FLEXION DE LA MACHOIRE
Les flexions de la mâchoire, ainsi que les deux flexions de l’encolure qui vont suivre, s'exécutent en place, le cavalier restant à pied. Le cheval sera amené sur le terrain, sellé et bridé, les rênes passées sur l’encolure. Le cavalier vérifiera d'abord si le mors est bien placé et si la gourmette est attachée de manière à ce qu’il puisse introduire facilement son doigt entre les mailles et la barbe. Puis, regardant l’animal avec bienveillance dans les yeux, il viendra se placer en avant de son encolure, près de la tète, le corps droit et ferme, les pieds un peu écartés pour
assurer sa base, et se mettre à même de lutter avec avantage contre toutes les résistances (1).
1° Pour exécuter la (lexion à droite, le cavalier saisira la rêne droite delà bride avec la main droite, à seize centimètres de la branche du mors, et la rêne gauche avec la main gauche, à dix centimètres seulement de la branche gauche. Il rapprochera ensuite la main droite de son corps en éloignant la gauche de manière à contourner le mors dans la bouche du cheval. La force qu’il emploiera devra être graduée et proportionnée à la résistance seule de l’encolure et de la mâchoire, afin de ne pas influer sur l’aplomb qui donne l'immobilité au corps. Si le cheval reculait pour éviter la flexion, on n’en continuerait pas moins l’opposition des mains, lesquelles, dans ce cas, se porteraient en avant, afin de faire opposition à la force qui produit l’acculement et d’attirer le cheval à soi. Si l’on a pratiqué complètement et avec soin le travail précédent, à l’aide de la cravache il sera facile d’arrêter ce mouvement rétrograde, qui est un puissant obstacle à toutes espèces de flexions de mâchoire et d’encolure. ( Planche n° 1.)
2 * Dès que la flexion sera obtenue, la main gauche laissera glisser la rêne gauche à la même longueur que la droite, puis les deux rênes également tendues amèneront la tète près du poitrail pour l’y maintenir oblique et perpendiculaire, jusqu’à ce qu elle se soutienne d ellemème dans cette position. Le cheval, en mâchant son mors, constatera la mise en main ainsi que sa parfaite soumission. Le cavalier, pour le récompenser, fera cesser immédiatement la tension des rênes, et lui permettra.
(1) J'ai divisé toutes les flexions en deux parties, et afin de faciliter l'intelligence du texte, j'y ai joint des planches représentant la position du cheval au moment où la flexion va commencer et à l'instant où elle est terminée.
après quelques secondes, de reprendre sa position naturelle. ( Planche 2.)
La flexion de la mâchoire à gauche s'exécutera d'après les mêmes principes et par les moyens inverses de la flexion à droite, le cavalier ayant soin de passer alternativement de l’une à l'autre.
On comprendra facilement l’importance de ces flexions de mâchoire. Elles ont pour résultat de préparer le cheval à céder immédiatement aux plus légères pressions de mors, et d’assouplir directement les muscles qui joignent la tète à l’encolure. La tête devant précéder et déterminer les diverses attitudes de l’encolure, il est indispensable que cette dernière partie soit toujours assujélie à l’autre, et réponde à ses impulsions. Cela n’aurait lieu qu imparfaitement avec la flexibilité seule de l’encolure, puisque ce serait alors celle-ci qui déterminerait l’obéissance de la tète en l’entraînant dans son mouvement. Voilà pourquoi, dans le principe, j’éprouvais, malgré le liant de l’encolure, des résistances dont je ne pouvais deviner la cause. Les partisans de ma méthode auxquels je n’ai pas eu l’occasion de faire connaître le nouveau moyen que je viens d’expliquer, apprendront avec plaisir que, tout en perfectionnant la flexibilité de l'encolure, ce procédé procure encore, pour compléter l’assouplissement, une grande économie de temps. Le travail de la mâchoire, en façonnant les barres et la tète, entraîne aussi la flexion de l’encolure, et accélère considérablement la mise en main.
Cet exercice est le premier essai que nous faisons pour habituer les forces du cheval à céder aux né très. 11 est donc bien nécessaire de mettre dans nos manutentions la plus grande mesure, afin de ne pas le rebuter au premier abord. Entamer la flexion brusquement serait surprendre péniblement l’intelligence de l’animal, qui n’au-
rail pas eu le temps de comprendre ce qu’on exige de lui. L'opposiiion des mains s’engagera sans à-coup, pour ne plus cesser jusqu’à parfaite obéissance, à moins cependant que le cheval ne s’accule ; mais elle diminuera ou augmentera son effet eu proportion de la résistance, de manière à la dominer toujours sans trop la forcer. Le cheval, qui d’abord se soumettra peut-être difficilement, finira par considérer la main de l'homme comme un régulateur irrésistible, et il s’habituera si bien à lui obéir, qu'on obtiendra bientôt, par une simple pression de rêne, ce qui, dans le principe, exigeait toute la force de nos bras.
Chaque renouvellement des flexions latérales amènera un progrès dans l'obéissance du cheval. Dès que ses premières résistances seront un peu diminuées, on passera aux flexions perpendiculaire ou aiTaissement de l'encolure.
AFFAISSEMENT DE l’encolure et flexion directe DE LA MACHOIRE.
1* Le cavalier se placera comme pour les flexions latérales de la mâchoire ; il saisira les rênes du filet avec la main gauche, à seize centimètres des anneaux, etles rênes de la bride à six centimètres du mors. II fera opposition des deux mains en opérant l'affaissement avec la gauche et la mise en main avec la droite. On observera avec attention dans quel sens la résistance se présente; si la force est plus considérable de bas en haut, il faut oppo er une force de haut en bas, jusqu’à parfaite cession de la part du cheval. Il doit en être ainsi pour toutes les flexions, il faut suivre les résistances du cheval dans
toutes leurs digressions ; exemple, si voulant porter la tête du cheval à droite, elle s’élevait au lieu de se porter de ce côté, il faudrait ne s’occuper que de l'affaissement, afin de combattre la force qui seule ferait obstacle à la flexion latérale ; ce moyen judicieusement employé donne des résultats prompts et infaillibles. (Planche 3.)
2” Lorsque la tète du cheval tombera d'elle-mème et par son propre poids, le cavalier cessera immédiatement toute espèce de force, et permettra à l’animal de reprendre sa position naturelle. (Planche 4.)
Cet exercice, souvent réitéré, amènera bientôt l’assouplissement des muscles releveurs de l’encolure, lesquels jouent un grand rôle dans les résistances du cheval, et facilitera en outre les flexions directes et la mise en main, qui devront suivre les flexions latérales. Le cavalier pourra exécuter ce travail à lui seul, comme le précédent; cependant il serait bon de placer en selle un second cavalier, afin d’habituer le cheval, sous l’homme, au travail des assouplissements. Ce second cavalier se contenterait alors de tenir, sans les tendre, les rênes du bridon dans la main droite, les ongles en dessous.
Les flexions de la mâchoire ont déjà communiqué l'assouplissement à l’extrémité supérieure de l’encolure; mais nous l’avons obtenu au moyen d'un moteur puissant et direct, et il faut habituer le cheval à céder à un régulateur moins immédiat. 11 est d’ailleurs important que le liant et la flexibilité, nécessaires principalement à la partie antérieure de l’encolure, se transmettent sur toute son étendue, pour en détruire complètement la roideur.
La force de haut en bas, pratiquée avec le bridon, n’agissant que par les montants sur le haut de la tète, exige souvent un temps trop long pour amener le cheval à la baisser. Dans ce cas, il faudrait croiser les deux rênes du bridon en prenant la rêne gauche avec la main droite
et la rêne droite avec la main gauche, à dix-sept centimètres de la bouche du cheval, de manière à exercer une pression assez forte sur la barbe. Cette force, ainsi que toutes les autres, se continuera jusqu’à ce que le cheval ait cédé. Les flexions réitérées, avec cet agent plus puissant, le mettront à même de répondre au moyen indiqué précédemment. Si le cheval répondait aux premières flexions représentées par la planche 4, il serait inutile de se servir de celle-ci. [Planche 5.)
On peut encore agir directement sur la mâchoire de manière à la rendre promptement mobile. A cet effet, on prendra, je suppose, la rêne gauche de la bride à dix-sept centimètres de la bouche du cheval, on la tirera directement vers l'épaule gauche, on donnera en même temps une tension à la rêne gauche du bridon en avant, de manière à ce que les poignets du cavalier, tenant les deux rênes, soient en regard sur la même ligne. Si le cheval cherche à élever la tète, la main qui tient le bridon devra se baisser pour faire une opposition de haut en bas, il faudra relâcher la main une fois la résistance annulée. Ces deux forces opposés amèneront bientôt l'éloignement des mâchoires et le terme de la résistance. La force doit toujours être proportionnée à celle du cheval, soit dans sa résistance, soit dans sa légèreté. Ainsi, au moyen de cette force directe, il suffira de quelques leçons pour donner à la partie dont il s’agit un liant que l’on n’aurait pas obtenu aussi promptement par tout autre moyeu. (Planche 6.)