‹ Œuvres complètes de F. BaucherChapitre 39 sur 183 · DE LA CONCENTRATION DES FORCES DD CHEVAL · texte numérisé non relu

DE LA CONCENTRATION DES FORCES DD CHEVAL

H AH LE CAVALIER

Le cavalier comprend maintenant que le seul moyen d'obtenir la cadence et la régularité du pas et du trot est de maintenir le cheval parfaitement léger pendant qu'on l’exerce à ces allures. Lorsqu’on sera sur de cette légèreté dans la marche en ligne droite, dans les changements de direction et les marches circulaires, il sera facile de la conserver en travaillant sur deux pistes.

UES ATTAyCES.

Les attaques, ont dit les auteurs et les professeurs, servent à châtier le cheval lorsqu’il ne répond pas aux jambes, ou qu’il refuse de s’approcher d’un objet qui l’effraye. Selon eux, l’éperon n’est pas un aide, mais un

moyen de châtiment; selon moi, c’est au contraire un auxiliaire puissant sans lequel il serait impossible de dresser complètement n’importe quel cheval. Comment 1 vat-on me dire, vous attaquez les chevaux sensibles, irascibles, pleins d'action et de feu, les chevaux que leur organisation énergique dispose à s’emporter en dépit des freins les plus durs et des poignets les plus vigoureux! Oui, et c’estavec l’éperon que je modérerai la fougue de ces animaux trop ardents, que je les arrêterai court dans leur élan le plus impétueux. C’est avec l’éperon, aidé de la main, bien entendu, que je rendrai gracieuses les natures ingrates, et que j'arriverai à parfaire l’éducation de l’animal le plus intraitable.

Longtemps avant de publier mon Dictionnaire raisonné il' Equitation, j’avais reconnu tous les excellents effets des attaques. Je m’abstins d'en développer les principes, intimidé que je fus par un mot d'un ami auquel j’avais fait obtenir des résultats qui lui paraissaient miraculeux : « C’est extraordinaire! c’est admirable ! s’écria-t-il; mais c’est un rasoir entre les mains d’un singe. » L’usage des attaques exige, il est vrai, de la prudence, du tact, de la gradation ; mais les effets en sont précieux. Aujourd’hui que j’ai démontré jusqu’à l’évidence l’efficacité de ma méthode, aujourd’hui que je vois mes adversaires les plus prononcés devenir de chauds partisans de mes principes, je ne crains pas de développer un procédé que je considère comme l’un des plus beaux résultats de mes longues recherches sur l'équitation.

11 n’y a pas plus de différence dans la sensibilité de flancs des divers chevaux que dans leur sensibilité de bouche (1),

(4) Dans un pamphlet récemment publié contre mes principes, M. d'Àure, auteur de ce savant écrit, prétend qu’il n’y a pas moyen d’augmenter et de diminuer la Sensibilité du cheval. Si ce graod juge n’avait pas cru au-dessous de sa dignité d’entreprendre l’éducation d’un cheval mal conformé, de le suivre jusqu’à sa

c’est-à-dire que l’effet direct de l'éperon est, à infiniment peu de chose près, le même sur tous. J’ai déjà démontré que l'organisation des barres n’est pour rien dans les résistances à la main. Il est clair que si le nez au vent donne au cheval une force de résistance égale à 100 kilogrammes, cette force sera réduite à 50 kilogrammes, lorsque l’on ramènera la tète à demi vers la position perpendiculaire, à 25 kilogrammes, lorsqu’on l’aura plus rapprochée de cette attitude, et à zéro lorsqu’on l’y aura complètement placée, avec la condition toutefois d’une mobilité complète de la mâchoire. La prétendue dureté de la bouche provenait donc ici de la mauvaise position imprimée à la tète par la roideur de l’encolure et par la construction vicieuse des reins et des hanches du cheval. Si nous examinons attentivement les causes qui produisent ce qu’on appelle la sensibilité des flancs, nous reconnaîtrons quelles ont à peu près une source semblable.

Les innombrables conjectures auxquelles on s’est livré, en supposant aux flancs du cheval une sensibilité locale qui n'existe pas, ont dû nécessairement nuire au progrès de son éducation , puisqu’on la basait sur de fausses données. La susceptibilité plus ou moins grande de l’animal provient de son action , de sa conformation vicieuse et de la mauvaise position qui en est la conséquence. Quand un

complète instruction, en se servant des principes renfermés dans le livre que je lui ai adressé, il aurait pu se convaincre du changement opéré dans l'équilibre du cheval, et par conséquent de sa plus grande promptitude à prendre toutes les positions nécessaires aux mouvements. Ce sont ces difficultés que l’ancienne école et ses représentants ignorent, et que le créateur de la nouvelle méthode enseigne. M. d’Aure a ajouté dans le même écrit qu’il n’est pas dresseur de chevaux. Cet aveu suffit pour convaincre le public qu'il ne remplit que la moitié des conditions qui constituent l’écuyer, puisque l’équitation consiste dans l’éducation des hommes et des chevaux.

Si telle est la capacité d’une des premières notabilités équestres, à quoi se réduira donc le savoir des écuyers secondaires? Pauvre équitation l

cheval doué d'une action naturelle joint à des reins longs et faibles une arrière-main détraquée , tout mouvement rétrograde lui est pénible, et la disposition qui le porte «à se projeter sur les épaules lui sert pour se soustraire au contact douloureux de l'éperon. Il revient à ce mouvement toutes les fois qu'il sent approcher les jambes du cavalier ; et loin d'être alors un cheval fin, l’animal n’est qu’égaré, désespéré. On conçoit que plus il appréhende l'éperon, plus il se jette hors la inain, et déjoue les moyens d’action desliués à le faire rentrer dans l'obéissance. On doit tout craindre d'un pareil cheval : il s’effrayera des objets par la facilité seule qu’il a de les éviter. Or, puisque sa frayeur provient pour ainsi dire de la mauvaise position qu’on lui laisse prendre, ce fâcheux inconvénient disparaîtra dès l'instant qu’on aura porté remède à la cause première. Il faut enchaîner les forces pour prévenir tout déplacement, séparer le cheval physique du cheval moral, et obliger les impressions à se concentrer dans le cerveau. Ce sera alors un fou furieux qu'on aura lié des quatre membres, pour l'empêcher de réaliser ses pensées frénétiques.

La meilleure preuve qu’on puisse donner que la promptitude du cheval à répondre à l'effet des jambes et des éperons n'est pas causée par la sensibilité des flancs, mais bien par une grande action jointe à une mauvaise conformation , c’est que celle même action ne se manifeste pas aussi vive dans un cheval bien conforme, et que ce dernier supporte les attaques bien plus facilement que celui dont l’équilibre et l’organisation sont inférieurs.

Mais l'éperon n’est pas propre seulement à modérer la trop grande énergie des chevaux d'action ; son effet pouvant également combattre les dispositions qui portent l’animal à rejeter son centre de gravité trop en avant ou trop

— isa —

en arrière , c'esl encore l'éperon que j'emploierai pour rendre impressionnables ceux d'entre eux qui manquent d'ardeur et de vivacité. Dans les chevaux d'action, les forces de l'arrière-main priment sur celles de l’avant* main; c’est l'opposé dans les chevaux froids. On conçoit alors la vitesse des premiers; la lenteur, la nonchalance des seconds.

Nous avons, par le travail de l'assouplissement, annulé complètement les forces instinctives du cheval Nous devons nous exercer maintenant à disposer le centre de gravité au milieu du corps de l'animal; c'est par l'opposition bien combinée des jambes et des mains que nous y parviendrons. Les avantages que nous possédons déjà sur le cheval nous mettront à même de combattre à leur naissance toutes les résistances qui tendraient à le faire sortir de la position droite, indispensable pour pratiquer avec fruit ces oppositions. Il est aussi de première nécessité de mettre dans nos procédés du tact et de la gradation, de telle sorte, par exemple, que les jambes n'impriment jamais une impulsion que la main ne serait pas à même de saisir et de dominer au même instant. Je vais rendre ce principe plus clair par une courte explication.

Je suppose un cheval au pas, employant une force de 20 kilogrammes, nécessaire pour conserver l'allure régulière au moment des oppositions de jambes et de mains qui vont suivre. Bientôt arrive une pression lente et graduée des jambes qui ajoute 5 kilogrammes à l’impulsion de l’allure. Comme le cheval est supposé parfaitement dans la main, celte main sentira aussitôt ce [tassage de forces, et c’est alors qu elle devra s’en emparer pour les fixer au centre. Les jambes, pendant ce temps, conserveront leur pression, afin que ces forces ainsi refoulées ne retournent pas au foyer d’où elles sortent ; ce qui ne serait

plus alors qu'un flux et un reflux inutiles de forces. Cette succession d’oppositions bien combinées réunira bientôt une assez grande somme de forces au milieu du corps du cheval et constituera le centre de gravité des forces; plus ou l'augmentera, plus l’animal perdra de son énergie instinctive. Bientôt, lorsque la pression des jambes sera devenue insuffisante pour obtenir l’entière réunion des forces , le moment sera venu d'avoir recours à un moyen plus énergique, c’est-à-dire aux attaques.

Les attaques ne doivent se pratiquer qu'après avoir fixé le cheval dans la main; une fois ce point obtenu, il sera facile d’intercepter l'action produite par les jambes au profit de l’équilibre ; mais pour cela il faut se servir des éperons, non pas par à-coups et avec de grands mouvements de jambes, mais avec délicatesse et ménagement. Le cavalier devra rapprocher les jambes de manière à ce que l’éperon , avant de se mettre en contact avec les flancs du cheval , n’en soit éloigné que d’une ligne s’il est possible. Les légères attaques par lesquelles on débutera devront toujours avoir la main pour écho ; cette main sera donc énergiquement soutenue, afin de présenter une opposition égale à la force communiquée par l’éperon. Si par un temps mal saisi la main n’interceptait pas bien l'impulsion donnée et la commotion générale qui en résulte, on devrait, avant de recommencer, rétablir l’ensemble dans les forces du cheval et le calme dans ses mouvements. Au moyen des effets d’ensemble, on augmentera progressivement la force des attaques jusqu’à ce que le cheval les supporte aussi vigoureuses que possible, sans présenter la moindre résistance à la main, sans augmenter la vitesse de l'allure, ou sans se déplacer si on travaille de pied ferme.

Le cheval amené à supporter ainsi les attaques sera aux trois quarts dressé, puisqu’on aura la libre disposition de

toutes ses forces. En outre, le centre de gravité étant là où se réunissent les forces, nous l’avons amené à sa véritable place, c’est-à-dire au milieu du corps. Toutes les contractions de l’animal utiles aux mouvements nous seront subordonnées, et nous pourrons imprimer aisément au poids les translations nécessaires aux differentes allures.

Il est facile de comprendre maintenant le point de départ des défenses : soit que le cheval rue, se cabre ou s’emporte, la mauvaise place occupée par le centre de gravité en est toujours la cause. Cette cause elle-même tient à une construction défectueuse qu’on ne peut changer, il est vrai, mais dont on peut toujours modifier les elfets. Si le cheval rue, le centre de gravité est sur les épaules , il est sur la croupe lorsque l'animal se cabre, et trop en avant du milieu du corps lorsqu’il s’emporte. L’unique préoccupation du cavalier doit donc être de conserver toujours au milieu du corps du cheval le centre de gravité, puisqu'il évitera par-là les défenses, et qu’il ramènera les forces d’un cheval mal conformé à la véritable place quelles occupent dans les belles organisations. C’est ce qui me fait dire qu’un cheval bien construit ne peut pas se livrer à des défenses ni à des mouvements désordonnés, car il lui faudrait des efforts surnaturels pour détruire l'harmonie de ses ressorts et donner un aussi grand déplacement au centre de gravité. Ainsi, quand je parle de la nécessité de donner au cheval un nouvel équilibre pour prévenir ses défenses et remédier au disgracieux de ses formes, j’entends désigner la combinaison de forces dont je viens de m’occuper, ou, pour mieux dire, la transposition du centre de gravité d'une place à une autre.

Toute l'éducation du cheval est dans ce résultat; lorsque l’écuyer réussit à l'obtenir, son talent devient une vérité, puisqu'il transforme la laideur en grâce, et donne l’élé-

— Ifiï —

gance et la légèreté à (les mouvements jusqu'alors lourds et confus (1).

Les emplois de force du cavalier, quand ils sont bien appliqués, ont aussi sur le cheval un effet moral qui accélère les résullats. Si l’impulsion donnée par les jambes trouve dans la main l’énergie et 1 à-propos nécessaires pour en régler l'effet, la douleur qu'éprouvera l’animal sera toujours proportionnée à ses résistances, et son instinct lui fera bientôt comprendre comment il pourra diminuer, éviter même cette contrainte, en cédant promptement à ce qu’on lui demande. Il se hâtera donc de s'y soumettre et préviendra même nos désirs. Mais, je le répète, ce n’est qu’à force de tact, de délicatesse et de ménagement, qu’on arrivera à ce point important. Si l’on donne par les jambes une impulsion trop vigoureuse, le cheval dominera bien vite les effets de mains, et reprendra avec sa position naturelle tous les avantages qu’elle donne à ses mauvais instincts pour déjouer les efforts du cavalier. Si, au contraire, la main présente une résistance trop considérable , le cheval forcera bientôt les jambes , et trouvera dans celte

(1) J'ai prouvé souvent que les chevaux réputés froids ou chevillés dans leurs épaules, n’ont pas le défaut qu’on leur suppose, en d’autres termes qu’il est excessivement rare qu'ils soient paralysés de leurs épaules, de manière à nuire à la régularité et à la vitesse des allures, principalement en ce qui concerne le trot, les épaules du cheval, si je puis me servir de cette comparaison, ressemblent aux ailes d'un moulin à vent; l'impulsion donnée par la détente dos jarrets remplace la force motrice. Il existe, sons doute, quelques vices locaux qui affectent les épaules, mai» ce cas est rare; le défaut, s’il y en a un, prend S3 source dans l’arrièremain. Pour mon compte, je n’ai jamais rencontré de chevaux qu’on disait avoir les épaules paralysées, sans que je ne les aie rendus très-libres, et cela, après quinze jours seulement de travail d'une demi-heure par jour. Le moyen est, comme tous ceux que j'emploie, de la plus grande simplicité; il consiste à assouplir l’encolure pour obtenir une prompte mise en main ; puis ensuite, à l’aide des jambes et de petites attaques successives, on ramènera l’arrière-main près du centre. C'est alors que les jarrets retrouveront une puissance de détente qui, projetant la masse en avant avec plus d'énergie, donnera aux épaules une liberté qu’on était loin de leur Supposer.

position acculée un moyen de se défendre. Ces difficultés, du reste, ne doivent pas trop elTrnycr; elles n'étaient réellement graves que lorsque aucun principe rationnel ne donnait les moyens de les surmonter. L’application bien entendue de ma méthode mettra le commun des hommes de cheval à même d'obtenir ces résultats regardés comme impossibles jusqu'à présent.

Lorsque l'animal sera bien habitué à de semblables oppositions par les attaques, il deviendra facile de combattre avec l’éperon toutes les résistances qui pourraient se manifester encore. Puisque les oscillations ou l’éloignement de la croupe sont toujours la cause de ces résistances, l’éperon , en ramenant les jambes de derrière vers le milieu du corps, détruira la tension des jarrets, qui pourrait s’opposer au juste rapport des forces et à la bonne répartition du poids.

Ce moyen est celui que j’emploie toujours pour faire passer un cheval du galop accéléré au temps d’arrêt, sans forcer les jarrets et sans compromettre les articulations de l’arrière-main. On comprend, en effet, que, puisque ce sont les jarrets qui projettent la masse en avant, il suffira d’en étendre les ressorts pour arrêter l’élan. L’éperon, en ramenant instantanément sous le ventre du cheval les jambes de derrière, détruit promptement leur puissance, dès l’instant que le soutien de la main arrive assez à temps pour la fixer dans celte position. Les hanches se plient alors, la croupe se baisse; le poids et les forces se disposent dans l’ordre le plus favorable au jeu libre et combiné de chaque partie , et la violence du choc , décomposée à l infini, est à peine sensible pour le cavalier et le cheval.

Si, au contraire, on arrête le cheval en faisant précéder la main , les jarrets restent éloignés et en arrière de la ligne d’aplomb; la secousse est violente, pénible pour l’animal, désastreuse surtout pour son organisation pby*

sique. Les chevaux qui ne s’arrêtent ainsi qu'en se braquant sur le mors et avec une encolure tendue, ne doivent répondre qu’à un bras de fer et à une opposition de force des plus violentes. Telle est la manière dont les Arabes, par exemple, exécutent ce temps d’arrêt, en se servant de mors meurtriers qui fracassent les barres de leurs chevaux. Aussi, malgré la bonté des ressorts dont la nature les a doués, ces excellents animaux n’en sont pas moins affectés de beaucoup de tares. Quelles doivent être à plus forte raison , sur nos chevaux français, les conséquences d’un pareil procédé? Il ne faut commencer les attaques qu’après avoir fixé le cheval dans la main par des effets d’ensemble ; c’est alors que le premier toucher de l’éperon se fera sentir. 11 est essentiel avec les chevaux doués d’une grande irritabilité de se servir de molettes rondes sans entailles, et de n'en faire usage qu’après avoir exercé une pression de jambes aussi puissante que possible; il est souvent utile avec cette nature de chevaux de faire de l'éperon un travail spécial, c’est-à-dire qu'il faut les habituer à répondre franchement aux attaques en les pratiquant d’abord en place et au pas, sans rien exiger de plus. Cet emploi judicieux de leperon donne des résultats immédiats et durables; mais pour que l'effet en soit fructueux, il faut qu’il ait pour résultat l’équilibre du cheval. On continuera à en faire usage jusqu'à ce que le cheval ne présente plus de résistance sur la main et évite la pression du mors en rapprochant, de luimême, son menton vers le poitrail. Une fois celte soumission obtenue , on pourra entreprendre les attaques sur oppositions, c'est-à-dire sur des résistances; mais il faudra avoir soin de les discontinuer lorsque le cheval sera dans la main. Ce moyen aura le double avantage d'agir moralement et physiquement. Les premières attaques se feront avec un seul éperon, et en soutenant la

rêne opposée ; ces oppositions transversales auront un effet plus juste et donneront des résultats plus prompts. Quand le cheval commencera à se renfermer sur les deux éperons employés séparément, on pourra les lui faire sentir en même temps et avec une gradation égale (1).

À l’œuvre donc, messieurs les cavaliers! Si vous voulez suivre mes principes, je puis vous promettre que votre bourse se videra moins souvent dans les mains des marchands de chevaux , et que vous rendrez agréables celles même de vos montures qui ne vous offrent que des dégoûts. Vous arriverez .à charmer jusqu’à nos directeurs des haras, qui attribueront à leurs tentatives de régénération l’élégance et la grâce que votre art seul aura su donner à vos chevaux.

DESCENTE DE MAIN

La descente de main consiste à confirmer le cheval dans toute sa légèreté, c’est-à-dire à lui faire conserver son équilibre sans le secours des rênes. La souplesse donnée à toutes les parties du cheval , les justes oppositions de mains et de jambes, l’amènent à se maintenir dans la

[i) Je n'aurais jamais pensé que ce moyen, qui sert de correctif aux procédés mis en usage par tous les écuyers, exciterait péniblement la sensibilité de quelques amateurs. Ces derniers ont préféré s'affecter d’après des rapports exagérés ou erronnés, plutôt que de s'assurer de visu que celte prétendue monstruosité sc réduisait à la chose la plus innocente du monde. Ne faut-il pas apprendre au cheval à répondre aux attaques comme on lui apprend à obéir aux jambes et à la main? N’est-ce pas par l’effet de ccs petites attaques appliquées d’une façon judicieuse et intelligente qu'on ramène à volonté les jambes postérieures plus ou moins près du centre de gravité? N’est-ce pas alors seulement qu’on peut augmenter ou diminuer la détente des jarrets, soit pour l'extension, soit pour l’élévation des allures, soit pour le temps d’arrêt

meilleure position possible. Pour connaître au juste si l'on obtient ce résultat, il faudra avoir recours à de fréquentes descentes de mains. Voici comment elles se pratiquent : après avoir glissé la main droite jusqu'au bouton et s’être assuré de l’égalité des rênes, on les lâchera de la main gauche, et la droite se baissera lentement jusque sur le pommeau de la selle. Il faudra, pour que celte descente de main soit régulière, que le cheval n’augmente ni ne diminue la vitesse de son allure, et que la tète et l’encolure conservent toujours leur bonne position. Les premières fois que le cheval sera ainsi livré à lui-même, il ne fera peut-être que quelques pas en conservant sa même position et son même degré de vitesse : le cavalier devra alors faire sentir les jambes d’abord et la main ensuite, afin de le ramener dans sa position première; la répétition fréquente de ces descentes de main, à la suite d’une légèreté complète, donnera au cheval un tact plus exquis et au cavalier une plus grande délicatesse de sentiment. Les moyens de direction employés par ce dernier se reproduiront immédiatement si les forces du cheval sont préalablement disposées dans une harmonie parfaite. Les descentes de main doivent se pratiquer d'abord au pas, puis au trot, puis au galop. Celte feinte liberté donne une telle confiance au cheval , qu'il s’assujettit sans le savoir ; il devient notre esclave soumis, tout en croyant conserver une indépendance absolue.

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