‹ OEuvres complètes de F. de la Mennais (volume 2)Chapitre 22 sur 42 · DÉCLARATION · texte numérisé non relu

DÉCLARATION

Des causes qui ont mu monseigneur le cardinal de Bourbon^ et les 'pairs y princes ^ seigneurs ^ villes et communautés catholiques de ce royaume de France y de s opposer à ceiux qui par tous moyens s^ efforcent de suhverlir la religion catholique et VEtat»

Au nom de Dieu tout-puissant, roi des rois, soit manifesté à tout homme, que, ayant la France, depuis vingt-quatre ans, été tourmentée d'une pestilente sédition émue pour subvertir l'ancienne religion de nos pères , qui est le fort lien de l'État , il y a été appliqué des remèdes , lesquels (contre l'espérance de leurs majestés) se sont rendus plus propres à nourrir le mal qu'à l'éteindre ; qui n'ont eu de la paix que le

222 PIÈCES JUSTIFICA.TIVES.

nom, et n'ont établi le repos que pour ceux qui l'auroient troublé , laissant les gens de bien scandalisés en leur âme et intéressés en leurs biens.

Et au lieu de remède , qu'avec le temps l'on pouvoit espérer de ces maux, Dieu a permis que les derniers Rois soient morts jeunes , sans laisser jusques ici aucuns enfants habiles à succéder à cette Couronne, et ne lui en a plu encore ( au regret de tous les gens de bien) donner au Roi , qui maintenant règne , bien que ses bons sujets n'aient obmis, comme ils n'obmettront à l'avenir, leurs plus affectionnées prières pour en impétrer de la bon lé de notre Dieu : en sorte qu'étant demeuré seul de ta ni d'enfants que Dieu avoit donnés au feu bon roi Ht ai y, il est trop à craindre ( ce que Dieu ne veuille) que cette maison s'en aille, à notre grand malheur, éteinte sans aucune espérance d'avoir lignée ; et qu'en l'établissement d'un successeur en Tétat royal, il n'advienne de grands troubles par toute la chrétienté , et peut-être là totale subversion de la religion catholique , apostolique et romaine en ce Royaume très chrétien, auquel on ne souffriroit jamais régner un hérétique , attendu que les sujets ne sont tenus de reconnoîtfe ni souffrir là domination d'un prince dévoyé de la foi chrétienne catholique , étant le premier serment que nos rois font, lorsqu'on leur met la couronne sur la tête, que de maintenir la religion catholique , apostolique et romaine , sous lequel serment ils reçoivent celui de fidéUté de leurs sujets et non autrement.

Toutes fois depuis la mort de Monseigneur, frère

duroi^ les prélenlions de ceux qui, par profession publique , se sont toujours monti*é6 persécuteurs de l'Église catholique ont été tellement favorisées et appuyées , qu'il est grandement nécessaire d'y donner prompte et sage prévision , alin d'éviter les inconvénients très apparentsdont la calamité estdéjà connue à tous, les remèdes à peu , et la façon de les appliquer presque à personne.

Et d'autant plus que l'on peut assez juger par les grands préparatifs et pratiques qui se font partout , levées de gens de guerre tant dehors que dedans le Royaume, et rétention de villes et places fortes qu'ils devroient déjà avoir remises de long temps entré les maitis du Roi , que nous sommes fort proches de l'effet de leurs mauvaises intentions , étant bien certain qu'ils ont depuis peu de temps envoyé pratiquer les princes protestan/s d'Allemagne pour avoir des forces afin d'opprimer les gens de bien plus à leur aise; comme aussi leur dessein n'est autre que de se saisir et assurer des moyens nécessaires pour renverser la religion catholique , qui est l'intérêt commun de tous , et principalement des grands , qui ont cet honneur de tenir des premières et principales charges et dignités de ce royaume, lesquels on s'efforce de ruiner du vivant du Roi même ou sous son autorité , afin que n'ayant plus personne qui à l'avenir se puisse opposer à leurs volontés, il soit plus aisé de faire le changement qu'on prépare de la religion catholique , pour s'enrichir du patrimoine de l'Eglise, suivant l'exemple de ce qui a été fait en Angleterre :

224 PIÈCES justificatives:

Même que chacun connoît assez , et voit à l'œil, des déportements et actions d'aucuns qui s' étant glissés dans l'amitié du Roi notre prince souverain , la majesté duquel nous a toujours été et sera toujours sainte et sacrée, se sont comme saisis de son autorité pour se maintenir en la grandeur qu'ils ont usurpée , favorisent et procurent par tous moyens l'effet des susdits changements et prétentions , et ont eu la hardiesse et le pouvoir d'éloigner de la privée conversation de sa majesté, non seulement les princes et la noblesse, mais tout ce qu'il y a de plus proche, n'y donnant accès qu'à ce qui est d'eux.

A quoi ils ont déjà avancé qu'il n'y a plus personne qui ait part en la conduite et administration de l'État, ni qui exerce entièrement sa charge, ayant les uns été dépouillés du titre de leur dignité , et les autres du pouvoir de fonction , encore que le nom vain et imaginaire leur soit demeuré.

Aussi a été fait le semblable à l'endroit de plusieurs gouverneurs de provinces , capitaines de places fortes et autres officiers, lesquels Ton a forcés de quitter et remettre leurs charges moyennant quelques récompenses de deniers qu'ils ont reçus contre leur gré et volonté, pour ce qu'ils n'osoient refuser ceux qui avoient pouvoir de les y contraindre. Exemple nouveau , et non jamais pratiqué en ce royaume , d'ôter par argent les charges à ceux auxquels elles avoient été données pour récompense de leurs vertus et fidélité ; et par ce moyen se sont rendus maîtres des armes par mer et par terre.

Et essaie-t-on tous les jours de faire le semblable aux autres qui eu sont pourvus , si bien qu'il n'y a plus personne qui se puisse assurer, et qui ne soit en crainte, qu'on ne lui ravisse et ôle des mains sa charge, combien que, lui ayant été donnée par son mérite, il n'en puisse et n'en doive être dépouillé par les lois du Royaume sinon pour quelque juste et raisonnable considération , ou qu'il faillit en chose qui en dépend, et qu'il soit comme en justice de sa faute.

Ils ont ainsi tiré à eux tout l'or et l'argent des coffres du Roi, auxquels ils font mettre les plus clairs deniers des receltes générales pour faire leur profit particulier, tenant à leur dévotion tous les grands partis et ceux qui les manient, qui sont les vrais chemins pour disposer de cette Couronne , et la mettre sur la tête de qui bon leur semblera.

Et par leur avarice est advenu qu'abusant de la facilité des sujets, l'on s'est peu débordé à plus grièves surcharges, non seulement égales à celles que la calamité de la guerre avoit introduites, desquelles rien n'a été remis dans la paix, mais à infinies autres oppositions naissantes de jour en jour à l'appétit de leurs volontés dérogées.

11 avoit paru quelque rayon d'espérance, quand, sur les fréquentes plaintes et clameurs de tout ceRoyaume, on publia la convocation des états-généraux à Blois, qui est l'ancien remède des plaies domestiques, et comme une conférence entre le prince et les sujets pour revenir ensemble à compte de la due^ obéissance

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