‹ Œuvres complètes de F. BaucherChapitre 28 sur 183 · EFFETS D'ENSEMBLE · texte numérisé non relu

EFFETS D'ENSEMBLE

J’ai publié quatre éditions de ma Mèihode, sans consacrer un article spécial aux effets d'ensemble. Quoique j'en fisse moi-même un emploi très-fréquent, je ne m’étais pas suffisamment rendu compte de l’importante nécessité de ce principe en matière d'enseignement; je n’avais pas attaché à cet effet fréquent des aides toute la portée que je lui ai reconnue après de nouvelles expériences.

Appelé à l'école de Saumur, et chargé de démontrer à soixante-douze officiers tous les principes de ma méthodeen sept semaines, j’ai dû m’appesantir davantage sur les

(1) D’habiles écuyers, non moins habiles anatomistes, ont prétendu que cette position est forcé». Ce sont là de ces assertions qui se réfutent non par le raisonnement. mais par un simple appel à l’évidence

points principaux et esssentiels. I.es effets d’ensemble, dont je n'avais parlé que vaguement, laissaient une lacune dans la classification de mes moyens d’éducation ; je vais tâcher de la remplir.

Les effets d’ensemble s’entendent de la force continue et justement opposée entre la main et les jambes. Ils doivent avoir pour but de ramener dans la position d'équilibre toutes les parties du cheval qui s’en écartent, afin de l’empêcher de se porter en avant, sans qu'il recule, et vice versa ; enfin ils serviront à arrêter le mouvement de droite à gauche ou de gauche à droite. C’est encore par ce moyen qu’on arrivera à répartir également le poids de la masse sur les quatre jambes, et que l'on produira l’immobilité momentanée. L’effet d'ensemble doit précéder et suivre chaque exercice dans la limite graduée qui lui est assignée. 11 est essentiel, lorsqu’on emploie les aides pendant ce travail, de faire toujours précéder l'action des jambes, pour empêcher le cheval de s’acculer, car il trouverait alors, dans ce mouvement, des points d’appui propres à augmenter ses résistances. Ainsi toute mobilité des extrémités, provenant du cheval, dans quelque mouvement que ce soit, devra être arrêtée par un effet d’ensemble; chaque fois que les forces se disperseront, le cavalier trouvera un correctif puissant et infaillible dans l'emploi des effets d’ensemble.

C’est en disposant toutes les parties du cheval dans l’ordre le plus exact qu’on lui transmettra facilement l’impulsion qui doit servir aux mouvements réguliers de ses extrémités; c’est alors aussi qu’on parlera à sa compréhension et qu’il appréciera ce que l’on veut exiger de lui ; puis, viendront les caresses de la main et de la voix comme effet moral; elles ne devront se pratiquer, toutefois, qu’a près les justes exigences de main et de jambes du cavalier.

ENCAPl'CHON-\K>fENT.

Bien que les chevaux disposés par leur nature à l’encapuchonnement soient rares, il n’en faut pas moins, quand il s’en présente, pratiquer sur eux toutes les flexions, même celles qui abaissent l'encolure. Dans la position qu’on appelle encapuchonncment, le menton du cheval revient près du poitrail et reste en contact avec la partie inférieure de l'encolure ; une croupe trop élevée, jointe à la contraction permanente des muscles abaisseurs de l’encolure, en est ordinairement la cause. 11 faut donc assouplir ces muscles pour leur faire perdre de leur intensité et donner par la suite aux muscles releveurs, leurs antagonistes, la prédominance qui aide et conduit l’encolure à rester dans une belle et utile position. Ce premier travail accompli, on habituera le cheval à se porter franchement en avant par la pression des jambes et à répondre sans irritation ni brusquerie aux attaques ; celles-ci auront pour but d’engager les jambes de derrière près du centre et de servir à l'abaissement de la croupe. On cherchera ensuite, à l'aide des rênes du bridon d’abord, de la bride ensuite, à élever la tête du cheval ; dans ce cas, on soutiendra la main à une certaine hauteur de la selle et très-éloignée du corps (1); la force qu’elle transmettra au cheval devra se continuer jusqu’à ce qu’il ait cédé par un mouvement d’élévation. Comme ces sortes de chevaux ont généralement peu d’action, il faut avoir bien soin d'éviter que la main produise un effet d’avant en arrière, c’est-à-dire quelle

(1) Celte position de la main à une grande distance de la selle et du corps prêtera peut-être à la critique; mais que le cavalier se rassure; huit ou dix leçons sufQront pour que le cheval change sa position de tête et que la main reprenne sa position normale.

prenne sur l'impulsion propre au mouvement. L'allure, en commençant par le pas, doit donc conserver toute son énergie pendant que la main produira son effet d'élévation sur l'encolure. Ce précepte, par parenthèse, est applicable dans tous les changements de position que la main fera prendre à l’encolure; mais il est surtout essentiel lorsqu’il s’agit d'un cheval disposé à l'affaissement.

11 faut bien se rappeler que le cheval a deux manières de répondre aux pressions du mors : par l'une, il cède et se soustrait en même temps en revenant sur lui-même ; cette espèce de cession n’a lieu qu’au préjudice de son éducation, car si la main se soutient avec trop de force, si elle n’attend pas que le cheval change de lui-même la position de sa tète, le mouvement rétrograde du corps précédera et sera accompagné d'un reflux de poids. Dans ce cas, la contraction de l’encolure restera toujours la même. La seconde cession, qui concourt si puissamment à la rapide et positive éducation du cheval , s’obtient en donnant une demi-tension ou trois quarts de tension aux rênes, puis en soutenant la main avec autant d’énergie que possible sans la rapprocher du corps. Bientôt la force de la main, secondée toujours par une pression constante des jambes, mettra le cheval à même d'éviter, mais seulement par la tête et l’encolure, cette minime et continuelle pression du mors. Alors l’action du cavalier ne prendra que sur la force propre au déplacement. C’est par ce moyen qu’il arrivera à placer le corps du cheval sur une même ligne, et qu’il obtiendra cet équilibre (tj dont on a méconnu jusqu a présent la pondération parfaite.

(1) Le mot tquilibrt , qui se troure si souvent répété dans !e cours de cet ouvrage, t besoin d'étre expliqué d'une manière catégorique. On ne s’est jamais entendu sur ce qui constitue le véritable équilibre du cheval, celui qui sert de base à son éducation, celui enfin par lequel il prend immédiatement, à la volonté du cavalier, telle allure ou tel changement de direction.

Résumant ce que nous venons d'exposer pour le cheval qui s’encapuchonne, nous répéterons que c’est en produi-

Il ne s'agit pas ici de l’équilibre qui empêche le cheval de tomber, mais bien de cet équilibre sur lequel repose son travail quand il est prompt, gracieux et régulier, et au moyen duquel ses allures sont à volonté cadencées ou étendues.

Tous les praticiens qui ont écrit sur l'équitation sont bien loin d'être d'accord au sujet de l'équilibre. L’ancienne équitation (comme aussi l’équitation allemande), jusqu’à M. d’Aure, entendait par ce mot le cheval constamment sur les hanches, les pieds de derrière pour ainsi dire cloués au sol, ceux de devant s'élevant considérablement, proportion gardée.

On comprend tout ce qu’avait de défectueux et de dangereux, même dans de bonnes mains, celte position perpétuellement renversée ; elle compromettait l’trrière-main, en ne permettant d'obtenir, comme je l’ai dit, qu’un trot raccourci, bas du derrière et élevé du devant.

Croupe.

, vmcienne

Tête.

M. d’Aure, tout en appelant à son secours les principes de ses prédécesseurs, détruit de fond en comble leur équitation j il donne une direction opposée à l’équilibre du cheval; il ne met pas ses chevaux sur les hanches, il les jette sur les épaules.

Ceel est un nouveau moyen de paralyser l’ensemble des ressorts du cheval.

Digitiz

sant une force d’arrière en avant avec les jambes et une autre force de bas en haut avec la main, qu’on arrivera dans peu de temps à changer avantageusement la position et les mouvements du cheval. Ainsi, quelle que soit sa disposition première, c’est en pratiquant d’abord l’aft'aissement de l’encolure que l’on arrivera promptement à une savante et parfaite élévation.

Je terminerai ce chapitre par quelques réflexions sur la prétendue différence de sensibilité de bouche chez les chevaux, et sur le genre de mors qu’il convient de leur adapter.

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