‹ Œuvres complètes de F. BaucherChapitre 36 sur 183 · DU PAS · texte numérisé non relu

DU PAS

L'allure du pas est la mère de toutes les allures; c'est par elle qu’on obtiendra la cadence, la régularité, l'extension des autres; mais le cavalier, pour arriver à ces brillants résultats, devra déployer autant de savoir que de tact. Les exercices précédents ont conduit le cheval à supporter des effets d’ensemble qui eussent été impossibles avant l’anéantissement de ses résistances instinctives; nous n’avons plus à agir aujourd'hui que sur les résistances inertes qui tiennent au poids de l'animal, sur les forces qui ne se meuvent qu’à l'aide d’une impulsion communiquée.

Avant de porter le cheval en avant, on dévia s’assurer d'abord s’il est léger, c'est-à-dire si sa tête est perpendiculaire, son encolure souple, sa croupe droite et d’aplomb. On approchera ensuite graduellement les jambes pour donner au corps l’impulsion nécessaire au mouvement;

(I) 11 ne faut pas oublier que la main et les jambes ont aussi leur vocaoulaire, dont la concision est admirable. Ce langage muet et laconique se réduit à ce peu de mois : Tu fais mal ; wilà ce qu’il faut faire; tu fais tien. 11 suffit donc que le cavalier parvienne à traduire, par son mécanisme, le sens de ces (rois observations différentes, pour posséder toute l'érudition équestre et faire partager son intelligence au cheval.

mais on ne devra pas, suivant les préceptes des anciennes méthodes, rendre la main de la bride, car alors le cheval, libre de tout frein, perdrait de sa légèreté, se contracterait et rendrait impuissants les effets de la main. Le cavalier se souviendra toujours que sa main doit être pour le cheval une barrière infranchissable chaque fois que celui-ci voudra sortir de la position du ramener. L'animai ne l'essayera jamais sans douleur, et ce n’est qu’en dedans de cette limite qu'il trouvera aisance et bien-être (1). L’application bien entendue de ma méthode amène ainsi le cavalier à conduire constamment son cheval avec les rênes demi-tendues, excepté lorsqu'il veut rectifier un faux mouvement ou en déterminer un nouveau.

Le pas, ai-je dit, doit précéder les autres allures, parce que, le cheval ayant trois points d’appui sur le sol, son action est moins considérable que pour le trot ou le galop, et plus facile par conséquent à régler et à harmoniser. Les

(1) J'ai habité Berlin pendant quelques mois; j'ai vu mettre en pratique l'équitation allemande dans toute son étendue. Jo n’ai pas la prétention de m'ériger en critique, je dirai seulement que les principes professés en Prusse sont diamétrale' ment opposés aux miens; ainsi, plusieurs officiers, qui jouissent dans leur pays d'une cer taine réputation de cavaliers, me disaient : Nous vou'onsque nos chevaux soient en avant de la raaio ; et moi. leur répondais-je, je veux qu’ils soient derrière la main et en avant dos jambes, de façon à ce que le point do centre du cheval se trouve placé t n’re ces deux moyens d’aides ; c'e-t à cette condition seulement que l’animal sera sous l'entière domination du cavalier, ses mouvements deviendront gracieux et réguliers, il passera facilement d'une allure accéléiée à une a lure lente, tout en conservant son équilibre; car, leur disais-je, tout cheval qui est en avant de la main est derrière les jambes, alors il vous échappé par tous les bouts, ce qui entraîne l’absence complète de grâce et de régularité dans les mouvements; de plus, si sa conformation es; vicieuse, comment y remédierez-vous? En procédant à votre manière vous nlobtiendrez jamais de résultats. Toutes les théories mites en pratique jusqu'à moi consistent à donner, avec plus ou moins de peines, une direction aux forces instinctives du chenal, mais non à changer l’emploi de ses forces, ni à transposer la mauvaise disposât on de son centre de gravité; moyens indispensables pour donner naissance à un nouvel équilibre; mais ces résultats ne peuvent être obtenus sans l’application de mes principes; c’est fâcheux pour les opposants, mais toute réquisition est là.

premiers exercices des assouplissements seront suivis de quelques tours de manège au pas, mais seulement comme délassement, le cavalier s’appliquant moins à rechercher • son cheval qu’à maintenir sa tète, pendant la marche, dans la position du ramener, l’eu à peu, il compliquera son travail de manière à joindre à la légèreté du cheval la justesse et la cadence indispensables au brillant de toutes les allures.

Il commencera alors de légères oppositions de mains et de jambes pour mettre en rapport les forces de l 'avant et de l'arrière-main. Cet exercice, en habituant le cheval à livrer toujours l’emploi de ses forces à la direction du cavalier, sera aussi utile pour former son intelligence que pour développer ses ressorts. Que de jouissances l'écuyer, s’il est habile, n'éprouvera-t-il pas dans l'application progressive de son art! Son élève, rebelle d abord, se pliera insensiblement à toutes ses volontés, s'imprégnera de son caractère, et finira par en devenir la personnification vivante. Prenez donc garde, cavalier! Si votre cheval est capricieux, violent, fantasque, nous serons en droit de dire que vous ne brillez pas vous même par l'aménité du caractère et la justesse de vos procédés.

Pour que la cadence et la vitesse du pas se maintiennent égales et régulières, il est indispensable que les forces impulsives et modératrices, émanant du cavalier, soient ellesmêmes parfaitement bai monisées. Je suppose, par exemple, que le cavalier, pour porter son cheval en avant au pas et le maintenir léger à cette allure, doit dépenser une force égale à vingt kilogrammes, dont quinze pour l’impulsion et cinq pour le ramener. Si les jambes dépassent leur ell'et sans que les mains augmentent le leur dans les mêmes proportions, il est évident que le surcroît de force communiquée pourra se rejeter sur l’encolure, la contracter, et dès lors plus de légèreté. Si, au contraire, c'est la

main qui agit avec la même violence, ce ne pourra êlre qu’aux dépens de la force d’impulsion nécessaire à la marche; celle-ci, par cela même, se trouvera contrariée, ralentie, en même temps que la position du cheval perdra de son gracieux et de son énergie.

Cette courte explication suffira pour faire comprendre l’accord qui doit toujours exister entre les jambes et les mains. 11 est bien entendu que leur effet devra varier suivant que la construction du cheval obligera de le soutenir plus ou moins à l’avant ou à l’arrière-main; mais la règle restera la même avec des proportions différentes.

Tant que le cheval ne se maintiendra pas souple et léger dans sa marche, on continuera à l’exercer sur la ligne droite; mais dès qu’il aura acquis plus d’aisance et d’aplomb, on commencera à lui faire exécuter des changements de direction à droite et à gauche en marchant.

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