‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 2)Chapitre 15 sur 42 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

tioD politique passivement soumise à ses volontés, travaille, sans se l'avouer peut-être, à l'anéantir, le libéralisme, sous sa forme présente, se propose directement le même but. Par les principes d'anarcbie qui constituent, comme nous l'avons montré, le fond de ses doctrines, il tend à renverser toute société, et dès-lors il y a guerre nécessaire entre lui et la seule société qui soit vivante. Il veut, ainsi que le gouvernement, affoiblir le plus possible l'autorité du Saint- Siège sur l'Église de France, pour faire d'elle une simple branche de l'administration civile , et jusquelà il sert activement ses desseins; mais il veut de plus une scission ouverte , violente , totale avec Rome , et l'abolition delahiéarchie(l), c'est-à-dire, l'extinction complète et irrévocable du christianisme parmi nous , et ensuite dans le reste du monde.

Ne nous lassons point de répéter que la plupart de ceux qu'on appelle libéraux, entièrement étrangers au système dogmatique dont nous indiquons les effets, ne soupçonnent même pas qu'ils coopèrent à son funeste développement. Ils se représentent tout autre cho^e, chacun selon ses désirs et ses opinions ; et le mal que renferme l'erreur spéculative et qu'elle produit tôt ou tard, ne se réalise jamais au degré où il peut l'être, que parce que les hommes ne sont que d'aveugles in-

(1) « lx)rsqu'il sera hien |»oiivé que les évégues ne peurent ^u ne » veulent pas obéir aux lois du pays (destructrives de la religiwi^.» » la question ne sera pas de savoir si le pays peut se passer de lois, » mais «"il peut ,«e passer d'évèques. » Constitutionnel 4h 2 septewi^x; 1828.

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strumens de cette puissance secrète qui force invinciblement les conséquences à sortir de leur principe. Les chefs mêmes du parti antisocial et antichrétien , ne voient guère plus loin que la foule qui se laisse guider par eux. Ce qui les dirige, c'est beaucoup moins une réflexion profonde , qu'une sorte d'instinct passionné mais sûr, et comme une infaillible inspiration de l'enfer.

En attendant la crise certaine qui leur livrera le pouvoir, ils s'allient contre l'Eglise avec l'administration, flattent ses préjugés, excitent ses défiances, affectent un zèle ardent pour les droits de la royauté, se font gallicans et parlementaires , et contraignent le gouvernement, par séS propres maximes , à se rendre persécuteur. Ce point obtenu, ils s'effbrcent de l'engager toujours davantage dans la voie sinistre où ils l'ont poussé. Au nom de ses premières violences, ils en demandent impérieusement de nouvelles. Effrayé, il résiste, autant que la foiblesse sait résister. Son intérêt , tel qu'il le conçoit , est bien d'opprimer, d'asservir l'Eglise, mais non delà détruire entièrement. Une fois réduite à n'être plus que le jouet de ses caprices, l'exécuteur docile de ses commandemens , il a besoin d'elle pour agir sur la conscience du peuple et le maintenir dans la soumission. Il voudroit s'arrêter à cette limite. Vaine pensée ! Si le principe de despotisme , qui règle et anime son action , le conduit là seulement, au moins selon sa croyance et ses désirs, le principe d'anarchie , qui règle et anime l'action du libéralisme, a certes une tout autre étendue, exige

un taut autre développement; et comme celui-ci est le fond même des institutions et des opinions dominantes, il est nécessaire qu'il prévale, et que le pouvoir soit entraîné fort au-delà des bornes qu'il redoute de franchir. Aussi fait-il chaque jour quelques pas dans la route qu'on lui prescrit de suivre. 11 avance à regret, mais il avance : bientôt il se précipitera. La peur le chasse vers l'abîme. 11 ignore que céder , pour lui , c'est prendre l'engagement de céder encore. Les funestes ordonnances qui ont soulevé d'indignation la France catholique , et que nous examinerons dans un instant, ne sont que l'annonce de ce qu'obtiendront de lui les ennemis du christianisme. Ils le traitent , comme ces malheureux de la dernière condition, à qui l'on ordonne de tuer, lorsque le bourreau manque. Voilà ce qu'a fait de lui la révolution : mais qu'il sache bien, qu'il y a une Justice qui ne laisse jamais certains crimes impunis sur la terre ; que la religion ne meurt point, mais que le pouvoir meurt; que quiconque s'adresse à Dieu trouve Dieu , et vient se briser contre sa toute-puissance.

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