‹ Œuvres complètes de F. BaucherChapitre 40 sur 183 · DV RASSEMBLER · texte numérisé non relu

DV RASSEMBLER

Le travail précédent rendra facile au cavalier cette disposition importante de l'équitation, désignée sous le nom

de rassembler. On a beaucoup parlé du rassembler comme on a parlé de Dieu et de tous les mystères impénétrables à la perception humaine. S’il était permis de comparer les petites choses aux grandes, nous dirions que les théories plus ou moins absurdes qu'on a pu émettre sur la puissance divine n’ont, heureusement, contrarié en rien la marche immuable de la nature, mais qu’il n’en a pas été de même, par rapport aux progrès de l’équitation, de ce qui a été dit et écrit sur le rassembler. Les faux principes qui ont été propagés à cet égard ont fait du cheval le jouet et la victime de l’ignorance du cavalier.

Je le dis hautement, le rassembler n’a jamais été compris ni défini avant moi, car on ne peut l’exécuter parfaitement qu’après avoir appliqué successivement les principes que je viens de développer pour la première fois. On sera convaincu de cette vérité quand on saura que le rassembler exige :

1" L’assouplissement partiel et général de l’encolure et des hanches ;

2’ Un ramener parfait qui résulte de ces assouplissements;

3” L’absorption entière des forces du cheval par le cavalier, au moyen des attaques.

Or, comme les moyens d’obtenir ces divers résultats n’ont jamais été indiqués dans aucun traité d'équitation, ne suis-je pas fondé à dire que le vrai rassembler n’a pu être pratiqué jusqu’à ce jour? C'est cependant une des conditions indispensables de l’éducation des chevaux : en conséquence, je me crois en droit de soutenir avec la même vérité, qu’avant ma méthode on n’a jamais dressé véritablement ceux de ces animaux dont la conformation était défectueuse.

Comment, en effet, définil-ou le rassembler dans les écoles d'équitation ? On rassemble son cheval, en élevant la

main et en tenant les jambes près. Je le demande, à quoi pourra servir ce mouvement du cavalier sur un animal mal conformé, contracté, et qui reste livré à toutes les mauvaises propensions de sa nature? Cet appui machinal des mains et des jambes, loin de préparer le cheval à l’obéissance, n’aura d’autre effet que de doubler les moyens de résistance, puisqu’en l’avertissant qu’on va exiger de lui un mouvement, on reste dans l’impuissance de disposer ses forces de manière à l'y astreindre.

Le véritable rassembler consiste à réunir au centre les forces du cheval, pour alléger ses deux extrémités, et les livrer complètement à la disposition du cavalier. Mais pour passer de cette définition quelque peu métaphysique à un exemple matériel, nous dirons que le rassembler se constate encore de visu par le rapprochement des jambes de derrière près du centre; aussi établirons- nous plusieurs sortes de rassembler, indispensables à la facilité et à la justesse des différentes allures et des différents airs de manège. Pour bien nous faire comprendre, nous établirons l’échelle suivante •

Avant-main.

tien t

Arriôre-niain.

Je dirai encore une fois qu’avant de commencer ces effets de rassembler, il faut que le cheval soit parfaitement dans la main, qu’il se renferme sur les attaques; alors il sera facile de diminuer, sans contrainte pénible, la marche des jambes de devant et d’augmenter celle des jambes de derrière. Les premiers effets de rassembler qui amèneront les jambes de derrière aux degrés 1, 2, 3, seront utiles aux allures du trot cadencé ou allongé, du galop modéré.

Ce rassembler peut s’ obtenir en travaillant au pas avec les jambes énergiquement soutenues et quelques petites attaques, la main devra se borner à combattre les contractions nuisibles à l’équilibre. C’est par l’emploi de ces moyens qu’on arrivera à obtenir que les jambes de derrière gagnent en vitesse sur celles de devant. Quant au rassembler plus complet, dans lequel les jambes de devant atteignent les degrés 4, 5, 6, 7, il faut pour l’obtenir arrêter le cheval et multiplier les oppositions de main et de jambes ou d’éperons, jusqu'à ce qu’il se mobilise, autant que possible, sans avancer, ou n’avancer qu'impercepliblement, puis l’arrêter par un effet d’ensemble. La répétition fréquente de celte mobilité plus ou moins régulière des jambes, conduira insensiblement au rassembler le plus complet, et ce rassembler donnera pour résultat naturel le piaffer avec rhythme, mesure et cadence. Si le cheval est bien conformé, le rassembler s’obtiendra facilement et bientôt après les grandes difficultés de l’équitation qui en dépendent. Reste à savoir s’il est possible de les aborder lorsqu’on a pour sujet un cheval de construction médiocre, c’est-à-dire possédant une partie dés défauts ciaprès : les hanches courtes , les reins longs et faibles, la croupe basse, ou trop haute par rapport au garrot, les cuisses effilées, les jarrets plus ou moins coudés, trop rapprochés ou trop éloignés l’un de l'autre, trop ou trop peu d'action; je suis forcé d’avouer que ces sortes de chevaux présentent de grandes difficultés, mais en les surmontant, l’on prouve que l'on est non-seulement écuyer, mais encore homme d'intelligence, de sens et de conception équestre.

J'ai déjà expliqué et. démontré que le cheval n'avait pas la bouche dure, j’ai dit que la faiblesse des reins, la mauvaise disposition de l’arrière-main étaient les seules causes des résistances que présente le cheval. En effet, si la lon-

gueur des reins, par exemple, éloigne les jambes de derrière de la place quelles devraient occuper pour que le mouvement soit régulier, la llexion et l’extension des jarrets qui reçoivent le poids et le rejettent en avant, ne peuvent se faire que péniblement ; c’est pour remédier à ces inconvénients qui rendraient toute belle éducation impossible, qu’il faut avoir recours aux premiers effets du rassembler, une fois la mise en main obtenue; dans ce cas les jambes de derrière se rapprocheront du centre et se trouveront à la place qu elles occupent naturellement chez les chevaux bien conformés. En effet, pourquoi certains chevaux résistent-ils par l’encolure et la mâchoire ? parce que les reins, les hanches et les jarrets fonctionnnent mal, s’opposent à la translation du poids que produit le mouvement. Ce qui confirme ce principe, c’est que plus un cheval a de légèreté et de mobilité naturelle dans la mâchoire, plus sa conformation se rapproche de la perfection; dans ce cas ses dispositions physiques sont dans de bonnes proportions pour obtenir immédiatement un équilibre parfait : aussi le rassembler complet, facile pour les bonnes constructions, devient-il d'une difficulté inouïe pour les constructions médiocres, car l’effort que le cheval fait pour porter ses jambes de derrière plus en avant, prend d'autant sur le mouvement nécessaire à la flexion qui produit l’élévation ; aussi ces sortes de chevaux présentent-ils de grandes difficultés pour les amener à exécuter un travail compliqué et précis ; certes, ce n’est pas impossible, mais il faut employer des moyens bien méthodiques et être doué d’un grand tact, je dirai même qu’une semblable tâche serait sans succès, si elle était entreprise par un cavalier qui ne pratiquerait pas ma méthode dans tout ses détails et dans son ensemble. Le cheval mal conformé auquel on fait exécuter des difficultés est loin d’être gracieux à l’œil des personnes qui ne se sont point occupées

d équitation, mais combien il est beau pour les spectateurs habiles et érudits î Voilà le merveilleux résultat de l'équitation, admirez I le cavalier a fait plus que la nature.

Le rassembler complet, c’est-à-dire celui qui amène les jambes de derrière aux degrés de 4 à 7, sert au piaffer, an passage en avant et en arrière, au galop raccourci, espèce de terre à terre, aux pirouettes ordinaires , au galop en arrière etc., etc. 11 est indispensable à tous les mouvements ascensionnels, puisque clans cette position , les jarrets exécutent plus facilement la flexion de bas en haut que celle d’arrière en avant, ce qui prouve qu’une fois le rassembler complet obtenu, le cheval peut exécuter les mouvements les plus difficiles, sans que cela lui soit pénible, et sans porter atteinte à sa construction; ses poses sont toujours justes, ses points d’appui exacts, et ses mouvements toujours gracieux.

L’animal se trouve alors transformé en une sorte de balance, dont le cavalier est l’aiguille. Le moindre appui sur l’une ou l’autre des extrémités qui représentent les plateaux, les déterminera immédiatement dans la direction qu’on voudra leur imprimer. Le cavalier reconnaîtra que le rassembler est complet lorsqu’il sentira le cheval prêt, pour ainsi dire, à s’enlever des quatre jambes. C’est avec ce travail qu'on donne à l’animal le brillant, la grâce et la majesté; ce n’est plus le même cheval, la transformation est complète. Si nous avons dû employer l'éperon pour pousser d’abord jusque sur ses dernières limites celte concentration de forces, les jambes suffiront par la suite pour obtenir le rassembler nécessaire à la cadence et à l’élévation de tous les mouvements compliqués.

Ai-je besoin de recommander la discrétion dans les exigences? Non, sans doute; si le cavalier, arrivé à ce point de l’éducation de son cheval , ne sait pas com-

prendre et saisir de lui-même la finesse de tact, la délicatesse de procédés indispensable à la bonne application de ces principes, ce sera une preuve qu’il est dénué de tout sentiment équestre ; mes instances ne sauraient remédier à celte imperfection de sa nature.

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