‹ Œuvres complètes de F. BaucherChapitre 6 sur 183 · ÉCOLE ROYALE DE CAVALERIE · texte numérisé non relu

ÉCOLE ROYALE DE CAVALERIE

SIXIEME ET DERNIER RAPPORT SUR LES EXPÉRIENCES DK LA NOUVELLE MÉTHODE D'ÉQUITATION UE M. DAUCIIER.

€ Les premiers essais sont terminés. Les mouvements principaux de l’école de peloton à cheval , la course des télés , la charge , ont complété le travail. Ainsi , trente-cinq leçons ont suffi pour parfaire l'instruction des chevaux dociles ou rebelles qui m’ont été confiés. L’ébauche du cheval , c’est-à-dire le travail eu bridon prescrit par l’ordonnance, réclamait à lui seul un laps de temps plus long , au bout duquel on osait à peine prendre la bride. Sous ce rapport , le nouveau système est d’une immense utilité pour la cavalerie.

» Mais la promptitude avec laquelle on peut mettre des chevaux neufs dans les rangs n’est pas le seul avantage que présente la nouvelle méthode ; elle garantit , en outre , la conservation du cheval ; elle développe ses facultés et ses moyens j ceux-ci grandissent par l’harmonie, par le rapport des forces entre elles , par leur usage rationnel et opportun. Ce n’est pas l’emploi immodéré de la force qui fait triompher d’un cheval rebelle , mais l’emploi bien combiné d’une force ordinaire. Le système Bauchcr doit être regardé comme éminemment conservateur , puisque le dressage bien gradué, bien combiné, ne peut avoir de fâcheuses influences sur le physique du cheval , et que , dans son emploi, ses forces étant à la disposition du cavalier, c’est celui-ci , dispensateur absolu de ces mêmes forces, qui devient responsable de la durée ou de la ruine prématurée.

» La vitesse des allures a été mise en doute et contestée. En effet, si on voulait lancer à la charge le cheval complètement ramené, il perdrait sans doute de son impulsion. Quant aux allures ordinaires, au trot allongé même, le cheval acquiert par le ramener une nouvelle vigueur, et la citation de l’auteur de la méthode, relative à celte allure, se vérifie très-bien par l’expérience; elle prouve, en outre, que les allures ne pourront que gagner en régularité et en précision, condition première de la rectitude des

manœuvres, des bonnes marches et de leur prolongation avec moins de fatigue.

» La docilité qu'acquiert le cheval soumis à la mobilisation est chose digne de remarque. Lès le premier jour, pas un seul des chevaux qui viennent d’élre dressés par la nouvelle méthode n'a été impressionné, ni par le feu, ni par les armes ou autres bruits de guerre ; le cheval est tout à son cavalier.

» Cependant l'application de la nouvelle méthode n’est pas sans difficultés, surtout pour ceux qui sont peu disposés au zèle, à la persévérance qu’elle réclame. Ces qualités sont une condition indispensable pour réussir. Si elles n’existent pas généralement, espérons qu’elles ne manqueront pas de se développer avec le goût que fera renaître l’introduction d'un progrès si utile à la cavalerie. Il 11e faut qu'essayer du système pour s’y livrer avec ardeur; il est entraînant, il séduit et absorbe ceux qui le comprennent, qui en ont mûri la théorie si claire, si rationnelle ; je dirai plus, grâce à cette théorie, l’équitation, considérée jusqu'il présent comme un art, devient une science exacte.

» Les expériences terminées aujourd'hui et qui font l’objet de ce rapport 11c militent pas siules en faveur du système de M. Baucher; celle* que l'on continue sur les autres catégories de chevaux témoignent aussi de ses avantages, et fourniront, sans aucun doute, des preuves plus frappantes encore par les difficultés plus grandes qui seront vaincues.

» Je me résume en disant que la nouvelle méthode doit être un grand bien, une amélioration incontestable pour la cavalerie. L'instruction élémentaire, applicable aux chevaux de troupe, sera facile et intelligente pour tous les cavaliers. Quant à l'équitation tarante, dite haute école, elle sera du domaine des officiers et des sous-officiers hors du rang, et aura, comme partout, pour base riutclligence, l'aptitude et le raisonnement, qualité indispensables pour en reculer les limites. L'école de cavalerie, terre classique de l'équitation, trouve déjà dans ce progrès un nouvel aliment à son zèle ; jalouse des intérêts et de la prospérité de la cavalerie, instituée pour concourir à ses progrès, elle regarde généralement le système Baucher comme un bienfait et une nouvelle source de succès.

» Je fais donc des vœux pour l’adoption de la nouvelle méthode, et je désire ardemmeut sa prompte introduction dans la cavalerie.

» Saumur, le C août 1312.

Le chef d’escadrons commandant le manège de l'école de cavalerie,

• De No uval. •

{ Elirait du Spectateur militaire , 199“* livraison . )

ESSAI FAIT AO CAMP DF. LOttftVILLE DE LA NOUVELLE METHODE d'ÉOLTTATKW SOLS LA DIRECTION DE H. DAlCUEl FILS.

« Il est des choses que tout le monde dit parce qu'elles ont été dites une fois. Cette véri'é, mise en évidence par .Montesquieu, est particuliérement appliquablc à l'équitation en France. On répète sans cesse que le Français n’est pas cavalier : ce reproche est loin d'étre entièrement fondé. Notre pays produit peu de chevaux, et n'étant pas de bonne heure familiarisés avec eux, nous ne leur accordons pas toujours les soins assidus et affectueux qui assurent le bon entretien de ce précieux animal ; cela est incontestable; mais le Français est cavalier en ce sens qu'il est adroit, agile, et qu'il possède au plus haut degré la hardiesse et l'intelligence. Aussi, sans parler de la cavalerie, qui fit faire parmi nous de grands progrès li l’équitation, il faut reconnaître qu’à toutes les époques ce sont plus particulièrement les écuyers français qui ont reculé les bornes de l’art : pour le prouver, il suffit de rappeler les noms de l’luvinel, delà Guérinière, de Dupaty de f.lam, de Lubcrsac, de Bolian, de Chabannes, etc. Tous ces hommes, et beaucoup d’autres que l’on pourrait citer, ont justement acquis une grande célébrité. Cependant il n’en faut pas conclure qu’après eux l’équitation doive rester stationnaire. Elle est susceptible encore de grands et importants perfectionnements.

» Passionné pour une science qui, depuis son enfance, est de sa part l’objet d’études aussi fructueuses que persévérantes, H. Bauchcr, après avoir obtenu du cheval une soumission en quelque sorte magique, n’a pas voulu profiler seul de ses méditations; il les a nettement formulées, et sa méthode écrite est aujourd’hui entre les mains de tous ceux qui s’occupent d’équiiation.

■ Lorsque tout indique qu’elle est appelée à faire une sorte de révolution, le ministre de la guerre ne pouvait pas la laisser grandir et se propager sans savoir qnels avantages l’armée pouvait en retirer. Sur la proposition du comité de cavalerie, M. le maréchal duc de Dalmatie a décidé que l’application de cette méthode serait faites Paris, àSaumur et à Lunéville, par des officiers instructeurs des différents corps des troupes à cheval ; et afin qu’une direction uniforme et méthodique fût donnée à cc travail, il a

Dit

prescrit dans ces différentes localités que des commissions seraient formées sons la présidence du général Oudinot.

> Nous sommes parvenu à nous procurer un extrait du rapport qui a été adressé à cet ofGcier général par la commission qui avait été spécialement chargée d'examiner à Lunéville la question dans tous ses détails. Ce rapport aura d’autant plus d'intérét pour nos lecteurs, que la nouvelle méthode est sujette à controverse, comme toutes les innovations. Les observations de la commission répondent à toutes les objections ; elles sont le résultat de l’expérience, car la méthode a été appliquée sur une grande échelle, pendant plus de trois mois, au camp de Lunéville.

» La division de dragons et les instructeurs des différents corps de troupes à cheval qui faisaient parti du camp devaient exécuter, d’après les principes de la nouvelle métliodc, en présence de LL. AA. RR. les ducs d’Orléans et de Nemours, des exercices équestres qui auraient eu plusieurs milliers de spectateurs. L’événement funeste qui a enlevé à la France le Prince royal n’a .pas permis que l’on donnât â ce travail l’éclat qui lui était destiné. Cependant M. le duc de Nemours, voulant juger par lui-même des résultats obtenus, a fait faire devant lui une partie des exercices. »

A M. LE LIEUTENANT-GÉNÉRAL MARQUIS OUDINOT, COMMANDANT LE CAMP DE LUNÉVILLE, ETC.

Rapport de la Commission chargée de constater les résultats obtenus par l'application de la nouvelle méthode d'équitation de M. Boucher, et de réviser l’instruction provisoire pour dresser les jeunes chevaux.

« Mon Général,

• La commission à laquelle vous avez confié le soin de constater les résultats obtenus par l’application de la nouvelle méthode d’équitalion de M. Baucher, et de réviser l'instruction provisoire pour dresser les jeunes chevaux, rédigée â Paris et imprimée h Lunéville par vos ordres, a l’honneur de vous présenter son travail. Elle croit devoir y joindre une analyse succincte de cette méthode, et l’exposé des motifs qui l’ont engagée â apporter des modifications à la rédaction de i instruction provisoire.

» Les principes de la nouvelle méthode d'éqnitation ont été. appliqués avec le plus grand soin par les officiers instructeurs envoyés à Lunéville ; ce travail a eu lieu sous la direction du lieutenant-colonel de Mcrmet, et en présence de M. Baucher fils, dont le dévouement et l’cipéricnce ont aplani toutes les difficultés.

» Les épreuves sur les chevaux des officiers détachés à Lunéville, et sur les jeunes chevaux des régiments de dragons du camp, permettent h la commission de porter un jugement raisonné et définitif sur l’ensemble de la nouvelle méthode.

■ Ce nouveau système a pour but de placer le cheval dans la dépendance absolue du cavalier, auquel il doit abandonner sans effort le libre emploi de ses forces. Pour arriver à ce résultat, il faut d'abord combattre les résistances qui tiennent presque toujours à des causes physiques, et placer ensuite le chctal dans les conditions les plus favorables aux mouvements qu'on veut lui faire exécuter ; résultats qui s'obtiennent par :

» Les assouplissements, la mise en main, les effets d'ensemble, un emploi combiné des aides supérieures avec les aides inférieures.

b C'est en appliquant à propos ces trois moyens d'action que l’on parvient à remplacer les forces instinctives par des forces transmises, c’est-àdire par substituer la volonté de l’homme à celle du cheval, ce qui constitue l’art de le dresser.

b La commission, en conservant le même nombre de leçons que l'instruction procisoire, a cru devoir en régler la composition ainsi qu'il suit ;

PREMIÈRE LEÇON

Page 1