‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 2)Chapitre 21 sur 42 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

PIÈCES JUS'ÉIFICAriVES. 2< 1

« Si nous tenions les yeux de notre esprit arrêtés sur cette première et souveraine cause de toiis les événemens, elle changeroit en quelque sorte la face du monde à notre égard , c'ést-à-dire qu'elle nous obligerôit à changer la plupart des idées que nous nous sommes formées de ce qui s'y passe. Nous n'y verrions plus d'innocens opprimés^ nous n'y verrions que des coupables punis. La terre ne sefoit plus pour nous un lieu de tumulte et de désordre ; ce seroit un lieu d'équité et de justice. Nous reconnoltrions que l'on n'y ôte à personne que ce qu'il a mérité de perdre, que personne n'y souffre que ce qu'il a mérité de souffrir; que la justice et la force y sont toujours jointes ensemble; que l'injustice y est toujours impuissante ; qu'il n'y a ni malheurs ni infortunes, mais seulement de justes châtimens des péchés des hommes ; que l'on n'y meurt ni par la nécessité de la nature, ni par les accidens de la fortune , mais que l'on y punit de mort des hommes qui mé-

ritent ce supplice , dans le temps et de la manière la plus convenable ; enfin que tout y est juste et saint, et de la part de Dieu qui ordonne tout, et de la part des hommes sur qui ses ordres s'exécutent. Il n'y a que les ministres de cette volonté dominante qui peuvent être injustes, mais dont l'injustice ne sauroit empêcher que ce qu'ils font ne soit juste à l'égard de ceux qui le souffrent. Qu'est-ce qu'une armée selon cette idée? C'est une troupe d'exécuteurs que Dieu envoie pour faire mourir des gens qui ont mérité la mort et qu'il a condamnés à ce supplice. Qu'est-ce que deux armées qui se battent? Ce sont des ministres de cette justice qui se punissent les uns les autres, et qui n'exécutent précisément que ce que Dieu a ordonné. Qu'estce qu'un meurtre? C'est la punition d'un coupable par un ministre injuste. Qu'est-ce que des voleurs? Ce sont des gens qui exécutent injustement le juste arrêt par lequel Dieu a ordonné que certaines personnes seroient privées de leurs biens. Qu'est-ce qu'un prince? C'est une verge en la main de Dieu pour punir les méchans.

» Ainsi c'est proprement par cette vue que nous découvrons le règne de Dieu dans le monde, et Téminence de son pouvoir sur toutes les créatures. »

Nicole y Traité de la soumission à la volonté de Dieu y 11^ part,^ chap, 2.

Si l'on poussoit ce fatalisme à ses dernières conséquences, le crime seul régneroit sur la terre ; car la justice et la force étant toujours jointes ensemble , on

PIÈCES ,TU.<>TIFICATIVES. 213

ne pourroit jamais légitimement résister à la force. Transportée dans Tordre politique , cette doctrine est l'expression fidèle et complète du gallicanisme. Le souverain ministre d'une volonté dominante et invincible, qui est celle de Dieu , peut être injuste , et alors il se damne; mais il ne perd jamais la puissance, parce qu'en réalité il ne fait jamais que ce que Dieu a voulu qu'il fît : jamais non plus il n'est permis de lui opposer aucune résistance , au moins active, parce que la justice et la force sont toujours jointes ensemble; que tout sur la terre est juste et saint, et de la part de Dieu qui ordonne touty et de la part des hom^ mes sur qui ses ordres s'exécutent : car les hommes naissent tous coupables, et le prinee est une verge en la main de Dieu pour punir les méchans. Résister au prince, c'est donc toujours se révolter contre Dieu. A quelque degré qu'il opprime, sa tyrannie est juste et sainte. S'il attente à la vie de ses sujets, s'il tue, s'il massacre, c'est un exécuteur que Dieu envoie pour faire mourir des gens qui ont mérité la mort et quil a condamnés à ce supplice. S'il ruine le peuple en imposant des taxes exorbitantes, s'il spolie les familles, viole les propriétés, il exécute injustement le juste arrêt par lequel Dieu a ordonné que certaines personnes seraient privées de leurs biens : et ainsi ne pas se soumettre à tous les caprices d'un Néron, d'un Eric, d'un Henri VIII^ est une impiété véritable, un crime de lèse-majesté divine. Après cela, accusez ces prêtres servilesy ces fauteurs détestables du pouvoir absolu , qui, refusant d'adhérer à ces salutaires maximes^ re-

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jettent obstinément le gallicanisme religieux et politique, et s'elTorcent de ravir aux peuples l'inappréciable liberté de se laisser tranquillenient dépouiller, égorger par quiconque possède la force inséparç^hle de la justice.

« L'allégeance des catholiques romains est certainement divisée. Les protestans n'accordent non plus qu'une allégeance divisée à leurs souverains temporels. Ils rendent à César ce qui est César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Les catholiques romains et les protestans , lorsqu'ils ont de la conscience , craignent Dieu et honorent le roi; mais quand ces obligations se contredisent , les uns et les autres pensent que leur devoir est d'obéir à Dieu plutôt qu'à l'homme. Les limites de ces deux devoirs sont définies pour eux dans les mêmes termes et par la même autorité ; avec cette différence que les catholiques romains attribuent l'interprétation du précepte de l'Écriture au pape et à l'Église , tandis que nous nous la réservons comme le privilège du jugement privé. » The roman catholics do indeed yield a dmded aile" giance, So do the protestants yield a divided aUegiance to iheir temporal monarchs. They render to Cœsar the things that are Cœsar' s ^ and to God the things thatare

God's, Both romamsts and protestants^ if they are conscientiouSy fear God and honour tJie Mng; but lohefiever thèse daims are conflicting ^ hoth one and the other thinkit theirduty to ohey God rather than man, The limits ofihose two duties are defined in the same wordsy and hy the same aulhority lo each : with the différence, that the romanists concède the interprétation of the Scriptural precept to the pope and the Church; we reserve that as the privilège of privale judgment. Sermon preached at Appelby , by the rev. C. Bird^ A. M.

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