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générations successives passeront, avant que les peuples y soient complètement préparés : en second lieu que l'intervention de la puissance civile , et en général tout moyen de contrainte , loin d'en hâter le progrès, n'auroit d'autre effet que de la retarder indéfiniment. Elle ne sauroit être réelle et durable , qu'autant qu'elle sera le fruit d'une profonde persuasion. Il s'agit de changer non l'état matériel des choses, mais l'état des intelligences. Élevez au-dessus des ruines de la civilisation chrétienne le sacré flambeau de la vérité; qu'il brille à tous les yeux, et que ses rayons, se prolongeant à travers les nuages de l'erreur, éclairent peu à peu les esprits égarés en des voies trompeuses. Montrez, sous toutes leurs faces, les immuables principes du droit; développez les lois éternelles, fondement inébranlable du pouvoir et de la liberté, jusqu'à ce que la raison, lasse enfin de ses stériles labeurs, comprenne qu'il n'y a , et ne peut y avoir, hors du christianisme catholique, qu'erreur, désordre, calamités et servitude sans remède.
Cette noble et pacifique conquête des intelligences, forcées par l'ascendant de la vérité et de l'amour à venir d'elles-mêmes reprendre la place que leur assigna le Créateur dans la plus parfaite des cités ^ sous le plus parfait des monarques ^ pour parler avec Leibnitz; cette sublime mission proposée par la Providence aux catholiques, et dont l'objet est de sauver une seconde fois le genre humain, en le ramenant des extrémités de l'esclavage et de l'anarchie à l'unité , source et perfection de l'ordre, et à la liberté des enfans de Dieu,
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exige que la discussion soit, de part et d'autre, dégagée de toute entrave, afin que nul ne puisse dire , nul ne puisse penser n'avoir pas été entendu, et que la conclusion dernière, résultat général des efforts particuliers, ne semble pas être le triomphe de quelques hommes sur d'autres hommes, mais une victoire commune, qui assure à chacun la jouissance d'un bien qui n'est pour qui que ce soit un avantage exclusif, une propriété en quelque manière personnelle, et que tous possèdent indivisiblement.
Lorsque les croyances sociales, n'ayant point encore été altérées, subsistent dans leur pleine vigueur, et régnent sans opposition sur le peuple entier , on conçoit que l'autorité publique tremble à l'apparence d'une scission, et regarde comme un devoir de la prévenir en interdisant des controverses inutiles et dangereuses. C'est la sagesse et la raison même qui commandent d'en user ainsi. Mais quand déjà la scission existe, quand les croyances sont divisées , et que des opinions sans nombre ont succédé à l'antique foi , alors l'unité ne peut renaître qu'à la suite d'un libre combat. Le silence laisse chacun dans sa conviction, et la moindre gêne apportée à la discussion l'y confirme. Ceux qui, effrayés de l'erreur, sollicitent aujourd'hui des restrictions à la faculté légale de défendre par le raisonnement ce que l'on croit vrai, s'abusent doublement. Dans l'état actuel de l'Europe, les gouvernemens n'ayant aucunes doctrines, ou n'en ayant que de fausses, l'oppression de la censure pèsera presque exclusivement sur les ca-
tholiques, ainsi qu'on la tu durant la révolution, et long-temps auparavant, depuis Louis XIV, sous le despotisme gallican de la monarchie dégénérée. Déplus c'est en vain qu'on essaie d'enchaîner la parole, tant qu'on ne peut enchaîner la pensée elle-même. Malgré les obstacles qu'on oppose à sa manifestation, elle se dégage de tous les liens et se produit forcément au dehors. Renoncez donc à l'idée folle de mettre les esprits aux fers ; comprenez que, lorsqu'ils s'égarent, on ne les ramène jamais que par une libre persuasion, et qu'on ne les soumet à ce qui est juste et vrai , que par des armes toutes spirituelles. Le mal , le grand mal est qu'on n'a pas foi à la puissance de la vérité; on croit à la violence de l'homme, et l'on ne croit pas à la force de Dieu.
Tel est le besoin qu'ont les nations d'un pouvoir légitime et de la liberté, qu'il est impossible que , tôt ou tard, après avoir inutilement cherché l'un et l'autre hors du christianisme , elles ne reconnoissent pas qu'en lui seul est la source du droit et du devoir , la règle souveraine de ceux qui commandent, la sauvegarde de ceux qui obéissent, le principe enfin de l'existence sociale. Alors les peuples seront préparés pour une restauration véritable. Jusque-là on ne doit pas se flatter d'arrêter le mouvement qui les précipite, eux et leurs chefs, dans des voies de désordre , errant comme Israël dans le désert, et ne trouvant uvîWe ]^ari de cité habitable (1). L'unique but immé-
0) Ps., cvi, 4.
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diat que l'on puisse aujourd'hui se proposer raisonnablement, est de seconder ce retour par des moyens appropriés à la situation des esprits, c'est-à-dire, en essayant de répandre la lumière sur les questions vitales d'où dépend le salut du monde, et en le disposant ainsi à tirer des expériences fatales que l'on continuera de tenter, les hautes instructions qu'elles renferment. Du reste il n'est donné à personne de prévoir de quelle manière l'Église et l'État, quand le moment sera venu , se replaceront dans leurs vrais rapports. Il est certain qu'une intime alliance s'établira de nouveau entre les deux sociétés , spirituelle et politique : mais quelle en sera la forme? On l'ignore. La providence divine gouverne le genre humain par des lois invariables dans leur essence , et flexibles dans le mode de leur application. Ce qu'il est seulement important qu'on sache, c'est que l'Église n'a rien, à cet égard, à désirer pour elle-même. Plus, en demeurant libre, elle est séparée de ce qui passe avec le temps, plus elle acquiert de vigueur interne. Quelle que soit l'influence qu'elle exerce extérieurement sur les souverainetés , toujours elles tendent à s'en aff'ranchir par l'efi'et des passions humaines. Cela s'est vu à toutes les époques, et l'Église ne sauroit défendre, selon l'institution divine, le droit contre la force, que la force ne réagisse contre l'Église pour la dominer. Aucun des avantages que peut lui offrir l'État, ne compense , à beaucoup près , les dangers de la guerre qu'il lui faut perpétuellement soutenir pour conserver son indépendance. Elle a
constamment bien plus à craindre qu'à espérer des princes ; son véritable appui est dans la confiance des foibles qu'elle protège en maintenant la loi de justice : leur amour, voilà sa pnissance. Ce sont eux plus que les rois qui la dotèrent dans les temps antiques ; et leurs offrandes, qui forment en partie le patrimoine du pauvre , suffiront à ses besoins , toutes les fois qu'un despotisme persécuteur n'interposera point ses volontés arbitraires et tyranniques entre elle et la piété des peuples. Elle n'a donc nul intérêt propre à renouer les liens qui l'unissoient au corps pofitique : ce n'est pas, quoi qu'on en dise, un sujet d'ambition pour elle; c'est une nécessité des choses, une loi immuable de la société. Le reproche d'envahissement qu'on adresse au parti-prêtre^ l'intention qu'on lui attribue d'usurper le pouvoir civil, a pour cause non des faits réels, mais un sentiment vague de cette nécessité; et quant à sa véritable action, que l'on sent partout et qme l'on n'aperçoit nulle part sous une forme déterminée, ce qu'on prend pour le résultat d'un dessein profondément conçu n'est que le travail intérieur du christianisme dans une nation croyante, et, si l'on peut ainsi parler, la végétation naturelle de l'ordre.
Maispour qu'il se développe complètement, il ne suffit pas que les hommes en éprouvent le besoin, et qu'ils comprennent que ce besoin ne sauroitêtre satisfait que dans le catholicisme et par le catholicisme. De nombreux obstacles matériels s'opposent et s'opposeront encore long-temps à la renaissance de la ^ciété chré-
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tienne. Soumis, depuis des siècles, à l'influence de certaines doctrines diverses dans leur formes, identiques par leur opposition au christianisme catholique , les gouvernemens trouvent en eux-mêmes une difficulté presque insurmontable à se modifier selon que l'exige Tétat actuel du monde. Les institutions, privées de l'esprit qui les animoit originairement, ont cessé d'être en rapport avec les vrais intérêts des peuples. Quelques-unes subsistent , sans se lier à rien , comme de simples souvenirs du passé : parmi les autres , il en est peu qui ne soient devenues , par le vice inhérent au fond même de la société antichrétienne, ou de puissans moyens d'anarchie , ou des instrumens de despotisme. Le pouvoir sans règle flotte au hasard ; altéré jusque dans sa source, il a perdu, si je l'ose dire, son affinité native avec l'ordre. De là il résulte, que, ne pouvant subsister tel qu'il est, il ne peut non plus réparer les ruines qu'il a faites, ni ses propres ruines : vérité déplorable en elle-même, et plus encore, s'il est possible, dans ses conséquences; car il s'ensuit, d'une part, qu'un changement fondamental dans le système social actuel, est nécessité par la nature des choses, et, de l'autre, que ce changement ne sauroit s'opérer sans des commotions violentes. Sur quoi nous remarquerons que le christianisme, dans les grandes révolutions qui bouleversent les États dont il a cessé d'être le principe constitutif, n'agit jamais directement pour renverser ce qu'il y a même de plus opposé à son essence. 11 se tient, pour ainsi dire, en dehors du mouvement, et Dieu arrive à ses
fins par des voies toutes différentes. En vertu des lois générales par lesquelles il régit le monde, Terreur est chargée d'accomplir les destructions nécessaires, et la vérité ensuite rassemble et féconde les élémens qui doivent servir à la régénération voulue de lui. Ainsi les gouvernemens* quels qu'ils soient, n'ont aujourd'hui rien à redouter de son influence. Sans doute il n'existe plus de royauté chrétienne (1); sans doute l'obéissance due maintenant au pouvoir, n'est pas l'obéissance qui lui étoit due, lorsqu'il se présentoit au respect des peuples comme le vicaire au temporel, l'image vivante du Christ-Roi. Cependant on ne laisse pas de lui devoir une véritable soumission en tant qu'il maintient encore un ordre partiel dans la société; car cet ordre dérive originairement de Dieu : il en prescrit la conservation ; et la force , en soi dépourvue de droit, devient alors occasionellement son ministre. Voilà comment le chrétien lui obéit toujours, et n'obéit qu'à lui, fidèle à tout ce qui est juste, invincible à tout ce qui ne l'est pas.
(1 ) Qu'on nous comprenne bien : la destruction du système chrétien, qui unissoit les deux puissances suivant un ordre de subordination naturel et divin , étant un fait reconnu de tout le monde, et le fondement même du droit public moderne , il s'ensuit nécessairement que la royauté n'est plus , ne peut plus être ce qu'elle étoit dans ce système universellement repoussé aujourd'hui. Elle a cessé d'être légitime, selon le sens chrétien du mot, pour devenir simplement légale; de sorte que renverser la souveraineté c'est renverser un ordre légal , et non pas un ordre d«mn;caril n'y a d'ordre divin, sous l'empire du christianisme, qu'en Jésus-Christ et par Jésus-Christ, à la fois pontife et roi. Il appartient aux princes surtout d'examiner ce qu'ils ont gagaé à ce chamgement.
Mais quand le désordre, atteignant l'essence même du pouvoir, a envahi l'Etat entier , une autre loi se développe , loi de destruction , indispensable pour préparer le renouvellement futur. On a voulu l'erreur , on a voulu le mal , et le mal et l'erreur agissent selon leur nature. Ils renversent violemment, ou dissolvent peu à peu , ce qui forme un obstacle à l'action réparatrice du principe vital. C'est la tempête qui purifie l'air ; c'est la fièvre qui sauve le malade, en expulsant ce qu'il y a de vicié dans son organisation. Il est donc conforme aux lois de la Providence que les fausses doctrines qui égarent les peuples continuent de prédominer, jusqu'à ce qu'elles aient accompli, au degré nécessaire que Dieu connoît, la destruction qui doit précéder l'œuvre de la régénéralion sociale ; comme, en même temps, il faut que les vérités d'où dépend cette régénération pénètrent les esprits disposés à les recevoir par une profonde lassitude de l'erreur, et par tout ce que l'anarchie entraîne après elle de malheurs et de calamités. Considérons un moment, sous ce point de vue, ce qui se passe sous nos yeux : si nous y trouvons des sujets de douleur , nous y trouverons aussi des motifs d'espérance et cette sorte de joie élevée qu'on éprouve en contemplant les voies merveilleuses de la sagesse divine dans sa conduite sur le genre humain.
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