INTRODUCTION
Malgré la prévention, souvent injuste, qui s’attache aux préfaces, sous quelque nom qu’elles se déguisent, je n’ai pu en épargner l'ennui au lecteur. J’ai senti le besoin de lui expliquer comment, sans avoir l'habitude d’écrire, j’ai été amené à faire imprimer le résultat de mes observations, et à augmenter la collection, déjà si nombreuse, des ouvrages d'équitation. J’ai senti aussi le besoin d’analyser les innovations qui se trouvent éparses dans mon Dictionnaire, et d’exposer les raisons qui m’ont fait choisir cette manière de détailler mes principes (1).
Une vocation prononcée m’ayant, dès mon enfance, porté d’abord à étudier et ensuite à professer l’équitation, j’ai dû méditer, avec le plus grand soin, tout ce qui avait été écrit sur cet art. J’ai cru, par la lecture de tous ces ouvrages, me faire une instruction solide et me mettre à même de pratiquer ensuite avec sûreté et connaissance de cause ; eh bien ! je dois le dire, après avoir commente les traités, j'étais moins apte qu’auparavant à raisonner, à
(f I.o Dictionnaire a paru huit ans avant la Méthode.
exécuter même ; en effet , généralement les auteurs avancent des principes sans les définir ; c’est un héritage qu'ils ont reçu et qu’ils transmettent comme le nom qu’ils tiennent de leur père ; ils les ont, il est vrai, enjolivés de phrases plus ou moins sonores, mais, pour la plupart, confuses, et ne changeant rien au fond. Pourtant c 'était le fond qu’il fallait étudier et traiter; car, à quoi bon élaguer les branches qui tiennent à un mauvais tronc?
Comme tout ce qui n’a pas une base mathématique, l’équitation a été assuje'tie à toutes les variations de l’esprit humain ; chacun s’est fait une méthode suivant laquelle il a obtenu des résultats plus ou moins prompts, et s’est empressé de mettre au jour les moyens qu’il a employés. Mais aucun, ce me semble, n’a pensé qu’il existât une règle fondamentale, constante, qui dût servir de repère à tous les écuyers. Cette instabilité m’a frappé. En voyant cette succession de faux principes adoptés ainsi de confiance, j’ai éprouvé le besoin d'en signaler les abus; j’avais entrepris et presque exécuté cette tâche; mais, depuis, j’ai réfléchi qu’il valait mieux livrer mes propres idées au public, que de m’occuper à réfuter celles d’autrui.
Dégoûté de tous ces ouvrages amphibologiques qui ne m’apprenaient rien, puisque les uns défendaient ce que les autres avaient prescrit, je résolus de chercher, dans la pratique seule, les moyens de reconstituer une théorie. Dès lors, je me suis livré aux observations les plus minutieuses et aux essais les plus assidus. C'est eu réfléchissant sur les effets, que j’ai trouvé les causes qui les produisent.
J’ai poursuivi, d’une étude constante, une nouvelle manière de dresser les chevaux; mes recherches ont été lentes, longtemps j’ai douté du succès, parce que j’avais peine à comprendre que tous les écuyers se fussent trompés jusqu'à ce jour. D'une autre part, je ne me croyais pas appelé à faire des découvertes; mais enfin la continuité de
bons résultats m’a enhardi; j'ai obtenu, en quatre mois, ce qui, naguère, me coûtait six mois de soins et de travail; plus tard, ce temps s’est réduit à deux mois, puis à un ; enfin, quinze jours ne s’écoulent plus à présent , sans que je sois parvenu aux mêmes avantages.
Je me suis donc occupé de publier mes observations , parce que j’ai senti la nécessité de faire connaître ce que je regarde et comme une innovation, et comme un progrès réel en équitation.
En expliquant les résultats, j'ai dû dire comment je les ai obtenus, et, parfois aussi, comment mes devanciers se sont trompés. J’ai commencé par reconnaître la fausseté de deux assertions importantes qui, malheureusement pour l’art, ont été trop accréditées jusqu a présent, et d 'où découlent naturellement une foule d'impossibilités; je me suis convaincu que les chevaux n’ont jamais la bouche dure, puisqu'en changeant la position de la tète et de l’encolure, je pouvais faire cesser la résistance attribuée à celte prétendue dureté de bouche. Je pense avoir suffisamment démoutré cette vérité dans le cours de mon ouvrage.
On croyait encore que l’on ne pouvait ramener ou mettre dans la main les chevaux qui avaient la tête mal attachée, ou ceux dont l'angle de la ganache était trop serré; mes observations ont détruit, à mes yeux, cette erreur, et m’ont donné la conviction qu’en faisant céder plus ou moins l’encolure, on donnait à l'animal une position qui le rendait léger à la main. C'est ce que j’ai expliqué à l'article : Tous les chevaux peuvent se ramener.
11 me restait encore à découvrir le meilleur moyen pour arriver promptement et sans danger à ce but. J’ai pensé à l’éducation première d’un enfant, et je me suis dit : D'abord on lui fait connaître les lettres, puis il les assemble, enfin il lit couramment. Le cheval doit suivre une gradation analogue dans son instruction, et, s'il m’était permis
de pousser cette comparaison jusqu'au bout, je dirais : La connaissance des lettres, c’est 1 assouplissement ; épeler, c’est placer convenablement toutes les parties de son corps ; lire enfin, c’est prendre facilement toutes les directions, une fois qu’il est en action : voilà l’instruction par gradation ; mais, loin de la mettre en pratique , on la néglige. Ce n’est pas par degrés et insensiblement qu’on veut dresser un cheval : au contraire, on brusque son instruction, et une ctude simple ne précède pas toujours une plus compliquée. Aussi, bien des chevaux qui auraient été appelés à rendre de bons services, ont été viciés et même ruinés, grâce à ce mauvais enseignement.
Mes recherches ont donc eu pour but d’amener le cheval à acquérir promptement, et sans obstacle, cette souplesse et celte position dont je viens de parler. Le trot, tant recommandé pour les jeunes chevaux , ne pouvait remplir mes intentions, parce qu’à cette allure j’avais à travailler à la fois l’action et la position. Le pas présentait moins de difficultés; mais encore me fallait-il conduire le cheval, et mes mouvements pour le diriger se confondaient avec ceux que je faisais pour combattre ses forces. C’est donc par un travail en place, les quatre jambes fixées sur le sol, que j’ai définitivement pensé qu'il fallait commencer l’éducation.
Le cheval n’étant occupé que d'une seule chose , il est beaucoup plus facile de faire prendre toutes les positions possibles à sa tète et à son encolure, positions qui sont indispensables, puisque le cheval ne peut résister que par le plus ou le moins de facilité qu’il a à disposer de ses forces, et que la souplesse des parties soumises au cavalier, en neutralisant leurs contractions, le contraint à répondre à tous les mouvements de celui-ci.
J’ai tout ramené à ce principe, et le lecteur remarquera que tous les moyens pour dresser uu cheval, le corriger
de ses mauvaises habitudes, et l’amener à effectuer un mouvement auquel il se refusait, consistent dans le môme mode d’agir; ce mode, c’est le travail en place ou l’inaction, qui sont synonymes.
Si, dans quelques articles de ce Dictionnaire, j’ai cité et réfuté des passages d’auteurs vivants, ce n'est pas que j aie cherché à me faire des prosélytes en dénigrant ceux qui ont écrit avant moi; telle n’a jamais été mon intention; mais j’ai voulu signaler aux jeunes cavaliers les erreurs dans lesquelles on est tombé. Une conviction ferme et entière, fruit d’études constantes, m’a seule déterminé, je le répète, à publier le résultat d’observations que je crois justes et utiles à l’art de l’équitation.
Au surplus, n’aurais-je fait que prouver cette vérité, que presque toutes les défenses ou mauvaises dispositions des chevaux tiennent à une seule cause, le manque d’équilibre, suite de l'absence de souplesse; n’aurais- je fait que donner les moyens de corriger ces défauts, je croirais avoir rendu un grand service à l’art, et la critique devrait au moins m’en tenir compte.
On trouvera, sans doute, que je n’ai pas assez indiqué les mouvements qu’on doit faire dans maintes occasions. Je répondrai que ma méthode a pour base l’instruction et le bien métier du cheval ; que, dès lors, je ne puis raisonner qu'avec des hommes déjà imbus de certains principes; c’est à l'intelligence de ceux-ci que je m’adresse. Expliquer avec la plume l’effet plus ou moins fort de tel ou tel contact n’est pas chose facile ; aussi ne serai-je compris qu 'imparfaitement par les gens qui n'auront pas déjà les connaissances préliminaires.
J’ai cru qu’il était nécessaire de donner la signification de plusieurs mots techniques assez mal compris, en général, des personnes qui s’occupent de cet art, leur faisant toutefois observer qu’il est préférable de parler un lan-
gage entendu de tout le inonde. Ces considérations m’ont amené à penser que la forme de Dictionnaire se prêtait suffisamment aux explications que je voulais donner, et qu elle rendait les recherches plus faciles.
Je n’ai recueilli que ce qui avait un rapport immédiat à l’équitation proprement dite; bien d’autres auteurs ont suffisamment, trop longuement peut-être, parlé de tout ce qui compose les selles, bridçs, etc., etc.
Quant aux vingt espèces de mors les plus connues, je me suis bien gardé d’en faire connaître même les noms ; l’usage de la plupart de ces mors est par trop pernicieux. Le mors le plus doux et le plus simple est celui dont je me sers avec tous les chevaux. ( Voyez Mors et ses effets.)
Je n’ai pas voulu non plus parler des soins à donner aux chevaux ; nous avons sur l’hygiène et l'hippiatrique d’excellents ouvrages modernes , qui ne laissent rien à désirer à cet égard.
Dix - sept années se sont écoulées depuis l’époque à laquelle j'écrivais cette introduction ; mes recherches et mes travaux constants m’ont amené à reconnaître que cette édition de mon Dictionnaire, entièrement épuisée du reste , laissait encore beaucoup à désirer. Je me suis donc déterminé à le faire réimprimer en y ajoutant, d’une part, les articles qui m’étaient échappés, et en modifiant ceux auxquels la pratique m'a fait apporter quelques changements.
Depuis cette première publication, j’ai fait paraître une méthode d équitation qui a éveillé l’attention de quelques officiers supérieurs de cavalerie. C'est alors que le ministre de la guerre m’appela à initier l’armée à mes nouveaux principes. Après deux années d'essais, les colonels et capitaines instructeurs donnèrent leur approbation ; et cependant la méthode fut rejetée. Je crois donc devoir donner ici la copie d'un certain nombre de rapports inédits,
pour que le lecteur puisse apprécier les faits au moyen des pièces authentiques.
1*' régiment de Hussards. — Rapport de M. de Kersolam , capitaine inetructeur. Inipection 1843.
Des cent trente-six chevaux qui ont passé rigoureusement par toutes les prescriptions de la méthode provisoire, aucun n’a présenté de sérieuses difficultés. Celles qui ont pu s’élever momentanément, provenaient uniquement du cavalier, et il a suffi de faire monter le cheval par un homme plus adroit pour en acquérir la certitude. Bien mieux, cette patience, cette douceur, si nécessaires dans les flexions, la mise en main, etc., ont toujours vaincu dès les premières leçons les susceptibilités, les méchancetés même de quelques-uns, soit pour s’assujettir !i la croupière, soit pour se laisser monter. Tant il est vrai, que ces principes qui reposent autant sur l’intelligence du cheval que sur celle du cavalier, établissent de prompts rapports entre eux.
Cette méthode est plus prompte, puisqu’en retranchant les dimanches ou jours de fêtes, ou ceux pendant lesquels le travail se trouve forcément interrompu, ‘l’instruction du cheval est toujours terminée en trente-cinq ou quarante l/çons d’une heure, et que rigoureusement, si les circonstances le demandaient, le cheval serait déjà, dés la troisième leçon, assez soumis, assez souple pour entrer dans les rangs.
Cette méthode est plus facile, parce qu’au moment où le cavalier commence à monter sur le cheval, il a déjà sur lui un moyen de puissance, soit dans la connaissance qu’il lui a donnée du mors, soit dans l’assouplissement qu’il a obtenu de l’encolure, qui est le véritable point d’appui de toutes les résistances. Et puis, cette sage progression qui ne passe que successivement d’une partie du cheval à l’autre, avant-main d’abord, arrièremain ensuite, en bornant les exigences toujours trop grandes des cavaliers avec les jeunes chevaux, facilite le travail de l’un et de l’autre, et évite tous ces désordres, ces accidents qui se renouvelaient si souvent par l’an- cienne méthode. Il ne pourrait être cité aujourd’hui un seul exemple de défenses qui aient désarçonné un cavalier.
Cette méthode est plus complète, car admis à l’escadron, beaucoup de chevaux conservaient autrefois leur mauvaise position de tète, qui détruit toujours la mise en main. Mais assouplis par le travail préparatoire et individuel, ils cédaient plus habituellement par irritation que par conviction,
cl dès que les mouvements devenaient individuels, ou rencontrait souvent des résistances qui compromettaient le cavalier, s'il ne savait pas les vaincre, ou fatiguaient le cheval par des luttes incessantes, s'il le réduisait.
Enfin, cette méthode est essentiellement consertalrice du cheval; elle ne suscite de sa part aucune de ces défenses qui rendent l'application difficile et dangereuse, et la progression en est aussi rationnelle pour scs moyens, que modérée pour ses forces, si on la restreint à la méthode du il décembre 1862, qui ne donne lieu à aucune observation critique.
I.es autres principes développés par SI. Bauchcr, tout raisonnés qu’ils sont, restent dans le domaine de la haute équitation, et par conséquent des cavaliers privilégiés ; leur application rencontrerait impuissance pour beaucoup et inconvénients pour les autres.
Le capitaine instructeur,
Signé de Kersolaix.
8' régiment de Cuirassiers. — Rapport sur l'Essai de la Méthode Baucher, pour le dressage des jeunes chevaux, par M. Guays, capitaine instructeur.
Cette méthode a doue été essayée sur six chevaux n'ayant jamais travaillé, deux chevaux ayant déjà reçu huit leçons, et deux chevaux présentant des difficultés.
31. Baucher, qui jouit d'une immense réputation comme écuyer, a pu se convaincre par lui-même que la raideur de l’encolure et de la croupe occasionne seule les résistances que nous attribuons à tort à une mauvaise bouche ou aux mauvais penchants du cheval; il a donc cherché à assouplir ces parties avant de mettre le cheval en mouvement.
Au moyen de ces assouplissements et de la mise en main, le cheval ne présente plus de résistances sérieuses et est continuellement à la disposition du cavalier ; cette mise en main donne aussi au cavalier la lisibilité de maintenir toujours le cheval en équilibre en ramenant le centre de gravité à sa véritable place; parla mobilisation de la croupe, le cheval apprend à connaître les jambes en une ou deux leçons.
Cette méthode paraissait d’abord difficile à appliquer, parce qu’il était à craindre qu’elle ne fût au-dessus de l'intelligence de beaucoup de sousofficiers et brigadiers, et surtout des cuirassiers qui exécutent; au bout de trois leçons, non-seulement les instructeurs donnaient la leçon, mais encordes cuirassiers exécutaient sans le secours de personne.
Les chevaux soumis au travail sont, au bout de douze leçons, assouplis
de l'avant et de l'arrière-main, répondent sans hésiter à ce que leur demande la main du cavalier, cèdent à l'instant à la pression des jambes, reculent sans s’acculer et sont légers à tontes les allures, autant que leur conformation le leur permet.
Des deux chevaux qui présentaient des difficultés, l'un est devenu parfaitement tranquille et obéissant, l’autre n'a pas rué depuis quatre jours.
Ces résultats obtenus en si peu de temps ne laisseut plus de doutes sur l’excellence de la méthode de SI. Uaucher pour le dressage des jeunes chevaux, et font désirer qu’elle soit adoptée pour l’armée ; en l’employant, ou obtiendra en douze ou quinze leçons ce qu'on n'obtenait pas avant en deux mois, et on arrivera à assouplir le cheval dans toutes ses parties et à annuler ses résistances.
Is capitaine instructeur,
Cüaïs.
3* régiment de I-anciers. — Rapport de M. de Mélangé, capitaine instructeur, sur les résultats obtenus par la luise en essai dans son régiment, de la nouvelle Méthode de M. Baucher, pour dresser les jeunes chevaux.
Dix chevaux de troupe et deux d’officiers ont été mis à la disposition de M. Baucher, pour être soumis au mode de dressage proposé par cet écuyer.
11 eût été h désirer que les chevaux désignés pour cet essai eussent été complètement neufs, et sans nulle ébauche d'éducation ; mais le régiment n'en avait plus daus celte catégorie, et il a fallu choisir parmi ceux dont l’instruction se trouvait la moins avancée, c’est-à-dire parmi des chevaux qui, quoique depuis un an environ au corps, n’avaient vraiment, à cause de leur jeune âge, commencé leur instruction que depuis une quinzaine de jours, et encore parmi ceux-là a-t-on choisi de préférence ceux qui présentaient quelques difficultés, soit par défaut de construction, soit par irritabilité, méchancelé ou toute autre cause.
M. Baucher a obtenu eu douze leçons ce que nous n'osions demander aux chevaux qu'après deux mois au moins de travail, et il l’a obtenu avec des cavaliers inhabiles et non formés à sa méthode, sur des chevaux choisis parmi les plus difficiles et les plus mal conformés. Les chevaux, s’ils n’ont pas encore tout le fini de l'éducation, obéissent au moins avec cette souplesse et cette légèreté qui sont tout ce que l'on peut demander au cheval de guerre. C’est là sans doute un résultat immense et qu'on doit d'autant plus apprécier qu'il a été obtenu par des procédés aussi simples
que naturels, et par une méthode graduée, raisonnée, à la portée du cavalier médiocre, sans aucun danger et sans fatigue pour le cheval.
Il y a en effet deux parties bien distinctes dans le système de M. Bauclier. La première consiste dans l’annulation complète de toutes les résistances du cheval par l’assouplissement successif et méthodique de la mâchoire, de l’encolure . des hanches et des reins. A l'aide de ces assouplissements arrive bientôt la mise en main, sans laquelle il n’y a point de bonne position et de légèreté. Le cheval est alors disposé à supporter des effets d'ensemble ; de légères oppositions de main et de jambes mettent facilement en rapport les forces des deux extrémités; le cheval obéit à toutes les impulsions qu’on veut lui donner, toujours léger, souple et liant. C’est 14, en quelque sorte, la partie élémentaire de l’art ; c'est la limite où doit s'arrêter l’équitation militaire commune et l’instruction du cheval de troupe. Celte partie, aussi facile dans l’exécution que prompte et féconde dans ses effets, a suffi pour obtenir les résultats dont nous avons parlé plus haut. Que l’on se hâte donc de propager celte méthode, ce sera rendre un service éuiinent à la cavalerie ; par elle en effet les instructeurs trouveront économie de temps dans le dressage des jeunes chevaux, amélioration et conservation de ces animaux. Par elle encore l’intelligence des cavaliers se développera; ils acquerront la connaissance et l’usage des aides, ainsi qu’un tact plus sûr et plus délicat dans la main ; il y aura parmi eux émulation ; l’amour du cheval et le goût de l’équitation se réveilleront, car l’on se passionne vite, lorsque chaque pas amène un progrès. Faire vite et bien faire, voilà enfin où conduira une méthode si simple, qu’elle peut être apprise et pratiquée en une seule séance, mais si bien raisonnée, si bien graduée, que l’on ne s'étonne bientôt plus que les résultats soient aussi décisifs.
La seconde partie de l’art, qui du reste se lie intimement à la première, consiste dans la concentration de toutes les forces du cheval vers le centre de gravité, concentration qui tend à les annuler, à les livrer à la disposition du cavalier, de telle sorte qu’il puisse les répartir à son gré, suppléer aux vices physiques de l'animal, et produire toutes ces savantes combinaisons de la haute équitation, avec lesquelles M. Baucher a su rendre familiers tous ceux qui s’occupent d’équitation.
C’est là la partie savante de l'art, la partie qui doit rester l'apanage de l’écuyer, mais que cependant l’on ne saurait trop s’efforcer de propager partout où il y a goût et intelligence de l’équitation.
Ce n’est point à moi qu'il appartient de suivre la méthode de M. Baucher dans tous ses développements et dans sou application à la haute école ; mais je ne saurais terminer sans témoigner ici toute mon admiration
pour une science qui peut se raisonner avec autant de précision et de logique qu’un problème mathématique, et dont les effets dans l'application sont aussi certains et aussi positifs que ceux que le mécanicien imprime à la machine qu'il a savamment organisée.
Paris, 4 avril 1842.
Le capitaine instructeur,
DE .MtZANGE.
il* régiment de Cuirassiers. — Rapport de M. le lieutenaut-colonel de Mermel , sur la Méthode Bauchcr. Inspection générale de 1841.
Mon colonel.
Conformément à votre lettre du 18 juin, j’ai l’honneur de vous adresser un rapport sur le dressage des chevaux de remonte par la méthode Baucher.
M. Baucher a trouvé des adversaires, cela ne pouvait pas être autrement : quel novateur u’a pas trouve d’oppositious? Ses adversaires naturels étaient d'abord les professeurs d’équitation, dont l’amour-propre n’a pu se résigner à adopter une doctrine dont quelques points essentiels sont en opposition directe avec ce qu’ils ont pratiqué toute leur vie. line autre classe d'adversaires (et celle-ci est la plus nombreuse et la plus dangereuse) se compose de gens qui n'ont ni assez de patience, ni assez de temps pour étudier à fond, non-seulement dans les livres, mais en pratiquant la nouvelle méthode d'équitation, et qui trouvent beaucoup plus commode de dire : Ceci ne raut rien, que de chercher à combattre par des raisonnements, fruits d'une étude approfondie, une chose qu’ils ne comprennent |>as. J’ai suivi avec soin et avec assiduité le développement et la mise en pratique de la nouvelle méthode d'équitation, depuis l’époque où elle a fait du bruit dans le monde équestre, et je puis affirmer un fait qui est le fruit de mes observations depuis trois années , c’est que je n’ai pas vu un seul des adversaires de M. Baucher, quelque prévenu qu’il fût, persister daus scs préventions après une étude sérieuse de sa méthode. Sur trentedeux capitaines instructeurs ou lieutenants d'instruction réunis h Lunéville sous mes ordres, pour y être initiés au nouveau mode d'équitation, pas un n’est retourné à son régiment sans emporter la conviction la plus complète ; et pourtant, parmi ces officiers, qui depuis longtemps professent eux-mêmes i'equitation, la méthode de M. Baucher devait naturellement trouver une grande opposition.
La méthode de M. Gaucher est positive et rationnelle; elle est facile i comprendre, attrayante pour le cavalier, donne le goût du cheval et del’éqiiitalion, si généralement perdu dans la cavalerie française; elle tend h développer les qualités du cheval, surtout celle de légèreté qu’on aime tant i rencontrer dans le cheval de selle. Mise en pratique dans les régiments de cavalerie , elle doit donner les meilleurs résultats et faire faire à cette arme un immense progrès ; appliquée au dressage du jeune cheval, elle développe son intelligence et adoucit son caractère en lui faisant trouver aisance et agrément dans la domination du cavalier; elle le préserve de la ruine primitive qu'entraîne souvent un dressage mal entendu. Appliquée à l'instruction des officiers, des sous-officiers et du peloton modèle, elle donne le goût de l'équitation, qui, on ne cesse de le répéter, se perd de jour en jour. Mon opinion personnelle est donc entièrement favorable h la nouvelle méthode d’équitation de M. Baucher. Je pense qu’elle est appelée à produire de grands et heureux résultats, et que ces résultats seront encore bien positifs, si, comme cela me parait indispensable, on met promptement en rapport avec les principes de la nouvelle méthode, les trois premières leçons de l'école du cavalier h cheval. Je puis citer h l’appui de mon opinion les résultats que j’ai obtenus au 2* de cuirassiers, où, détaché avec denx escadrons, j'ai dressé, d'après la nouvelle méthode, et mis dans les rangs en six semaines cent soixante jeunes chevaux, tandis que les chevaux de la même remonte des autres escadrons, dont l'instruction avait été développée d’après l'ordonnance, étaient encore aux jeunes chevaux trois mois après. Je citerai également les travaux exécutés h Lunéville, où j'ai dirigé, sous les ordres de M. le lieutenant général Oudinot, les essais de la nouvelle méthode d'équitation. Ces résultats ont été tels, que j'ai exécuté devant M. le duc de Nemours, avec cent jeunes chevaux provenant des remontes d’Allemagne, d'Angleterre et de Normandie, le carrousel militaire de l'école de Saumur, en trente-quatre journées de travail. Mais ces différents essais ayant été l'objet de rapports particuliers adressés au ministre de la guerre, je me borne à les indiquer ici comme servant de base à mon opinion personnelle.
Depuis que la nouvelle méthode provisoire a été mise en usage au 9e régiment de cuirassiers, elle a été suivie par messieurs les officiers et sousofficiers qui ont fait un cours de manège, et appliquée au dressage des jeunes chevaux.
Messieurs lesofficiers ont obtenu des résultats très-satisfaisants sur leurs propres chevaux : plusieurs d'entre eux ont dressé des chevaux dont ils n'auraient jamais pu se servir sans l’application de la nouvelle méthode.
Les résultats obtenus par les sous-officiers ont été également remarqua-
— Si» —
blés, et l’on s'aperçoit facilement à la manœuvre que les guides et les sousofficiers des ailes des escadrons, sont devenus de plus en plus maîtres de leurs chevaux à toutes les allures.
Quant aux jeunes chevaux, qui tous depuis deux ans et demi ont été dressés par la nouvelle méthode, pas un n'a été rendu au capitaine instructeur par les escadrons comme n’étant pas suffisamment instruit, ce qui arrivait journellement autrefois.
alun opinion sur la méthode provisoire de M. Baucher lui est entièrement favorable ; je pense qu'il est utile d’en continuer l'application au dressage des jeunes chevaux, et de la mettre en rapport le plus promptement possible avec notre ordonnance sur les exercices et les évolutions.
J'ai l'honneur d'être, etc.
Le lieultnaïU-coloixl,
DE MEBMET.
6‘ régiment* de Lanciers. — Rapports de M. Peireimond, capitaine instructeur.
Pour résumer notre opinion, nous dirons : Le système émis par M. Baucher est de tous les systèmes d'équitation publiés le plus complet, le pins logique, le seul dans lequel, de déduction en déduction, le principe donne les résultats obligés ; qu'il doit donc être la base de toute éducation du cheval; mais II l'intelligence de celui qui l'applique à le faire, suivant les besoins, les services auxquels le cheval est destiné.
La méthode provisoire du mois de décembre, raccordée avec les principes du système général en tout ce qui s’en écarte, consacrant, comme exception pour les natures difficiles, l'attaque, cette conséquence essentielle d’un principe vrai, satisfait à tous les besoins de l’instruction militaire.
Enfin , la vérité de la méthode nouvelle admise, modifier l'ordonnance, et par suite l’instruction générale des corps dans le sens de cette théorie acceptée, car il ne peut y avoir dans l'armée dcui principes différents d'instruction, deux éducations dissemblables, celle de l'homme et celle du cheval.
L'historique des essais faits au corps est tout entier dans la division et la progression prescrites par la méthode provisoire du 12 décembre.
Comme premier essai, cinquante chevaux furent soumis ii cette méthode nouvelle ; ils exécutèrent tout ce qu’elle prescrivait : quarante-deux furent admis il l'école d’escadron après soixante-dix leçons.
Depuis, quatre-vingt-cinq autres jeunes chevaux ont été instruits d'après les mêmes principes, et ils sont prêts à entrer dans les escadrons après le même nombre de leçons environ. La progression parfaite de cette méthode, qui procède toujours de la partie au tout, du simple au composé, fait que l'on rencontre rarement de sérieuses résistance» dans l’éducation du jeune cheval. Tous les chevaux se sont montrés dociles, et leurs progrès ont été en raison de leur race, de leur conformation, de leur énergie, des cavaliers eufin qui les dressaient. Nous ferons observer seulement qu’uuc partie des chevaux de cette dernière catégorie, montés par les ca valiers qui avaient dresse les premiers soumis aux essais, ont été plus prompts, plus faciles dans leur instruction : cela devait être, les hommes avaient compris.
Pour tous, les résultats de cette instruction nouvelle sont remarquables et réels, les chevaux ont été jugés faciles, obéissants, légers, mieux dans leur aplomb, et ce à toutes les allures.
Que si ces résultats n'ont point été encore tout ce qu'ils devraient, tout ce qu’ils pourraient être, la faute n'en est point à la méthode elle-même, mais bien h des causes indépendantes de scs principes.
Ainsi, nos selles, si mal entendues pour toute véritable'équitation, tendant constamment il se porter en avant, privent le cavalier, en grande partie, de l’actiou des jambes en même temps que le pommeau gêne celle de la main.
Les libérations anticipées, si rapprochées les unes des autres, ne nous laissent que des recrues et |>oint de cavaliers faits, capables ; puis, pour faire des cavaliers, nous n'avons que des cadres qui, chaque année, se renouvelant presque complètement, permettent à peine h ceux qui les composent d’apprendre ce qu’ils doivent enseigner.
Là est l'empêchement le plus réel à toute instruction vraie, bonne, complète.
Voilà les obstacles à vaincre pour doter l'armée d’une cavalerie iustruite, intelligente, pour obtenir d'une méthode tous les résultats qu'elle peut donner.
Le capitaine instructeur, Peireimond.
>• régiment de Hussards. — Happort annuel sur la Méthode Baucher, par M. Delard , capitaine instructeur.
Dans la méthode Baucher, il faut distinguer : premièrement le but, secondement les moyens.
La méthode Baucber a sur toutes celles qui l'ont précédée au moins cet avantage, que sou but est clairement et nettement défini; elle se propose de rectifier V équilibre naturel du cheval quand cet équilibre est défectueux. L'équilibre naturel du cheval est défectueux lorsque par une conséquence inévitable de toute conformation vicieuse le poids général est réparti de telle sorte, que le centre de gravité se trouve plus ou moins éloigné de sa place normale. Alors il y a surcharge sur l’un des deux points extrêmes de la base de sustentation, et il est facile de comprendre que celle surcharge doit nécessairement fausser les allures et rendre l’exécution des mouvements propres à la partie surchargée, sinon impossible, au moins d’une extrême difficulté. De lit les défenses et surtout l’usure prématurée de ces chevaux de troupe, dont la conformation est généralement imparfaite. Le but que se propose la méthode Baucber, en rectifiant Y équilibre naturel du cheval, est donc rigourcusemeut conforme à la raison et d’une utilité incontestable.
Les moyens mis en usage par la méthode Baucber pour arriver au but que nous venons d’indiquer, sont d’une grande simplicité; ils n’exigent l’emploi d’aucun mode particulier de harnachement. La méthode repousse également comme inutiles ces divers instruments qui figurent dans les manèges de l'ancienne école, et sont pour le cheval autant de tortures. La main et les jambes du cava ierlui suffisent avec la bride d'ordonnance pour accomplir toutes les actions prescrites. La méthode se contente de soumettre isolément et successivement dans un certain ordre, les principales parties du système locomoteur il un exercice approprié, qui procure à chacune d'elles la plus grande souplesse et la plus grande liberté de mouvement. Cet assouplissement gradué et successif conduit ainsi à an résultat général ou d’ensemble, lequel donne au cavalier la faculté de faire refluer le centre de gravité dans telle direction qu'il lui plaît de choisir. Or, le cavalier disposant à son gré du centre de gravité de la machine équestre, il est clair que rien ne peut l'empêcher de ramener et de maintenir le centre de gravité à sa place normale, d'où iJ résulte que le but de la méthode est atteint.
Il convient maintenant de poser les trois questions suivantes : 1“ la mé- * thode Baucber est-elle dangereuse? 2° est-elle efficace? 3° est-elle applicable à l'armée?
1° Les procédés qu’emploie la méthode sont d'une intelligence si facile et d'une exécution si simple , qu’il suffit de les avoir pratiqués une seule fois pour être convaincu de leur parfaite innocence; par ces procédés on sollicite constamment le cheval, non h faire effort, mais, an contraire, i céder : dés lors il ne peut évidemment en résulter aucun dommage pour son organisme.
2” Quant à l'efficacité de la méthode, il est clair qu’elle tient essentiellement à l’emploi judicieux des procédés indiqués. Il en est de la méthode comme d'un médicament dont l'effet salutaire dépend de l'opportunité de l'application et de la date. Cependant il ne faut pas trop s’exagérer la difficulté d'appréciation et de mesure que présente l'emploi de la méthode; en cela comme en toute chose, il faut du travail et du temps ; mais pour peu que le cavalier soit attentif, il est rare qu'il n'acquière pas eu quelques leçons uu tact suffisant.
5* La partie élémentaire de la méthode renfermée dans l'instruction provisoire, est assurément à la portée de toutes les intelligences, et nous ne voyons rien, sous ce rapport, qui puisse l'empècher d’être applicable !■ l’armée.
En résumé, le but de la méthode est rationnel ; les moyens qu’elle emploie ne présentent aucun danger; son efficacité peut être garantie toutes les fois qu'elle est pratiquée par un cavalier suffisamment instruit , et son appplication i l’armée ne peut soulever aucune difficulté sérieuse.
Béziers, 7 mars 1843.
Delard.
Résume des rapports de MM. les officiers composant l’état-major de l'École de cavalerie de Saumur.
M. Conrabd, capitaine. Il se résume ainsi :
Les résultats que j’ai obtenus en trente-six leçons dans le dressage de Jocrc, ont été immenses et m’ont convaincu de toute la vérité du système de M. Baucher. En effet, Joccé, d’une conformation commune et à encolure courte, est arrivée à une légèreté telle qu'elle figurerait avec succès dans nne reprise de chevaux de manège. La méthode Baucher demande une grande réserve dans l’emploi de ses principes, exige du tact et de l'intelligence, et surtout le sentiment du cheval ; mais elle est exacte, les calculs en sont bien raisonnés. J’ai lieu d'espérer qu’avec. le temps et l'expérience, justice lui sera rendue ; il n'appartient qu'au temps de faire germer les principes de celte méthode et de lui assurer une supériorité bien méritée sur l'ancienne équitation.
M. Rame, capitaine. Après avoir rendu compte du travail journalier, il dit :
A cette dernière séance, la jument était aussi dressée qu'il le faut pour l'admettre i l’escadron , et montée le lendemain par un homme qui ne
connaît pas le système Baucher, et au sabre elle a répondu correctement à tout ce qu'on lui a demandé.
M. de Jourdan , capitaine. Avant que cette jument ne fût soumise I cette instruction, elle avait été plusieurs mois à l'infirmerie pour boiterie de l’épaule. Je ne pense pas qu’elle soit complètement guérie, il lui reste du moins une grande faiblesse ; ce qui le prouverait, c’est l’amoindrissement de cette partie comparativement à l’autre épaule; toute la conformation est faible et réclame un travail modéré et très-progressif. Celui qui a été suivi et dont la précipitation ne peut avoir pour excuse que le peu de temps qu'on avait il y employer, n’a été d’aucun fruit pour son instruction, qui néanmoins est assez complète au pas et au trot. Il n’est pas douteux qu’avec un plus grand nombre de leçons, je serais parvenu à lui conserver sa légèreté et la bonne position dans tous les mouvements et à toutes les allures. Quoique celte instruction ne fût pas en rapport avec le degré de force de mon cheval, je n'en ai pas moins été à même d’observer la justesse des principes qui m'ont été donnés , et reste convaincu qu'avec un nombre de leçons proportionné II scs moyens, je serais arrivé à une instruction complète et à un degré de légèreté que je n’aurais pas obtenu sans la méthode de M. Baucher.
Les résultats obtenus en général, quoique très-incomplets, suffisent pour prouver toute l'importance que l’on doit attacher à l’expérimenter à l’école de cavalerie surtout, et dans les régiments.
Si on s’en occupe sérieusement, on aura peut-être bientôt reconnu ce qui est applicable par la cavalerie et tous les avantages qu'elle peut en retirer.
M. Rolland, capitaine. A cette dernière leçon la jument était aussi légère qu’on pouvait le désirer, elle exécutait avec précision et facilité les changements de pied en l'air et toutes les figures de manège. En résumé, je crois que cette méthode , bien comprise et bien appliquée , doit amener de bons résultats |>our les cbevanx de troupe, et de grands avantages pour les chevaux de manège.
M. Oudet, capitaine écuyer. La progression m’a paru très-bien entendue jusqu’au départ au galop. Jusque-là, aussi, les résultats ont été trèssatisfaisants. A partir de ce moment , soit que les chevaux ne fussent pas assez avancés, soit que la progression au galop ne fût pas assez graduée, les progrès ont été moins grands. Cependant, au bout de huit à dix jours, l’ensemble des chevaux allait bien et changeait même de pied passablement. U est bon d’observer que M. Baucher, n’ayant qu’un temps limité, a dû hâter son travail, et, comme il l'a dit lui -même, s’attacher à bien faire comprendre les principes plutôt que la perfection de l’exécution. Je
pense qu'il a bien rempli sa mission. Et en résumé, je considère que la méthode de M. Baucher est une source de grandes jouissances pour l'homme de cheval et de progrès pour la cavalerie , étant essentiellement dominatrice.
M. Brifaut, écuyer. Ma maladie m’a empêché de profiter des premières leçons, qui sont les plus importantes. Esméralda, quoique avec peu de moyens, n’a pas opposé de fortes résistances; les mises en main étaient bonnes et les attaques bien supportées. M. Baucher, forcé de se presser vers la fin des dernières séances, a expliqué et fait exécuter des mouvements dont l'application n'eût été bonne que quinze jours plus tard ; or, cette jument pressée dans son travail du commencement comme è la fin , je n’ai pu obtenir les résultats sur lesquels il m'était permis de compter avec plus de temps à moi, et surtout si les cavaliers de ma reprise eussent été de moitié moins nombreux.
M. Jocard , lieutenant sous-écuyer. Les résultats que j’ai pu obtenir m’ont paru satisfaisants, et je crois qu’ils auraient été encore meilleurs, si l'application des moyens avait eu lieu isolément. Cette jument . d’un caractère doux, n'a pas offert de difficulté; elle a acquis une légèreté que je ne croyais pas possible en considérant son extérieur assez lourd.
Rapports des Capitaines détachés & Saumur.
M. Demoi.ON, 4’ d’artillerie. Dans les dernières séances, le cheval devenant de moins en moins sensible aux mouvements des antres chevaux , exécute bien la plupart des mouvements qu’on lui demande, et fait les changements de pied du tact au tact avec beaucoup de facilité. Le reculer est très-bon , mais bien plus régulier avec des actions de jambes presque insensibles. Le cheval reste dans la main dans tontes les po-itions , et ne cherche jamais à en sortir que lorsqu’il sent l'éperon, mais y revient néanmoins un instant après. Il supporte très-bien les plus fortes actions de jambe sans éperon, et se ra-semble à un très-grand degré.
M. Besançon, 1S* d’artülerie. Je m'aperçois que ma jument a acquis de la légèreté et qu’elle répond bien quand je lui demande juste.
Les effets d'ensemble sont compris , et ce travail est fort attrayant ; elle conserve la vitesse de son trot, tout étant placée.
Je pense que cette méthode a l’avantage d’étre très-progressive et surtout fort puissante sur le physique et le moral du cheval. Ses résultats, sur les jeunes chevaux, me paraissent infaillibles, quand elle se: a pratiquée par
des cavaliers qui y auront été préalablement initiés d'une manière convenable.
M. Petit, U' cuirassiers. En résumé, le cheval avant d’être soumis à la nouvelle méthode, était roide, peu maniable et cherchait à fuir, surtout dans les mouvements au galop : aujourd’hui il est léger, souple et calme à toutes les allures.
M. Hoffmann, 6* cuirassiers. Je puis affirmer que sans le secours du système Baucher, je n'aurais jamais obtenu les résultats que j’ai eus sur mon cheval , qui a cinq pieds un pouce et d'une conformation toute de trait ; je trouve en lui maintenant légèreté , souplesse et justesse dans le travail que je lui demande; cependant nous n'avons reçu que trentequatre leçons. Je ne mets pas en doute que s’il eût été possible à M. Hancher de nous donner seulement les cinquante-cinq prescrites par la méthode provisoire, è l'usage du dressage des jeunes chevaux, je fusse parvenu b exécuter la haute école avec un cheval qui ne remplit en rien les conditions voulues pour le manège.
M. Bourmgal, 1" dragons. Mon cheval sort quelquefois de la main aux allures allongées, mais il est parfaitement ramené aux allures ordinaires ; il se renferme bien dans les attaques, comprend les effets de rassembler et a acquis beaucoup de souplesse et de légèreté. Lors de son instruction première, ce cheval avait été très-difficile et avait eu particulièrement le défaut de se cabrer souvent. Dans l'instruction qu’il vient de recevoir, il a montré peu de difficulté, et le cavalier a maintenant Sur lui des moyens de domination qu'il ne possédait pas.
M. de Bbêmond , T dragons. Le temps que ce cheval a été indisponible, m’a fait faire l’observation qu'un cheval soumis à la méthode Baucher ne perd pas pour quelques jours d’interruption, car il s’est retrouvé très-bien dans la main et répondant bien aux attaques.
En résumé , je suis surpris des résultats obtenus sur ce cheval après si peu de temps, et j'acquiers une preuve de plus de la perfection de la méthode et de sa sage progression.
M. Delespaul, 12' dragons. Le cheval n’avait jamais été monté en bride avant de commencer le travail de la nouvelle méthode, qui lui a été très-profitable, puisque après trente-cinq leçons d’une heure et demie chacune , il a été léger et facile è diriger dans tous les sens et à toutes les allures.
M. de Balzac, 2e chasseurs. Ce cheval , qui a suivi l’instruction pratique de M. Baucher, eût fait sans aucun doute des progrès plus sensibles si le temps consacré h son instruction (et d’après ce nouveau système) eût été celui prescrit par la progression de ce travail, et si, enfin, je n’avais pas
en moi-même à apprendre avant de loi demander. Je suis donc bien convaincu que ce système d'instruction, aussi simple que rationnel, doit apporter dans la manière d’être du cheval, souplesse, légèreté, ainsi qu'un grand ménagement dans l’emploi de ses forces , qui restent toujours au pouvoir du cavalier.
M. Legualès, 7' chasseurs. Il est à regretter que nous n'ayons pas travaillé un mois de plus avec M. Baucher; car h en juger d'après les succès obtenus en trente-cinq leçons, les résultats eussent été étonnants.
La progression admirable de la méthode, la sagesse et la patience recommandées dans chaque exécution , sont les sûrs garants de prompts succès.
M. Guelle, 81- chasseurs. Le cheval a gagné beaucoup en force et en souplesse ; il n’avait été monté que quelques fois et présentait des difficultés ; maintenant on peut le dire dressé; il n’a plus besoin que de quelques leçons pour être confirmé.
M. Lascours, 9* chasseurs. Les résultats obtenus par la méthode ont été aussi satisfaisants que possible. Le cheval roide en commençant est devenu léger ; mais , n'étant point encore confirmé , cette légèreté n'est , surtout aux allures vives, que momentanée.
M. Raimond, 5’ hussards. La jument liasse du devant, ensellée et trèsélevée de croupe, a du moral, beaucoup de fond et un très-bon caractère; elle a constamment eu une mise en main parfaite, a perdu peu à peu l'habitude qu’elle avait de prendre l’appui sur le mors, obéissant bien aux aides et les comprenant bile a acquis beaucoup de souplesse et de légèreté ; cependant, fortement constituée et dominée par le système musculaire, surtout dans l’arrière-main, et ayant les jarrets droits, elle n’a pas celte extrême légèreté du cheval de manège , mais elle en a toute la souplesse.
M. Arquembourg, 6e hussards. J’ai obtenu de grands progrès dans tous les mouvements exécutés jusqu’à ce jour ; mon cheval fait aujourd'hui avec aisance et légèreté ce que, dans le commencement, il exécutait avec difficulté.
M. Xardbt., lieutenant, 1" dragons. Mon cheval est parfaitement obéissant dans l’arrêt, marchant au galop allongé; il travaille parfaitement à toutes les allures; depuis quelques jours il a beaucoup gagné; il ne sort plus de la main et est plus léger. Mon cheval étant taré par le feu a éprouvé quelque gêne dans tous les mouvements à gauche ; ceux à droite ont été parfaitement exécutés. Ce que j’ai obtenu de mon cheval en obéissance, souplesse et légèreté, a surpassé mon attente.