DOCUMENTS OFFICIELS EN FAVEUR DE MA MÉTUODE
Voici b reproduction littérale des rapports officiels dont j’ai parlé précédemment ; j’ajouterai que soixante autres rapports favorables, rédigés par des généraux, colonels, chefs d'escadrons, capitaines et lieutenants, ont été également adressés b M. le ministre de la guerre, depuis huit mois que l’on a commencé les essais de ma méthode dans une partie de la cavalerie. Ces autorités et ces faits ne sont ils pas suffisants ? Malgré le changement fondamental que ce nouveau mode d’équitation a apporté dans la cavalerie, malgré le supplément d’études qu’il exige , je n’ai trouvé que des dispositions empressées et bienveillantes dans l’armée. Le suffrage des militaires qui ont travaillé sérieusement ma méthode, m'a amplement dédommagé des jalousies et de la mauvaise foi que j’ai rencontrées ailleurs chez des écuyers et des cavaliers se posant en détracteurs de mes principes sans les connaître.
UTtltK DR M. CBAJI'HOSTAST, LIKUTCXAS r-COLOXCL d'état-major, secrétaire DU COMITÉ DE LA CAVALERIE, A M. BUCHER.
Farts, le 14 janvier 1812.
« Monsieur,
> M. le ministre de la guerre a renvoyé au comité de la cavalerie l’examen d'une proposition contenue daos la lettre que vous ovex adressée à Son Excellence, et, dans sa séance de ce jour, le comité a décidé qu'avant de passer outre b sa délibération, il vous ferait connaître le désir qu'il éprouve de vous entendre et de recevoir de vous des explications qui lui semblent indispensables.
» M. le lieutenant général président du comité me charge en conséquence d'avoir l’honneur de vous demander s’il peut vous convenir de vous rendre mercredi prochain, 19 de ce mois, b onze heures du matin, i la salle des séances, 61, rue de l’Université.
» Si ce jour ne vous était pas agréable, je vous prierais de vouloir bien
en désigner un autre, et je prendrais de nouveau les ordres de M. le président
• Veuillez recevoir. Monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
• Le lieutenant-colonel d’état-major, secrétaire du comité de la cavalerie,
• Chavpmontant. •
LETTRE DE M. LE LIEUTENANT GENERAL MARQUIS OtTOlNOT, A M. BAUCHE».
Paris, le 17 mars 1841.
• Monsieur,
> Par suite des propositions que vous avez faites à M. le Maréchal ministre de la guerre, Son Excellence a décidé qu'il serait fait ï Paris une série d'expériences sur votre méthode pour dresser les chevaux de remonte et ceux qui sont reconnus difficiles. En conséquence, cent jeunes chevaux pris dans les régiments de cavalerie en garnison à Paris seront dressés d'après votre système. S'il existe dans ces deux corps quelques chevaux difficiles, ils seront également soumis à votre méthode. Les expériences auront lieu en présence d’une commission composée des capitaines instructeurs du 5"' de cuirassiers et du 3”' de lanciers. Le chef d’escadron commandant le manège de l'école de cavalerie , auquel le tninisire donne l’ordre de se rendre à Paris, fera partie aussi de cette commission, dont la présidence m’est confiée. Avant de donner des instructions au maréchal de camp commandant la brigade et aux colonels des deux régiments de cavalerie, j'ai besoin. Monsieur, de m'entendre avec vous. Je vous prie, en conséquence, de vouloir bien vous reudre demain, à neuf heures, chez moi, où ces messieurs seront réunis.
» Recevez, je vous prie. Monsieur, l'assurance dé ma considération distinguée.
> Le lieutenant général
» Marquis OuniNOT. •
rGciogle
RAPPORT StR LES EXPÉRIENCES DE LA METHODE DE X. BAl'CHER , ET RÉSI'MÉ DES OPERATIONS JOURNALIERES, PAR LE CHEF D'ESCADRONS DE SOVITAL, COMMANDANT A L’ÉCOLE DE SACMLR.
« Les capitaines instructeurs des 5* régiment de cuirassier et 3* de lanciers , désignés par le ministre de la guerre pour faire partie de 1a commission, se sont réunis à moi, ainsi qu’à M. Bauchcr, au quartier de Sens, le 21 mars, et les expériences ont commencé.
» Pour édifier, pour construire, il faut des matériaux ; pour enseigner il faut des maîtres. Or, M. Baucher, chargé de démontrer sa méthode et roulant prouver ses bons résultats, ne pouvait tout d’abord procéJcr sur une grande échelle, et faire pratiquer lui-même son système à un grand nombre d’hommes et de chevaux. Il a donc dû se créer des interprètes, des roopérateurs. Il les a pris parmi les officiers et cavaliers des deux régiments.
» 21 mars. — Dans la première séance, la leçon a été donnée à deux sous-officiers du 5* cuirassiers, sur deux chevaux complètement neufs , l’un allemand, l’autre normand, et à un même nombre de sous-officiers et de chevaux du 3' lanciers; ces derniers (de la remonte de Vincennes) possédaient une instruction plus avancée que les chevaux des cuirassiers, avaient même reçu la bride depuis quelques jours.
» Les officiers, sous- officiers et cavaliers, après une explication succincte, mais très-claire, très-nette et très-ra ionncllc de JL Baucher, sur le fond de sa méthode, sur les diverses causes des défenses du cheval et les moyens simples, mais efficaces, de les combattre, ces officiers et sousofficiers, dis-je, après une démonstration de quelques instants, ont mis la main à l’œuvre cl obtenu des résultats presque instantanés sur des natures brutes, sinon rebelles. Au bout d’une demi-heure, chaque cheval a compris les aides et s'est prêté, pour ainsi dire, de bonne grâce, à toutes les exigences du cavalier, premièrement dans la leçon à pied et en place, puis monté. Un çheval du 3' lanciers a cependant résisté i l'action latérale du mors, c'est-à-dire à la flexion de la mâchoire; mais, comprenant bientôt l'inutilité de la résistance, il a cédé.
» Bon nombre d'officiers en dehors de la commission, mus par un noble zèle, assistaient à cette première séance, et les résultats obtenus si promptement ont prévenu chacun en faveur de la méthode.
» Dans la seconde séance on a procédé comme dans la première , mais sur quatre chevaux par régiment au lieu de deux. Les résultats ont été plus grands que ceux du matin , car deux chevaux nouvellement admis , l'un normand , du 5“* cuirassiers, et l'autre navarin, du 3"* lanciers, ont opposé une grande résistance à la première action du mors. Le navarin surtout amis de l'opiniâtreté et de la méchanceté dans ses défenses, il en est venu au point de frapper le cavalier avec les pieds de devant. Enfin ils ont fini l'un et l'autre , après quelques minutes , par céder et se rendre d'une manière satisfaisante, sinon complète, à la main de M. Baucher, tandis que d’autres cavaliers, simples adeptes naturellement moins habiles, ont échoué.
» 22 mars. — Les expériences de la seconde journée ont été 11 peu près les mêmes que celles de la veille. Les mêmes chevaux ont été mobilisés et se sont soumis sans la moindre résistance. Ils ont répondu aux jambes, d'une manière satisfaisante , dans la mobilisation de la croupe. Deux chevaux de plus par régiment ont été soumis aux épreuves et n’ont été nullement rebelles.
> 23 mars. — Dans la troisième journée on a opéré sur six chevaux de chaque régiment. Les progrès des hommes et des chevaux ont été sensibles, à l’exception du cheval navarin , cité plus haut , et qui , par recrudescence , a présenté des résistances et des défenses très-fortes en se cabrant et en luttant à outrance contre son cavalier ferme et solide , tandis que la veille il paraissait maîtrisé. Mais les jours suivants il a fini par être complètement soumis.
» 2!i mars. — Les expériences de ce jour ont été faites sur dix chevaux de chaque régiment. Tous les cavaliers ont compris parfaitement toutes les flexions, le ramener, etc., etc. Les chevaux se sont montrés soumis, légers, maniables, lin gris, des lanciers, nouvellement admis, a opposé de vives résistances, prenant des positions de tête difficiles à combattre. Enfin, après un quart d’heure, il a été vaincu , et, Ters la fin delà leçon, il se livrait facilement.
• 25 mars. — Mêmes opérations que la veille, obéissance plus passive chez tous les chevaux déjà mobilisés. Un cheval normand du 5m*, âgé de sept ans, a été amené ce jour-là; ce cheval opposait, pour défenses, des ruades , des sauts réitérés , lorsque le cavalier l'enfourchait ; après la mobilisation de pied ferme par ïl. Baucher, et un mouvement rétrograde longtemps continué, il s’est amendé, et à la fit) de la leçon il était à moitié tournis.
» 26 mars. — Continuation des épreuves sur les mêmes chevaux , amélioration dans la souplesse , la régularité des flexions et des mouvements.
Défenses moins grandes chez ie cheval normand , qui la veille était intraitable.
d La séance terminée par des fl ci ions d’ensemble, par le reculer et par quelques mouvements de pied ferme, aui indications de M. Bauchcr.
» 27 mars. — D'abord même travail que la veille; ensuite, travail h volonté , au trot , les chevaux conduits avec le filet. Pas de résistance ; légèreté évidente chez presque tous les chevaux ; mais obligation de revenir parfois , pour certains , à la mobilisation de pied ferme.
> Le rueur, cité plus haut , s'est moins défendu. La résistance morale surtout a cédé en partie.
» 28 mars. — Le travail a continué, comme les jours précédents , pour confirmer les chevaux qui se sont montrés plus souples généralement ; quelques-uns , cependant, ont encore opposé de légères résistances, tels que le gris , des lanciers, dont il a été parlé.
» La reprise au tiot , à volonté , les chevaux conduits avec le filet , a été satisfaisante.
» Mobilisation d'ensemble à la fin de la séance.
» lui garde municipale , sur sa demande d'étre associée aux expériences, a envoyé plusieurs officiers et sous-officiers avec leurs chevaux, présentant, pour la plupart, quelques difficultés sous le rapport du ramener; dès le premier jour il y a eu amélioration.
> 29 mars. — Même travail que le 28. Amélioration sensible dans les progrès des hommes et des chevaux.
» 30 mars. — Les chevaux , dans cette séance , se sont montrés généralement dociles , bien disposés et légers. Les flexions à pied et à cheval ont été très-bien faites. Dans les mouvements, on a remarqué encore quelques contractions d'encolure qui tenaient probablement au peu d’habitude des hommes dans la pratique de la méthode.
> Enfin , les chevaux ont été conduits avec la bride è toutes les allures et ont bien donné dans la main.
> Le galop a été commencé sur les grandes pistes , les chevaux se sont montrés légers et obéissants.
» Il y a eu grande amélioration chez le rueur, qui, monté par un élève distingué de M. Baucher, a souffert , sans oser se défendre , les attaques de l’éperon.
p 31 mars. — Mêmes opérations que la veille , travail au trot et au galop alternativement. Grande amélioration en tout; les chevaux étaient presque dressés.
> 1" avril. — Le travail suspendu à cause du mauvais temps.
» 2 avril — Le travail a été repris comme les jours précédents, mais
les cavaliers ayant le sabre, ce dont les chevaux n’ont été nullement impressionnés.
J avril. — Les expériences de la journée ont laissé peu à désirer. Les chevaux légers , et parfaitement obéissants , ont exécuté les mouvements à toutes les allures et peuvent entrer dans les rangs de l’esca Jron.
Voilà donc les résultats accomplis en treize jours et même moins pour certains chevaux. Les faits parlent, ils sont concluants. Obtenir en quelques jours ce que l'on gagnait en six mois, un an, est un avantage immense que la cavalerie se plaira à reconnaître. Faire de chaque cavalier, quel qu’il soit, l'instructeur de son cheval, en est un autre non moins grand. Propager le goût de l'équitaliun par l'attrait qu’elle a pour tous ceux qui la pratiquent, c’est encore un des bienfaits que doit répandre la méthode de M. Baucher.
» Chaque innovation a scs détracteurs, chaque perfectionnement a ses opposants. On sait déjà que le système en question soulève des jalousies , des susceptibilités, et opère une quasi-révolution dans le monde hippique. Tour démolir l'œuvre de l'habile écuyer, certains adversaires s'efforcent de lui donner le cachet d'une imitation des Pignatel , des l’Iuvinel , des New- . caslle, des la Guérinière , des d’Auvergne , des Chabannes, etc., etc. Sans doute, ces hommes habiles ont prêché l’assoupli>sement et l’équilibre, mais ont-ils indiqué les moyens d'exécution , ont-ils enseigné uue théoi ie aussi lucide, aussi nette, aussi bien raisonnée que celle de M. Baucher? Ont ils tous , ainsi que lui , joint l’excmp'e au précepte ? et leurs disciples d'aujourd'hui, choqués du progrès qui s’annonce, pourront-ils, en hardis concurrents, entrer dans l'arène et manier leurs chevaux comme le nouveau maître de l’équitation , en tirer un parti aussi étonnant , aussi prodigieux , quelle que soit d'ailleurs leur construction ? Non ; je ne le pense pas. La méthode de M. Baucher doit faire école, parce qu'elle s’appuie sur des principes vrais , fixes , rationnels et motivés ; tout en elle est mathématique cl peut se rendre par des chiffres. A lui donc appartient la nouvelle époque qui commence , à lui la gloire d'avoir mis le cheval dans la dépendance complète de son cavalier, en paralysant toute résistance, toute volonté , et en remplaçant les forces instinctives par des forces transmises.
» Mais, pourrait-on objecter, cette espèce de captivité 5 laquelle la nouvelle méthode veut soumettre le cheval ne nuira-t elle pas à sa conservation , ne sera-t-elle pas la source d'une ruine prématurée? A cela il est facile de répondre par une comparaison qui nous semble concluante : lorsque tous les rouages d'une machine sont bien engrenés, que chacun fournit son contingent d'action, il y a harmonie, parlant nécessité d'une force moindre. De même lorsque dans un corps organisé , on est parvenu
à obtenir la souplesse , le liant dans toutes les parties , l'équilibre devient facile , il y a souplesse , légèreté et par conséquent diminution de fatigue.
» Loin de ruiner le cheval , la nouvelle méthode n'a-t-elle pas l'avantage d'èire un puissant auxiliaire pour le développement des muscles, surtout dans un jeune sujet?
» La vitesse , la franchise des allures , pourrait demander encore la cavalerie, ne souflriront-elles pas de l’emprisonnement dans lequel le nouveau système semble tenir le cheval? Non, car l’animal jouit, même dans le rassembler , de toutes ses facultés locomotrices , il est parfaitement à son aise dans les aides et dans sa position d'équilibre, ce qui oblige tous les muscles à fournir leur quote-part dans l’action.
» Cette question nous amène il parler des bornes que l’auteur du système , toujours exact et rationnel dans les idées comme dans son dire , prétend dunnor à l'équitation militaire. Ces bornes ne dépassent pas l’instruction élémentaire à laquelle le cheval de troupe doit être soumis , c’està-dire qu’elles ne vont que jusqu’au ramener; car, alors, le cheval est dans la main , il est en équilibre , conséquemment léger , obéissant ; constamment à la disposition de son cavalier : que veut-on de plus, surtout à la guerre ?
» Quant à l’équitation satanle, à la haute école, là, il n’v a pas de limites ; le plus habile va le plus loin. Le tact , l’intelligence , le raisonnement assurent le succès. C’e-t grâce à ces qualités éminentes, jointes à la persévérance et à l'étude , qu’a grandi le talent de l’habile écuyer qui nous occupe et qui a tant de droits à nos sympathies.
i Faire ici l’analyse complète de la méthode de M. Bauchcr serait peut-être chose opportune; mieux vaut cependant renvoyer à sou ouvrage récemment publié, et que tout ofTicier de cavalerie doit s’empresser de lire pour y puiser de saines et véritables doctrines sur l’équitation.
» Mais, si claire, si logique que soit la théorie de M. Baucber, elle n’en aura pas moins , comme je l’ai dit plus haut, ses détracteurs , ses adversaires ; à ceux-là il faudra opposer les faits et l’évidence, qui parlent assez haut pour triompher des plus incrédules.
» Je me résume eu disant que , si , comme j'aime à le croire , la nouvelle méthode est adoptée, la cavalerie sera dotée d’une ressource immense , basée sur des moyens prompts et infaillibles pour le dressage des jeunes chevaux et des chevaux difliciles.
» L'opinion de M11. les capitaines-instructeurs des 5* cuirassiers et 3' lanciers se trouve comprise dans ce que je viens d’émettre ; comme moi ils concluent à l'adoption de la méthode, et s'unissent à moi dans
l'expression d'un sentiment de reconnaissance personnelle pour son auteur.
» Paris, le 4 avril 1842.
» Le chef d'escadrons , commmandant le manège de l'école » de cavalerie ,
* De Novital. •
RAPPORT AC LltCTESAST CESÊRAL OUMKOT, PAS M. CARRELET, ÏM.OSEL DE LA CARDE MEStr.îPALE DE PARIS.
Paris, le 6 avril 1842.
a Mon général ,
• Vous avez eu la bonté de permettre à la garde municipale d’assister aux essais faiis en votre présence par M. Baucher pour le dressage des jeunes chevaux. C'est un devoir pour moi , général , de vous adresser d’abord mes remerciments pour l'obligeance et la bienveillance que vous avez mises à accueillir ma demande.
» Conformément à voire autorisaiion , un lieutenant et un sous-oflicicr de chacun de mes escadrons, sous les ordres d'un capitaine adjudant-major, ont assisté aux 1. çons données chaque malin au quartier de l'hôtel de Sens ; moi-môme j’v suis allé souvent pour étudier les nouveaux procédés mis en usage par M. Bauchcr.
» Permettez , mon général , que je vous fasse connaître le résultat des impressions que mes officiers et moi avons éprouvées en écoutant le développement des théories de M. Baucher , et en les voyant appliquer immédiatement.
• Le système général de M. Baucher pour le dressage des jeunes chevaux consiste :
» 1° Dans la domination des forces de l'encolure ;
» 2* Dans l'annulation de ses résistances.
» Ces idées-là existent de temps immémorial , et à cet égard tons les cavaliers sont d'accord ; mais les moyens employés par M. liauchcr sont tout II fait différents de ceux mis en usage jusqu'à ce jour , et les anciens principes sur l'équitation sont presque complètement changés par les adeptes de M. Baucher. C’est presque une révolution dans l’équitation ; mais, à mon avis, il faut toujours se rendre à l'évidence des faits; toute opposition systématique n'aboutit qu'à retarder le moment de la vérité.
» En effet , suivant les anciens principes, on procédait an dressage des chevaux par des moyens successifs et très-longs. Par les procédés de M. Baurher, ou amène tout à la fois, sellés et bridés, les chevaux sur le terrain, où ils reçoivent simultanément la leçon avec le filet, la leçon avec la bride.
» Son système pour se rendre maître du cheval consiste d’abord à assouplir l'encolure, parce qu’elle est la base de toutes les défenses qui peuvent se présenter.
» Raconter ce dont nous avons été témoins depuis quinze jours serait d’un détail peu important pour vous , mon général , qui avez tout vu en artiste; le raconter pour les autres n’est pas mon affaire. Ij’ailleurs, les écuyers auxquels on parlera des leçons de .M. Baucher et de leurs résultats seront probablement , comme nous, un pnu incrédules avant d’avoir vu ; mais quand le résultat est évident , il n’y a plus moyen du ne pas croire , il faut se rendre, quelque peine qu’on éprouve à sacrifier des habitude» de trente ans , habitudes invétérées et auxquelles on a cru comme à l’Évangile.
» Pour abréger cette narration dont vous n’avez certes pas besoin (car je ne connais pas de plus juste appréciateur des hommes et des choses que vous , mon général , qui vous occupez toujours si utilement des intérêts de l’armée) , je vous dirai qu’ofliciers et sous-officiers de la garde municipale sont unanimes pour approuver les procédés de M. Baucher, appliqués au dressage des jeunes chevaux.
» Nous avons assisté à l’éducation de quarante chevaux de troupe , tous plus ou moins difficiles , et nous sommes convaincus que , par le système Baucher, ils ont été plus avancés en quinze jours qu’ils ne l’auraient été en six mois par les procédés que nous suivons habituellement.
» Je suis tellement convaincu de l’efficacité des moyens professés par M. Baucher, que je vais soumettre à ces principes tous les chevaux de mes cinq escadrons.
» Cinq chevaux de la garde municipale, plus ou moins difficiles, ont
été assouplis en huit ou dix leçons, et ramenés à la position normale, ils sont devenus calmes et ob : ssants.
» Je suis, avec respect,
• Mon général,
» Votre très-humble et très-obéissant serviteur, » Le colonel de la garde municipale,
> Carrelet. >
RAPPORT DE H. LIELTK.SA.NT GÉNÉRAL MARQl'IS Ol'DINOT, A S. EIC. M. LL MARÉCHAL MINISTRE OF. LA GUERRE.
Paris, le 7 avril J 842.
« Monsieur le Maréchal,
» Conformément aux instructions contenues dans votre lettre du 11 mars dernier, il a été fait à Paris, sur la demande de M. Baucher, une série d'expériences destinées ï constater si la méthode de cet écuyer, relative au dressage des chevaux , pouvait être appliquée avec avantage aux corps de troupes à cheval.
» Ces expériences ont commencé le 21 du mois dernier ; j’ai l'honneur de vous transmettre, monsieur le Maréchal, les rapports auxquels elles ont donné lieu de la part des capitaines-instructeurs du 5e de cuirassiers et du 3* de lanciers, et du chef d'escadrons commandant le manège de l’école de cavalerie. J’y joins, en outre, un rapport du colonel de la garde municipale, qui a désiré que son corps participait à ces expériences. Les membres de la commission chargés de constater les avantages et les inconvénients de la méthode de .11. Baucher se plaisent à reconnaître que le système auquel cet écuyer a attaché son nom est destiné à abréger sensiblement l'instruction des jeunes chevaux, et à répandre le goütde l’équitation dans l’armée. Leur opinion ne se fonde pas seulement sur les résultats que présenlc la prompte instruction des chevaux dressés en leur présence d'après la nouvelle méthode ; ils basent encore leur conviction sur l'élude raisonnée qu’ils ont faite de la méthode elle-même.
• Ces officiers ont compris, ainsi que moi, monsieur le Maréchal, qu'il fallait étudier a fond le système nouveau avant d'avoir le droit d'émettre un avis consciencieux sur un sujet d'une telle importance; ils out pensé que , pour apprécier progressivement et la base et les moyens d'enseigucment que cherche à propager M. Baucher, il était nécessaire de devenir d'abord ses disciples. Aussi tous les membres de la commission montentils tous les jours à cheval avec lui dans son manège.
» S'emparer des forces instinctices du cheval, les subordonner aux forces transmises par le cavalier, à l'aide d’assouplissements qui détruisent les moyens de résistance et d'opposition; combattre enfin la mauvaise répartition des forces de l’animal et la raideur produite par une mauvaise conformation, telle est en substance un système auquel son auteur a consacré vingt années de méditation et de travail, un système dont les règles sont, pour ainsi dire, mathématiques, et qui est établi sur les lois naturelles. Scs principes mis au jour par M. Baucher sont un grand et incontestable progrès. Cette conviction, monsieur le Maréchal , s'affermit de plus en plus dans l’esprit des membres de la commission. A mesure qu’ils approfondissent la méthode, ils en apprécient mieux la supériorité, supériorité sanctionnée déjà par des faits concluants. Quinze jours ont suffi pour que le système appliqué à de jeunes chevaux complètement ignorants ou réputés difficiles, et même vicieux, les mita même de travailler avec régularité b toutes les allures, isolément et dans les rangs, les hommes entièrement armés et équipés, les chevaux chargés.
a MM. les membres du comité de cavalerie se sont transportés sur le terrain des exercices , et ont été témoins d'un résultat qui a dépassé leurs espérances et les miennes. Aujourd'hui, monsieur le Maréchal, on peut assurer que l’expérience est consommée. Elle l’est en ce seus du moins que la partie élémentaire de la méthode , c’cst-b-dire celle qui consiste à demander aux jeunes chevaux l'obéissance indispensable pour le trava 1 militaire peut recevoir une facile application dans les corps de cavalerie. Toutefois, monsieur le Maréchal, si celte métiiode, à la portée des intelligences ordinaires, est de nature b avancer l'instruction des jeunes cavaliers et des chevaux neufs, si elle enseigue b tirer un grand parti des chevaux, parce que tout y est défini, gradué et raisonné, cependant ce n’est que par une étude approfondie et par une longue pratique que les instructeurs pourront parvenir b vaincre certaines difficultés considérées jusqu'b ce jour comme insurmontables. Pour que le système de M. Baucltcr produisit dans l’armée tous les avantages qu’on peut en attendre , il serait nécessaire qu’un certain nombre d’instructeurs, appelés b le propager ensuite, y fussent initiés d'une manière aussi complète que possible.
» J’ai en conséquence l'honneur de vous proposer de prescrire :
» 1° Qu’au rclour à Saumur du commandant du manège de l’école, les jeunes chevaux soient dressés conformément à la nouvelle méthode, et que des observations soient faites sur les avantages ou les inconvénients qu’elle présente ;
» 2” Que dans le 5” de cuirassiers et le 3"” de lanciers l'application de celte méthode se continue ;
» 3° Que les divers corps de cavalerie, dans un rayon de vingt-cinq lieues autour de Paris, détachent, pour deux mois environ, le capitaine instructeuret un officier, qui viendraient étudier le système de 51. Baucher. Ces officiers devraient être sous les ordres du lieutenant-colonel d'un des deux régiments de cavalerie en garnison 3 Paris.
» Afin que le chef d'escadrons commandant le manège de l’école soit plus que personne familiarisé avec ce système, Votre Excellence trouvera sans doute convenable qu’il revienne, vers le 1" mai, passer à Paris le temps nécessaire pour le posséder entièrement.
» Enfiu, 3 défaut de M. Baucher lui-même, il serait utile que son fils passât au camp de Lunéville les mois de juin, de juillet et d’août. Le commandement de ce camp m'ayant été confié, je pourrais alors faire appliquer sous mes yeux la nouvelle méthode d’équitation. 11 serait facile également d'y appeler les capitaines instructeurs et un officier des régiments qui sont en garnison dans un rayon d'une viugtaine de lieues.
d Jusqu'à présent, nions curie Maréchal, 51. Baucher n'a voulueulcndre parler d'aucune rétribution. Son ambition est d'être utile 3 1 armée, et de reculer les bornes d’un art pour lequel il est passionné. Si, comme je le crois fermement, sa méthode peut abréger l’instruction des troupes 3 cheval, nne indemnité pécuniaire sera évidemment impuissante pour récompenser un tel service. Mais, malgré le désintéressement de 51. Baucher, le département de la guerre ne doit pas disposer, comme aujourd'hui, de son temps sans qu’il reçoive en retour une rétribution. A vous seul, monsieur le .Maréchal, il appartient de résoudre cette question. Le désintéressement de M. Baucher est tel que la solution ne saurait entraîner de difficultés.
» Mais avant de vous prononcer snr ces dispositions, il est indispensable, monsieur le Maréchal, que le système nouveau soit soumis 3 votre appréciation. Comme toutes les doctrines que l'on veut substituer aux idées généralement admises, il rencontrera de l'opposition et des résistances; aussi doit-il être jugé directement par un ministre qui a déjà doté la France de grandes institutions, et qui seul est assez puissant pour le protéger contre les attaques de l'ignorance, de la routine ou même de i'envie.
DigitizccHty Cooflle
» Voire Excellence m’a fait l'honuenr de m'écrire, sous la date du 5 de ce mois, que son intention était d’assister elle-mOine, accompagnée des officiers généraux de cavalerie en ce moment il Paris, au travail que dirige M. Baucher. Je vous prie très-instamment, monsieur le Maréchal, de vouloir bien déterminer le plus tôt possible le jour où les expériences devront avoir lieu sous vos yeux.
» Je suis avec respect,
» Monsieur le Maréchal,
• De Votre Excellence,
» Le très-humble et très-obéissant serviteur,
» Le lieutenant général > Marquis OUDIKOT. •
LETTRE DE S. EXC. LF. MARÉCHAL SOCLT, MÜVISTRF. DE LA «ERRE, A M. LE LIEUTESAXT GÉNÉRAL XARQnS OCDINOT.
Paris, le 0 avril 1843.
« Général, par la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m'écrire le 2 de ce mois, vons m’informez que les expériences de la méthode Baucher, soumise à la commission que vous présidez, ont commencé le 21 mars dernier; qu’illes seront terminées du « au 10 du courant, et que déjà les expériences de cetle méthode font présager des résultats favorables, surtout dans sa partie élémentaire ; vous terminez en exprimant le désir que j’accorde quelques instants aux exercicesqui ont lieu, et que je sois accompagné par les officiers généraux de cavalerie présents à Paris, afin qu’ils soient ainsi à même de se former une opinion sur un mode d'instruction qui vous parait avoir beaucoup d'avenir.
» J'ai lu avec satisfaction les détails que vous me donnez sur les premiers essais qui ont eu lieu en votre présence.
» Je m’empresse, d’ailleurs, de vous informer que je me rendrai avec plaisir au vceu que vous m'exprimez d’assister à l'une de vos plus prochaines
expériences, accompagné de MM. les officiers généraux de cavalerie; je vous préviendrai à l'avance du jour que j’aurai fixé.
» Le président du conseil,
> Ministre secrétaire d’État de la guerre,
> Maréchal duc Dë Dalmatie. >
LETTRE DE M. LE LIEUTENANT GÉNÉRAL MARQUIS OUDINOT, A M. BALCnER.
Paris, le 21 mai 1812.
* « M. le Maréchal ministre de la guerre me fait savoir, Monsieur, sous
la date du 20 mai, qu’il a lu avec beaucoup d'intérêt le rapport que je lui ai transmis sur les expériences qui ont été faites à Paris, à l’effet de constater si votre méthode d’équitation devait être appliquée avec avantage aux corps des troupes à cheval.
» Le ministre me charge de vous exprimer tous ses remercîments pour le zèle et le désintéressement dont vous avez fait preuve jusqu’à présent dans l'intérêt de l'art et de l'armée. Toutefois Son excellence ne peut et ne doit pas continuer de disposer de votre temps sans vous accorder en retour une juste indemnité. Elle aurait désiré que les crédits mis à sa disposition permissent d'organiser sur une échelle étendue la continuation des expériences de votre méthode; mais les règles qui régissent la spécialité de l'emploi de ces crédits ont apporté des obstacles à la réalisation de ses intentions.
» La commission que je préside a été d’avis qu’il y aurait lieu de vous allouer une indemnité de 5 francs par jour pour chaque officier qui monterait à votre manège, et elle a en même temps proposé à M. le ministre de détacher à Paris pendant deux mois le capitaine instructeur et un officier des régiments placés dans un rayon de vingt-cinq lieues autour de la capitale. Celte disposition s’appliquerait naturellement aux régiments en garnison à Chartres, Rcauvais, Provins, Versailles, Melun, Compiègne,
Meaur, Saint-Germain et Fontaineblcaa. Les vingt officiers de ces dit régiments et les six officiers des trois régiments stationnés à Paris, montant chaque jour à votre manège, auraient occasionné une dépense journalière de 130 francs. La situation du budget et l’absence de tout crédit spécial pour une dépense de cette nature n’ont pas permis d’accueillir cette proposition comme elle était formulée, et M. le Maréchal ministre de la guerre a pensé qu'en se bornant à faire monter ces vingt six officiers tous les deux jours, il atteindrait le double but de ne pas compromettre le succès des expériences, et de renfermer la dépense dans des limites étroites et nécessaires. Cette disposition sera de ma part l'objet d'une observation ; je préviens le ministre que j’ai autorisé les officiers à monter tous les jours, sauf à abréger le temps de leur séjour à Paris.
» J’ai demandé également que M. votre fils fût autorisé à se rendre à Lunéville, afin que je puisse, en qualité de commandant du camp, y faire faire sous mes yeux l’application de la méthode. J'ai exprimé en outre le désir que le capitaine instructeur et un officier des régiments qui sont en garnison dans un rayon d’une vingtaine de lieues de cette place y fussent appelés pour être initiés à notre système. Ces propositions, qui ont pour but et qui auront pour résultat de mettre le plus grand nombre de régiments possible é même d'appliquer, s'il y a lieu, la méthode en cours d’essai, ont paru à M. le Ministre susceptibles d’être accueillies.
» Bien que je considère l’expérience qui a été faite sous ma direction comme concluante, surtout en ce qui concerne le dressage des jeunes chevaux, et bien que M. le Ministre apprécie aussi ces résultats, S. Exc. pense cependant, d’accord avec la commission, qu’il est nécessaire de continuer les essais. En effet, votre méthode, fut-elle même jugée définitivement par la commission, et dut-elle réaliser tous les avantages que vous en attendez, ne saurait s'imposer h l'opinion publique. Elle aura ses opposants dans l’armée comme dans la classe civile; c’est le sort de toute idée nouvelle. Il faut doned'abord qu'elle se fasse connaître, qu’elle se propage, et qu’elle soit généralement adoptée avant que le département de la guerre consacre et légalise cette adoption.
> Je vous annonce donc , Monsieur, que, d'après ces considérations , M. le maréchal ministre de la guerre a arrêté les dispositions ci-après :
» 1* Les jeunes chevaux de l’école de cavalerie seront dressés d'après la méthode Bauchcr, sous la direction de 31. le chef d’escadrons commandant le manège, qui recevra en temps opportun l’ordre de revenir à Paris, pour se familiariser de plus en plus avec ce système de dressage ;
» 2° L'application de la méthode sera continuée dans le 5"" de cuirassiers, dans le S”* de lanciers, dans le 3“* d'artillerie et dans la garde mu-
nicipale. Elle sera introduite dans le 5“* do dragons, nouvellement arrivé à Paris ;
» 3' Los régiments de cavalerie et d’artillerie stationnés dans un rayon de vingt-cinq lieues autour de Paris détacheront pour deux mois le capitaine instructeur et un lieutenant, qui viendront étudier la méihode Baucher. Le lieutenant sera, autant que possible, choisi parmi ceux qui ont suivi le cours de l'école de cavalerie , soit comme officiers d'instruction, soit comme officiers élèves.
u Ces officiers seront placés sous les ordres et la direction de M. Grenier, chef d’csradrons au 9“* cuirassiers.
• U° iM. Baucher fils se rendra au camp de Lunéville, il y séjournera pendant les mois de juin, juillet et août. Les capitaines instructeurs et un lieutenant des corps de troupes à cheval stationnés à Toul, Nancy, Hagncnau, Épinal, Strasbourg, Schelcstadt, Sarreguemines, Commercy, Colmar, Saim-Mihiel et Verdun , seront appelés à Lunéville pendant les mêmes mois pour y étudier le système Baucher. Ces officiers seront placés sous les ordres et la direction de M. Menuet, chef d'escadrons an 2“ de cuirassiers ;
i 5° M. Baucher fils recevra une indemnité de 500 francs par mois, payables sur les frais de la remonte générale ;
> 6° Cha un des corps de troupes à cheval et des établissements d« remonte recevra deux exemplaires de votre ouvrage intitulé : méthode d'équitation bâtée sur de nouveaux principe^ ;
» 7' Vous recevrez une indemnité de 5 fr. par jour pour chaque officier qui montera dans votre manège.
» Les dispositions que je viens de vous communiquer prouvent, Monsieur, que M. le ministre de la guerre veut que l’armée mette b profit les progrès que vous avez fait faiie a l’équitation. Je m'applaudis d’élre appelé b seconder les intentions de M. le Maréchal, et vous me trouverez en toutes circonstances disposé à rendre justice 5 un talent que chaque jour j'apprécie davantage.
» Recevez, je vous prie. Monsieur, l'assurance de ma considération particulière et de mes sentiments distingués.
» L : lieutenant géuéral s Marquis Uum.xQT. >