‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 2)Chapitre 13 sur 42 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Progrès de la révolution politique.

Il y a encore, bien qu'en petit nombre, de bonnes gens qui s'imaginent que deux ou trois hommes, dans leur cabinet, en arrangeant symétriquement quelques articles qu'ils appellent fondamentaux, ont créé une société, décidé toutes les grandes questions qui agitent les esprits, et fixé à jamais les destins du monde. Rien ne trouble leur quiétude : ils mit des yeux et ne voient pas ; des oreilles et n entendent pas : ce sont les heureux du siècle des lumières. Mais il s'en faut beaucoup que la masse du peuple partage cette idiote sécurité. Une secrète inquiétude , de vagues alarmes, et comme un triste pressentiment de nouveaux désordres et de calamités nouvelles, voilà au contraire ce que l'on trouve presque partout. La plus simple réflexion suffit pour faire comprendre que l'état présent ne sauroit durer , que nous marchons vers une catastrophe. Chaque jour des voix indépendantes l'annoncent ; elles en indiquent les causes, elles expliquent par quelles voies on y sera conduit (1). Les révolutionnaires seuls affectent de croire

(1) Voyez l'ouvrage de M. Cottu, intitulé : Des moyens de mettre la Charte en harmonie avec la royauté.

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à la stabilité de ce qui est. Us se rient de la crainte générale qu'inspire leur ascendant toujours plus marqué. Quiconque soulève un coin du voile qui nous cache l'avenir, devient aussitôt l'objet de leurs accusations hypocrites; et pour eux, prévoir c'est conspirer. Écoutez-les, jamais la France ne fut plus tranquille, ni son gouvernement mieux affermi. Qui songe aujourd'hui à des changemens ? Et cependant ces changemens auxquels nul ne songe, ils les provoquent sans relâche dans leurs pamphlets, dans leurs journaux, à la tribune même ; et dès que le pouvoir s'arrête , ou paroît vouloir s'arrêter, dans la route qu'ils lui tracent impérieusement, ils grondent , menacent, et lui montrent la mort à côté de la résistance. * Mais pour se faire une idée nette de notre position sous ce rapport, il est nécessaire de remonter plus haut et jusqu'à l'époque où la Providence rappela de l'exil la famille de nos anciens rois. Nous ne chercherons point ce qu'auroit pu être la restauration, nous dirons ce qu'elle fut. Au lieu d'établir une monarchie, on constitua, comme nous l'avons prouvé ailleurs (1), une république démocratique, afin de concilier le passé et le présent, ainsi que l'expliquoient les habiles. La puissance souveraine appartint au présent ; le passé accepta en échange une fiction : et de là cette belle harmonie qu'on a vue depuis qua-

(1) Delà religion comidérée dans ses rapports avec l'ordre politiquç efdvW, çbap. I.

torze ans, et cette paix qui, nous assure-t-on, ne doit être rien moins qu'éternelle.

Le premier résultat d'un traité semblable, qui laissoit indécise pour le grand nombre la nature du gouvernement, dut être de produire une double tendance, une double action dans l'État : et si c'est là ce qu'on entend, lorsqu'on dit que l'opposition est de l'essence même du gouvernement représentatif, on a toute raison. Deux principes se combattent dans la république qu'on nous a créée, le principe des institutions, radicalement démocratique, et le principe de la monarchie despotique de Louis XIV. Il étoit, quoi qu'on fît, aussi impossible d'éviter cette lutte, que d'empêcher deux forces opposées et coexistantes de tendre à se développer et à prévaloir.

Quand donc les deux partis entre lesquels la France se divise, se sont mutuellement reproché des vues contraires au strict maintien de l'ordre, ou du désordre établi, ils n'ont, de part et d'autre, rien dit que de très vrai, en ce sens que les royalistes favorisent de leurs vœux et de leur influence le développement de la royauté telle qu'ils la conçoivent, comme les libéraux favorisent le développement de la démocratie. Seulement on a eu le tort fréquent de trop attribuer aux desseins prémédités des hommes, ce qui n'est que la conséquence et l'effet naturel des choses.

En général les hommes, même les plus forts, ne sont jamais que des instrumens à peu près passifs d'une cause supérieure indépendante de leur pensée et de leur volonté propre : placés au milieu du mou-

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vement qui emporte la société, ils le hâtent, mais ne le produisent pas.

Bien que la religion ne prît ni ne pût prendre aucune part directe à la guerre intérieure des partis, elle devint pour chacun d'eux, quoiquà divers degrés, quelque chose d'étranger, de gênant, d'hostile même, à raison des erreurs qu'ils professoient, et qui, implicitement ou explicitement, dirigeoient leur action. Le christianisme ne réprouve aucune forme de gouvernement , il s'allie à tout genre de police ; mais par ses maximes et par son esprit, il est souverainement incompatible avec les doctrines d'anarchie et les doctrines de despotisme. Il ne pouvoit dès-lors éviter d'être en butte aux attaques du pouvoir et des ennemis du pouvoir. L'abolir étoit impossible, on essaya de l'asservir. Tout servit à ce dessein, et la protection même. On en verra des exemples plus tard. Mais, chose remarquable î jusque dans la persécution qu'elle eut à subir , la nécessité de la religion, ses rapports naturels, sa liaison intime avec l'ordre extérieur, se manifesta pleinement. On voulut, des deux côtés, l'attirer à soi. Le libéralisme s'efforça de la jeter dans les voies protestantes, et le pouvoir de la ramener au gallicanisme du siècle précédent ; moyens également sûrs de la détruire, mais qui montrent du moins que, dans tout système politique , elle occupe, en dépit des hommes et de leurs opinions, une place fondamentale : et encore aujourd'hui, et plus que jamais, elle est en France le terme de toutes les discussions, et le centre de tous les mouvemens.

Tè DES PROGRÈS DE LA REVOLUTION

Mais, pour nous renfermer dans le sujet de ce chapitre, il est évident que, la guerre dont nous venons de parler une fois établie , l'élément démocratique, à raison de la disposition générale des esprits , et de l'invincible force inhérente à tout ce qui sort du principe des institutions, devoit prévaloir contre une royauté non seulement affoiblie , mais en réalité purement fictive : car l'État tend toujours à se constituer sous une forme simple; et entreprendre d'allier la république et la monarchie, c'est semer des troubles sans fin, et déposer dans les lois mêmes un germe de révolution.

Le parti opposé aux intérêts du trône, a d'ailleurs, sur le fond des choses disputées entre lui et le pouvoir, un immense avantage de raison ; et ceci, c'est beaucoup ; c'est tout à la longue. Que demandent le» libéraux ? l'exécution franche et loyale de la Charte jurée par le prince. Il n'y a rien à répondre à cela.

Que demandent-ils encore? des lois complémentaires en harmonie avec cette Charte , lois également promises par le prince , et dont la nécessité est admise de part et d'autre. Il n'y a rien non plus à répondre à cela.

Mais la Charte, c'est la république ; des lois complémentaires en harmonie avec la Charte ne peuvent être que des lois essentiellement républicaines, qui développent le principe démocratique des institutions, et le fassent pénétrer, par mille canaux divers, jusque dans les dernières branches de l'administration publique. De là une opiniâtre ré^stance du pouvoir.

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qui ne se soutient devant la démocratie légale que par le despotisme administratif. Il combat pour sa vie contre les conséquences inflexibles de l'ordre qu'il a lui-même créé ; ce qui donne à ses adversaires toute la force de la logique, comme ils ont déjà la force des choses, la force de l'opinion , la force des passions, tandis qu'il s'affoiblit de jour en jour par l'apparence d'une mauvaise foi très éloignée de ses intentions véritables.

Les ministres, depuis quatorze ans, n'ont eu à tâche que de fixer ce qui existoit, quel qu'il fût, en résistant aux exigences des libéraux *et des royalistes. Un statu qtio universel a été toute leur politique. Ils semblent avoir ignoré que le monde aujourd'hui est travaillé de l'insurmontable besoin d'un ordre nouveau, qu'il s'efforce de réaliser sans le connoître; qu'on n'arrête point le mouvement progressif delà société, qu'on le dirige tout au plus, et que dès-lors il faut , sous peine de mort, que le gouvernement se décide entre les principes qui s'excluent. Les systèmes mitoyens n'ont d'autre effet que de tourner contre lui tout ce qui, dans l'État, est doué de quelque action. On profite de ce qu'il cède pour l'attaquer avec plus de hardiesse et de succès : et comme il se croit obligé, pour maintenir l'équilibre des partis, de faire alternativement pencher la balance en faveur de chacun, il s'ensuit que, s'aigrissant toujours davantage, en proportion des espérances de triomphe qu'on leur a données, on s'approche aussi toujours davantage de la crise dernière et inévitable.

Des circonstances qui ne sauroient se reproduire désormais réunirent momentanément^ il y a quelques années, toutes les forces de ce qu'on appeloit le parti royaliste. On accourut se ranger sous une commune bannière qui ne détruisoit pas mais qui voiloit les dissidences réelles. La foule éblouie et pleine d'enthousiasme s'enivra d'illusions qu'étoient bien loin de partager les hommes dont le regard perçait plus avant. Ils cherchoient en vain dans cette alliance, si brillante, les conditions qui pouvoient la rendre vraiment utile à la société. L'esprit qui ranime et qui vivifie les peuples éteints ne s'y trouvoit pas. Ce n'étoit au fond qu'une habile coalition d'intérêts, sans unité de doctrines, sans vues politiques un peu étendues, sans connoissance du mal qui ravage la chrétienté et des remèdes qu'il exige. On disoit : Livrez-nous les places, et nous ferons marcher de front, avec un concert parfait, la démocratie constitutionnelle et le vieux despotisme gallican. Les places vinrent, le reste est encore à venir.

Imbu néanmoins de ces idées , que l'on croiroit à peine avoir pu entrer dans des têtes humaines, l'ancien ministère se proposa deux choses, qui en étoient la conséquence :

l"* D'affoiblir l'opposition du parti royaliste à la démocratie;

2^ D'affoiblir l'opposition de la démocratie au pouvoir qu'on nommoit royal.

Sur ce plan, dont la réussite lui paroissoit à peu près certaine , reposoit l'espoir qu'il avoit conçu de

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se perpétuer indéfiniment; et il est manifeste, en effet, qu'en affoiblissant les diverses oppositions, il affermissoit , autant que possible, sa propre existence. Son erreur fut de se persuader que ces oppositions gênantes résidoient dans les hommes, et non dans les choses; dans quelques coteries, et non dans la nation entière: d'où il conclut que, pour les détruire, il suffisoit de les attaquer dans ceux qui en étoient les chefs et les principaux organes. De là le système de corruption et de violence qu'il adopta, et qu'il s'est obstiné à suivre jusqu'au bout avec une persévérance si aveugle. Intimider les foibles, briser ce qui résistoit , acheter ce qui étoit vénal, lui sembla un sûr moyen de parvenir à tout dominer. Mais il avoit omis de tenir compte, dans ses calculs, d'une force encore puissante , celle de la conscience et- de l'honneur : elle le renversa. Tant il est vrai que le despotisme ne sauroit aujourd'hui s'établir, sous aucune forme, d'une manière durable.

Si , à l'époque où s'organisa le dernier ministère , le libéralisme s'étoit emparé de l'administration, c'eût été un événement moins funeste pour le trône ; car il existoit encore quelque union parmi les royalistes , et il se seroit infailliblement opéré une réaction favorable à ses intérêts. Ce qui l'a surtout ébranlé, c'est le succès partiel du plan conçu par les anciens ministres. Comme, en essayant de décomposer les deux oppositions , ils agissoient au nom du pouvoir , le parti qui s'appuyoit sur le pouvoir, et qui le défendoit, a été complètement dissous. La révolution , au con- ToME 9. 6

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(raire, ménagée, flatlée, mais inaccessible, par sa nature , à Faction du pouvoir royal , est demeurée toute vivante. Elle reçut avec dédain , comme un tribut de la peur, les concessions qu'on se crut obligé de lui faire, et, toujours plus menaçante, elle ne cessa d'en exiger de nouvelles et de les obtenir, jusqu'au moment où l'administration, à laquelle elle devoit tant de reconnoissance , tomba sous le poids d'une réprobation universelle.

Alors on put mesurer l'espace qu'on avoit parcouru en six années. Il fut clair par le fait , comme il étoit déjà clair pour la raison, qu'on avoit déjà constitué en France , sous le nom de gouvernement représentatif, une grande république ; que la royauté n'étoit qu'une vaine apparence, une pure fiction ; que ne pouvant exercer aucun acte quelconque d'autorité sans l'intervention légalement indispensable du ministère , le ministère lui étoit imposé malgré elle par le véritable souverain ; que le ministère lui-même n'ayant de puissance que celle qu'il empruntoit de ce vrai souverain , il ne pouvoit agir en aucun sens avant d'avoir reçu ses ordres , ni s'écarter en rien de ces ordres une fois donnés. Il fut clair que la Chambre des pairs n'avoit eu un moment d'influence réelle et de popularité , que parce qu'un moment elle étoit devenue le point d'appui, l'asile du principe démocratique ; et dès qu'une fois il fut rentré, selon la nature des choses , dans la Chambre élective , la vraie puissance , la souveraineté , se trouva concentrée tout entière en elle. 11 fut clair enfin , un peu plus

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tard , que la Chambre élective elle-même étoit dominée par une faction qui a sa discipline , son gouvernement , ses agens partout répandus, et qui, à l'aide des journaux dévoués à ses sinistres projets, dispose de l'opinion publique libérale.

On sait tout ce qu'elle a exigé , tout ce qu'elle a obtenu , dans l'espace de quelques mois. On sait encore ce qu'elle exigera durant la session prochaine ; et chacun voit le dernier terme où la France sera conduite, sans conspiration armée, par le simple développement naturel et nécessaire du principe démocratique des institutions , qui n'est lui-même que l'expression extérieure et matérielle du principe d'anarchie qui constitue le libéralisme dogmatique.

Tout se précipite tellement vers la catastrophe an^noncée depuis long-temps par les hommes capables de prévoyance, qu'elle ne surprendra personne désormais. Le peuple en a le pressentiment. Une certaine classe d'habiles , pour les désigner par l'idée qu'ils ont d'eux-mêmes, se flattent seuls encore. Confondant les moyens de révolution qu'emploient les factieux , avec la cause même de la révolution , ils se persuadent qu'il seroit facile d'éviter celle-ci, parce qu'on peut, plus ou moins, arrêter l'action de ceuxlà. A leurs yeux, le mal vient des erreurs ou de la foiblesse de ceux qui gouvernent ; et ils s'en vont promenant leurs infatigables espérances de telle loi à telle autre loi , de tel homme à tel autre homme, qui sauveroit tout , croient-ils, si le pouvoir lui étoit confié. Ils ne voient pas que, bien qu'on puisse, à cer-

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tain degré , opposer peut-être une résistance efficace à chaque attaque particulière, il y a une attaque générale j permanente , qui renaît sans cesse d'un principe toujours subsistant, et dont le succès devient dèslors infaillible tôt ou tard , parce qu'elle n'est que la tendance , la marche progressive de la société , telle qu'on nous l'a faite. Elle voudroit s'arrêter là où elle est, elle ne le pourroit pas : et de plus , il est impossible qu'elle le veuille , car elle ne peut volontairement se fixer dans un état de désordre et de souffrance; et à mesure que cette souffrance, ce désordre croît, l'instabilité croît aussi, et la dissolution s'opère de plus en plus rapidement. Qui oseroit aujourd'hui compter sur la durée d'aucun ministère ? Celui que les circonstances ont créé , lors des élections dernières, ne se maintient momentanément que par une obéissance passive aux ordres de la faction avec laquelle il s'est allié. La menace sur les lèvres , elle le traîne muet et tremblant devant tout ce qui se présente comme un obstacle à ses desseins : elle lui commande de frapper, il frappe ; et à chaque exécution , pour son salaire , elle lui permet de vivre encore quelques instans»

Mais il faudra cependant qu'il succombe ; ses lâches complaisances ne le sauveront pas. Même en accordant tout au libéralisme dominant, il lui est impossible de le satisfaire , parce que les concessions demandées ne renferment jamais l'objet véritable , le dernier objet des vœux du parti à qui on les fait ; que toujours elles tombent sur des points qui n'ont

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(l'importance que comme moyens d'atteindre un but ultérieur; qu'elles laissent ainsi au fond des âmes le malaise qui les inquiète , les passions qui les tourmentent , et qu'enfin elles irritent de plus en plus le désir vague d'un état indéfini auquel on ne sauroit parvenir. Qu'on en juge par l'expérience : on s'est plaint de certaines mesures, de certains actes du gouvernement, puis du système entier de l'administration ; on a réclamé en des sens divers , des réformes, des lois , que chaque parti a tour-à-tour arrachées au pouvoir. Qu'en est-il résulté ? loin de s'affoiblir, le mécontentement est allé croissant. Et aujourd'hui même qu'il n'existe plus en réalité de gouvernement, qu'il est devenu l'instrument , le jouet du plus audacieux ou du plus fort, aujourd'hui que la démocratie triomphe pleinement , y a-t-il plus de calme dans ^n propre sein? Trouveroit-on, quelle que soit d'ailleurs la nature de ses opinions, un homme, un seul homme qui veuille ce qui est, et ne veuille que ce qui est? Jamais, au contraire, on n'aspira avec une si vive ardeur à un nouvel ordre de choses; tout le monde l'appelle , c'est-à-dire , appelle , sans se l'avouer et s'en rendre compte, une révolution.

Oui , elle viendra , parce qu'il faut que les peuples soient tout ensemble instruits et châtiés, parce qu'elle est indispensable, selon les lois générales de la Providence , pour préparer une vraie régénération sociale. La France n'en sera pas l'unique théâtre ; elle s'étendra partout où domine le libéralisme , soit comme doctrine , soit comme sentiment, et sous cette

dernière forme il est universel. Mais, après la crise dont nous approchons , on ne remontera pas immédiatement à l'état chrétien. Le despotisme et l'anarch e continueront long-temps encore de se disputer Tempire; el la société restera soumise à Tinfluence de ces deux forces également aveugles , également funestes , jusqu'à ce que , d'une part, elles aient achevé la destruction de tout ce que le temps , les passions. Terreur, ont altéré au point de n'être plus qu'un obstacle au renouvellement nécessaire, et, de l'autre, que les vérités d'où dépend le salut du monde aient pénétré dans les esprits, et disposé toutes choses pour la fin voulue de Dieu.

Si cette longue aîlente.paroît pénible , si , au milieu de tant de désordres et de calamités , le chrétien , foible encore, sent au dedans de soi comme une grande angoisse , qu'il se console en songeant qu'après tout l'épreuve sera courte pour lui ; que les desseins de la Providence sur les nations ne sauroient s'accomplir en un temps qui ait quelque proportion avec la vie humaine ; et que si l'homme est toujours pressé , parce qu'il mourra demain, Dieu, qui, du haut de son éternité, découvre les effets dans leurs causes, ne précipite rien , laisse agir les lois que sa sagesse a établies, et contemple à la fois et du même regard , par sa pensée qui embrasse tout sans succession de momens, les impuissans efforts de l'erreur et du mal qui s'agitent un instant pour prévaloir, et le triomphe éternel de l'ordre et de la vérité.

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