‹ Œuvres complètes de F. BaucherChapitre 37 sur 183 · DE» CHANGEMENTS DE DIRECTION · texte numérisé non relu

DE» CHANGEMENTS DE DIRECTION

La fonction des poignets, dans les changements de direction , est trop simple pour qu’il soit nécessaire d'en parler ici. Je ferai remarquer seulement qu’on doit toujours prévenir les résistances du cheval en disposant ses forces de manière à ce que toutes concourent à le placer dans le sens du mouvement. On déterminera donc l'inclinaison de la tête avec la rêne du ület du côté vers lequel on veut tourner, puis la bride achèvera le mouvement. Règle générale : il faut toujours combattre les résistances latérales de l’encolure avec l’aide du bridon, en ayant bien soin de ne commencer la conversion qu’après avoir détruit l’obstacle qui s’y opposait. Si l’usage

des poignets reste à peu près le même que par le passé, il n'en est pas ainsi pour les jambes : leur elTet sera diamétralement opposé à celui qu’on leur attribuait dans l'ancienne équitation. Ceci encore est une innovation si naturelle, que j’ai peine à concevoir qu’on ne l'ait pas appliquée avant moi.

C'est en portant la main à droite et en faisant sentir la jambe droite, m’a-t-on dit et ai-je répété moi-même dans le principe, qu'on détermine son cheval à tourner à droite. La pratique chez moi a toujours précédé le raisonnement, et voici comment je me suis aperçu de la fausseté de ce principe :

Quelque légèreté qu’eût mon cheval en ligne droite, je remarquais que celle légèreté perdait toujours de sa délicatesse dans les cercles étroits, bien que ma jambe du dehors vînt au secours de celle du dedans. Dès que la jambe de derrière se mettait en mouvement pour suivre les épaules sur le cercle, je ressentais immédiatement une légère résistance. Je m’avisai alors do changer l’usage de mes aides, et d’appuyer la jambe du côté opposé à la conversion. En même temps, au lieu de porter de suite la main à droite pour déterminer les épaules, je formai d'abord, à l’aide de cette main, l’opposition nécessaire pour fixer les hanches et disposer les forces de manière à maintenir l’équilibre pendant l’exécution du mouvement. Ce procédé fut couronué d'un succès complet; et si je cherche à me rendre compte de ce que doit être la fonction des diverses extrémités dans les conversions, je reconnais qu’il est le seul rationnel.

En effet, dans la conversion à droite, par exemple, c’est la jambe droite de derrière qui servira de pivot et supportera tout le poids de la masse, pendant que la jambe gauche de derrière et les jambes de devant décriront un cercle plus ou moins étendu. Pour que le mouvement soit correct et franc, il faut donc que le pivot sur lequel tourne

l'ensemble ne soit pas contrarié dans son jeu; l'action simultanée de la main droite et de la jambe droite devra nécessairement produire cet effet. L'équilibre se trouvera dès lors compromis et la régularité de la conversion impossible. Il est un cas cependant où il faut faire usage de la jambe droite pour tourner à droite, c’est lorsque dans la conversion la croupe reste trop à droite, alors elle doit se soutenir avec plus d'énergie que la gauche; car s'il en était autrement, elle formerait un arc-boutant qui rendrait pénible, impossible même, la rotation des épaules autour des hanches. Ceci est un avertissement qui doit mettre le tact du cavalier en garde contre toutes sortes d éventualités et lui faire bien comprendre que les principes, même les plus exclusifs, sont sujets à quelques variations.

Dès que le cheval exécutera facilement les changements de direction au pas, et qu’il se maintiendra parfaitement léger, on pourra commencer à l’exercer au trot.

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