‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 2)Chapitre 16 sur 42 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des Ordonnances du 2i avril et du 16 juin 1828.

« J'ai toujours cru , disoit Leibnitz , qu'on réfor- » meroit le genre humain , si on réformoit l'éduca- » tion de la jeunesse. » Tout sort , en effet , de l'éducation , le bien et le mal , les croyances , les opinions , les mœurs , les sentimens , les habitudes. C'est par elle qu'un peuple est ce qu'il est, lui et non pas un autre; elle forme entre les générations successives le lien d'où résulte l'identité nationale , et perpétue, avec la langue, le caractère propre, le génie particulier des races diverses. Nul changement profond et durable ne sauroit s'opérer dans les idées, les institutions , les lois, à moins que l'éducation ne subisse un changement de m«me nature : en elle est l'avenir tout entier; et voilà pourquoi, partout où la révolution a pénétré , elle a cherché d'abord à s'emparer de l'éducation , poussant à cet égard la tyrannie jusqu'à ses derniers excès, parce que , voulant créer soudain un ordre nouveau , une nation nouvelle , il lui falloit séparer violemment l'enfance de ce qui Tauroit pu rattacher au passé , et dès-lors la soustraire à l'influence , si puissante dans le premier âge , de l'esprit et des traditions de la famille. De là cet axiome de Danton proclamé aussi par

Robespierre (1), et qui n'a pas cessé de servir de base à notre législation sur ce point : Les enfans ap-partiennent à la république avant d'appartenir à leurs parens ; maxime qui , traduite en langage clair, signifie qu'on ne reconnoît point d'autorité , de droit paternel ; que la société domestique est une chimère , ou au moins un abus qu'on doit réformer; que l'unique objet du mariage est de fournir à l'État des petits de l'espèce humaine, qu'il fait élever comme il lui plaît, dont il dispose comme il lui plaît. Et ces détestables extravagances trouvent encore des défenseurs! et c'est là ce que répètent chaque jour, en termes équi^ Vâlens , les parleurs de liberté ! Arrêtons-nous quelques instans sur un sujet d'une importance si grave. On ne nous accusera point d'adapter nos doctrine* aux circonstances. Constamment étranger aux passions des partis, et les ayant tous, quels qu'ils soient, combattus tour à tour, nous nous sommes affranchi dé la nécessité de varier avec eux ; et en protestant

(1) « Voua lui imprimerez sans doute (à l'éducation) un grand ca- » ractère analogue à la nature de notre gouyernement , à la subli- » mité des destinées de notre république. Vous sentirez la néces- » site de la rendre commune et égale pour tous les Français. Il ne » s'agit plus de former des messieurs, mais des citoyens: la patrie » a seule le droit d'élever ses enfans ; elle ne peut confier ce dé- » pôt à l'orgueil des familles, ni aux préjugés des particuliers, ali- » mens éternels de l'aristocratie et d'un fédéralisme domestique^ » qui rétrécit les âmes en les isolant, et détruit, avec l'égalité, tous » les fondemens de l'ordre social. » Rapport fait au nom du comité de salut public, par Max. Robespierre, sur le rapport des idées religieuses et moralçs avec les principes républicains, et sur ^s fêtes nationales.

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\é\, ée toute Ténef gie de notre âme , contre le système d'oppression qui pèse sur la France , nous n'aurons qu'à rappeler les principes que nous avons soutenus sans interruption depuis quatorze ans.

On comprend d'ordinaire , sous le nom commun d'éducation, deux choses distinctes , quoique intimement liées, l'enseignement qui forme l'homme moral , détermine les croyances , règle les mœurs , et celui qui n'a pour ohjet que les connoissances purement humaines. Le premier, nécessaire universellement, est le fondement même de la société : il ne pourroit manquer tout-à-fait chez un peuple , sans que ce peuple ne tombât au-dessous de la barbarie , dans un état pire que l'état sauvage. Représentez-vous , en effet, un assemblage d'hommes dépourvus de toute notion religieuse , ignorans de tout devoir , livrés , sans aucun frein , à l'instinct d'une nature brutale , et concevez, s'il vous est possible, une dégradation plus profonde, un plus complet anéantissement de tout ordre social imaginable. Préparer pour la société les générations naissantes, les introduire, en quelque sorte , dans la hiérarchie des êtres qu'unissent la justice et la vérité , voilà donc quel est le but de la véritable éducation. Et comme elle ne se compose pas seulement de maximes spéculatives, et qu'elle consiste , au contraire , principalement dans un ensemble d'habitudes pratiques qui garantissent la soumission de l'esprit et de la volonté à la loi du devoir, il s'ensuit, qu'embrassant toutes les actions et tous les instans de la vie , elle doit accompagner, animer,

régler Téducation secondaire , dont elle est inséparable , au moins pour l'enfance.

Afin d'éviler la confusion que pourroit faire naître l'emploi du même terme appliqué à des choses diverses , nous appellerons désormais simplement éducation celle qui a pour objet de former l'homme social , et instruction celle qui n'a de rapport qu'à la science proprement dite. Parlons d'abord de la première.

On a vu précédemment que la société politique, dans laquelle on ne peut trouver un véritable lien d'union entre les hommes, supposoit l'existence d'une société antérieure, immuable, universelle , comme la justice et la vérité qui en sont la base , et que cette société, spirituelle par sa nature, est ce que, partout et dans tous les temps, on a nommé religion. Hors d'elle il n'existe qu'un ordre arbitraire , des relations externes établies par le hasard ou la convenance , maintenues par la force , et qui , n'imposant aucune obligation morale , ne sauroient constituer jamais ni un droit ni un devoir. Il suit de là que l'éducation , étrangère à l'Etat , appartient exclusivement à la société religieuse , puisqu'avant de connoître ses lois et de s'y être soumis, l'homme, indépendant par sa pensée, indépendant par sa conscience, n'obéit qu'à lui-même , à ses passions , à ses intérêts, et n'est pas même un être sociable.

Il n'y a, sous le rapport où nous le considérons en ce moment , que trois positions possibles pour le gouvernement civil. Ou , comme chez les anciens peu-

pies , l'État et la religion ne forment qu'une seule et même société , de telle sorte que les lois religieuses soient aussi des lois politiques, et les lois politiques des lois religieuses , et alors , dans cette vraie théocratie, qu'on retrouve partout avant le christianisme, et dans les républiques mêmes de la Grèce , jusqu'à l'époque où, envahies par une démagogie effrénée , elles tombèrent en dissolution , alors, dis-je, l'éducation, soit politique, soit domestique, dépend toujours et nécessairement de la religion.

Ou la société politique , distincte de la société religieuse, est néanmoins, suivant un mode de subordination naturelle , intimement liée à celle-ci , comme il arriva quand le christianisme eut fondé sur les débris du paganisme un ordre social plus parfait , et alors l'éducation appartient encore tout entière à la religion , le pouvoir civil se bornant à protéger son droit et à en faciliter l'exercice, sans quoi il romproit à l'instant même le lien qui unit l'Église à l'État.

Ou enfin la société politique, s'étant séparée totalement de la société religieuse , a brisé l'unité de croyances, et, indépendante de toute loi divine, proclame , sous le même rapport , l'indépendance de chacun de ses membres ; et alors, à moins de violer le principe qui la constitue ce qu'elle est , elle doit , en ce qui tient à l'éducation , établir une liberté universelle et absolue.

En effet, qu'on nous dise en vertu de quel droit le gouvernement s'en attribueroit la direction? Si, à cet égard , il se substitue à l'autorité spirituelle , déter-

loi feES PROGRÈS DE LA RÉVOLUTtON

mine les croyances par renseignement dont il dfe»pose, fixe les devoirs, en un mot exerce sur la société une domination intellectuelle et morale dont il ne peut montrer d'autre titre que la force , il opprime les consciences que la loi déclare libres , il crée une espèce de théocratie civile monstrueuse , d'après laquelle le vrai et le faux , le bien et le mal , le juste et l'injuste , dépendront uniquement de sa pensée et de sa volonté ; c'est-à-dire qu'il jette dans les âmes mêmes la base d'un despotisme sans limites, qu'il consacre à son profit la plus humiliante comme la plus détestable tyrannie, et qu'il ne lui reste, après avoir exigé des hommes cette obéissance dégradante , qu'à exiger encore leurs adorations, car il se fait Dieu.

En même temps qu'on ne saur oit concevoir de servitude égale à celle d'un peuple pour qui le pouvoir politique créeroit à son grêla vérité, la justice, il est impossible d'imaginer un renversement plus complet des principes sur lesquels repose notre législation présente. Qu'est-ce que la liberté garantie par la loi fondamentale , si le gouvernement, maître des doctrines, peut tenir à chaque père de famille ce langage : L'éducation m'appartient de droit , et en conséquence ton fils aura la religion que je voudrai, la morale que je voudrai ; c'est à moi de former, comme je l'entendrai, sa conscience et sa foi?

Que si l'on dit que le gouvernement ne se mêlera point de ces choses , qui sont hors de son domaine, il y aura donc une éducation indépendante de toute morale et de toute religion ! en d'autres termes ^ une

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éducation où n'entrera rien de ce qui constitue essentiellement l'éducation! On se gardera de parler à l'enfance de dogmes, de devoirs, de Dieu même, el les générations nouvelles seront élevées dans uA athéisme absolu !

Pressé entre ces deux ûêcessités fatales, d'une théocratie civile ou d'une éducation athée , le mi^ Bfistre à qui nous devons l'ordonnance du 21 avril a eu l'habileté rare , en voulant éviter ces écucils terribles, de se briser à-la-fois sur l'un et sur l'autre.

Et d'abord l'ordonnance établit, de droit et dé fait, la théocratie civile; car, selon le ministre , « il » faut que l'instruction soit religieuse, et il faut pôUf » cela que les maîtres aient une instruction reli- >y gieuse (1). » Fort bien, mais qui déterminera cette instruction religieuse? « Voilà , continue le ministre, » de quelle manière a été établi le concours des deiil » autorités : le droit de décider a été attribué à Vauto- » rite civile; elle administre après avoir pris des avis, w mais d'une manière indépendante (2). » J'adjure ici, au nom du bon sens, quiconque est capable de lier deux idées : si ce n'est pas là nettement avouer l'intention d'établir une théocratie civile , qu'est-ce donc ? Aussi le journal semi-officiel en est-il convenu sans difficulté, a A qui faut-il (ce sont ses paroles) » donner la préférence entre le maire et le desser-

ti) Discours de M. de F^atimesnil dans la séance dtt 26 avril, Messager des Chambres du 27 aTiil 1828.

(2) im.

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>y vant ? ou , en d'autres termes , quelle est en fait » d'instruction primaire , dans les trente-cinq mille » communes dont nous parlons , l'influence réelle et » nécessaire? est-ce l'influence religieuse? est-ce » l'influence civile? là est toute la question (i). » Et comment l'a-t-on résolue ? En ôtant aux évêques la suprématie des écoles primaires ^ ainsi que s'exprime le même journal. Heureuse donc la France , heureuse la jeunesse : soustraite désormais à V influence épiscopale , M. de Vatimesnil se charge de lui faire administrativement sa morale et sa religion.

Mais une religion quelconque fera-t-elle réellement partie de l'éducation primaire? prendra-t-on le soin d'inculquer à l'enfant la loi du devoir, de graver au fond de son cœur et de son intelligence la foi sans laquelle tout est incertain et désordonné dans la vie humaine? Nullement. Il s'agit d'ahord, il s'agit surtout de conserver précieusement à l'enfance son privilège constitutionnel de croire ou de ne pas croire, comme elle le voudra; et c'est pourquoi, dans la manière dont M, de Patimesnil exécuterai' ordonnance^ les dispositions qui ont trait à l'enseignement religieux seront toujours une garantie de la liberté de conscience. « Par conséquent il est nécessaire que , » dans toutes les écoles primaires , les enfans de toute » religion soient mis à même de connoître les vérités » de leur religion (2). » L'instituteur enseignera donc

(1) Messager des Chambres du 1"' mai 1828.

(2) Discours de M. de Vatimesnil dans la séance du 26 avril.

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toutes ces vérités simultanément, avec toutefois certaines précautions, « afin que les enfans puissent re- » cevoir cette sorte d'instruction sans qu'il en ré- » suite aucun inconvénient, » c'est-à-dire, (( sans que, » par des influences qui seroient illégitimes, ils soient » détournés de suivre le culte de leurs pères. Voilà le » vœu de l'article 13 de l'ordonnance (1). » Il faut croire que celui-là au moins est légal.

Quoi qu'il en soit, pour être impartial entre les divers cultes, et pour que chacun soit content, on enseignera toutes les religions^ et elles seront toutes de vraies religions. Le ministre l'entend comme cela : voyez un peu s'il est possible d'être plus facile et plus obligeant. Que si Ton dit qu'à la rigueur elles ne seront toutes vraies que dans les écoles mixtes , encore bien que ni l'ordonnance ni le ministre ne s'en expliquent nulle part , j'y consens très volontiers : ce ne sera qu'une merveille de plus.

Peut-être ajoutera-t-on qu'en ce qui touche les écoles catholiques l'ordonnance statue ( art. 9 ) que xelui qui aspire aux fonctions d'instituteur devra , pour obtenir l'autorisation universitaire, « pré- » senter au recteur de l'académie, ou à l'examinateur » délégué par le recteur, outre le certificat de bonne » vie et mœurs, un certificat d'instruction religieuse, » délivré par un délégué de l'évêque , ou , à son dé- » faut, par le curé de la paroisse de l'aspirant. »

11 est vrai; et le ministre conçoit que » cet article

(1) Discours de M. de f^aUrmmil ubi supià.

iift DES PROGRÈS DE LA REVOLUTION

» pourroît prêter à diverses objections, si Tattestii- » tiou relative à l'instruction religieuse étoit exigée » à une époque quelconque de la vie de l'instituteur. » Mais ce n'est pas ainsi que cela se fera. » — On ne l'exigera donc à aucune époque? — Vraiment si, laissez donc parler. « C'est avant l'obtention du bre- » vetde capacité qu'est exigée l'attestation, etordi- )) nairement le brevet de capacité est obtenu par des » jeunes gens qui n'ont pas encore atteint l'âge du » recrutement (1). »

Ainsi l'on sera toujours propre à devenir instituteur et capable d'enseigner la religion , pourvu qu'on l'ait sue avant Vâge du recrutemenL C'est , en matière de catéchisme, l'âge critique, l'âge légal.

Mais enfin s'il arrivoit qu'à cet âge même^ Y aspirant y comme on l'appelle , fût aussi ignorant qu'on lui permet de l'être plus tard, lui refuseroit-on l'autorisation ?

M. de Vatimesnil va vous répondre lui-même : « Si » quelquefois il pouvoit y avoir refus d'accorder l'au- )> torisation , ce seroit lorsqu'il résulteroit des cir- » constances locales que quelques inconvéniens peu- )) vent avoir lieu , que la liberté de conscience qui a w été établie par la Charte peut recevoir des atteintes. » Hors de là , je vous prie de le croire, lorsque j'aurai )> l'honneur de présider le conseil de l'instruction pu- » blique, l'autorisation ne sera pas refusée (2). w

<4) Diseours de M. de Vatimesnil dans la séance du 26 aYrtl. (2) ma.

Pe quoi d'ailleurs est-il question? d'une simple formalité. « Un individu se présente pour entrer dans » l'instruction primaire, on lui dit : Remplissez les )) conditions qui paroissent nécessaires. On lui dit » Remplissez les conditions comme on dit au jeune » homme qui se présente pour faire son droit : Pro- » duisez-nous un diplôme de baccalauréat (1). w

N'est-il pas en effet assez naturel que le gouvernement, avant de confier à un individu l'éducation de l'ienfance , exige qu'il soit au moins bachelier en bonne vie et mœurs y bachelier même en religion ? Plus , ce seroit du luxe; attendu que « l'enseignement de la » lettre du catéchisme^ et non du dogme ^ fait partie de » l'instruction primaire (2). »

Résumons ces extravagances. On enseigne dans les écoles mixtes toutes les religions , et on les enseigne toutes comme également vraies. Dans les écoles purement catholiques il suffit, et encore n'est-ce pas de rigueur, que V aspirant ait su quelque chose de la religion , avant l'âge du recrutement. On y enseigne l* kUredu catéchisme, et non le dogme; il y est défendu d'expliquer à l'enfance €ett^ parde : Je crois en Dieu,

Donc , selon l'ordonnance commentée par le ministre, l'éducation primaire est athée.

Certes, personne ne s'<en étonnera. Mais ce ^ue nous désirons surtout qu'on remarque , a« sujet des

(1) Discours de M. de Vatimesnil, dans la séance du %^ arril.

(2) JLim-

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contradictions de la doctrine ministérielle que nous venons d'examiner, c'est le combat des deux principes qui luttent dans la société. Le principe de despotisme cherche à se développer, et aussitôt un instinct sûr avertit le pouvoir qu'il faut d'abord substituer Vinfluence civile à V influence religieuse ^ c'est-à-dire, dominer, asservir l'Église , dont l'indépendance forme un obstacle éternel à ses desseins. Une suprématie de fait , sans schisme apparent , voilà ce qu'il voudroit. Mais le principe d'anarchie, qui tend aussi et plus énergiquement à se développer, a besoin pour y parvenir de l'entière destruction du christianisme, et, avec la force que lui prêtent les institutions, les lois, l'opinion, il pousse le gouvernement de ruine en ruine , et , au lieu de lui permettre d'usurper à son profit le droit des évêques sur l'enseignement , le contraint de consacrer l'athéisme de l'éducation.

On a vu qu'à moins d'établir une effroyable tyrannie, elle doit ou dépendre exclusivement de l'autorité spirituelle, si l'État reconnoît une pareille autorité, ou demeurer entièrement libre. Quant à l'instruction qui a pour objet les connoissances purement humaines; considérée dans sa liaison intime et nécessaire avec la véritable éducation, il est évident que les mêmes principes s'appliquent à l'une et à l'autre. On ne conçoit , sous aucun rapport , à quel titre le gouvernement interviendroit dans l'instruction. Rien de plus libre par son essence , de plus indépendant du pouvoir politique (1). Les connoissances appartiennent à tous,

(1) Cette vérité est consacrée par le langage même des nations

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comme la lumière du soleil. Elles sont le domaine commun de la société , des familles , des individus. Il n'est personne qui n'y ait un droit naturel et inaliénable. Seulement quelques-uns possèdent plus de moyens que d'autres de les acquérir : et encore en cela la Providence a pourvu au maintien de Tordre temporel , que troubleroit un développement trop rapide et trop étendu des facultés intellectuelles dans une grande masse d'hommes, en les dégoûtant de leur état et les enlevant aux travaux indispensables de Tagriculture et de l'industrie , sans que , du reste , il en résultât pour eux aucun bien réel. L'équilibre entre la science utile et celle qui nuiroit , s'établit de soimême par la liberté. Il se forme naturellement une hiérarchie d'écoles proportionnées chacune , dans les degrés divers de l'instruction qu'elles répandent, aux besoins, aux désirs, aux ressources des différentes classes de la société ; la religion même en fonde de gratuites, de sorte que, depuis la plus humble condition jusqu'à la plus haute, tous peuvent participer à cet enseignement gradué , et que nul n'est condamné nécessairement à l'ignorance , par le désavantage de la position où sa naissance l'a placé.

Le monopole de l'instruction, qui produit l'effet contraire et ferme inexorablement les sources du savoir à l'immense majorité de la population , étoit un

chrétiennes , qui , unissant , d'une manière ins^arable , l'idée de science et celle de liberté, disoient ayec raison» non pas le royaume ^ mais la république des lettres.

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