la qualification de voleur appliquée à quiconque fait le métier de vendre des chevaux. Je dirai même que le marchand de chevaux se trouve souvent forcé d’avoir recours à des subterfuges, sous peine d’être bientôt ruiné. En effet, quarante chevaux de foire arrivent dans ses écuries; toute sa fortune, peut-être, a été employée à ces achats. Mais, n’a-t-il pas lui-même été trompé? Sont-ce tous de bons chevaux avec lesquels il pourra augmenter son capital? Ou bien, a-t-il été assez malheureux pour qu’un quart se trouve incapable d'aucun bon service? Cela peut arriver au plus habile, car le cheval le plus correct dans ses formes, n’est pas toujours celui qui déploie le plus d’agilité dans ses mouvements; en outre, le meilleur peut devenir une rosse quand il a subi la castration, ou quand il change de pays et de nourriture. Dans ce cas, est-ce au marchand de chevaux à être passible de ce dont ses connaissances bien positives n’ont pu le préserver? Non, certainement, et il doit tâcher de réparer autant que possible parla vente ce qu’il n'a pu prévenir avant l’achat. D’ailleurs, l'animal n’est-il pas présenté nu à l’acquéreur? N’est-il pas libre de consulter tel connaisseur ou tel artiste vétérinaire qui lui convient? L’acheteur doit donc s’en prendre à lui seul de son mauvais choix, puisqu'il peut, par l'inspection la plus minutieuse, savoir à quoi s'en tenir sifr les défauts ou les qualités du cheval qui lui est présenté. On m’objectera, sans doute, que l’amateur, quelque habitué qu’il soit à juger les proportions ou les tares des chevaux, n’a que des connaissances très-secondaires, comparativement à celles du marchand de chevaux. Quoique cette règle ne soit pas sans exception, je répondrai que celui qui ne s'y connaît (vas, doit prendre conseil de quelqu’un qui s’y connaisse. Ai -je besoin, en outre, de relater tous les défauts qui surviennent aux chevaux par suite du peu de gradation que l’on met dans leur travail, ou du

>4,ciogle

manque de soins hygiéniques? Combien de fois un marchand, après avoir cru vendre un bon cheval à l’un et un médiocre à l'autre, n’a-t-il pas reçu des reproches du premier et des compliments du secoud? D’où cela peut-il venir? Quelquefois d'une erreur de sa part, mais le plus souvent des traitements irréfléchis qu’on fait endurer aux chevaux, et qui changent leurs qualités en defauts. U existe bien aux yeux des amateurs une différence entre le gros marchand de chevaux, dont la réputation rend pour ainsi dire l’écurie enchantée, transformant tous les chevaux, de quelques pays qu'ils viennent, eu chevaux anglais, et ce pauvre diable qui, sans moyens pécuniaires, doit se borner à faire des acquisitions de peu de valeur : pour moi, je n’en reconnais aucune : le premier profitera de la vogue dont il jouit pour vendre deux tiers au-dessus de sa valeur un cheval qui sera loin d’être exempt de défauts ; et le second, pour gagner quelques louis, mettra en œuvre toutes les petites supercheries dont il pourra s'aviser, et qu’il serait trop long d’énumérer dans un simple article de Dictionnaire. D’ailleurs, la différence, si elle existait, serait en faveur de celui qu’on appelle maquignon, en ce que s’il vous trompe, ce n'est que pour une somme moins considérable.

Je le répète donc, celui qui, sans s'y connaître, veut acheter un cheval, doit s’attendre à être trompé en cela, comme en toute autre chose. Si le marchand ne l’a pas été, il serait une dupe s’il ne cherchait pas à tirer parti de sa marchandise en la vendant le plus cher possible. S’il l’a été, il doit chercher à faire supporter à l’acquéreur qui se présente tout ou partie de la perte qu'il a lui-même éprouvée. Il agit dans ce sens, comme quiconque veut se débarrasser d’un cheval qui fait mal son service. Que l’on dise donc avec moi qu’il y a des maquignons dans tous les états, et que, s’ils sont plus nombreux dans le commerce de chevaux, c’est que de toutes les marchandises, celle-ci

est la plus difficile à connaître, et celle qui présente le plus de chances rie pertes.

MARCHER DE DEUX PISTES. 'Voyez Fuir les hanches.)

MARTINGALE. On entend par martingale une large courroie qui s'adapte à lamuserole ou au mors de la bride et correspond aux sangles.

Des écuyers ont encore recours à la martingale pour assurer la tète du cheval qui bat à la main, ou bien encore pour ramener le nez de celui qui l’éloigne trop, qui porte au vent, selon l’expression consacrée. Quel effet peut produire la martingale dontles points exti 'mes d’attache sont fixes? Elle agit nécessairement sur toutes les vertèbres du cou ; si elle ramène la tète, elle baisse l’encolure; cet inconvénient seul suffirait pour la faire proscrire, mais elle a le désavantage de provoquer le cheval à s'acculer, à se renverser même. Le mors par les rênes peut n'agir que snr les premières vertèbres cervicales et ramener par conséquent la tète dans sa juste position, sans nuire au soutient de l’encolure.

MÉCANISME. Le mot mécanisme s'applique aux moyens physiques que le cavalier emploie pour obtenir du cheval les mouvements qu’il exige.

Le cavalier qui a exercé toutes les parties du corps du cheval, de manière à rendre ses articulations souple* et à modifier à volonté toutes les contractions musculaires que nécessite un mouvement, aura fait beaucoup. C'est alors que le passage de l'intelligence au mécanisme sera facile, et que la pensée se produira avec avantage jusqu’au bout des mains et des pieds. Celte transmission du moral au physique n'est justement possible que par une sage mise en pratique de tout ce qui constitue le mécanisme.

MÊLER UN CHEVAL, c'est embrouiller son travail de manière à ce qu’il ne sache ce qu’on lui demande. C’est le défaut de ceux qui ne savent qu’à moitié; il serait difficile, en effet, que le cavalier qui n’a pas su se pénétrer de la suite nécessaireaux exercices de l’équitation, pût la rendre compréhensible aux chevaux qu’il monte.

Ici, c'est donc encore sur lui-mèmo que le cavalier doit agir en premier lieu.

MENER SON CHEVAL SAGEMENT, c'est le conduire selon les règles de l’art, c’est-à-dire, nelui demander que ce qu’il peut faire, et le lui demander avec ménagement. Malheureusement, la manière de conduire un cheval tient le plus souvent au caractère du cavalier, et les principes sont inefficaces ; la réflexion seule opère à cet égard.

METTRE DANS LA MAIN Le cheval (bips la main est celui qui, soumis à la moindre opposifjpn de matin et de jambes, soutjqpt sou encolure, place sa tête, et disppse son corps de manière à êlrc fiais uq éqqj(jhre parfait. L# liaison intime entre la force de chaque partie, peut seule donuer à leur action prestesse et régularité.

Mellre dam la main est donc donner à son cheval celte position indispensable pour tous les exercices. ( Voyez IUhener.)

MÉZAIR (le) est une suite de sauts en avant , où Je? jambes de devant sont moins détachées du sol que dans la courbette ; aussi le cheval les fait-il se succéder plus vivement.

C’est à l’aide des piliers qu’on obtient tous ces mouvements élevés du devant. Comme je n’admets de véritable instruction pour le cheval que celle qui lui est donnée sans moyens étrangers, j'ajouterai qu’il faut les pratiquer à che-

val, mais attendre que sou éducation soit entièrement terminée si l’on ne veut s'exposer à ce que ce mouvement qui ressemble à une défense n'en devienne une réelle par la suite.

MIS. Un cheval bien ou mal mis est un cheval bien ou mal dressé. ( Voyez Dresser.)

MOLETTE. C’est l’extrémité mobile de l’éperon qui se trouve en contact avec les flancs du cheval.

J’ai déjà dit que la molette devait être ronde, garnie de légères entailles tout autour, de façon à ce qu elles soient aussi inoflensives que possible, l'aiguillon nul. Ce qui en impose au cheval, c’est la position renfermée que lui fait prendre un véritable cavalier au moyen de l’ensemble de ses mouvements, ce sont les à-propos qui font tout; et c’est l’intelligence du cavalier qui doit y présider. Les moyens simples sont préférés par l'homme expérimenté; l’incapacité, au contraire, emploie toujours des procédés rigoureux pour arriver à ses fins ; mais elle manque son but, car la nature n’est pas ingrate.

MONTER ENTRE LES PILIERS, se dit de l’action de l'élève qui monte le sauteur.

Les leçons données dans les piliers peuvent être de quelque utilité , mais il faut mettre une excessive gradation dans le choix des sauteurs pour qu’ils soient en rapport avec la force de l’élève, afin que celui-ci ne prenne pas l’habitude de se raccrocher et de se maintenir en selle par tous les moyens possibles; il faudrait, pour éviter cet inconvénient, bannir les selles à piquer, ne faire usage que de selles rases et avoir un sauteur tellement bien dressé qu’il graduât ses mouvements de façon à ce que l’élève pût les suivre avec de bonnes positions.

MONTOIR désigne le côté gauche du cheval, et hors du montoir est le côté droit. Rendre facile au montoir, c’est accoutumer un cheval à être tranquille quand on le monte.

J'ai entendu des gens qui s’occupaient de dresser des chevaux dire sérieusement qu’un cheval dont ils vantaient les qualités n'avait qu’un seul défaut, celui d'être difficile au montoir. Il semblait, à les entendre, que ce fût un vice incorrigible. J’ai fait venir un cheval de ce genre, qui cherchait à ruer à l’approche de l'homme; je lui ai fait mettre un caveçon dont je tenais moi-même la longe, et «1 moins d’une demi-heure, avec une douzaine d'applications judicieuses de celte espèce de collier de force, entremêlé de caresses quand il ruait moins, je l'ai rendu promptement sage et l'ai corrigé pour toujours de cette mauvaise habitude.

Le moyen sera le même pour les chevaux trop ardents, pour ceux qui se cabrent, etc.

MORS (du) ET DE SES EFFETS. Le mors se compose de trois pièces qui, par leur combinaison, n’en font qu’une. U est formé de deux branches et de l’embouchure qui se subdivise en deux canons et un cintre au milieu, appelé liberté de la langue. Les anneaux et autres ouvertures qui se trouvent dans le haut et le bas des branches sont destinés, dans la partie supérieure, à recevoir les montants, et dans la partie inférieure les rênes de la bride.

Tant d’autres ont déjà défini le mors et décrit toutes ses parties, que je n'entrerai pas dans des détails qui ne seraient que des répétitions; je me contenterai de faire connaître ses diverses proportions.

Les éperonniers et selliers ont profité de l’ignorance ou de la frivolité de la plupart des cavaliers pour changer la forme des mors et leur donner des dimensions qui, presque toujours, sont devenues nuisibles aux chevaux, et con-

trnire.s au parti qu'on en voulait tirer. Mais on 90 gardait bien de convenir de ces inconvénients, que combattait d'ailleurs l'aurait puissant de la nouveauté, ou que n’entrevoyait pas l’inexpérience des acheteurs. On a donc suivi les différentes modes que l’avidité des spéculateurs accréditait. et bientôt des mors simples, mais utiles, ont été remplacés par des mors composés, brillants, mais dangereux.

Le principe que je vais émettre ne laissera pas de surprendre sans doute; car il ne s’agit de rien moins que d’adopter un seul mors pour tous les chevaux, quels que soient d'ailleurs leur conformation et leur état de sensibilité.

Voici la forme et les proportions du mors auquel je donne la préférence :

Branches droites, delà longueur de dix-sept centimètres, à partir de l'œil du mo s jusqu'à l'extrémité des branches; circonférence du canon, six centimètres; liberté de Iq langue, de la l o geur de cinq centimètres à peu près dans sa partie inférieure, et de vingt-sept millimètres dan» la partie supérieure.

On comprendra sans peine qu'en disant que la même forme convient à tous les chevaux, je n’entends point parler de la largeur: sous co rapport, il faut admettre difl’érentes dimensions, selon la bouche des chevaux, afin qu'ils n'y vacillent point, et que les parties qui doivent avoir un poiat d'appui fixe le conservent toujours exactement.

Quoique le mors ci-dessus détaillé soit très-doux, je puis affirmer qu'il peut suffire a rendre légers et à soumettre q la plus passive obéissance les chevaux les plus froids, les plus sujets à s’emporter, et ceux mêmes qui offrent le plus do résistance.

Les barres sur lesquelles le mors agit sont deux os recouverts d'un périoste et d'une gencive. Ces parties sont plus ou moins saillantes, plus ou moins rondes; mois ni

cette rondeur ni celte saillie ne sont des raisons pour faire subir des variations de forme ou mors, et surtout pour en admettre un plus dur pour les barres charnues. Quelle que soit leur conformation, le mors dont je prescris l’usage produira tout l'effet désirable; cor il est erroné de croire que la résistance que les chevaux nous opposent ait sa cause dans la conformation de leur bouche La sensibilité de celte partie est invariable. Admettons, pour un instant, que les barres du cheval soient bien conformées, c’est-à-dire ni trop ni trop peu charnues. A mon sens, des pressions légères éveilleront bientôt l'irritabilité de ces pal lies. Supposons que, pour obtenir ces résultats, il noms faille employer cinquante grammes de force; supposons encore maintenant que ces mêmes barres soient chaigces d'un centimètre de chair en plus (ce qui ne varie jamais davantage), et que chaque centimètre augmente l'insensibilité de vingt-cinq grammes, ce que je suppose encore, sans l'admetlre; eh hienl ce maximum réduira le tout à cinquante grammes. Quel sera l'homme, même le moins solidement placé à cheval, qui ne pourra disposer d’une ausd petite force? il faut donc jmpu'.cr cette résistance à une cause tout autre, puisque parfois les chevaux opposent des résistances telles, que toutes les forces d’un cavalier bien constitué et solidement placé à cheval ne sont pas suffisantes pour les arrêter.

C’est donc ailleurs qu’il faut chercher les moyens d'opposition du cheval ; il faut jeter les yeux sur les autres parties de son corps, et observer attentivement si des tares, un vice de conformation ou la mauvaise altitude qui en résulte, ne contribuent pas plus que tout le resie à amener celle résistance. En effet, la force que l'animal opposo est toujours le résultat d un manque d’équilibre; c’est pour moi une vérité iucontcslable, sanctionnée par l'expérience. Que de personnes ont été emportées par leurs chevaux, et

se plaignaient de la dureté de leur bouche (expression banale et fausse) ! J’ai monté ces mêmes chevaux, et, en peu de temps, au grand étonnement de leurs maîtres, ils ont cédé à toutes mes exigences sans la moindre opposition, et pour cela, je n’ai mis en usage que des forces pw portion nées et employées à propos.

Je le demande, est-ce la bouche qui, dans ce court espace, a retrouvé sa sensibilité? Cela est impossible ; on ne peut, instantanément, obtenir des résultats avec une force de cinquante grammes quand une puissance de deux cents ne produisait aucun effet; le cheval ne pourrait passer immédiatement d’une insensibilité aussi grande à autant d’irritabilité, surtout s’il avait un vice de conformation qu'il n’est pas donnéà l’homme de pouvoir détruire; c’est donc la position qui, étant rectifiée, l’a mis dans l’impossibilité d'opposer la résistance attribuée à tort à l'insensibilité de sa bouche.

Détruisons cette erreur trop accréditée, et remplaçons bouche dure par celle de dur à la main. Une expression a souvent dans les arts plus d’influence qu’on ne pense sur le mode d’agir de ceux qui les professent; celle-ci, par exemple, a laissé l'équitation de deux siècles en arrière; l’expression que j'y substitue aura le double avantage de rectitier une idée fausse, et d'indiquer le moyen d’arriver plus tôt au but.

On comprendra alors que ce n’est plus la forme du mors qu’il faut changer, et qu'il ne s’agit ni d'allonger les branches, ni.de diminuer l’épaisseur des canons, puisqu'on a dû reconnaître que la bouche n’est pour rien dans la résistance du cheval et qu’un mors doux produit autant d’effet qu’un mors dur. Ce dernier d’ailleurs ne peut occasionner que des résultats fâcheux, tels que d’acculer, de comprimer plus maladroitement le cheval et de l'amener à dqs défenses plus dangeureuses.

Cette vérité une fois admise, on s'occupera spécialement de ramener le cheval à la bonne position, en le travaillant en place et au pas. J'ai acquis, même avec les chevaux les plus difficiles, la certitude que c’était moins la force que le bon usage de la main et des jambes qui, en déterminant la juste position du cheval, le soumettait à notre volonté et lui donnait ce qu'on appelle si improprement une bouche sensible.

Pour mon propre compte, j'atteste que j’ai rencontré des chevaux qui, malgré la rondeur des barres et l’épaisseur de la gencive, ont toujours eu ces parties d’une extrême sensibilité; et comme chacun peut se convaincre de cette vérité, je persiste à dire que la dureté que l'on croit rencontrer dans la bouche ne dépend pas de la disposition des barres et des gencives, mais bien de la conformation générale du cheval.

Aussi la science de l'équitation réside-t-elle dans l’adresse à saisir les moments favorables d’agir, de punir, de récompenser et d’indiquer; et pour cela il faut un mors doux qui puisse se prêter à tous les mouvements d’une main habile, et communiquer au cheval l’action du cavalier avec la douceur, la légèreté et la promptitude que celui-ci y met.

Les cas dans lesquels on fait usage ordinairement de plusieurs espèces de mors, sont : celui où le cbeval éloigne son nez (ou porte au vent), celui où il est lourd à la main, et enfin celui où il s'emporte. Je parlerai seulement du mors dont on se sert pour la première de ces positions, puisque les inconvénients sont les mêmes [tour les autres. Dans ce premier cas, on fait usage d’un mors à branches longues pour ramener le nez du cheval qui l’éloigne trop.'

Or, si c’est par un vice de conformation ou de position que le cheval présente de la résistance, les moyens doux pourront seuls assouplir et ramener l’animal dans un plus

juste équilibre, Le mors, nvce des branches plus longuês, aurait une foi ce et une rapidité d’action si grandes, que là contrainte excessive qui en résulterait, mettrait le choral dans la nécessité «Je se défendre. De plus, comment conserver la finesse nécessaire au contact des jambes, si l’action du mors est trop considérable, les aides (levant être en rapport entre elles? Les jambes no sauraient donc, Sans contraindre péniblement le cheval* augmenter leur force dans la même proportion que le mors, et la récompense serait toujours trop tardive, à cause de la longueur des leviers.

En effet, les branches longues donnent une lorce trèsgrande au mors. Comme leur extrémité inférieure est plus éloignée des canons, on est exposé à agir trop ou trop peu ; et cette violence ou celte faiblesse d’action s’opposent à ce qu’on puisse maintenir le cheval dans une bonne position. 11 forcera les jambes ou la tnain, sans pouvoir jamais rester entre les deux puissances; dans ce cas pas d’équilibre ui d'éducation possible. 1) eu sera de même si les canons sont minces : le mors sera toujours d'une dureté pernicieuse.

Qu’on $e rappelle donc bien que les forces qui doivent arrêter, secourir, enlever et déterminer, reposent dans l'assiette, le judicieux mécanisme du cavalier, et dans une pratique basée sur le raisonnement , bien plus que dans la dureté des instruments qu'on emploie Si le cavalier saisit bien l'action du mors, s’il sait en graduer les effets, s’il sait se servir des jambes et des éperons avec là gradation que je recommande, le cheval pourra changer l’emploi de ses forces, changer ses positions et devenir d’une soumission prompte et durable.

MORS AUX DENTS. On devrait entendre par mort aux denu l’action du cheval qui prend les branches de ce frein

Svee les incisives* et qui, dès lors, lutte avec avantage Côntrc son cavalier; trais en disant qu’un choral prend le mor* aux dents; on entend généralement [«trier de celui qui s'emporte, bien que le frein ail conservé sa position normale.

Gn peut parer au preinier inconvénient par l'usage dè lit fitusse gourmette, et éviter le second en assouplissant lô èheval et en l'amenant à tin étal déquilibro parfait, pour qu'il soit facile ensuite de vaincré, au moment où elle* naissent, toutes les forces dont il se sert pour mal faire.

( Voyez Emporter.)

NATURE (mauvaise). Le cheval demîuivaise nature est celui qui résiste à la volonté du cavalier.

Un cheval rétif ou ramingtie est de mauvaise nature.

J'ai déjà dit que les vices attribués aux mauvaises dispositions intellectuelles du cheval ne sont, le plus souvent, que le résultat d’une mauvaise construction ; tin bon cavalier saura rectifier celle mauvaise nature et rendre ce cheval d’un emploi facile; voilà l'équitation j voilà l'écuyer.

Bonne na'urc a le sens contraire; cette expression s’emploie aussi pour désigner le cheval d'un bon tempérament, qui se maintient en parfait état avec peu de nourriture. Ces chevaux sont excellents pour faire la guerre et pour résister à la fatigue.

NEUF. Cheval neuf s’entend de celui qui n'a pas encore étc moulé.

No livrez jamais votre cheval, pour le panser ou le monter, aux gens dont vous ne connaissez pas le carn<tcrc. La manière dont il sèra traité dans les commencements in-

fluera beaucoup sur sa compréhension et sur ses bonnes ou mauvaises dispositions. Combien n’a-t-on pas vu de bons chevaux que les mauvais traitements ont rendus incapables de tout service !

Si vous n'avez pas le savoir requis pour familiariser et dresser vos chevaux , ne les confiez du moins qu’à quelqu'un de sûr, ou soyez présent aux leçons qu’on leur donnera. Grâce à ce soin, vous ménagerez vos intérêts, et vous garantirez votre cheval des défauts qu’il eût pu contracter en de mauvaises mains.

OBTENIR D’UN CHEVAL, c’est venir à bout de lui faire exécuter ce à quoi il se refuse.

Le cavalier qui ne l’emporte pas dans le combat qu’il a à soutenir avec certains chevaux, s’expose à être pour toujours à la merci de leurs volontés.

Ce fait incontestable est une puissante raison pour limiter nos exigences. Après nous être assurés que l’assouplissement du cheval ne laisse rien à désirer, il faut tenir sévèrement à ce qu’il exécute ce qu’on lui demande. Une petite faute tolérée eu amènerait bientôt de plus graves et retarderait son éducation.

OMBRAGEUX. Le cheval ombrageux est celui qui a peur de tous les objets qu’il rencontre, et quelquefois même de son ombre. 11 faut monter ces chevaux avec une attention particulière, et s'occuper avec soin de les porter sur tout ce qu’ils cherchent à éviter.

Ces frayeurs étant presque toujours le résultat de mauvaises leçons, de mauvaises habitudes, ou d’événements désagréables survenus lorsqu’ils étaient poulains, il faut,

pour corriger les chevaux ombrageux , mettre beaucoup de ménagement et de patience. Les poignets et les jambes seront soutenus avec vigueur, quand le cheval cherchera à se soustraire à l'action des aides, afln que la crainte du châtiment neutralise chez l'animai celle causée par l'objet qui l'effraye.

Les rênes du bridou seront tenues , une dans chaque main, pour détruire vivement les résistances de l’encolure et les écarts qui eu résultent. On ne conduira le cheval ombrageux que progressivement sur ce qu'il appréhende, et une lois en contact, pour ainsi dire, avec la cause de sa frayeur, on le flattera de la main et de la voix, en l’y maintenant tout le temps qu’il marqueta de linquiétude.

Les artistes vétérinaires prétendent que certaines conformations de l'œil contribuent beaucoup à donner ce détaut. Kn admettant ce vice d'organisation , les moyens seront toujours les mêmes. Je ferai observer encore qu’il ne faut employer le châtiment qu’à la dernière extrémité.

J’ai connu des chevaux très-ombrageux, dont les hésitations et les craintes chimériques ont été dissipées en moins de huit jours, sans avoir eu recours à i oculiste. 11 faut, pour parvenir à ce résultat, ne chercher à triompher du sens de la vue qu’a près s’être rendu maître de celui du toucher. Le cheval, se renfermant par l’action de la main et des jambes, finira bientôt par se soumettre entièrement; ce dernier point étant le plus important, il doit fixer particulièrement l'attention du cavalier.

OPPOSITIONS. Former des oppositions, sé dit de l’emploi bien entendu et simultané de la main et des jambes. La pression des jambes, les attaques même que l’on emploiera, devront toujours avoir la main pour écho. La main devra donc être soutenue , de manière à présenter une opposition égale à la force communiquée par les jambes

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ou leperùn ; c'est alors que l’on obtiendra la légèreté ou l'équilibre propre au mouvement.

OSCILLATIONS, mouvement qui fait aller le cavalier de côte et d nuire sur la selle- C'est avec le se< ours d< s hanches et des genoux qu'il doit reprendre son équilibre.

Comme ces parties constituent ce qu'on appelle l'assiette et que c'est l'assiette (pii se déplace, c’csl avec leurs forces seules qu'il faut retrouver un juste point d'appui.

Par ce moyen, les bras , les poignets et les jambes n agiront pas indiscrètement sur le cheval, et seront toujours disposés pour le contenir et le diriger (1).

OUTRER UN CHEVAL, c'est le faire aller au delà de Scs forces.

Un bon cavalier n outre jamais les forces de son cheval; il se garde bien d’abuser de ses services , et leur assure ainsi une plus longue durée.

PALEFROI. On appelait ainsi , anciennement, les chevaux qui ne servaient qu’aux promenades, aux fêles, et surtout aux daines, avant l’invention des carrosses.

Nos chevaux actuels sont moins privilégiés; ils font toute espèce d'exercices, heureux encore quand ils ne cumulent pas la voiture, la promenade, lescourses forcées, etc., etc.!

PARTAGER LES RÊNES, c’est les séparer une dans chaque main; cela ne se pratique, ordinairement, qu’avec le filet et sur des chevaux qui ne connaissent pas les effets du mors.

U est souvent utile d’en user ainsi pour agir d'une malt) Voir l> Minions, nouveau moyen d'obtonir Une bonne {Million du cavalior.

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nière plus locale, donner des direction*, détruire leà résistances latérales de l’encolure qui viennent du cheval et prévenir des défenses. Aussi, est il bon de s'habituer it partager les rênes du lilet, car cet exercice exige encore une cci (aine dextérité pour éviter de faire sentir à la fois et ces rênes etcellesde la bride, qui, neanmoins, ne doivent pas quitter la main gauche.

PAS (le) est le mouvement le plus lent, le moins élevé et le plus doux de toutes les allures.

Apres le travail en place, l'allure du pas est la plus favorable pour disjRtseï le cheval à exécuter les principales difficultés de l’éqUitalion. l.es trois points d'appui qu'il prend continue bornent sur icsol lui font plus naturellement conserver son équilibre, et son action étant moindre se prête à ce qu il sente plus facilement les diverses impressions qu'on lui communique pour le bien placer; et de celte bonne position (celle où il est léger dépendent le gracieux et le précis de tous ses mouvements.

PAS DE COTÉ. (Foyex Fuir les hanches.)

PAS (le), le saut et le galop gaillard sont trois temps, dont le premier se compose de deux pas, le second, d’un temps de galop raccourci, et le troisième, d’une courbette ou d’une cabriole.

Tous les mouvements sont praticables; mais il faut un bon écuyer, une bonne éducation et un bon cheval.

Le saut de gaieté que font certains chevaux, au galop, s’appelle aussi galop gaillard; galop capricieux conviendrait mieux, puisqu'il u'est que le résultat d’une fantaisie du cheval.

PAS ESPAGNOL. On entend par pas espagnol, l'action

du cheval qui en marchant donne toute l’extension possible à chacune des jambes de devant alternativement. C’est à tort que l’on a attribué ce mouvement aux chevaux espagnols, dont la marche est tout à fait différente; ils élèvent, il est vrai, très-haut les jambes de devant, mais sans la tension soutenue que nous exigeons pour en faire un de nos airs de manège. Pour obtenir ce mouvement, il faut d’abord forcer le cheval à tenir une de ses jambes en l'air; on y parviendra promptement en ramenant la tète du cheval, par exemple à droite, à l’aide de la rêne du bridou ou de la bride; cette position prise, on portera la main de la bride à gauche en soutenant fortement les deux jambes ; toutefois, la gauche sera fixée au flanc avec plus d’énergie, afin de former opposition à la main ; peu à peu le poids de la jambe droite du cheval se reportera sur la gauche, et la première quittera le sol. Ce que l’on aura fait à droite se pratiquera également à gauche. Une fois que cette flexion sera devenue facile, on soutiendra les deux jambes comme si l'on voulait porter le cheval en avant, et la tension s’exécutera.

Une fois que le cheval marquera les temps d’une manière distincte à l'allure du pas, on forcera l’action pour arriver à l'obtenir au trot. Ce travail ne doit s’exécuter qu’après avoir amené le cheval à un état d’équilibre parfait. Il laut que la position à 1 aide de laquelle on obtient le pas espagnol, soit bien juste et que le cavalier en soit toujours le promoteur, afin que le cheval ne prenne jamais l’initiative, puisque c’est un air de manège qui ne doit s'exécuter qu’à un moment donné.

PASSADK i la] se dit des divers mouvements, des tours, détours et retours, que le cheval exécute au galop, en passant avec rapidité d'un point sur l’autre.

Cela peut avoir aussi un but d'utilité pour les officiers

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